APPRÊTER, ACCOMMODER, ASSAISONNER
Ces verbes expriment tous trois le soin qu'on prend d'aliments à servir à quelqu'un, ce que les traiteurs font par état.
Apprêter, tenir prêt, est le plus général des trois. L'action qu'il signifie comprend tout ce qu'il faut faire pour donner à manger. Aussi dit-on bien apprêter à manger (Fén.), et des mets apprêtés avec élégance (Cond.). Ce qu'on apprête, à parler proprement, c'est le repas tout entier, le dîner ou le souper.
Reposez-vous sur moi des soins de cette fête,
Des habits, du repas qu'il faut que l'on apprête, rrgn. « L'élève peut être tenté de se regarder comme un personnage important, envoyant tant de soins concourir pour apprêter son dîner. » J. J. « Maître Jacques nous fera ici besoin pour apprêter le souper, » Mol. Ce verbe a une acception tellement étendue qu'il s'applique même aux choses inanimées en tant qu'elles fournissent des aliments. Dans Philéraon et Baucis, Philémon dit : Que la terre et que l'onde
Apprêtent un repas pour les maîtres du monde. Laf.
Accommoder et assaisonner regardent seulement les préparations à faire subir aux aliments; ils ne se rapportent point du tout, comme apprêter, à ce qui est l'œuvre de l'intendant, mais spécialement à ce qui forme l'industrie du cuisinier.
Accommoder , rendre commode, bon ou propre à manger, est à son tour plus général qu'assai- I sonner. On accommode, par exemple, du gibier '
(Les.) ou un agneau (Regn.), en le soumettant à plusieurs opérations qui consistent à le dépouiller, à le vider, à le nettoyer, à le dépecer ou à l'embrocher et enfin à le cuire. Assaisonner, c'est rendre, non pas propre, mais agréable, à manger, appétissant; ce qui se fait en mettant dans ce qu'on accommode certains ingrédients. « Les méchants cuisiniers ne savent rien assaisonner avec justesse, et croient donner un goût exquis aux .viandes en y mettant beaucoup de sel et de poivre. » Fén. « Les Caraïbes se nourrissent de burgaux, de crabes, de tortues, de lézards, de serpents et de poissons qu'ils assaisonnent avec du piment et de la farine de manioc. » Buff. « L'usage des ragoûts fait que les viandes communes et assaisonnées simplement deviennent fades et insipides. » Roll. a Surpris de la quantité et de la variété des mets, nous lui demandâmes comment il avait pu amasser tant de gibier.... Il nous avoua que tout ce gibier prétendu n'était que du porc assaisonné diversement et mis à différentes sauces. » Id.
APPUYER, PESER. C'est, en rapportant, en expliquant ou en exposant certaines choses, s'arrêter principalement ou avec force sur une partie, une circonstance, un détail, au lieu de se borner à l'indiquer en passant.
Appuyer, comme appui, ne se prend guère qu'en bonne part. Peser, au contraire, comme pesant et poids , exprime souvent quelque chose d'excessif et de fâcheux. On dit appuyer légèrement (Acad.), un peu. (Boss.) ; on emploierait mal peser avec de tels adverbes, il signifie toujours appuyer beaucoup ou trop. « Celui qui appuie sur ses idées instruit, celui qui pèse sur ses idées ennuie. » Cond.
Ainsi, en général, on a raison d'appuyer, maïs on s'abstient, on doit s'abstenir de peser. « y appuie sur ces légers détails parce qu'on me reproche de n'avoir pas écrit à M. Goëzman pour le voir. » Beaum. « Je me garderais bien de peser suides détails que mon respect pour les dames désavoue. » Id.
ARRANGER, ACCOMMODER, ADAPTER, AJUSTER , AGENCER. Mettre ensemble des choses ouïes différentes parties d'une chose de telle façon qu'elles soient ou aillent bien.
On arrange en mettant en ordre, en donnant à chaque chose sa place ou une place convenable. Arranger des livres sur des tablettes (Labr.). « Plusieurs corps peuvent être, ou jetés ensemble pêle-mêle et en confusion, ou arrangés dans un certain ordre, et rapportés à la même fin. » Boss. « Si S. Cyrille ne fait que copier ces passages, et que ces passages soient jetés sans choix sur le papier, c'est peu de chose; mais ce Père les choisit bien, il les arrange avec ordre, et les réduit méthodiquement à certains chapitres. » Id.
