‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 811 sur 881 · BOIL · texte numérisé non relu

BOIL

Vil essaim (de rimeurs) qui fourmille sans cesse.

Del.

Tout fourmille d'ingrats, à la cour, à la ville. Dest.

« De certains personnages qui ont des couronnes, je ne dis pas des comtes ou des marquis dont la terre fourmille, mais des princes et des souverains. » Labr. « Ce pays-ci fourmille de gens oisifs qui se font des plaisirs de ce qui, pour des gens sensés, ne serait qu'un objet de mépris et de pitié. » Bach. « Le comté d'Eu fourmillait de faux sauniers, » S. S. « Les pays où l'on emmaillotte les enfants sont ceux qui fourmillent de bossus, de boiteux...., de gens contrefaits de toute espèce. » J. J. — Fourmiller se prend volontiers aussi en mauvaise part quand il est question, non d'une multitude de personnes, mais d'une multitude de choses. « Paris fourmille d'écrits qui portent mon nom, mais dont peu de gens sont les dupes. » J. J. a Votre gouvernement fourmille d'abus. » Volt. « Nous passons une multitude d'anachronismes, de méprises, d'ignorances et de fables qui fourmillent dans ces livres. » Id.

C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent, Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent.

Boil.

Regorger se dit de ce qui abonde à la manière d'un fluide qui, ne pouvant tenir tout entier dans la gorge ou dans quelque autre canal, reflue, en sort pour se répandre. Ce mot suppose un contenant où les choses en question sont rassemblées et d'où elles débordent. Une province abonde en blés; des greniers regorgent de blés. «Ils engraissent tout ce qui les entoure, hommes et bestiaux, des biens dont regorgent leurs granges, leurs caves, leurs greniers. » J. j. « Nos bibliothèques regorgent de livres de théologie. » Id. a Les antichambres regorgentde serviteurs mieux nourris, mieux vêtus.... » Volt. « Nos arsenaux et nos ports sont remplis de canons et de vaisseaux que nous avons enlevés à ces puissances ; il en regorgent au point que.... » Bern. — D'ailleurs, regorger, rejeter ou sortir de la gorge, qui en a de trop, semble renchérir sur ses synonymes, et marquer non pas

SUPPLEMENT

seulement une grande mais une très-grande et même une trop grande quantité. « Toutes ces superfluités dont regorgent nos palais. » Del. « Comme ces femmes regorgent de train., de splendeur et de dignités, elles se délassent volontiers avec la philosophie ou la vertu. » Labr.

D'éloges on regorge, à la tête on les jette, Et mon valet de chambre est mis dans la gazette.

Mol.

Pulluler, latin pullulare, de pullus, petit, rejeton, c'est abonder en choses ou comme les choses qui font des petits ou multiplient beaucoup, qui vont se reproduisant d'une manière extraordinaire, a Les frères doivent se réunir pour résister aux méchants, dont on m'a dit que la race pullule. t> Volt. « C'est une chose infâme que les Fréron pullulent, et que les aigles n'aient point de petits. » Id. « Orose proteste dans ce mémoire qu'il a ramassé toutes les plantes de perdition qui pullulent dans la secte des priscillianites. » Id. « Les rats se multiplient toujours trop, et dans certaines années pullulent à un tel point, qu'ils dévorent toutes les graines. » Buff. L'amour a varié ses lois à l'infini dans cette foule d'insectes qui pullulent au sein de la terre, des forêts, des eaux et des airs. » Bern. — Cette idée de propagation est unique et parfaitement distinctive du mot, au figuré comme au propre. Que des hérésies fourmillent quelque part, cela signifie qu'il y en a beaucoup ; mais dire qu'elles y pullulent, c'est faire entendre qu'elles s'y engendrent et s'y étendent comme les mauvaises herbes, par exemple. a S'ils jugent que ce ne soit pas assez ôter le méchant que de le bannir pour faire pulluler ailleurs ses impiétés, comme celles de Nestorius se sont répandues en Orient par son exil.... » Boss. « La durée et le nombre des procès fait toute la richesse et l'autorité de la robe, et par conséquent il les faut laisser pulluler et s'éterniser. » S. S.

Foisonner, du français foison (à foison), est familier comme son primitif et d'un usage aussi rare pour le moins. Une s'en trouve guère d'exemples que dans des lettres et dans la poésie légère. « Quant à nos sottises intestines, elles commencent à foisonner un peu moins dans ce momentci. » Volt.

Mais savez- vous pourquoi? C'est que ceux qui raisonnent Sont en très-petit nombre, et que les sots foisonnent.

DEST.

Dans nos sociétés les ennuyeux foisonnent. Del. Lui dont l'esprit foisonne en adresses nouvelles. Laf. Bon, se dit-il (l'Amour), nous allons moissonner ; Car le climat doit en cœurs foisonner. Id. Ne faut-il que délibérer?

