AMENDER, AMÉLIORER, PERFECTIONNER
Faire qu'une chose gagne en valeur.
Amender, latin emendare, de la particule e, qui marque ablation, et de menda, qui signifie faute, emporte une idée négative : amender, c'est ôtev les fautes, faire gagner en valeur par le retranchement de qualités mauvaises. De là vient que ce verbe est synonyme de corriger et de réformer, et qu'on dit bien amender une sottise (Volt.), Y amendement d'un défaut (Mass.), Y amendement d'un criminel (Boss.). « Lorsque vous avez commis quelques fautes, confiez-vous en la miséricorde divine, et lui demandez la grâce de vous en amender. ■» Id.
J'espère avec usure amender mon défaut. Régnier.
L'idée d'améliorer est plutôt positive. Ce mot est formé de la préposition ad, qui indique addition, et de melius, meilleur ; en sorte qu'on améliore proprement en ajoutant à ce que les choses renferment de bon, en le faisant croître ou augmenter. ccCarro-Carri débarque avec une recette qu'il appelle un prompt remède, et qui quelquefois est un poison lent ; c'est un bien de famille, mais amélioré en ses mains : de spécifique qu'il était contre la colique, il guérit de la fièvre quarte, de la pleurésie, de l'hydropisie, de l'apoplexie, de l'épilepsie. » Labr. « En fait de goût , l'art ne consiste pas à contrarier la nature, mais à Y améliorer, à l'embellir en l'imitant, à faire mieux qu'elle en faisant comme elle. » Marm.
On amende une terre trop humide ou trop dure, trop compacte, trop tenace, en y mêlant quelque chose de propre à corriger ces défauts, delà marne, de l'argile, du fumier; on am en le aussi les terres, par le sarclage qui les débarrasse des mauvaises herbes. Mais on améliore une terre en rendant sa fertilité plus grande par la culture , ou bien en y faisant des changements avantageux quelconques qui l'augmentent ou l'embellissent, en y plantant ou en y bâtissant, par exemple. — Il y a amendement dans les symptômes d'une maladie ou à la santé d'un malade ; il y a amélioration dans la santé d'un convalescent, d'un homme qui déjà se portait bien et qui à présent se porte encore mieux. D'ailleurs, amendement est relatif à l'état fâcheux qu'on a commencé à quitter, à la maladie, et amélioration l'est davantage à l'état plus satisfaisant dans lequel on est entré : l'un regarde le passé, l'autre l'avenir.
L'idée de perfectionner est superlative pour ainsi
SUPPLÉMENT
dire. On perfectionne ce qu'on amende ou ce qu'on améliore au point de le rendre admirable, exemplaire, achevé. La chose amendée ou améliorée est mieux; la chose perfectionnée est trèsbien. * Le xvuie siècle ne pourrait être éminemment philosophe, qu'autant qu'il serait remarquable par les progrès sensibles de la raison publique appliquée à tous les objets qu'elle peut perfectionner, ou du moins améliorer pour la gloire et le bonheur de l'espèce humaine. » Lah. — Du reste, perfectionner ne se dit pas d'une terre ou de la santé, ni en général de toutes les choses qui ne peuvent être qu'utiles : on ne s'en sert que quand il est question de celles qui peuvent être très-belles, très-ingénieuses ou moralement très-bonnes.
AMOLLIR, ATTENDRIR. C'est, au propre, ôter à une chose, et, au figuré, ôter à une personne sa dureté ou de sa dureté.
Au propre, on amollit en rendant mou, peu résistant au toucher. Le feu ou la chaleur amollit Ja cire (Acad., Mal.); mettre du cuir dans l'eau pour Y amollir (Acad.). « Cette jambe est sans aucune plaie ni enflure ; elle est toute amollie. » SÉv. Mais on attendrit en rendant tendre, peu résistant à ce qui tend à diviser, à couper. « Souvent le roc qui renferme ces mines est si dur qu'on est quelquefois obligé de le calciner pour l'attendrir. » Buff. * Le souper de ce Tartare se composait de quelques lambeaux de chair crue et sanglante, seulement un peu attendrie sous la selle du cheval. » Marm.
Au figuré la différence est la même.
