ABORD (D), SUR-LE-CHAMP, AUSSITÔT
A L'INSTANT, TOUT DE SUITE, INCONTINENT . IMMÉDIATEMENT. Adverbes et locutions adverbiales qui signifient sans tarder, sans délai, sans perdre de temps.
D'abord, dès l'abord, au premier abord, sansaller au delà, sans pousser plus loin, vient de ab ordio, dès le commencement, et est opposé à ensuite. Il exprime qu'une chose se fait sans délai, parce qu'on la fait ou qu'on l'épuisé en un seul coup, sans avoir besoin d'y revenir à plusieurs reprises. « Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement : car ils veulent d'abord pénétrer d'une vue, et ne sont point accoutumés à chercher les principes. » Pasg. « Je l'ai d'abord reconnu. » Laf. « Adraste, d'un coup de lance, le rendit immobile; et son âme s'enfuit d'abord avec son sang. » Fén. « On allait droit à l'ennemi, et la force décidait d'abord. » Montesq. « Le dé-
faut de lumière nous empêche de discerner d'abord ce qui est le meilleur. » Laroch. Harpagon dit à son cuisinier : « Il faudra de ces choses dont on ne mange guère, et qui rassasient d'abord. » Mol.
Sur-le-champ, sur la place, sans changer de lieu, séance tenante, où qu'on se trouve, répond tout à fait au latin illico, in loco. Il se dit surtout en parlant d'une résolution, d'une mesure qu'on prend sans délai, sans tergiverser, sans délibérer davantage. Il rappelle l'idée de ce roi de Syrie qu'un ambassadeur romain avait sommé d'accepter la paix ou la guerre avant de sortir du cercle qu'il avait tracé autour de lui avec une baguette, ou bien encore l'idée d'une assemblée qui ne quitte le lieu de ses séances qu'après avoir adopté une certaine mesure. Dans le Lutrin, le prélat approuve le projet de Sidrac.
Il veut que sur-le-champ dans la troupe on choisisse Les trois que Dieu destine à ce pieux office. C'est-à-dire qu'il ne veut pas que Ton sorte avant d'avoir tiré les noms des trois élus.
Je voulais sur-le-champ congédier l'armée. Rac « Dans vos nouvelles lois, l'offensé se demande à lui-même la mort de son ennemi, il l'ordonne, il l'exécute sur-le-champ. » Pasc. œ Louis XI terminait sur-le-champ avec une netteté et un jugement admirables les choses qui demandaient une prompte résolution. » Boss. « Tout le peuple applaudit à cette peinture (du juste par Eschyle), et en fait sur-le-champ l'application à Aristide présent. « D'Ag. « On a fait sur-le-champ arrêter son premier ministre. » Montesq. a Ordonner de partir sur-le-champ. » J. J.
Aussitôt indique par sa composition une comparaison, une condition dans un événement antérieur formellement exprimé et que suit sans délai, dans le plus court intervalle, l'événement principal, sur lequel il appelle l'attention. Par là il se distingue nettement de ses deux premiers synonymes qui ne supposent rien d'antérieur. « Jamais personne n'osa me contredire sans être aussitôt puni. » Fén. « Les juges prononcèrent en faveur de Bias qui expira aussitôt. » Id. « Protésilas sourit ; toute l'assemblée se mit aussitôt à rire. » Id. « Je dis à ce père : Je voudrais que vous en eussiez de bonnes preuves. — En voulezvous? me dit-il aussitôt. » Pasc. « Je ne suis sorti que trois fois depuis votre départ, et je suis rentré presque aussitôt. » J. J.
Il n'est marmot osant crier Que du loup aussitôt sa mère ne menace. Laf.
L'aventurier rencontre une cité.
Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté : Le peuple aussitôt sort en armes. Id.
A l'instant se rapproche beaucoup d'aussitôt. Cependant il est plus précis. Aussitôt, c'est dans le même temps, à la même heure; à l'instant, c'est dans le plus petit intervalle de temps qui se puisse concevoir. Fénelon dit : a Ma volonté n'a qu'à vouloir, et le corps que j'appelle le mien se remue aussitôt; » c'est-à-dire simplement sans qu'il y ait beaucoup d'intervalle entre l'ordre et son exécution. Ailleurs il dit : « L'esprit veut, et tous les membres du corps se remuent à l'inslani; » c'est-à-dire subitement, en moins d'un
clin d'œil. Il faut donc se servir de cette locution toutes les fois qu'il s'agit d'une succession trèsrapide, instantanée, ponctuelle.
Qu'à ce monstre à l'instant l'âme soit arrachée. Rac. Cent coups étaient portés et parés à Vinstant. Volt- « Calypso fit signe aux nymphes : à Vinstant on chanta le combat des centaures. » Fén. « Finissez vos cruels discours, ou je vais vous fuir à Vinstant. » Beaum. « Si mademoiselle Goton m'eût ordonné de me jeter dans les flammes, je crois qu'à l'instartf j'aurais obéi. » J. J. « Songez à la manière admirable dont la règle exprime cette ponctualité: que tout autre ouvrage cesse à l'instant, quand il s'agit d'accomplir celui de l'obéissance. .1 Boss. « Quand l'action du cerveau ou du cœur cesse tout à fait, on meurt à l'instant. » Id.
Tout de suite, incontinent et immédiatement, ainsi que aussitôt et à Vinstant, annoncent une succession prompte et rapide entre des événements consécutifs; mais étant primitivement applicables à l'espace, ils font image dans l'acception ici considérée, ils indiquent qu'on ne peut rien mettre entre ces événements, qu'ils font suite, se touchent, ne laissent point entre eux de lacunes. Au surplus, chacun d'eux se distingue par quelque chose de particulier.
Tout de suite est du style simple et familier, comme beaucoup de locutions où entre le mot tout, tout de bon, tout exprès, tout au long, tout de travers, tout à loisir, etc. « Elle m'interrogea, m'examina : je ne lui déplus pas; et tout de suite j'entrai à son service. » J. J. « Ne comptez jamais mes lettres, ou rompons tout de suite. » Id. « Entre l'arrivée de Fénelon chez moi et le départ de Chirac il n'y eut pas une heure, et il alla tout de suite à Cambrai. » S. S. « Le bruit s'est accru.... La garde s'en est mêlée, et on a arrêté deux jeunes gens des plus acharnés.... On les a relâchés tout de suite. » Bach.
Incontinent, in continenti, en continuation de, outre qu'il est du style soutenu, marque transition prompte entre des événements semblables, dont le second tient au premier, y est contenu,, de manière qu'ils forment un tout continu ou qu'il y a continuité de l'un à l'autre.
Un cerf tomba malade.
Incontinent maint camarade Accourt à son grabat le voir. Laf.
Tout de suite n'eût point convenu; il est trop familier, trop prosaïque; à l'instant, à la minute, eût indiqué une promptitude qu'il n'est pas besoin d'exprimer ici. Aussitôt semblerait plus propre à remplacer incontinent; d'autant plus que Lafontaine dit ailleurs :
La femme du lion mourut;
Aussitôt chacun accourut.
Il y a pourtant une différence : aussitôt signifie qu'on ne tarda pas à accourir après la mort de la lionne; incontinent implique de plus que le concours forme un tout avec la maladie du cerf, qu'il en est la continuation, qu'on devait s'y attendre, que, le cerf étant malade, il était tout naturel qu'on accourût. « Incontinent après le combat, les consuls donnaient publiquement la louange ou le blâme. » Boss. « Après avoit dit dans le symbole : Je crois au Saint-Esprit, nous
ajoutons incontinent après la sainte Église catholique. » Id. « Agamemnon était demeuré d'accord avec Clytemnestre que, sitôt que Troie serait prise, il le lui ferait savoir par des flambeaux disposés de montagne en montagne, dont le second s'allumerait incontinent à la vue du premier, le troisième à la vue du second, et ainsi du reste. » Corn. « Une pauvre femme attaquée d'une humeur froide se présenta devant lui (Edouard III) , il la guérit incontinent en faisant le signe de la croix. » Volt. « Un soulèvement général de tout le royaume suivit incontinent celui de Lisbonne.» Vert. « Ce chien nagea jusqu'à ce qu'il abordât presque sans force à Salamine, et mourut incontinent sur 1 rivage. » Roll.
