‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 81 sur 881 · SYNONYMIE DES SUBSTANTIFS QUI NE DIFFÈRENT QUE PAR L'ARTICLE · texte numérisé non relu

SYNONYMIE DES SUBSTANTIFS QUI NE DIFFÈRENT QUE PAR L'ARTICLE

De cour , de la cour. Ouvrage d'esprit , ouvrage de V esprit. Demander raison, demander la rav-^ son. Par force , par la force. On , Von. A vrai

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

dire ou à dire vrai , à dire le vrai. Entendre raillerie , entendre la raillerie. Avoir intention , dessein, envie; avoir V intention, le dessein, l'envie. Condamner à mort, condamner à la mort. Etc. — Avoir peine , pitié , horreur , honte; avoir de la peine, de la pitié, de l'horreur, de la honte. Etc. — Fournir le sel , de sel et du sel. Avoir nouvelle , avoir des nouvelles . — Faire affront ou injure , faire un affront ou une injure. Etc. — La naïveté , une naïveté. Le champ , un champ. Le roi sage , un roi sage.

L'article se met devant les noms communs , pour annoncer qu'ils sont pris dans un sens précis et déterminé , qu'ils désignent un genre , une espèce ou un individu en particulier. Il circonscrit l'idée ou la chose exprimée par le nom qu'il précède ; il la signale à l'attention , en la tirant du vague et en la débarrassant de toute ambiguïté. Sans l'article , le substantif a une valeur indéterminée ; il réveille d'une manière indécise l'idée dont il est le signe : ainsi , dans les phrases , parler en homme , traiter avec honneur , les mots , homme et honneur , laissent l'esprit dans le vague et l'incertitude relativement à l'étendue de leur sens. Avec l'article , le même mot a une valeur fixe et précise : Vhomme est mortel , détermination générique; Vhomme à prétention, détermination spécifique; Vhomme de tantôt est revenu me voir, détermination individuelle. Le genre, l'espèce, l'individu se trouvent indiqués dans ces trois phrases , de manière à rendre toute confusion impossible. Telle sera donc, pour les synonymes dont il s'agit ici, la règle générale de distinction : le substantif avec l'article a un sens bien arrêté , certain , précis ; le même substantif, sans l'article , a une valeur vague et mal déterminée. Le premier, fixant mieux l'esprit sur l'idée ou la chose particulière , la lui fait mieux remarquer; l'autre, au contraire, se trouve ordinairement faire partie d'une locution générale , dans laquelle sa valeur primitive s'obscurcit et devient peu saillante.

§ Ier. Article défini le , la , les.

Tout ce qui vient d'être dit sur le rôle de l'article en général s'applique particulièrement bien à l'article défini , dont le nom seul le représente déjà comme un déterminatif. C'est ce qui résulte aussi de son étymologie ; il vient de ille , illa , celui-ci , celle-ci , et voilà pourquoi il est propre à indiquer , parmi les choses ou les personnes , celle-ci ou celle-là , telle ou telle en particulier , de manière qu'on ne puisse pas s'y méprendre.

\° Synonymie des noms sans article avec ces mêmes noms précèdes de l'article simple le, la, les.

Les derniers , outre qu'ils sont plus précis et plus déterminés , ont tantôt plus et tantôt moins de généralité que les premiers.

DE COUR, DE LA COUR. Ces deux expressions servent à qualifier par rapport à la cour.

Mais la valeur du mot cour est vague dans l'une , précise dans l'autre. De cour forme un véritable adjectif, un qualificatif abstrait qui présente l'idée de la cour d'une manière très-générale et modi-

fiée ; dans de la cour , cour conserve sasignificatîon primitive dans toute sa restriction , et bien délimitée. Un homme de cour est un homme qui , sansavoir été peut-être jamais à la cour , ressemble aux courtisans , qui a les mœurs , les habitudes , les idées à peu près telles que les ont la plupart de ceux qui hantent les cours. Or , comme , sous ces divers rapports , les courtisans ne jouissent pas d'une bonne réputation , un homme de cour est un homme adroit , artificieux , et , en général , de cour se prend en mauvaise part : promesses de cour , eau bénite de cour, amis de cour; aussi faux qu'un homme de cour (J. J.). Racine dit , dans la préface de Britannicus , qu'il a choisi Burrhus , pour opposer un honnête homme aux confidents de Néron, cette peste de cour. Un homme de la cour fait partie de la cour , y a un emploi , est attaché auprès du prince sous un titre quelconque ; c'est un courtisan, a Saint François de Paule fut appelé à la cour de nos rois , il y vécut; en ce sens , c'a été un homme de la cour. » Bourd. Tous les hommes de cour ne se trouvent pas à la cour, et il serait injuste de prendre pour hommes de cour tous les hommes de la cour. Le qualificatif de la cour n'entraîne par lui-même aucune idée défavorable ; il marque avec la cour un rapport direct , réel , concret , d'appartenance ou de dépendance , et non un rapport éloigné de ressemblance.' « L'esprit d'une femme de la cour est plus remué et plus actif que celui d'une paysanne. » Nie. « Les femmes de la ville sont moins naturelles que celles de la cour. » Labr.

Cette distinction a été parfaitement indiquée par Beaumarchais dans la préface du Mariage de Figaro . « L'homme de la cour , dit-il , peint seulement un noble état ; il s'entend de l'homme de qualité vivant avec la noblesse et l'éclat que son rang lui impose : si cet homme de la cour aime le bien par goût , sans intérêt; si , loin de jamais nuire à personne , il se fait estimer de ses maîtres , aimer de ses égaux et respecter des autres , alors cette acception reçoit un nouveau lustre. — Mais un homme de cour , en bon français , est moins l'é- \ nonce d'un état que le résumé d'un caractère adroit , liant , mais réservé , pressant la main de tout le monde en glissant chemin à travers ; menant finement son intrigue avec l'air de toujours servir; ne se faisant point d'ennemis, mais donnant , près d'un fossé , dans l'occasion , de l'épaule au meilleur ami , pour assurer sa chute et le remplacer sur la crête ; laissant à part tout préjugé qui pourrait ralentir sa marche; souriant à ce qui lui déplaît, et critiquant ce qu'il approuve , selon les hommes qui l'écoutent , etc. »

D'ailleurs de cour n'indique pas plus une cour qu'une autre , une seule cour que plusieurs ; de la cour indique spécialement la cour du pays où se trouve celui qui parle. En employant l'expression poisson de mer , on ne songe pas à telle ou telle mer en particulier ; mais poisson de la mer se dit , dans une localité , du poisson qui vient de la mer déterminée dont est proche cette localité.

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