L'action d'amollir adoucit le caractère, le rend souple et maniable de roide et d'intraitable qu'il était, « Un homme d'esprit, et qui est né fier, ne perd rien de sa fierté et de sa roideur pour e trouver pauvre; si quelque chose au contraire doit amollir son humeur, le rendre plus doux et plus sociable, c'est un peu de prospérité. » Labr. « Un vain entêtement de noblesse et cette roideur de caractère que rien n'amollit ont fait vos malheurs et les siens. » J. J. a Ainsi quelquefois encore la voix de la nature amollit nos cœurs farouches. » Id. — Mais l'action d'attendrir ouvre le cœur, fait qu'il devient sensible, pénétrable ou accessible aux sentiments d'amour, de bienveillance, d'intérêt ou de compassion. « Combien a-t-on vu de pécheurs insensibles à tous les chàtimens divins dont on les menaçait se laisser attendrir par le motif de la reconnaissance? » Bocjrd. « Ses larmes m'ont attendri le cœur. » Acad. Dans Y Avare, Frosine s'étant vantée « d'avoir le secret de s'ouvrir la tendresse des hommes, de chatouiller leurs cœurs, de trouver les endroits par où ils sont sensibles, » La Flèche lui répond en parlant d'Harpagon, son maître : « Je te défie d'attendrir, du côté de l'argent, l'homme dont il est question. » Mol.
L'homme amolli a perdu sa férocité, son âpreté de caractère, n'est plus farouche, est devenu doux, comme les tigres amollis par la lyre d'Orphée; l'homme attendri a perdu sa froideur ou son indifférence, est devenu sensible et compatissant, comme Pluton, que le même poète sut attendrir, c'est-à-dire apitoyer, intéresser vivement en sa faveur.
D'ailleurs, amollir, donner de la mollesse, se prend seul ou plus volontiers en mauvaise part : c'est proprement le caractère qu'on amollit, et en Y amollissant il arrive souvent qu'on l'énervé, qu'avec sa rudesse on lui enlève sa vigueur; au lieu que c'est le cœur qu'on attendrit, et en l'attendrissant on le touche pour un moment, on lui inspire dans le moment un sentiment louable par lui-même, la tendresse. Suivant Platon, la musique amollit un caractère qu'elle adoucit, et la gymnastique le rend dur et féroce en lui donnant de la vigueur; d'où la nécessité de combiner ces deux arts et de les corriger l'un par l'autre (Barth.).
Sous le joug des Tarquins, la cour et l'esclavage
Amollissaient les mœurs, énervaient le courage.
Volt.
La tragédie a pour objet d'attendrir ou d'émouvoir; on a plus d'une fois accusé Racine de l'avoir % amollie par des intrigues d'amour.
ANATOMIE, DISSECTION. Division faite des parties du corps de l'animal, de celui de l'homme en particulier, pour arriver à en acquérir une connaissance exacte.
Étymologiquement les deux mots ont le même sens : chacun d'eux vient d'un verbe qui veut dire couper, savoir : anatomie de tc'javsiv, et dissection de secare. Mais par cela seul que le premier tire son origine du grec, et le second du latin, celui-là doit être plus noble et celui-ci plus commun.
Anatomie est un terme de théorie, et dissection un terme de pratique. V anatomie est la science; la dissection est le moyen qu'elle emploie ou le fait de l'employer dans un certain cas et sur un certain sujet. « L'anaîomie est une science qui donne la connaissance des parties du corps humain par la dissection, x. Roll. On dit d'une manière générale et absolue, Y anatomie; on dit plutôt d'une manière particulière et relative, une dissection, des dissections, une dissection de tel ou tel corps. « La chose sera encore moins difficile à entendre si on regarde toute la substance du cerveau comme composée de petits filets qui tiennent aux nerfs ; à quoi Yanatomie ne répugne pas..., Les chairs et les muscles paraissent, dans une dissection délicate, un écheveau de petits cordons, nommés fibres. » Boss. « J'ai considéré non-seulement ce que Vezalius et les autres écrivent de Yanatomie, mais aussi plusieurs choses plus particulières que celles qu'ils écrivent , lesquelles j'ai remarquées en faisant moi-même la dissection de plusieurs animaux. » Desc. « Le médecin Hérophile faisait grand usage de la botanique, et encore plus de Yanatomie, qu'il porta à une grande perfection. Les princes lui permirent de faire des die sections de corps vivants sur des criminels condamnés à mort. » Roll.