Immédiatement, de in négatif, et de médius, milieu, moyen, se dit quand il s'agit d'événements entre lesquels il y a contiguïté, une sorte de contact, qui se touchent, entre lesquels on ne peut rien intercaler, quoiqu'ils soient distincts et ne forment pas un tout continu. Changer immédiatement du blanc au noir (J. J.), c'est aller de l'un à l'autre sans transition, brusquement, sans intermédiaire, sans qu'on s'y attende ; incontinev,t en pareil cas serait un vrai contre-sens. a Faire que ces deux choses (la définition et le défini) soient tellement jointes et inséparables dans la pensée, qu'aussitôt que le discours exprime l'une, l'esprit y attache immédiatement l'autre. » Pasc. « Tu te trompes de croire que le pécheur soit souvent puni immédiatement après son crime. » Mal. «Les Suédois sont bien sûrs que Magog, fils de Japhet, leur donna des lois immédiatement après le déluge. » Volt. — D'ailleurs, au lieu que tout de suite est familier, et incontinent du haut style, immédiatement .appartient plutôt au langage de la métaphysique.
En résumé donc, on fait une chose d'abord, quand on la fait tout d'un coup, sans avoir besoin de s'y prendre à plusieurs fois, d'y revenir ensuite. On se détermine, on prend un parti ou une mesure sur-le-champ , sans hésiter. Une chose étant arrivée, une autre arrive aussitôt, ou elle arrive à l'instant si c'est instantanément, dans le plus bref délai, à la minute. Tout de suite est dû style commun, du style de la conversation. Incontinent, d'un usage relevé, mais de plus en plus rare, marque prompte succession entre des événements analogues d'un même drame, d'un même plan. Immédiatement a quelque air de métaphysique, et sert à marquer un prompt passage entre des événements divers entre lesquels il établit non continuité, mais contiguïté seulement.
ABOYER, JAPPER. Ces deux verbes expriment l'action du chien poussant la sorte de cri qui est particulière à son espèce.
Mais aboyer, du latin ad, à, vers, contre, et baubari, aboyer, hurler, est transitif, marque une action dirigée d'un certain côté, vers, après, contre une personne ou une chose ; au lieu que jap<per, verbe simple, ne contenant aucune préposition, est absolu, indique une action sans objet, sans relation avec qui que ce soit et avec quoi que ce soit. Un chien aboie aux voleurs, contre les passants, après tout le monde; il jappe à part soi, sans nécessité, par habitude, parce qu'il s'en-
nuie peut-être d'être renfermé, c'est plutôt une occupation qu'une attaque, ou du moins qu'une attaque précise. Madame Deshoulières, faisant l'apothéose de son chien, prétend qu'il est supérieur « au chien qui jappe là-bas, » c'est-à-dire à Cerbère, et elle ajoute :
Il démêle un sot de cent pas, Le poursuit, l'aboie, et le pille.
Voltaire a observé cette différence d'une manière encore plus rigoureuse en parlant de certains libellistes : « On ne peut fermer la gueule à ces roquets-là, parce qu'ils jappent pour gagner un écu; ils ont plus aboyé contre Louis XIV que contre son historien. » .
Outre cela, aboyer se dit de tous les chiens, mais japper convient surtout quand il est question des moins gros. Japper paraît être une onomatopée {hap, hap), un mot formé par imitation des cris courts, continuels et multipliés des petits chiens. « Tous nos déclamateurs crient à l'idolâtrie comme de petits chiens qui jappent quand ils entendent un gros chien aboyer. » Volt.
ABRÉGÉ (EN), EN RACCOURCI. D'une manière peu étendue, peu développée, sans détails.
En abrège' est l'expression ordinaire. On dit (Boss.), on rapporte (Id., Pén., Roll.) une chose en abrégé; une chose en contient, en renferme une autre en abrégé (Bourd., Boss., Fén.). « La proposition est le discours en abrégé. » Fén. En raccourci fait image ; c'est une façon de parler figurée, prise de la peinture ; elle ne s'emploie qu'à l'égard d'objets mis sous les yeux de l'esprit, et susceptibles de leur paraître accourcis par l'effet de la perspective. « Les anciens taillaient l'émeraude en creux régulier dans lequel venaient se peindre les objets en raccourci. » Buff. On présente (Buff., S. S.) ou on représente (Boss.) les choses en raccourci. « Voilà en raccourci tout le portrait de ce grand saint. » Bourd. « J'emprunterai ici le pinceau de Tite-Live pour tracer en raccourci le portrait d'un homme si fameux. » Roll. « Le voilà ce tableau que je vous ai promis; la voilà représentée au naturel et comme en raccourci cette immortelle beauté de la morale chrétienne. » Boss. a Lafontaine, dit, en parlant du paysan du Danube, qu'il va dépeindre en peu de mots :
Voici le personnage en raccourci.
Une histoire en abrégé (Sév.) ; une description en raccourci (Buff.). Conter une chose en abrégé (Acad.); exposer une affaire en raccourci (Id„).
ABSENCE, ÉLOIGNEMENT. Défaut de présence d'une personne en un lieu où elle a coutume d'être.
Absence exprime proprement que la personne n'est plus là, abest; et éloignement, qu'elle est loin de là. Ainsi, sous le rapport de la distance, absence dit moins qu'éloignement. « Elle jugea que Yabsence seule et Véloignement pouvaient lui donner quelque force. » Delaf. « L'absence et Véloignement de l'héritier légitime n'empêcha point la plupart des provinces de regarder toujours le Bourguignon comme un usurpateur. » Vert. — Le malheur de l'absence consiste à ne pouvoir plus vivre ensemble , et il est d'autant plus grand que l'absence dure plus longtemps. Dans la fable des
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deux pigeons, le sédentaire dit à celui qui veut voyager :
Vabsence est le plus grand des maux.
« Je suis déjà trop vivement touchée du désir extrême de vous revoir, et de la tristesse d'une aiyiée d'absence. » Sév. « Faire consister le mal de Vabsence dans la privation de la vue. » Boss. Mais le malheur de Yéloignement consiste à ne pouvoir plus que difficilement communiquer, donner et recevoir des nouvelles, et il est d'autant plus grand qu'on est séparé par un plus long espace. « Vous savez quel déplaisir nous avions de la perte de je ne sais quelle ville, lorsqu'il y avait dix jours qu'à Paris on se réjouissait que le prince d'Orange en eût levé le siège ; c'est le malheur de Yéloignement. » Sév. « N'admirez-vous point les erreurs et les contre-temps de Yéloignement ? Je suis en peine de vous quand vous êtes en honne santé ; et quand vous serez malade, une de vos lettres me redonnera de la joie, » Id. « V éloignement cause nécessairement ces propos rompus. » Id.
D'autre part, absence, substantif pur, signifie quelque chose d'absolu, d'idéal, de simplement conçu ou possible, au lieu qxY éloignement, substantif verbal, désigne quelque chose d'effectif, quelque chose qui s'est fait ou a eu lieu. « Cent fois, en lisant des romans, j'ai ri des froides plaintes des amants sur Y absence.... Je ne sais quelle idée consolante et douce tempère en moi l'amertume de votre éloignement, en songeant qu'il s'est fait par votre ordre. » J.J. « Il me semblait que j'aurais porté plus patiemment sa mort ou son absence, et que j'avais moins souffert tout le temps que j'avais passé loin d'elle. Quand je gémissais dans Yéloignement, l'espoir de la revoir soulageait mon cœur. » Id. — Vabsence est un état : les peines (Acad.) , les tourments (Mol.) de Vabsence. V éloignement est un fait, un départ ou une expulsion, ou c'est l'état qui en résulte. « Je voudrais bien que vous ne me missiez point dans le nombre de ceux que vous trouvez qui souhaitaient votre départ, puisque rien ne peut m'être si dur ni si sensible que votre éloignement. » Sév. « Henri, comte d'Erbi, fils du duc de Lancastre, maltraité par le roi et chassé du royaume, se retira en France. Les Londriens souf-, frirent son éloignement avec une extrême impatience. » Boss. Nous pleurons lors de Yéloignement d'une personne qui nous est chère, c'est un fait ou un événement qui nous cause de la douleur; nous profitons de son absence, c'est-à-dire de l'état amené par son élo ignement , pour faire telle ou telle chose. — Comme on dit bien absence et éloignement, parce qxYéloignement suppose la personne à une plus grande distance ; de même on trouve dans les meilleurs écrivains éloignement et absence (Boss., Sév J, et c'est sans doute parce que Yéloignement est le fait qui produit l'état signifié par absence.
ABSOLU ARBITRAIRE, DESPOTIQUE. Êpithètes dont on se sert pour qualifier un pouvoir ou une autorité autocratique et sans bornes.