La cour en conseillers foisonne; Est-il besoin d'exécuter?

L'on ne rencontre plus personne. Id.

A la santé du parterre :

Le ciel veuille allonger ses jours!

Et que dans notre gibecière Son argent foisonne toujours.

(Arlequin dans la Suite de la Foire). Regn.

ABORD, ACCÈS (ABORDABLE, ACCESSIBLE; — INABORDABLE, INACCESSIBLE). Ces mots se disent en parlant des choses et des personnes à

l'égard desquelles on cesse d'être éloigné. L'abord ou l'accès d'un port, d'une ville, d'une place, d'une montagne ; un homme d'un abord ou d'un accès difficile.

V abord, d'à et de bord, est simplement l'approche, et de là vient qu'on dit également les abords et les approches d'une place; l'accès, latin accessus, accès, entrée, lieu par où on entre, est l'entrée. Ce qui défend l'abord d'un lieu ou d'une chose empêche qu'on n'y 'arrive, qu'on ne vienne auprès, qu'on n'en approche.

On n'en approche plus (de cette fontaine) : deux monstres à l'entour

Interdisent Vabord d'une source si belle. Laf. Ce qui défend l'accès d'un lieu empêche qu'on n'y pénètre, le ferme.

Depuis quand entre-t-on dans ces lieux (le sérail),

Dont l'accès était même interdit à nos yeux? Rac.

Ensuite, abord se rapporte à la manière, à la manière dont on est accueilli, reçu, traité, quand on se rend auprès de la chose ou de la personne, et on lui donne des qualifications en conséquence. Ainsi Vabord d'une côte où règne la peste est dangereux pour un équipage.

Et du méchant Vabord contagieux N'altère point son innocence. Rac, Mais accès n'est relatif qu'à la possibilité, à la faculté d'entrer, de s'introduire dans le lieu ou chez lapersonne. L'accèsest donné (Boss., Volt.), permis (Laf., Corn.), ouvert (Mol.)ou fermé (Id.); et on dit absolument avoir accès quelque part, et non pas abord, pour, y avoir ses entrées. — Une personne d'un abord difficile est rude, brutale farouche. « Lucullus était d'un abord difficile : il avait le commandement rude... il ne savait point se concilier les esprits par un air de bonté et de douceur, et des manières insinuantes. » Roll. Mais une personne d'un accès difficile ne laisse pas aisément pénétrer chez elle, ferme sa porte à presque tout le monde. « Qui est cet homme qui parle si souvent à vos ministres qu'on dit être d'un accès si difficile? » Montesq. « Auguste n'excite pas seulement Virgile et Horace par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui. » Boss. %

Mêmes différences entre abordable et accessible, entre inabordable et inaccessible. L'homme abordable est gracieux, affable, accueille les gens avec douceur; l'homme accessible ne se renferme point, laisse venir chez lui qui veut. Une batterie de canons rend une côte, un vaisseau, un port, un rempart inabordable; une inondation et des embarras rendent une brèche inaccessible (Boss.), et en général un lieu inaccessible est impénétrable. Un trône est inabordable (J. B. Rouss.), ce n'est pas quelque chose en quoi il s'agisse d'entrer ; mais un empire (Fén.) et une forêt (Roll.) sont inaccessibles. Des rochers inabordables rendent une ile inaccessible. « La côte est formée de rochers inabordables. L'île serait inaccessible, s'il ne se trouvait des passages dans les récifs. » Bern. — Une personne inabordable n'est point du tout, comme le prétend l'Académie, un homme de difficile accès, mais un bourru, un homme mal gracieux, d'humeur fâcheuse, dont les manières choquent et rebutent ceux qui l'approchent en toute

liberté. « Qu'il soit permis aux grands d'être fâcheux, inquiets, inabordables, qu'ils regardent comme un droit acquis à la prospérité d'accabler encore de leur humeur des malheureux qui gémissent.... Grand Dieu! serait-ce donc là le privilège des grands? » Mass. « On leur avait assuré (à des officiers curieux de voir J. J. Rousseau) que j'étais un loup-garou inabordable. » J. J. « Comment vous y prendrez-vous pour apprivoiser cet ours presque iiiabordable? » Id. Mais un homme inaccessible est un homme de difficile accès, c'està-dire qui ne laisse pas aisément pénétrer jusqu'à lui. « Les gens intéressés qui obsèdent les rois sont ravis de les voir inaccesibles. » Fén. a Le sultan, enfermé dans son sérail, ne voit que par les yeux de son grand vizir : ce ministre, aussi inaccesible que son maître, est d'ordinaire trompé.» Volt. — Comme accès signifie l'entrée et inaccessible ce où l'entrée n'est pas permise, cet adjectif se dit bien de l'âme considérée en tant qu'elle ne se laisse pas pénétrer de certains sentiments. Inaccessible aux frayeurs de la mort ( Boss. ) } aux consolations (Laf.).