Toutefois anatomie se prend aussi, quoique bien rarement, dans le sens spécial de dissection : « Faire Yanatomie du corps humain. » Acad. Mais dans ce cas encore anatomie garde sa supériorité de noblesse et a plus de rapport avec la théorie. En faisant Yanatomie du corps d'un animal on se propose d'en connaître toute la structure, d'en avoir une idée générale, on est placé au point de vue de la science; quand on fait la
dissection du corps cFun animal, on en sépare méthodiquement les parties à l'aide de certains instruments, afin d'étudier ces parties une à une, ou plutôt même le mot de dissection ne marque rien de scientifique, n'exprime qu'une opération toute manuelle. Il se peut qu'un savant anatomiste, ayant à son service un adroit disséqueur, ne mette jamais lui-même la main à l'œuvre. Quoi qu'il en soit, l'habileté de l'un ne doit pas être comondue avec le talent de l'autre. — Que si l'usage permet, à la rigueur, de dire Yanatomie du corps de l'homme, il semble que dissection convient seul, comme moins relevé, en parlant du corps d'un autre animal : « Je fus rudement insulté par une de mes voisines pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle prétendait lui appartenir.» i\1ontesq. Pendant longtemps Yanatomie du corps humain fut interdite comme une sorte de sacrilège; on y suppléait par la dissection du corps des animaux qui par leur organisation ressemblent le plus à l'homme.
Anatomie, étant plus noble que son synonyme, a seul une acception figurée. Par la même raison anatomiser se dit au figuré en opposition à disséquer pris au propre : « Il viendra un homme qui anatomiser a un seul rayon de lumière avec plus de dextérité que le plus habile artiste ne dissèque le corps humain. » Volt. Si pourtant disséquer s'emploie aussi au figuré, c'est, selon la remarque expresse de l'Académie, quand on parle familièrement ; tant il est vrai que disséquer se ressent toujours de l'infériorité de son origine.
ANÉANTIR, ANNIHILER. Réduire à néant, à rien; détruire, exterminer ou abolir totalement.
Anéantir a été formé du mot français néant, et annihiler du mot latin nihil, rien. D'où il suit que le premier est un mot de la langue commune, et le second un terme didactique, à l'usage des savants seuls. Anéantir convient à tous les styles; annihiler ne se dit qu'en métaphysique et en jurisprudence. « Je ne saurais pas démontrer que Dieu ne la puisse annihiler (l'âme), mais seulement qu'elle est d'une nature entièrement distincte de celle du corps. » Desc. « La manière dont Helvétius s'y prend pour expliquer les actes de cette puissance (rame) ne tend à rien moins qu'à Yannihiler. » Lah. « Le maréchal de Duras vous renvoie ici le premier arrêt du conseil pour Yannihiler. » Beaum. «Annihiler un acte, un testament, une donation. » Acad.
ANGLE , COIX. L'endroit où se rencontrent deux lignes, deux surfaces, deux murs, etc.
Angle est évidemment le latin angulus qui aie même sens. Mais coin vient-il eu latin cuneus , coin à fendre du bois? Cela est moins apparent et moins incontestable.
Quoi qu'il en soit, angle, seul usité en géométrie , est d'abord abstrait , au lieu que coin est concret. Un saule est placé à l'angle d'une prairie, et il en fait le coin. Dans la description de la grand'chambre du parlement de Paris, St. Simon dit : « En haut le banc des pairs à droite et celui des présidents à gauche joignent l'un et l'autre le coin du roi ; ce coin est juste dans Y angle de la muraille, et y est adossé tout contre : quand le roi
n'y est point, ce coin est nu, tapissé comme le? bancs.... »
Outre cela, angle est précis, et coin vague. On dit, dans Y angle d'un appartement, et d'une manière toute indéterminée, dans un 'coin. « On s'est servi, pour la cérémonie (les obsèques du pape Clément XIII) d'un cénotaphe du feu cavalier Bernin, et comme il y avait aux quatre angles quatre places propres à recevoir les vertus du défunt, on n'a su comment les remplir; et ne trouvant à louer que sa dévotion, on l'a représenté, dans un coin, à genoux devant une chapelle. » Bach.
Angle paraît aussi plus relevé ou plus noble que coin. Nous disons vulgairement les coins d'un dé à jouer; mais Thomas parle quelque part de «ces dés avec lesquels Descartes composait le monde, et dont les inégalités et les angles se brisaient en se heurtant. » La poésie, comme la science, a pour angle une sorte de prédilection.