Absolu, du latin absolutus, délié, dégagé, libre, marque proprement l'indépendance, l'exemption de contrôle, l'exemption d'une puissance capable
de restreindre celle dont il s'agit, de s'y opposer ou de la contredire. « Quelque absolue que fût l'autorité des rois chez les Perses, elle était pourtant retenue dans certaines bornes par l'établissement du conseil que l'Etat leur donnait, conseil composé de sept des principaux chefs de la nation. » Roll. « Les bâchas ne sont point absolus dans leurs provinces; ils dépendent de leur divan.» Volt, « Les mages, sont-ce des rois absolus, ou dépendants d'un plus grand empire?» Boss. «Les princes sont des dieux et participent en quelque façon à l'indépendance divine.... Samuel déclare aux Juifs, sur ce fondement, que la puissance de leur prince sera absolue, sans pouvoir être restreinte par aucune autre puissance. » Id. «Limiter le pouvoir absolu. » Staël. « Autrefois le roi ne prenait jamais rien sur les peuples par sa seule autorité; c'était le parlement, c'est-à-dire l'assemblée de la nation, qui lui accordait les fonds nécessaires pour les besoins extraordinaires de l'État. Qu'est-ce qui a changé cet ordre, sinon l'autorité absolue que les rois ont prise? » Fén. «Cette nouvelle pratique choque la monarchie qui est absolue et indépendante. » Laroch. « Le roi a une puissance absolue pour faire le bien, et les mains liées dès qu'il veut faire le mal. » Bern.
Arbitraire, qui agit arbitrairement, à son gré, suivant sa seule volonté (en latin arbitrium), emporte l'idée odieuse de quelque chose d'illégitime, de contraire à des règles, de capricieux, idée qui n'est point du tout essentielle à absolu; car, avec un pouvoir absolu, il se peut qu'un roi, s'il est sage et bien conseillé, tienne compte des lois, n'entreprenne et ne fasse rien qui n'y soit conforme. « Une domination arbitraire et sans règles. » Roll. « La Chine est gouvernée par les lois, et non par une seule volonté arbitraire. » Voltî « 11 ne faut pas imaginer que l'empire ottoman soit un gouvernement arbitraire en tout, où la loi permette aux caprices d'un seul d'immoler à son gré des multitudes d'hommes. » Id. « Souvent, sous les empereurs romains, on ne daignait pas recourir à la vaine formalité des lois ; la puissance arbitraire emprisonnait, exilait, ou faisait mourir à son gré. » Thom. <• Un gouvernement assez arbitraire pour que toutes les jouissances du pouvoir et de la fortune dépendent uniquement de sa faveur. » Staël. « Savez-vous ce que c'est que l'anarchie, ce que c'est que la puissance arbitraire, et ce que c'est que la royauté réglée par les lois, milieu entre les deux extrémités? » Fén.
Despotique renchérit sur arbitraire. Sous Tarquin le Superbe l'autorité, dit Rollin, « dégénéra en un pouvoir arbitraire et despotique.» «La philosophie ne rend impropre qu'à gouverner arbitrairement, despotiquement, et d'une manière méprisante pour l'espèce humaine. » Staël. Despote, grec ôecTTtoTriç, signifie originairement le maître d'un esclave ; si bien que le pouvoir ou le gouvernement despotique suppose qu'on commande à des esclaves, à des hommes qui ne possèdent rien en propre!, qui sont aveuglément soumis et dont on dispose comme d'un troupeau. «Ce gouvernement despotique n'est que le droit des brigands. » Volt. « Que deviendrait un pays gouverné despotiquement, si un tyran au-dessus de toutes les lois n'a-
vait rien à craindre des poignards? » Staël. D'ailleurs, au lieu qu' arbitraire est plus propre à caractériser la volonté et les résolutions, despotique a plus de rapport aux actions etàla conduite. Rien ne se décide que par la volonté du prince sous un gouvernement arbitraire ; il faut que tout plie sous un gouvernement despotique. * Henri VIII était despotique avec brutalité. -» Volt. « L'objet du père Tellier était le règne despotique de sa société, et la destruction radicale non-seulement de tout ce qui y était contraire, mais de tout ce qui n'y serait pas soumis jusqu'à l'abandon aveugle.» S. S.
A Rome on suspendit toutes les autres magistratures lorsqu'on créa les décemvirs, et on donna à ceux-ci un pouvoir absolu dont ils usèrent avec beaucoup de modération. L'année suivante on en créa d'autres entre les mains desquels le pouvoir devint bientôt arbitraire : ils portèrent des jugements, rendirent des décrets, se continuèrent dans leur magistrature, sans avoir égard aux lois, sans assembler le sénat ni le peuple, sans prendre conseil que d'eux-mêmes, sans autres règles que leur volonté capricieuse. Joignant la violence à l'arbitraire, l'un d'eux, App. Claudius, s'arrogea un pouvoir despotique, se conduisit despotiquement , particulièrement dans l'affaire de Virginie ; en sorte que le peuple et l'armée, indignés de ses attentats, unirent leurs efforts pour sortir d'esclavage en secouant le joug du tyran.
ACCABLÉ, SURCHARGÉ. Qui a d'une chose ou de certaines choses en trop grande quantité, qui y succombe.
Accablé est plus général et convient seul à l'égard de plusieurs sortes de choses ordinairement désagréables sous lesquelles on gémit : accablé de douleur, de misère, d'ennuis, de vieillesse. Surchargé ne se dit guère que quand il est question d'affaires ou de travaux, c'est-à-dire de choses dont on a charge ou qu'on est chargé de faire. « Il est fort doux d'être occupé, mais il est dur d'être surchargé. » Volt. — La nécessité des affaires oblige Dioclétien à partager l'Orient et l'Occident entre lui et Maximien ; chacun d'eux surchargé se soulage en élisant deux césars. Par cette multitude d'empereurs et de césars, l'État est accablé d'une dépense excessive. » Boss. « Je suis un pauvre diable d'ermite, accablé de maux, et surchargé d'un travail ingrat et pénible. » Volt.
Mais quand accablé se prend dans le sens particulier de surchargé et s'emploie en parlant des mêmes choses, il dit plus, il renchérit, et doit par conséquent se mettre après. « Être à Dieu, quand il n'y aura plus à reculer, et que, surchargés, accablés de dettes, il faudra par une pénitence précipitée apaiser sa justice. » Bourd. a Je suis surchargé, accablé, écrasé de visites, de lettres et d'affaires. » J. J.
ACCABLER, OPPRIMER, FOULER. Un roi ou un gouverneur de province accable, opprime ou foule ses sujets, c'est-à-dire qu'il ne les ménage point, qu'il leur impose des charges trop fortes.
En les accablant, au lieu de les soulager, il les ruine, il leur ôte leurs ressources, il les met dans un état de faiblesse et de misère dont il doit finir par se ressentir lui-même. En les opprimant, au
lieu d'être leur protecteur, il exerce contre eux des violences, des injustices et des inhumanités qui le rendent odieux. Il les foule, quand il les grève ou les surcharge, quand il en exige trop, sans autre idée accessoire.
Les peuples accablés gémissent sous le poids des impôts. « Louis XI commençait à être touché des misères extrêmes de son peuple, qu'il avait accablé plus que les rois ses prédécesseurs. » Boss.
Et le peuple accablé, poussant de vains soupirs,
Gémissait de leur luxe, et payait leurs plaisirs. Volt. Les peuples opprimés conçoivent et nourrissent des sentiments de haine et de rébellion. « Pour prévenir les révoltes, ils abattent les murs des villes, qui pourraient servir de défense au peuple opprimé, v Cond.
Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent
Les pleurs de l'innocent que vous faites couler,
Mon vengeur est au ciel, apprenez à trembler. Volt. Les peuples foulés perdent leur aisance, sont gênés, appauvris. « Les gouverneurs qui avaient précédé Néhémias avaient beaucoup foulé ce pauvre peuple. » Boss. « Cela lui servirait à se frayer un chemin au trône d'Espagne sans trop fouler les alliés. » S. S. « Beaucoup d'impôts étaient payés en denrées ; usage qui foule bien moins le peuple que celui de payer leurs tributs en argent. » Volt.
ACCOUCHEUSE, SAGE-FEMME. Femme qui en assiste une autre en travail d'enfant.
L'accoucheuse accouche, aide à faire sortir l'enfant du sein de la mère, c'est une sorte de chirurgien. Sage-femme est le terme vulgaire et marque la condition : la sage-femme donne des soins à la mtre et à l'enfant, c'est une sorte de garde-malade en même temps qu'une nourrice ou une bonne provisoire. Une bonne accoucheuse est habile; une bonne sage-femme est douce, empressée, prudente, attentive.
Accoucheuse n'a rapport qu'au talent, à l'opération et aux connaissances qu'elle présuppose. « Hippocrate n'a débité sur la manière dont les femmes s'y prennent pour faire des enfants que des raisonnements d'accoucheuse. *> Volt. « Platon ne considère dans la génération que l'harmonie du nombre trois : l'engendreur, l'engendré, et la femelle dans laquelle on engendre; ce qui compose une proportion harmonique, et ce qu'une accoucheuse ne comprend guère. » Id. — Sagefemme a rapport à la profession et à tout ce qui la concerne. Beaucoup de sages-femmes prennent des pensionnaires. « Les sages-femmes et les nourrices trompent quelquefois les familles sur les enfants (par des substitutions). » F en. « Les enfants ne sortent des mains de la sage-femme que pour passer dans celles d'une nourrice. » J. J.