Accommoder se distingue, non plus par l'idée d'ordre ou de disposition, mais par celle de commodité ou d'utilité : c'est mettre les choses comme il faut pour la commodité ou l'avantage de quelqu'un. On accommode un logement pour un ami; on lui fait accommoder des œufs ou tout autre mets pour satisfaire sa faim. « Je me mis à m' arranger (au lazaret de Gênes) pour mes vingt-un jours
comme j'aurais fait pour toute ma vie.... J'arrangeai en manière de bibliothèque une douzaine de livres que j'avais. Bref, je m'accommodai si bien que j'étais presque aussi commodément à ce lazaret absolument nu qu'à mon jeu de paume de la rue Verdelet. » J. J. — Mais accommoder ne se dit pas seulement d'une manière absolue comme dans les exemples précédents, il s'emploie aussi relativement: accommoder une chose à une autre; s'accommoder à quelque chose. Il conserve alors le même caractère. C'est toujours pour la commodité de quelqu'un ou de soi-même , pour complaire à autrui ou dans son propre intérêt qu'on agit. «Les courtisans savent accommoder leur goût, leur humeur, leurs discours à ce qui plaît au prince. » Acad. Pascal reproche aux Jésuites d'accommoder leur langage à tous les états et à tous les pays. Accommodera ses vues un fait^ju'on raconte (J.J.),accommoder à son éloquence un sujet de discours (Marm.). S'accommoder à la portée de quelqu'un (Roll.). « Nous juger, non selon l'extrême rigueur, mais selon une rigueur tempérée est une justice accommodée à notre faiblesse.» Boss.
Adapter, du latin ad, à, et aptus, joint, propre, fait pour, ne réveille ni ridée d'ordre, ni celle de commodité, mais celle d'application d'une chose à une autre. L'adaptation suppose, non pas comme l'arrangement, un certain nombre de choses ou de parties qu'on distribue sans les lier et en les laissant séparées, mais seulement deux choses ou deux parties qu'on joint. « La force de succion ou d'aspiration est proportionnelle à l'activité et à la quantité de la chaleur qui la produit, comme on le voit dans les fourneaux où l'on adapte des tuyaux aspiratoires. » Buff. « J'adapterai au haut de ce bâton un tuyau par lequel je ferai entrer l'air au moyen d'une soupape. » Volt. «La déclamation de Lulli est dans la nature, elle est adaptée à la langue. » Id. « Les Indiens ont leurs arts, qui sont adaptés à leur manière de vivre. » Montesq.
Ajuster, c'est arranger ou adapter d'une manière juste ou avec art, et de façon à produire, non pas, comme il arrive à accommoder, quelque chose de commode ou d'utile, mais quelque chose de beau, a Les gens qui parlent si bien devraient ajuster toutes leurs paroles avec assez d'art pour ne pas se contredire eux-mêmes. » Fén. a Un petit enfant, pour tirer des mamelles de sa nourrice la liqueur dont il se nourrit, ajuste aussi bien ses lèvres et sa langue que s'il savait l'art des pompes aspirantes. » Boss. a Les abeilles qui ajustent avec tant de symétrie leurs petites niches. » Id. a Ils n'ont pas assez de lumière pour ajuster ces raisonnements aux règles. •• P. R. « 11 vous faut l'entremise d'un homme de tête pour ajuster ce différend. » Dest. — Ajuster sa maison, ce n'est ni y mettre tout en ordre, ni la rendre commode, mais la rendre propre et belle par l'ameublement : iMme de Marbeuf a fait ajuster et meubler sa maison si proprement, et tout cela d'un si bon air et d'un si bon cœur, qu'elle mérite toutes sortes de louanges. » Sév. Marmontel rapporte dans ses Mémoires qu'il composait pour l'Académie divers morceaux, «qu'il adaptait aux circonstances; » mais d'Alembert dit de M. de Saint-Aulaire que ses
vers « montraient et l'esprit aimable du poëte, et le talent avec lequel il savait l'ajuster aux circontances. »
Agencer, arranger ou assembler de manière à produire quelque chose de gent ou de gentil, ressemble à ajuster en tant que celui-ci marque ajustement, parure, ornement, implique l'idée de beauté dans le résultat. Mais il en diffère en ce qu'il ne se dit que familièrement ou en mauvaise part, si ce n'est dans le langage spécial de la peinture et de l'architecture. «. Ces gens se consument vainement à agencer des paroles, sans se mettre en peine des choses. » Lah. a Comme ces deux vers sont forcément agencés ! » Id. «Il n'y a aucune construction raisonnable en cet agencement de mots.» Vaug. «Sur la scène française tout se passe communément en beaux dialogues bien agencés et bien ronflants. »J. J. —Une personne est ajustée avec goût; telle autre est bizarrement agencée.