Les autels sont épars dans le sein des campagnes, Dans les riches cités, dans les antres déserts, Aux angles des vallons, aux sommets des montagnes, Au haut du ciel, au fond des mers.
Hymne- à l'Être suprême. Chén.
ANNEAU, BAGUE. Petit cercle qu'on met au doigt.
Anneau a été formé du latin annellus , anneï (d'où annelet), anneau. Mais bague est généralement rapporté par les étymologistes au celtique.
C'est pourquoi anneau se dit particulièrement bien en parlant de l'antiquité romaine ou de la grecque. Agamemnon ( Yolt. , Lah.), Darius (Vaug.), Alexandre (In., R gll., Bern.), le tyran de Samos , Polycrate (Roll.) , Sylla (Id.). tous les chevaliers romains (Id.) avaient des anneaux. Bague, au contraire, convient mieux quand il est question des temps modernes. En France, sous Charles IX, les grands portaient des bagues (Boss.), comme en portent aujourd'hui la plupart des femmes (Did.). Mme de Sévigné écrit à sa fille : « Je reçois vos lettres comme vous avez reçu ma bague. » a Lorsque l'on achète une bague, on dit : celle-là est trop grande ; l'autre est trop petite, jusqu'à ce qu'on en rencontre une pour son doigt.» Vadv.
Ensuite, et quelle que soit b époque par rapport à laquelle on considère l'objet, on donne à celuici un nom plus distingué en l'appelant un anneau qu'en le nommant une bague. Lorsque Marius, consul pour la seconde fois, triompha de Jugurtha, «il portait encore une simple bague de fer; ce ne fut qu'à son troisième consulat qu'il prit l'anneau d'or. » Roll. Dans le discours soutenu il faut dire anneau nuptial (Acad.) ; mais bague nuptiale (Dest.) est préférable dans la comédie. Que si pourtant la bague peut être riche, au moins elle n'est jamais noble, jamais marque d'état ou de dignité; dans la locution, anneau épiscopal (Acad.), le mot anneau est de rigueur, celui de bague ne saurait lui être substitué, il est, par son extraction, trop vulgaire.
APOTHICAIRE, PHARMACIEN. Celui dont la profession est de fournir les médicaments prescrits aux malades.
U apothicaire, du grec à~obrty.rt, dépôt, magasin, se borne à en vendre ; le pharmacien, du grec œàp|j.ay.ov; médicament, remède, en prépare
SUPPLEMENT
ou en compose. Il y a donc entre l'un et l'autre la même différence qu'entre le confiturier et le confiseur. L'apothicaire est un simple débitant qui tient boutique; le pharmacien est un savant, un chimiste qui s'occupe dans un laboratoire à combiner les substances selon leurs propriétés et dans des proportions que Fart a déterminées. On dit particulièrement bien une boutique d'apothicaire (Lah.), et un habile pharmacien (J. J.).
En général, on le voit, le nom d'apothicaire est moins honorable que celui de pharmacien. Voltaire dit du cardinal Dubois, pour faire concevoir toute la bassesse de son origine, qu'il était fils d'un apothicaire de Brive -la-Gaillarde. Mais parmi les hommes célèbres du siècle de Louis XIV il cite un membre de l'Académie des sciences, Charas, le premier qui ait bien écrit sur la pharmacie, et il lui donne, sans crainte ni intention de le déprécier, le nom de pharmacien.
Outre qu'il ne suppose aucun talent, apothicaire rappelle l'une des fonctions les moins relevées qu'exerçaient au temps de Molière les auxiliaires des médecins, celle qui est attribuée dans le Malade imaginaire à M. Fleurant. « L'enfant fit le malade. Le médecin fut appelé.... Ce médecin était un plaisant. La diète et la chambre furent prescrites, et l'enfant fut recommandé à l'apothicaire.» J. J.
Ce n'est donc pas sans raison et par un pur caprice de l'usage, comme paraît le croire Ch. Nodier, que le mot d'apothicaire est aujourd'hui universellement et totalement abandonné pour celui de pharmacien. C'est que personne ne se soucie de s'appeler et d'être appelé d'un nom qui présente la profession dont il s'agit sous des points de vue vraiment peu avantageux.
APPARENCE, SEMBLANT. Extérieur de certaines qualités ou de certains sentiments, la vertu, la piété, l'amour, etc.