On dira que Phénarète, mère de Socrate, était accoucheuse (Fén.), si on veut, par exemple, rappeler ce mot de Socrate, que, 'comme sa mère aidait les femmes à mettre leurs enfants au monde, il aidait les esprits à produire leurs pensées. Mais on dira qu'elle était sage-femme (Cond., Roll.), s'il s'agit simplement de faire connaître l'extraction du philosophe.
ACCUSER, REPROCHER, TAXER. Imputer à quelqu'un quelque action mauvaise ou quelque
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défaut : accuser quelqu'un de négligence, lui reprocher sa ou de la négligence, le taxer de négligence.
Accuser et reprocher d'abord diffèrent l'un de l'autre d'une manière palpable. « Vaccusation se fait à un tiers; le reproche se fait à la personne même qu'on blâme. » Cond. Vous accuser de quelque chose, c'est vous signaler, vous dénoncer, vous déférer aux tribunaux ou à l'opinion ; mais vous reprocher quelque chose, c'est vous le représenter à vous-même, vous le remettre en quelque sorte sous les yeux. Un pécheur qui s'accuse de ses fautes les déclare à un confesseur pour en obtenir l'absolution ; un pécheur qui se reproche ses fautes les repasse dans son esprit, se les remontre à lui-même pour s'exciter au repentir. — On accuse proprement de crimes ou d'injustices, de quelque chose de manifeste et de public; mais on reproche plutôt des vices, ou bien, dans tous les cas, quelque chose de secret, de moins connu ou de moins susceptible de l'être. « On n'accusait pas Jésus- Christ d'avoir voulu introduire une secte nouvelle.... On ne lui reprochait pas d'avoir prêché publiquement contre la loi. » Volt. Dans cet exemple le second membre de la phrase explique le premier : accuser, c'est reprocher d'avoir commis quelque attentat ou mauvaise action publique. « Le Sauveur du monde reprocha aux Juifs tous les autres vices, mais il ne les accusa jamais d'impiété dans les sacrifices qu'ils présentaient à Dieu.» Bourd. « La trahison dont je V accusais, les desseins secrets que je lui reprochais lui firent connaître le sujet de ma fureur. » J. J. « Lysandre, ayant remporté la victoire sur les Athéniens, on jugea les prisonniers; on accusa les Athéniens d'avoir précipité tous les captifs de deux galères.... Ils furent tous égorgés.... Lysandre reprocha à Philoclès, avant de le faire mourir, qu'il avait dépravé les esprits. » Montesq.
Taxer se distingue d'accuser, de la même manière que reprocher. Au lieu qu'on accuse de quelque chose d'effectif, de notoire et d'éclatant on taxe de quelque chose de particulier à la personne, de quelque chose qui est du ressort de la conscience plutôt que du ressort des lois ou de l'opinion, a Là on vous accuse de perfidie, on vous taxe de mauvaise foi. » Mass. On accuse d'injustice, de tyrannie, de correspondance avec l'ennemi ; on taxe de fausseté, d'avarice, d'hypocrisie. « Un directeur m'a dit : Vous, que l'on prétend si riche, comment n'appréhendez-vous pas que l'on vous taxe d'avarice en exigeant sévèrement un payement pour vos ouvrages?... J'ai répondu : Feu la maréchale d'Estrées avait deux cent mille livres de rente; jamais je n'en ai pu tirer une bouteille de vin de Sillery sans lui avoir donné un .écu de six francs, et personne ne V accusa d'avarice ni d'injustice. » Beaum. — Toutefois taxer est loin d'équivaloir à reprocher. En vous taxant d'être avare, je déclare que vous l'êtes. Mais en vous reprochant d'être avare, je vous blâme de l'être, je cherche à vous en faire rougir; ce n'est plus de ma part une qualification, c'est une réprimande, une sorte de censure. L'action de taxer consiste à avancer le fait, à l'établir ou à prétendre l'établir ; celle de reprocher suppose le fait
établi, et le prend pour texte ou pour sujet d'une semonce. Taxer témérairement et reprocher trop durement, deux excès également condamnables. ACQUIT, DÉCHARGE. Faire quelque chose pour Yacquit ou pour la décharge de sa conscience, c'est la faire pour ne l'avoir plus sur la conscience, afin d'avoir la conscience tranquille à cet égard.
Acquit fait concevoir une dette qu'on paye et convient particulièrement quand il s'agit de quelque chose qu'on donne. Dans le Légataire de Regnard, Crispin s'excuse d'avoir légué une trèsforte somme à Lisette, en disant qu'il l'a fait pour Yacquit de sa conscience. Mais au mot décharge est attachée l'idée d'un fardeau dont on se soulage comme il arrive au pénitent qui dépose aux pieds du prêtre le poids de ses fautes. Aussi est-ce le mot dont on se sert de préférence avec le verbe confesser : « Il faut Confesser, pour la décharge de ma conscience, que j'ai emprunté des vers et quelques images de Francisco Santos. » Les.
Ensuite, ce qu'on fait pour Yacquit de sa conscience est d'une obligation moins stricte que ce qu'on fait pour la décharge de sa conscience ; si on ne le faisait pas, on resterait débiteur, on aurait de la négligence à se reprocher, rien de plus. « Je suis navré que vous soyez dupe à ce point, et que vous le soyez d'un homme si vil.... C'est pour Yacquit de ma conscience, et par un effet de mon tendre attachement pour vous, que je crois devoir vous instruire de ce qui vous intéresse. » D'Al. Ce qu'on fait pour la décharge de sa conscience est de devoir rigoureux; si on ne le faisait pas, cela pèserait sur la conscience, on serait coupable ou même criminel, et, religieusement parlant, on compromettrait son salut. « Ayant à vous remettre en d'autres mains, pour la décharge de sa conscience et pour votre propre salut, le pape pouvait-il rien faire de mieux que de vous remettre à celui que Jésus-Christ avait chargé de vous? » Boss.
ACQUITTER, LIBÉRER (S'ACQUITTER, SE LIBÉRER). Qu'une personne endettée cesse de l'être, vienne à être déchargée de sa dette ou de ses dettes, c'est ce qu'expriment ces deux verbes. Mais acquitter, quoique dérivé du latin, selon toute apparence, est un mot de la langue commune, et libérer, tout latin, liberare, délivrer, affranchir, est un terme de jurisprudence. Déplus, ils n'ont pas tout à fait la même signification.
On ïY acquitte et on ne s'acquitte qu'en agissant de façon à obtenir quittance, qu'en satisfaisant le créancier, qu'en payant. « De là ces promesses frivoles de vous acquitter, et ces chicanes infinies pour éloigner un payement. » Bourd. Mais on libère et on se libère sans payer, et, par exemple, en empruntant, en niant la dette ou en faisant banqueroute. « Je suis endetté; je vais, pour me libérer, emprunter cent mille écus. » Volt. « Le débiteur d'un créancier déniait la dette, et venait en justice de s'en libérer par serment. » Marm.
(c On voulait persuader au régent que le nouveau roi était dispensé de reconnaître les dettes de son prédécesseur, et ce moyen honteux et violent de libérer le trésor royal ne manquait pas
lk
d'apologistes.... Ceux qui, par leurs richesses, devaient porter le poids des contributions dont on avait besoin pour acquitter l'État auraient trouvé l'expédient de la banqueroute aussi légitime qu'il était commode. » Marm.
ACTIVITÉ, HÂTE. Ces deux mots donnent l'idée d'une manière de faire les choses remarquable par un grand développement de puissance ou de force.
Mais Vactivité se rapporte à la personne : c'est la qualité effective de quelqu'un qui est actif; on vante 1' 'activité de César. La hâte est relative au temps : on fait une chose ou les choses en grande hâte, en toute hâte, de façon à finir ou à arriver bientôt. Si vous manquez d'activité, vous êtes lâche, mou, languissant, sans ardeur ; si vous n'avez hâte, si vous ne faites hâte, votre démarche ou votre arrivée sera tardive.
Condillac assigne à hâte une autre nuance qui n'est pas moins propre à la caractériser. Elle consiste en ce que d'ordinaire la hâte, pour avoir plus tôt fait, néglige des choses qu'il ne fallait pas négliger. D'où il suit qu'elle est voisine de la précipitation. En allemand, hast, d'où vient certainement le français hâte, signifie un empressement précipité ou brusque. « Il m'apprit que ce discours avait été mutilé à l'impression et qu'on en avait retranché un article tout entier, supposant que c'était une omission d'inadvertance par la hâte où le voleur avait transcrit le discours. » J. J.