Il oppose à l'amour un cœur inaccessible. Rac. ABORD, ACCUEIL, RÉCEPTION. Traitement fait à une personne quand on vient à être avec elle, dans une rencontre ou une entrevue.

Abord est de ces trois mots le plus distinct. Il désigne aussi bien le traitement fait par la personne qui arrive que celui qui est fait par la personne vers laquelle on arrive; au lieu que accueil et réception signifient exclusivement le traitement fait par la personne vers laquelle on arrive ou qui reçoit, a On introduisit Auguste dans l'appartement d'Antoine. Leur abord fut froid. » Vert. Omphis, roi des Indes, vint trouver Alexandre. « Leur abord se passa avec beaucoup de civilité. » Vaug. « J'attendis de sang-froid Mme de Velbac. Rien de plus leste et de plus délibéré que son abord ; rien de plus naturellement poli que mon accueil. » Marm. « J'aperçus un jour La Dornal à la comédie avec Senecé. J'allai trouver celui-ci comme pour lui demander une place. Mon abord les déconcerta l'un et l'autre.... La Dornal finit par me faire un accueil assez flatteur. » Ducl. — Outre ceia, l'abord se rapporte plutôt à l'air, et même à l'air qu'on a constamment à l'égard des personnes; au lieu que Y accueil et la réception regardent proprement les manières ou les procédés dont on use dans l'occasion. Telle personne a Yabord ou un abord doux ou choquant, et dans une certaine circonstance elle vous fait un bon ou un mauvais accueil, une bonne ou une mauvaise réception. — Enfin Yabord est surtout facile ou difficile, et le mot s'emploie particulièrement bien en parlant d'un grand, pour exprimer qu'il est ou qu'il n'est pas accessible. Bossuet dit de François Ier que son abord gagnait tout le monde, a Le duc de Monmout'h avait un abord attrayant, un air de grandeur.... » Ham. « Son abord facile (de Vononès, roi des Parthes) , son affabilité générale, vertus inconnues aux Parthes, étaient à leurs yeux des vices nouveaux. » D'Al. k Je me soucie fort peu que Colbert ait eu la physionomie rude et basse, Yabord glaçant. » Volt. « L'abord de Grimm fut celui du comte de Tuffière, à peine

daigna-t-il me rendre le salut. » J. J. Si quelquefois on se sert abusivement d'accueil dans le sens caractéristique d'abord, c'est-à-dire pour fairt connaître comment on accueille ou on reçoit habituellement, c'est quand il s'agit de dépeindre , non quelque personnage considérable, mais un homme du commun. Dans YÉcole des maris, Valère dit de Sganarelle :

Il a le repart brusque et Yaccueil loup-garou. Mol. Accueil et réception, de leur côté, ont aussi leurs nuances particulières provenant surtout de ce que le premier est un mot tout français, et le second un mot pris du latin (receptio, de recipere. recevoir) et ayant encore la physionomie toute latine. Il y a dans Yaccueil plus de familiarité, de cordialité ou de faveur, et dans la réception plus de cérémonie et de pompe. On est sensible à un bon accueil; on est honoré d'une bonne réception. On dit un accueil doux (Corn., Regn.), doux et poli (Marm.), favorable (Corn., Bourd.), gracieux (Volt.), obligeant (J. J.), aisé, tendre et familier (Mariv.), Yaccueil de l'amitié (J. J.) ; mais on dit une réception honorable (Roll.), superbe (Boss.), magnifique (Bourd.), solennelle (Id.), la grandeur d'une réception (Delaf.), les cérémonies et la magnificence des réceptions (Ham.), et quand Labruyère et Voltaire racontent comment Louis XIV reçut le roi Jacques d'Angleterre après qu'il eut été détrône, c'est du mot de réception qu'ils se servent. Rollin rapporte que, Lélius et Massinissa étant venus trouver Scipiondanssatente en Afrique, Scipion leur fit à tous deux un accueil également amical et gracieux; mais, dans un autre endroit, il rappelle la glorieuse réception qui fut faite à Varron, à son retour après une défaite dont il avait été la principale cause. « M. de Wolmar amène à sa femme quelque bon vieillard ; elle lui fait un accueil charmant, qui marque la bienveillance et l'humanité de son caractère.... Le vieux bonhomme, de retour dans sa chaumière, raconte avec emphase la réception qu'on lui a faite, les mets dont on l'a servi...., et généralement ce qui peut donner du prix aux marques d'estime et de bonté qu'il a reçues; toute la maison croit jouir des honneurs rendus à son chef. » J. J.

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