L'Académie définit simplement semblant par apparence, ce qui suppose ou peut faire supposer qu'ils sont tout à fait synonymes.
Cependant il y a entre eux la différence de l'objectif au subjectif. On emprunte l'apparence ; on fait semblant : s'il ne m'aime pas, du moins il en prend l'apparence, et il en fait le semblant. C'est ainsi qu'on parle. D'ordinaire l'apparence est vaine, non solide, non réelle; au lieu que le semblant est proprement faux ou non véritable. Les apparences regardent l'objet ou la chose, car tout objet ou toute chose a une apparence; le semblant se rapporte à la personne, en est l'œuvre : avec les apparences de l'honnêteté, on est comme revêtu de la livrée de l'honnêteté; avec les semblants de l'honnêteté, on la contrefait, on affecte ou on feint d'être honnête.
Il suit de là que l'apparence vaut mieux que le semblant, qu'elle n est pas aussi essentiellement factice et chimérique. « La politesse n'inspire pas toujours la bonté, l'équité, la complaisance, la gratitude : elle en donne du moins les apparences. » Labr. C'est donc quelque chose encore que l'apparence; mais dans le semblant et les semblants il n'y a rien que de trompeur et de futile, a La vie de la cour nous accoutume à ne faire pas grand cas des dehors et des démonstratrations extérieures d'amitié, à être en garde
contre tous ces semblants si communs et si peu sincères.» Mass.
Non, vous dis-je ; on devrait châtier sans pitié
Ce commerce honteux de semblant d'amitié. MOL. En fait de courage, l'homme qui n'en a que l'apparence a au moins un air martial qui impose; celui qui n'en a que le semblant n'a rien du tout, pas même cette bonne mine, tout en lui sous ce rapport n'est que simulacre, feinte et mensonge.
APPARENT, SPÉCIEUX. Qui a l'air d'être bon, solide, vrai, et qui ne l'est pas au fond.
Spécieux, du latin species, apparence, marque par sa terminaison plénitude de la qualité que les deux mots expriment. C'est pourquoi il enchérit sur apparent. « Excuses aussi frivoles qu'elles sont apparentes et spécieuses. » Bourd. « Mme Guyon s'est laissé entraîner à l'autorité de ses directeurs et à la suite apparente et spécieuse des principes qu'ils lui proposaient. » Boss.
Ensuite, spécieux signifie rendu apparent à des7 sein et par artifice. « Se laisser éblouir par l'éclat d'une spécieuse hypocrisie. » Bourd. Un paralogisme est une raison apparente; un sophisme, un raisonnement spécieux. Spécieux se dit particulièrement bien d'un prétexte ; . car un prétexte est toujours étudié. « Un péché que nous nous justifions à nous-mêmes par de spécieux prétextes et des sujets apparents. » Bourd.
APPARTENANCES, DÉPENDANCES. Choses accessoires relativement à d'autre s auxquelles elles sont jointes ou attachées.
Les appartenances tiennent à la chose principale, en font presque partie; les dépendances ne s'y rapportent pas d'une manière si étroite, n'y touchent pas immédiatement. C'est ce qui résulte de la comparaison des deux verbes correspondants : les enfants appartiennent à leurs pères; les hommes dépendent tous les uns des autres. S'agit-il de maisons, leurs appartenances les entourent, ce sont des écuries , des remises , des hangars ou autres constructions accessoires semblables, et tout au plus des cours et des jardins. <r Saint- Géran bâtissait une salle de théâtre et ses appartenances tout auprès de la place que vous aviez choisie. » Volt. « Il fallait (à Mari y) des cuisines aux princesses, et d'autres appartenances. » S. S. Mais les dépendances d'un château l'environnent seulement, en peuvent être à une certaine distance, ce sont des terres, des prairies ou des bois : « Le duc de Chevreuse vendit beaucoup de terres et de bois qui firent presque de Dampierre une maison sans dépendances." S. S. Vendre une maison avec toutes ses appartenances et dépendances, c'est la vendre avec tout ce qui de près ou de loin s'y rattache comme formant avec elle une seule propriété.