ADHÉRENT, COMPLICE, FAUTEUR. Homme attaché ou associé à un mauvais parti, partisan d'une mauvaise cause.
Adhérent, qui adhère, qui a de Y adhérence, c'est-à-dire qui est du même sentiment, de la même opinion qu'un autre, est principalement usité en matière de doctrine : on appelle de ce nom les sectateurs d'un hérésiarque et en général les disciples d'un maître qui enseigne le mensonge ou l'erreur. Les adhérents de l'antechrist (Boss.). « Un acte dont ni Luther, ni ses adhérents, ni ses adversaires n'ont jamais parlé. » Id. « Les impiétés de Nestorius se sont répandues en Orient par son exil et celui de ses adhérents. » Id. « L'un de ces députés suisses dit qu'il est prêt à soutenir le concile avec son épée, et de traiter les ennemis de l'Église comme ses compatriotes ont traité le curé Zuingle et ses adhérents. » Volt. « Le général (de cet ordre religieux) était janséniste, et disposé à tirer vengeance de l'espèce de persécution qu'Hudson avait exercée contre les adhérents à ses opinions. » Did.
Complice, du latin complex, qui est impliqué ou compris dans une mauvaise affaire, dans une accusation, se dit proprement en fait d'entreprises : un voleur, un assassin, un conspirateur ont des complices. « Le jeune homme est emprisonné comme complice de vol. » Bach. « Damiens n'était qu'un insensé fanatique, moins abominable que Ravaillac et Jean Châtel, mais plus fou, et n'ayant pas plus de complices que ces deux énergumènes. » Volt. « Cicéron avait été exilé pour avoir fait mourir sans observer les formes de la justice les complices de Catilina. » Roll. « Sans nous rendre complices des, mauvaises pratiques et
des injustes desseins de nos amis, nous nous serons acquittés d'une des plus essentielles obligations de l'amitié. » Bourd.
Complice enchérit sur adhérent par la raison que le crime a plus de gravité que l'erreur. Si donc les erreurs admises et professées par les disciples d'un maître sont considérées comme criminelles, comme des attentats, on ne dira plus qu'ils sont les adhérents mais bien les complices du chef qui les dirige. « Deux évêques espagnols vinrent demander à Maxime le sarig de Priscillien et de tous ses adhérents, qui disaient que les âmes sont des émanations de Dieu, que.... Maxime sentit toute l'énormité de ces crimes. Les saints évêques obtinrent qu'on donnât d'abord la question à Priscillien et à ses complices avant qu'on les fît mourir. » Volt. — Réciproquement, on appelle quelquefois adhérents plutôt que complices ceux qui prennent part à une entreprise jugée peu coupable. « Des adhérents de la cabale. » S. S. Goërtz vit en Hollande les adhérents du prétendant. » Volt.
Quant à fauteur, latin fautor, de favere, favoriser, il a cela de tout à fait particulier que, au lieu de supposer comme ses deux synonymes un inférieur joint et subordonné à un chef, il désigne un supérieur qui s'intéresse à une cause condamnable quelconque, soit en matière de doctrine, soit en fait d'actions. « Se promettre la grâce pour se maintenir dans l'habitude de son péché, c'est vouloir que la fidélité de Dieu le rende, tout Dieu qu'il est, prévaricateur et fauteur de notre iniquité. » Bourd. a Ne parlons point de ces prières abominables qui feraient des saints, s'ils les écoutaient, les fauteurs de nos vices. » Id. « Théodose, fauteur de l'hérésie d'Eutychès. » Cond. « Le pape Jean XXII déclara les Visconti hérétiques ; et comme l'empereur favorise les Visconti, il déclare l'empereur fauteur d'hérétiques. » Volt. « Les plaies que les papes facteurs de la Ligue ont faites à la France ont saigné pendant trente années. » Id. — D'ailleurs, la participation du fauteur est moins grande, moins ostensible et moins directe ; ce n'est point un membre, mais un simple protecteur; il approuve, il sympathise, il suit d'un œil bienveillant, il prête appui, rien de plus, et encore est-ce presque toujours sous main. Voltaire dit en parlant des extravagances des convulsionnaires : a Les fauteurs secrets du parti (janséniste) encourageaient cette frénésie. » a La disgrâce de Marivaux fut si complète, qu'il ne put même avoir pour consolateurs ses dangereux amis Fontenelle et La Motte, qu'on accusait d'avoir été les fauteurs secrets et peutêtre les complices de V Homère travesti. » D'Al. — Enfin, la coopération du fauteur étant vague et en quelque sorte lointaine, ce mot convient mieux quand il est question de quelque chose de général et d'idéal que quand il s'agit de quelque chose de particulier ou d'effectif. On dit les adhérents d'un docteur hérétique ou schismatique, et les fauteurs de l'hérésie ou du schisme; les complices d'un acte de tyrannie, et les fauteurs de la tyrannie. Il ne faut pas servir les hommes au point de se rendre complice de leurs désordres et fauteur de leurs vices (Bourd.). Les jésuites furent chas-
SUPPLÉMENT
ses de France en 1594 comme complices du parricide de Jean Châtel; soumis au despotisme dans leurs maisons, ils en sont les fauteurs dans l'État (Did.).
ADONNER (S'), SE DONNER, SE LIVRER, S'APPLIQUER. On s'adonne, on se donne, on se livre, on s'applique à un certain genre de travail ou d'exercice, c'est-à-dire qu'on en fait le sujet de ses occupations.
S'adonner, verbe inchoatif, est moins fort que se donner, il marque simplement la destination, la direction de l'activité vers (ad) ; on ne dit guère se donner sans ajouter tout entier.
Se livrer semble dès lors équivaloir à se donner; car se livrer , c'est aussi remettre sa personne de manière qu'elle ne soit plus disponible. Cependant à cette idée se livrer ajoute celle qu'on renonce à soi, qu'on s'abandonne, qu'on se donne sans réserve, sans mesure, avec excès. Si donc, pour l'ordinaire, on se donne tout entier, on se livre aveuglément, « La musique était pour moi une autre passion moins fougueuse, mais non moins consumante par l'ardeur avec laquelle je m'y livrais, par l'étude opiniâtre des obscurs livres de Rameau. » J. J. Montesquieu dit au sujet du jeu en France : « Les femmes y sont surtout trèsabandonnées. Il est vrai qu'elles ne s'y livrent guère dans leur jeunesse que pour favoriser une passion plus chère. »
S'appliquer suppose du soin, de l'attention à bien faire.
Il ne prenait de soin que pour la république-,
Et même le ménago où trop tard on s'applique
De ses plus jeunes ans n'était point négligé. Laf.
— D'ailleurs on s'applique surtout aux occupations de l'esprit, aux sciences (Fén., Mal.), à l'étude (Mal.), ou à ce qui demande de l'étude, comme un art. « Chez les Romains chaque esclave avait son pécule. Celui-ci faisait la banque ; celui-là se donnait au commerce de la mer ; l'autre s'appliquait à quelque art mécanique. » Monïesq.
Ainsi, s'adonner annonce l'occupation ordinaire de quelqu'un, sa sorte d'emploi ; se donner, une occupation qui absorbe entièrement; se livrer, une occupation qui passionne; et s'appliquer, une forte occupation d'esprit, une occupation attentive, diligente, exacte.
AFFAIBLIR, ATTÉNUER. Produire dans le corps de l'homme une certaine diminution.
Affaiblir exprime une diminution abstraite, pour ainsi dire, qui ne tombe pas sous les sens, une diminution de force; et atténuer, au contraire, une diminution visible, celle de l'embonpoint, un amaigrissement.
Ensuite, affaiblir signifie généralement quelque chose de fâcheux; au lieu qu'atténuer semble se prendre plus volontiers en bonne part. Les plaisirs affaiblissent le corps et abrutissent l'esprit (Fén.) ; à la cour de Louis IX on trouvait ce saint roi couvert d'un cilice, et atténué de jeûne (Bourd.). L'affaiblissement du corps constitue toujours un déchet ou un dommage ; mais il y a des femmes qui travaillent et réussissent à se donner un air de langueur, à se rendre intéressantes, en atténuant leur corps par le régime (Roll.) . Dans un sens dérivé, ainsi qu'en médecine et en droit criminel,
atténuer, atténuation, atténuant indiquent une diminution de mal, le contraire d'une aggravation.
Ajoutez que dans l'acception primitive où il se rencontre avec affaiblir, atténuer est d'un usage incomparablement plus rare, et que dans l'acception dérivée, où il est surtout usité, il est ou plus noble ou plus propre à être employé comme terme spécial de science, parce qu'il a cela de particulier qu'il reproduit exactement un mot latin (attenuare) .
AFFAMÉ, ALTÉRÉ. Ces deux mots s'emploient au figuré en parlant de certaines choses pour signifier en être avide, les désirer ardemment.
Mais les choses dont on est affamé sont de celles qui sont propres à être mangées, qui sont solides par conséquent; celles dont on est altéré sont bonnes ou comme bonnes pour la soif, c'est-à-dire liquides ou conçues comme telles.
Je cherche en affamé le pain vivifiant ;
Je cherche en altéré la fontaine de vie. Corn.
On dit également affamé et altéré de carnage, parce que dans le carnage on trouve en quelque sorte à manger et à boire. Mais on dira exclusivement, d'une part, affamé de richesses (Les., Del.), et, de l'autre, altéré de sang (Acad., Créb.).
D'ailleurs, la faim exprimant plus particulièrement que la soif un de nos appétits les plus bas, affamé, comme famélique, paraît convenir beaucoup moins que son synonyme au style noble ou en parlant de choses relevées. C est plutôt en conversation qu'on dira affamé de carnage : « Ho ! ho! il t'en faut donner de ces princes, ou plutôt de ces monstres affamés de carnage ! » Mercure à Charon. Fén. Mais dans la Henriade, Voltaire a préféré et dû préférer altéré de carnage.
Ces monstres furieux, de carnage altérés,
Invoquaient le Seigneur en égorgeant leurs frères. On voit dans le christianisme même beaucoup de gens affamés de plaisirs, et des plaisirs les plus grossiers (Bourd.); on en rencontre peu qui soupirent pour la justice éternelle, qui mettent leur bonheur à en être toujours altérés (Fén.).
Mêmes différences en allemand entre les mots correspondants hungerig et durstig.
AFFIDÉ, CONFIDENT. Ces deux mots s'emploient substantivement et adjectivement en parlant d'une personne en qui on a confiance.
Mais d'abord affidé marque un état, une qualité constante, au lieu que confident se dit bien pour un fait particulier et convient seul pour exprimer une qualité accidentelle. On est Vaffidé de quelqu'un, et le confident d'un de ses projets. Lorsque la princesse des Ursins eut résolu de choisir une nouvelle reine d'Espagne, le financier Orry, son affidé, fut le seulconfident de cette importante affaire (S. S., Marm.). * Que fait Péthion? Il se promène en bas sur la terrasse du château avec quelques affidés confidents de son embarras visible. » Lamartine.
D'un autre côté, V affidé est un homme qu'on tient pour sûr (fidus), sur la fidélité duquel on compte sous tous les rapports. « H était essentiel au duc du Maine de n'avoir en caractère auprès du jeune prince que des dépendants et des affidés sur qui il pût entièrement compter. » S. S.
« Mlle de Macdonald conseilla au prince (Charles- Edouard Stuart ) de se cacher près de la cabane d'un montagnard connu d'elle et affidé. » Volt. Mais ce que nous attendons du confident, c'est seulement de la discrétion, c'est qu'il n'abusera pas de nos confidences et ne trahira pas notre secret. « Bontemps, premier valet de chambre en quartier , et le plus confident des quatre, servit cette messe où ce monarque et la Maintenon furent mariés. » S. S. « Louis XIII avait toujours besoin d'un confident, qu'on appelle un favori, qui pût amuser son humeur triste et recevoir les confidences de ses amertumes. » Volt, « Vous pouvez vous ouvrir de ce que je vous dis à des personnes sages et bien confidentes. » Boss.
Enfin, affidé se prend plutôt en mauvaise part. Vaffidé est assez souvent un subalterne, une sorte de domestique, de familier, qui s'est attaché à nous par intérêt ou par accoutumance, qui dépend de nous et qui est prêt à tout faire pour nous. « Il faudrait interroger les domestiques et autres affidés de la maison. » Fén. « Dès qu'une personne publique cesse tout à fait de paraître, dès qu'on n'admet dans le cabinet que le domestique ou les gens plus affidés et plus familiers.... » Boss. « On rend ici publique la Réponse à la relation. M. de Cambrai et ses affidés se confient aux mensonges et aux tours d'esprit qui la composent. » Id. « Stair était informé à point de l'intérieur par les valets affidés à Dubois. » S. S. « Ce forcené (Clodius) eut l'impudence de faire accuser Sextius de violence par Albinovamus, un de ses affidés. » La h. « On appela originairement roués les affidés du prince régent et les familiers de ses soupers. » Id. « Ce libraire est affidé auxVoëtius.... Il est aisé à croire qu'il n'a rien déclaré que ce qu'il leur a plu, puisque ce sont eux qui lui ont fait écrire ce témoignage. » Desc. — Le confident, au contraire, n'a généralement rien que d'honorable : c'est un homme jouissant de l'estime de celui qui l'a choisi pour lui confier ses secrets et qui par là Ta élevé jusqu'à sa hauteur. « La reine nomma à l'ambassade de France le duc de Shrewsbury, l'un de ses plus confidents ministres. » S. S. « Une principale femme de chambre (de la duchesse du Maine), favorite, confidente, et sur le pied de bel esprit. » Id. cC'estainsi que raisonnait cegrandprince (Condé), s'en ouvrant lui-même àsesplus confidents amis. » Bourd. « 11 n'y a que ce que vous confiez à vos plus confidents et plus intimes amis, dont il faut bien que je me passe, soit dit enpassant, mon cher Voltaire. » Dudeff. « Eusèbe, évêque de Césarée, confident de Constantin. » Volt. «Despréaux était le confident de Racine et de Molière. » Id. Cinna, après avoir dit que souvent Auguste le mande pour prendre ses conseils, ajoute :
Maxime est comme moi de ses plus confidents. Corn.
AFFIRMATION, ASSERTION. Lïdée commune à ces deux mots est celle de l'action ou du résultat de l'action des verbes latins affirmare, asserere, présenter une chose comme vraie.
Affirmation a plus de rapport à l'action, au fait de dire une chose avec assurance, ou à l'assurance avec laquelle on la dit. « Nous ne disons rien ici sur Yaffirmation avec laquelle les savants s'expriment si souvent. » Volt. Mais assertion, plus
matériel que formel, signifie la chose dite, sans aucune relation à la manière : admettre une assertion (Lah.). Une affirmation est plus ou moins positive (Boss.) ; une assertion est vraie ou fausse (Acad.) . Il ne suffit pas de la parole ou de l'affirmation d'une personne pour prouver son assertion.
D'autre part, Yaffirmation est d'un homme qui croit, qui ne doute pas, qui juge et déclare que la chose est telle ou telle ; au lieu que Y assertion est d'un homme qui propose à croire, qui dogmatise, qui prétend ou avance que la chose est telle ou telle, et qui est prêt à le soutenir. On dit Yaffirmation d'un témoin ; il dit oui, il atteste que le fait s'est passé. « Il aura beau dire non contre cent faux témoignages à qui Ton fera dire oui, sa négation sera sans effet contre tant d'affirmations unanimes. » J. J. Mais ce sont des assertions que les thèses ou les propositions mises en avant'et défendues par des hommes qui disputent; asserere, dans une de ses acceptions, signifie défendre. « Tous deux, en face l'un de l'autre, soutenaient leur assertion avec une égale constance. » Marm.
V affirmation marque l'acquiescement ou l'adhésion de l'esprit, la conviction. « Celui qui juge que la terre est ronde, et celui qui juge qu'elle n'est pas ronde, ont tous deux les mêmes choses peintes dans le cerveau, savoir la terre et la rondeur; mais l'un y ajoute Yaffirmation, qui est une action de son esprit, et l'autre une action contraire, qui est la négation. » P. R. — L'assertion exprime la doctrine, c'est-à-dire, non plus une opinion solitaire, mais quelque chose de proposé avec la résolution de le faire valoir et de combattre le contraire. « Ils peuvent crier autant qu'il leur plaira qu'en me déclarant contre les sciences j'ai parlé contre mon sentiment : à une assertion aussi téméraire, dénuée également de preuve et de vraisemblance, je ne dois qu'une réponse. » J. J.
AFIN DE, AFIN QUE. Deux locutions destinées à indiquer la fin ou le but qu'on se propose en agissant.
Beauzée en a marqué la différence de la manière suivante.
On se sert d'a/m de avec l'infinitif quand cet infinitif peut se rapporter au même sujet que le verbe qui précède afin : il faut donc dire : Je porte toujours un livre, afin de mettre à profit mes moments de loisir ; parce que c'est moi, qui porte le livre, qui mettrai à profit les moments de loisir.