Il en est de même au figuré. Les appartenances d'une chose abstraite en forment comme le cortège nécessaire. «Pourquoi mon créateur m'a-t-il donné la raison, les sentiments d'honneur, de bienséance, de justice, de pudeur, de reconnaissance, de fidélité, etc. ? C'est que cette raison, avec toutes ces appartenances, est un écoulement de sa justice, de sa sagesse et de sa raison souveraine. » Fén. Mais les dépendances d'une chose, celle de la vieillesse, par exemple, ne l'accompagnent pas toujours
aussi constamment. «Cette certitude, jointe à d'autres circonstances, me fait supporter ce malheur avec courage : ces circonstances sont la vieillesse avec ses dépendances, la perte de deux sens et de plusieurs facultés de lame. » Dudeff. «Nous pouvons connaître très-certainement beaucoup de choses, dont toutefois nous n'entendons pas toutes les dépendances ni toutes les suites. » Boss.
APPARTENIR, CONVENIR. On dit également qu'une qualité appartient et convient à une chose ou à une personne. « Presque tous les philosophes ont attribué aux corps ce qui n'appartient qu'aux esprits, et aux esprits ce qui ne peut convenir qu'aux corps. » Pasc.
Mais appartenir est. absolu, et convenir, relatif. Ce qui appartient à quelqu'un ou à quelque chose est à lui en propre, il faut le lui attribuer; ce qui convient à une personne ou à une chose lui va, on peut bien le lui attribuer. « Enseigner la vérité, c'est une chose qui peut convenir à l'homme, et qui n'est point au-dessus de la portée de l'homme. Mais enseigner sans exception toute vérité, mais l'enseigner sans distinction à toute sorte de sujets, mais pouvoir l'enseigner en toutes manières, c'est ce qui n'appartient qu'à Dieu. » Bourd. Une chose m'appartient ou ne m'appartient pas; elle me convient plus ou moins, peu ou beaucoup, elle me convient ou ne me convient pas à mon âge, dans les dispositions ou les circonstances où je me trouve.
D'ailleurs, appartenir n'emporte pas comme convenir l'idée de convenance, de bel effet produit par l'adjonction de la qualité à la personne ou à la chose. D'où résulte une différence semblable à celle qui existe en latin entre pertinere et decere. L'étendue appartient à la matière ; telle qualité de style convient bien à telle espèce de sujet. « Il appartenait à S. Bernard de condamner ces hommes, et cette censure lui convenait admirablement. * Bourd. « Il est d'un beau dessein d'avoir voulu faire de toutes sortes d'êtres : des êtres qui n'eussent que l'étendue avec tout ce qui lui appartient, figure, mouvement, repos; et des êtres qui n'eussent que l'intelligence, et tout ce qui convient à une si noble opération, sagesse, raison, prévoyance, volonté, liberté, vertu. » Boss.
APPARTENIR à quelqu'un, ÊTRE à quelqu'un : l'avoir pour maître, être de son domaine ou sien. « Être, suivi de la préposition à, dit l'Académie, signifie souvent appartenir. »
Il reste cependant encore entre ces deux expressions une assez grande différence, celle du droit au fait.
La chose qui vous appartient vous est due, vous revient légitimement ; la chose qui est à vous se trouve entre vos mains, vous la tenez. C'est en vain que vous prétendez ce qui ne vous appartient pas; vous n'avez pas ce qui n'est pas à vous. Une chose nous appartient h tel ou tel Litre ; une chose est à nous par suite de tel ou tel événement, depuis longtemps ou depuis peu. Tel objet m'appartient en vertu de la sentence d'un juge; tel autre est à moi, parce que je l'ai reçu, pris ou trouvé. Suivant Massillon, les biens ecclésiastiques appartiennent à Dieu et aux pauvres, quoiqu'ils soient effectivement aux prêtres qui en usent et en dis-
posent. « En surprenant Venuse, dit Télémaque, vous ne feriez que vous mettre en possession d'une ville qui vous appartient, puisqu'elle est aux Apuliens, qui sont un des peuples de votre ligue. » Fén.
Il m'appartient de faire ce qu'il me convient de faire, ce que je suis autorisé à faire, ce qui rentre dans mes attributions ; c'est à moi à faire ce que je suis en possession de faire.
Appartenir à s'emploie de préférence pour l'abstrait, en parlant de droits, de facultés, de pouvoirs, de prérogatives; être à se dit plutôt quand il est question de choses concrètes, susceptibles d'être possédées. Dans Rodogune (Corn.) on lit que le choix d'un mari pour cette princesse appartient à la reine Cléopâtre, mais que la courenne est à ses fils. De même dans Sertorius (Corn.), Perpenna prétend que le commandement devait lui appartenir, et le tribun Aufide lui fait remarquer que la reine Viriate sera à lui quand Sertorius aura été mis à mort.