On se sert d'afin que avec le subjonctif, si le sujet du verbe qui suit n'est pas le même que celui du verbe qui précède :, ainsi il faut dire : Je porte toujours un livre, afin que la solitude ne puisse jamais me jeter dans l'ennui; parce que la solitude, sujet du second verbe puisse, est différente de je, sujet du premier verbe porte.
« Le marchand fait des montres, pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire : il a le cati et les faux jours, afin d'en cacher les défauts, et qu'elle paraisse bonne....; il a des marques fausses et mystérieuses, afin qu'on croie n'en donner que son prix. » Labr.
SUPPLEMENT
ÂGE (A L') DE, ÂGÉ DE. On se sert de l'un et de l'autre pour marquer combien d'années a ou avait un homme lorsqu'il fait ou qu'il a fait ceci ou cela, lorsqu'il lui arrive ou qu'il lui est arrivé telle ou telle chose.
A Vâge de indique une époque de la vie, rien de plus. « A l'âge de trente-deux ans, Ëpicure enseigna la philosophie à Mételin. » Fén. « Le roi (Louis XIV), à Vâge de quinze ans, vit, de la hauteur de Gharonne, la bataille de Saint-Antoine. » Volt. Âgé de, en même temps qu'il indique une époque de la vie, caractérise le sujet, le représente comme étant par son âge propre ou impropre à ce qu'il fait ou à ce qui lui arrive, à ce qu'il a fait ou à ce qui lui est arrivé. « La fille de Mozart, âgée de onze ans, touche du clavecin de la manière la plus brillante. » Grimm. « Le journal de la maison de Borgia porte que le pape, âgé de soixante- douze ans, fut attaqué d'une fièvre tierce, qui bientôt devint continue et mortelle; ce n'est pas là l'effet du poison. » Volt. « Gengis voulait, âgé d'environ soixante-dix ans, aller achever la conquête de ce grand royaume de la Chine. » Id. « L'envie de plaire à Mme l'abbesse de Fontevrault engagea l'abbé Genest, quoique âgé de quarante ans, à vouloir apprendre le latin. » D'Oliv.
En outre, à l'âge de se dit quel que soit l'âge qu'il s'agit d'exprimer; mais comme âgé, employé absolument, signifie qui a beaucoup d'âge, âgé de paraît être préférable quand il est question d'un grand âge. On dira donc : Alexandre mourut à Vâge de trente-trois ans (Boss.); Charles IX, à Page de vingt-quatre ans (Boss., Volt.); Henri V d'Angleterre, à Vâge de trente-quatre ans (Volt.); Lesueur, à Vâge de trente-huit ans (Id.). Mais on dira : Le patriarche saint Germain mourut âgé de quatre-vingt-dix ans (Boss.); Aurengzeb, âgé d'environ cent trois ans (Volt.); tel homme mourut âgé de près de cent ans (Bern.) ; Mme du Défiant, âgée de quatre-vingt-quatre ans (Grimm); Pyrrhon, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans (Fén.); et Epiinénide, âgé de cent cinquantesept ans (Id.).
AGE, VIEUX, SURANNÉ. — VIEILLARD, BARBON. Tous ces mots, traités comme synonymes par Condillac, se disent d'un homme qui n'est plus jeune, qui a déjà beaucoup vécu.
Mais âgé, vieux et suranné étant des adjectifs diffèrent considérablement, par cela seul, des substantifs vieillard et barbon. On ne peut considérer comme synonymes des mots qui appartiennent à des parties du discours différentes.
Agé a rapport à Page; vieux aux effets que l'âge produit; et suranné au discrédit, à la dépréciation, à l'inaptitude qui en résulte. Un homme âgé approche du terme de sa vie. « La même personne repasse plusieurs fois dans ma tête : d'abord je la vois enfant, puisjeune et enfin âgée. =» Fén. a Le roi est malheureusement trop âgé pour pouvoir compter qu'il verra son successeur en âge de gouverner d'abord après lui. » Id. Un homme vieux est cassé, usé, caduc, infirme. « Le duc de Croy étant vieux et caduc fut contraint de céder. » Boss. « Il est vieux et usé, dit un grand, il s'est crevé à mon service, qu'en faire? » Labr. Un
SUPPL. SYN. FRANC
homme suranné n'est plus de mise ou de saison. Damoiseau suranné (Mol.), Adonis suranné (Régn.). « Je savais que le temps d'aimer était passé, je sentais trop le ridicule des galants surannés pour y tomber. » J. J. Une femme âgée est sur le retour, ce mot est purement chronologique ; une vieille femme inspire du dégoût ; une femme surannée & des prétentions déplacées, elle doit songer à la retraite.
Quant à vieillard et à barbon, on ne peut guère les confondre. Vieillard est le mot ordinaire, et il emporte presque toujours une idée de respect. a Un vieillard vénérable et plein de majesté s'avança vers Télémaque. » Fén. Mais barbon ne se dit que dans le style familier et en plaisantant. « Mon cher capitaine, vous qui êtes jeune, riez des barbons qui font des façons à la porte du néant. » Volt.
Là souvent le héros d'un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier. Boil. « J'ai embrassé cette occasion-ci de me mettre à mon aise ; et je l'ai fait sur l'espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends (pourépoux). » Dorimène dans le Mariage forcé. Mol. Dans YÉcole des femmes, Arnolphe est un barbon jaloux. (Lah.).
AGILE, LÉGER, VITE, LESTE, ALERTE, PRESTE, DISPOS. Tous ces mots servent à qualifier un homme auquel on attribue de l'aisance dans le développement de ses forces.
Agile, latin agilis, d'agere, agir, se dit en parlant de tous les mouvements du corps, quel que soit le sens dans lequel ils ont lieu. Les poissons en nageant, les oiseaux dans leur vol, les enfants en grimpant aux arbres, les faiseurs de tours d'équilibre et les danseurs de corde se montrent plus ou moins agiles. « Emile a le corps agile, les membres flexibles, pour prendre sans peine toutes sortes d'attitudes et prolonger sans effort toutes sortes de mouvements. » J. J.
Léger, qui n'est pas pesant, n'a rapport qu'au mouvement de bas en haut ; il signifie agile pour sauter, et, par extension, agile pour se soulever afin de marcher ou de courir. C'est proprement avec légèreté qu'on saute, qu'on danse et qu'on se porte vers un but. « La fouine a le saut léger. » Buff. <c A-t-on remarqué dans ces enfants une danse moins légère que dans les danseurs tout formés? » J. J.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas. Laf. Le cerf est le plus léger de tous les animaux (Lah.). Lafontaine appelle le lièvre l'animal léger.
Vite est plus particulièrement synonyme de léger quand celui-ci se rapporte à la course. Mais il exprime une plus grande rapidité de mouvement; aussi se met-il bien après pour renchérir. «Alexandre disputait le prix de la course avec les plus légers et les plus vites d'entre les siens. » Vaùg. «< Des chevaux vites comme des éclairs. » SÉv. a Avec ces ailes Mercure, plus vite que les vents, traverse les mers et toute l'étendue de la terre. » Fén. Du reste, ce mot se dit peu des hommes, parce qu'ils n'ont pas la rapidité de la foudre, et, au contraire, il s'applique très-bien à des choses immatérielles, douées d'une telle célérité et non susceptibles d'être considérées comme plus ou
DICTIONNAIRE DES SYNONYxMES.
moins pesantes. « Ce qui fait dire à ce sublime poète, pour exprimer la célérité d'un mouvement, qu'il est vite comme la pensée... Néanmoins l'acte de la volonté se trouvera le plus vite de tous les actes humains, puisqu'il l'est tellement qu'à peine a-t-on le loisir de le sentir. » Boss. « On a beau fuir ce qui nous est cher, son image, plus vite que la mer et les vents, nous suit au bout de l'univers. » J. J.
Leste, dégagé, emporte une idée de bonne grâce ou de bon air qui lui est tout à fait propre. Si l'homme léger n'est pas pesant, l'homme leste n'est pas lourd. Une femme leste et pimpante (Mol.). a J'étais leste et bien pris dans ma taille. » J. J. S. Simon écrit en parlant du duc de Bourgogne: « Un front plus serein, un air plus aisé, quelque chose de plus leste en de certaines occasions, dilateraient les cœurs. » « Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. » Volt. « Comme elle rêvait à tout cela, le comte de Luzy l'invita à danser avec lui : il était jeune, leste, bien fait et trop séduisant pour Laurette. » Marm.
A lerle , c'est-à-dire , dans une première acception, vigilant, sur ses gardes, tire de là sa nuance distinctive. L'homme ou l'animal alerte ne s'endort pas, a l'œil au guet. « Les petits vanneaux partent en courant, et il est difficile de les prendre sans chien; car ils sont aussi alertes que les perdreaux. » Buff. Ou bien alerte, comme éveillé, par exemple, ajoute à l'idée commune celle de gaieté. « Comme toutes les fauvettes, celle-ci est toujours gaie, alerte, vive. » Buff. a Si c*est une fille, elle sera gentille et douce; si c'est un garçon, il sera alerte et joyeux.» Marm.