Appartenir à enchérit sur être à; aussi se met-il bien après : ce qui est à nous est nôtre de fait seulement, se trouve être nôtre; mais ce qui nous appartient est nôtre essentiellement, à juste titre, sans conteste, d'une manière propre et absolue, a Voyre mais, dist le dyable, ce champ nest pas tien; il est à moy, et mappartient. » Rab. « Ces deux mille écus sont à vous. Oui, monsieur, ils sont à vous, ils vous appartiennent. » Sed. Le maréchal de Villeroy dit au jeune roi Louis XV, en lui montrant la foule qui se pressait un jour de fête sous les fenêtres des Tuileries : a Voyez donc tout ce monde et tout ce peuple, tout cela est à vous, tout cela vous appartient, vous en êtes le maître. » S. S. Je suis à vous dans un instant, c'est-à-dire que dans un instant je vais être à votre disposition ou à votre service ; on n'appartient à quelqu'un qu'autant qu'on en est l'esclave. APPELER, MANDER. Appeler ou mander quelqu'un, c'est le faire venir.
Mais appeler, dire le nom d'un homme, afin que, l'entendant, il arrive , convient à l'égard de toutes sortes de personnes. Mander, au contraire, du latin mandare, donner charge ou commission, enjoindre, indique commandement, invitation faite avec autorité à un inférieur.
J'entends à iiaate voix tout mon camp qui m'appelle, dit Athalie dans Racine; dans le Cinna de Corneille, Cinna est mandé par Auguste, qui est informé de tout le complot (Lab.). On est appelé en duel, et mandé à la cour ou à la barre. On appelle le confesseur ; un prince mande son intendant, un seigneur ses vassaux. Une puissance attaquée appelle ses alliés ; c'est Dieu lui-même qui avait mandé Sennachérib contre Jérusalem (Roll.). Quand vous êtes malade, vous appelez le médecin ; Marc-Aurèle, au retour de son expédition contre les Allemands, voyant sa santé affaiblie, manda Galien à Aquilée (Roll.).
APPLIQUER (S'), VAQUER. S'occuper d'une chose attentivement, avec soin.
C'est ce que signifie simplement et absolument s'appliquer, ci A Tyr, tous les citoyens s'appliquent au commerce. » Fén. « Ceux qui se sont appliqués avec plus d'ardeur à la lecture des livres sont
SUPPLEMENT
ceux-là mêmes qui nous ont jetés dans un plus grand nombre d'erreurs. » Max. « Le calife Mamoun inspira aux Arabes du goût pour les mathématiques, auxquelles il s'appliqua lui-même avec passion et avec succès. » Cond. — Ce verbe a cependant cela de particulier relativement à vaquer, qu'il se dit seul avec un infinitif : s'appliquer à faire une chose, à cultiver son esprit, à régler sa conduite, à bien élever ses enfants, à contrarier quelqu'un.
Mais vaquer se distingue par un accessoire bien remarquable et qui résulte de son acception primitive, être vacant ou vide, n'être point rempli : il est relatif, il a rapport à l'état où on est, état de liberté sous le point de vue des occupations. Qui vaque à une chose est délivré ou débarrassé de toute autre affaire, et, pour vaquer à quelque chose, on se délivre ou on se débarrasse de toute autre, on laisse ou on abandonne tout le reste. a Si nous pouvions faire la paix en Italie et en Allemagne, nous vaquerions à cette guerre anglaise et hollandaise avec plus d'attention. » Sév. « Il est tourmenté d'une maladie cruelle qui le laisse à peine en état de vaquer aux soins indispensables. » J. J. « Ma santé est si mauvaise, mon état est si triste, et j'ai tant d'embarras plus pressants, que je ne puis vaquer maintenant aux recherches nécessaires pour vérifier votre histoire. » Id. « Ces affreuses austérités que les saints ont pratiquées, cette solitude, cet éloignement de toute société pour vaquer jour et nuit à la prière touche les bonnes âmes. » Maint. « Ce n'est pas aux grands à abandonner le gouvernement pour vaquer à des fonctions obscures qui n'intéressent pas la sûreté publique. » Mass.