Mais est-il vif, alerte, étourdi, bien planté,
Bon vivant? car je veux tout cela pour ma fille. Dest.
Preste s'emploie quand il s'agit d'un mouvement soudain, instantané, de courte durée, semblable à un tour de prestidigitateur. « Le mouvement des lièvres dans leur course est une espèce de galop, une suite de sauts très-preste* et trèspressés. » Buff. « Les lavandières courent légèrement à petits pas très-presto sur la grève des rivages. » le « Les plongeons se meuvent dans l'eau d'une manière si preste et si prompte , qu'ils évitent la balle, en plongeant, à l'éclair du feu, au même instant que le coup part. » Id.
Dispos, disposé ou en état pour, préparé à, est le seul de ces mots qui marque une aptitude, non pas à se mouvoir, mais à exécuter un dessein, une tâche ou un ouvrage; aussi ne se dit-il bien que de l'homme. On est dispos quand on est propre à toutes les actions qui demandent de la santé, de la force ou de l'adresse. « Considérez mon Emile, à vingt ans passés, bien formé, bien constitué d'esprit et de corps, fort, sain, dispos, adroit, robuste. » J. J. « Dieu me garde d'oser disputer avec vous! Vous auriez trop d'avantage comme un homme sain, frais, gaillard et dispos Yis-à-vis d'un vieux quinze-vingts malade. » Volt.
Le moi que voici, chargé de lassitude, A trouvé l'autre moi frais, gaillard et dispos, Et n'ayant d'autre inquiétude Que de battre et casser des os. Mol.
AIDER, SECONDER. Nous aidons ou secondons quelqu'un quand, pour faciliter le succès de ses efforts, nous y joignons les nôtres.
Aider marque une coopération pour une action quelconque. Seconder, venir en second, désigne une coopération pour l'exécution d'un projet.
Une personne, tombée dans un précipice, fait effort pour s'en tirer ; vous Y aidez en lui tendant la main. Une personne entreprend quelque chose, travaille à remplir une tâche, poursuit un but; vous la secondez en vous associant à elle, en vous faisant son collaborateur.
11 y a des vieillards et des enfants qui ne peuvent marcher qu'autant qu'on les aide en leur donnant le bras ou la main; une conspiration, le siège d'une ville, un projet de mariage ne réussissent qu autant que celui qui les conduit est convenablement secondé.
Dans une des fables de Lafontaine, un âne, succombant sous le faix, prie un cheval qui ne porte que son harnais de l'aider quelque peu. Mais à la fin d'une des scènes du Légataire, Crispin dit à ses complices :
Secondez-moi bien, tous, dans cette affaire-ci.
Une méthode aide la mémoire (Acad.) ; le gain d'une bataille suppose que la fortune a secondé le courage (Volt.).
Si vous n'êtes aidé, vos efforts sont impuissants. Si vous n'êtes secondé, vos efforts sont impuissants pour faire réussir un dessein, une entreprise, une affaire, une intrigue ou quelque chose de semblable.
AIGLE, PHÉNIX. Ces deux noms d'oiseaux ne sont considérés ici que dans leur acception figurée, suivant laquelle ils désignent l'un et l'autre un homme d'un mérite éminent.
L'aigle est un homme transcendant , le phénix un homme unique. Saint Augustin, dont le génie plane sans cesse dans les régions les plus hautes de la science de Dieu, est l'aigle des docteurs (Boss., P. A.). Pic de la Mirandole, qui n'avait pas son pareil pour l'étendue du savoir, a été le phénix de son siècle (S. S., Cond.).
On est un aigle dans le grand, par la force de son esprit ou par sa capacité, et ce mot ne se dit guère en parlant des femmes, a Pomereu était un aigle qui brillait d'esprit et de capacité, qui avait été le premier intendant de Bretagne, qui avait eu de grandes et importantes commissions. »S. S. «Accoutumé à être l'aigle du conseil, Harlay.... » Id.
Je suis un aigle en conseil, en affaires. Volt.
Mais c'est surtout en beauté que le phénix est éminent; aussi le mot s'applique-t-il aux femmes comme aux hommes. Le phénix des beaux esprits (Acad., Volt.). « La reine Zénobie est le phénix de la beauté. » Les.
J'aperçois le phénix des femmes beaux-esprits. Chén.
Enfin, comme le phénix n'est pas exclusivement comme l'aigle le symbole de l'excellence, mais aussi et principalement celui de la rareté, phénix suppose moins de mérite ou un mérite d'un ordre moins relevé, a Ce prince ne manquait pas de mérite : aussi s'appelait-il Phénix. » J. J. Le phénix des intendants (Les.), des muletiers (Id.), des ar balétriers (Scarr.) .
SUPPLEMENT
AIGRIR, IRRITER, PIQUER, FÂCHER. Ces
verbes ont cela de commun avec choquer, blesser et offenser (Voy.), qu'ils signifient faire sur l'esprit par des propos ou des procédés une impression désagréable ; mais ils marquent en outre de la part de l'esprit un ressentiment, une réaction plus ou moins forte, et de là vient qu'ils ne s'emploient pas comme choquer, blesser et offenser en parlant des organes et des choses morales qui ne peuvent que recevoir des atteintes sans y répondre : On ne dit point aigrir, irriter, piquer, fâcher les oreilles ou la bienséance comme on dit les choquer, les blesser, les offenser.
D'abord aigrir et irriter différent d'une manière nettement indiquée dans cette phrase de Bourdaloue : « Expliquer quels sont les effets de cette colère du Seigneur, aigrie et irritée par cela même qui devait l'adoucir et l'apaiser. » Ce qui nous aigrit nous prive de douceur, nous rend bourrus ou peu traitables; ce qui nous irrite (du latin ira, colère) nous met en colère, nous prive de retenue ou d'empire sur nous-mêmes , nous rend presque furieux. Vaigreur n'est qu'aigre, acariâtre, désagréable , fâcheuse, malgracieuse ; Y-irritation est violente. Aussi irriter enchérit-il sur aigrir. « Pigmalyon ne peut souffrir les bons ; la vertu le condamne : il s'aigrit et s'irrite contre elle. » Fén. o On ne voulait qu'aigrir et irriter les esprits. » Boss. a N'est-il pas plus important pour nous d'édifier le prochain par notre douceur, de ne le pas scandaliser, aigrir, irriter, par notre fierté? » Nie.
Piquer et fâcher ont aussi chacun sa nuance particulière. Piquer suppose quelque chose de vif et de passager, et fâcher, au contraire, emporte une idée de concentration et de durée : on pique en faisant naître un dépit d'un instant, on fâche en produisant un mécontentement mêlé de tristesse, qui se prolonge, qui fait bouder et garder rancune. « Il était emporté sans être boudeur. Je l'ai vu souvent en colère, mais je ne l'ai jamais vu fâché. » J. J. D'ailleurs fâcher désigne moins comme piquer un mouvement hostile et de représailles, qu'un mouvement solitaire et intransitif de déplaisir; si bien que, dans Tune de ces acceptions, ce mot veut dire simplement contrister, affliger, causer de la peine. Le roi Philippe V d'Espagne ayant un soir essuyé un refus de la part de la reine, « il en fut piqué, et encore plus fâché. » S. S.
Ainsi, l'action d'aigrir produit de la rudesse, celle d'irriter de l'emportement, celle de piquer un accès d'irritation, celle de fâcher de la bouderie.
AIMANT, SENSIBLE. Disposé envers autrui d'une manière affectueuse, bienveillante, favorable. Homme, caractère, cœur, naturel aimant ou sensible; personne, âme aimante ou sensible.
Aimant est absolu; et sensible, relatif. Aimant exprime une disposition spontanée en vertu de laquelle nous inclinons vers nos semblables de nous-mêmes et sans provocation. Sensible, au contraire, donne l'idée d'une disposition réactive pour ainsi dire, l'idée d'une facilité à nous intéresser au sort de nos semblables en conséquence des impressions qu'ils font sur nous. Une âme aimante suit son penchant, se porte ou estprompte à aimer, cherche l'union : « Comment se peut-il qu'avec un
cœur si aimant et si tendre je ne trouve partout que haine et que malveillants?» J. J. Une âme sensible cède à ce qui l'entraîne à aimer, se laisse aisément émouvoir et enflammer. « A ces récits les âmes sensibles de leurs enfants s'enflammaient.»' Bern.
cléanthis.
La nature, en naissant, vous fi t lame sensible.