ARRÊTER, RETENIR. S'assurer d'avance un domestique, une maison, une voiture, une loge d'opéra.
Arrêter est absolu; retenir est relatif et annonce que la chose retenue ne peut échapper, ou qu'on la prend parce qu'on craint qu'elle n'échappe pour aller à d'autres. Vous arrêtez ce qui a cours, ce qui est à louer, ce qui attend une destination fixe; vous retenez de peur d être prévenu et pour que d'autres ne vous enlèvent pas ce que vous désirez avoir. Vous arrêtez une loge à l'opéra parmi celles qui sont à louer, qui ne sont pas réservées; vous retenez une loge pour qu'on n'en dispose pas en faveur d'un autre, et, s'il y a eu double emploi, vous ferez voir que vous l'aviez retenue le premier. Un domestique arrêté n'est plus sans place ; un domestique retenu ne peut plus s'engager à un autre maître. Une lecture qui vous arrête vous attache; celle qui vous retient vous empêche de passer à une autre ou de penser à autre chose.
«J'ai vu ici le pèreSoanen, et je l'ai arrêtée, souper et à coucher à l'évêché. » Boss. «Elle demanda s'il y avait quelque appartement à louer. On lui répondit que oui, et on lui en montra un assez propre qu'elle arrêta.» Les.
« Je veux t'amener des convives plus légers. Je. vais de ce pas chez un marchand de liqueurs, où ils vont s'assembler. Je les retiendrai, de peur qu'ils ne s'engagent ailleurs; car c'est à qui les aura....» Les. «A vous une chambre! me dit 1 hôtesse. Tous mes lits sont retenus. J'attends des cavaliers d'importance, qui doivent venir loger ici ce soir. » Id.
ARRIVÉE, VENUE, AVENEMENT. C'est, de la part d'une personne absente jusque-là, le fait de devenir présente, en un certain temps, dans le lieu où nous sommes ou dont il est question.
Arrivée exprime plutôt le fait se faisant, une action : l'arrivée est comme l'achèvement de la course d'un vaisseau qui aborde , qui touche à la rive. On assiste à une arrivée, on la voit. « Je ne sais rien par vous de votre arrivée à Aix. Il me vint hier un gentilhomme de ce pays-là qui était présent à cette arrivée. » Sév.
Et tous ceux du logis ont vu votre arrivée. Alcmène à Amphitryon. Mol.
SUPPLEMENT
Mais venue représente plutôt le fait comme accompli, comme un résultat. On se trouve bien ou mal de la venue de quelqu'un; on en profite ou on en souffre. « Bien loin de se préparer à recevoir le Messie et à profiter de sa venue, Hérode jure sa ruine. » Bourd. Dans le Festin de Pierre, don Louis dit à son fils don Juan : m Je vois bien que je vous embarrasse, et que vous vous passeriez fort aisément de ma venue. » Mol. Annoncer V arrivée de quelqu'un , c'est prévenir qu'il approche ; annoncer sa venue, c'est faire savoir qu'il est là. On est affecté de telle ou telle manière à l'arrivée d'une personne dont on a désiré la venue : « Après avoir désiré sa venue avec la passion la plus vive, après avoir éprouvé à son arrivée un saisissement de joie,... » J. J.
Arrivée marque un fait qui est l'exécution d'un dessein; car on arrive à un but, on arrive en un lieu où on se proposait de parvenir : on dit proprement l'arrivée d'un voyageur, d'un commissionnaire, d'un courrier. L"idée de venue, comme celle de venir, est moins étroite : il y a venue toutes les fois qu'il y a présence effectuée de quelque façon que ce soit, et, par exemple, dans des circonstances qui ne ressemblent en rien à celles d'un voyage ou d'une course. Sosie dit, dans Amphitryon, en parlant de Mercure qu'il croit être un autre lui-même :
Ce moi plus tôt que moi s'est au logis trouvé; Et j'étais venu, je vous jure, Avant que je fusse arrivé. Mol.
Après que Boileau a dit, dans VArt poétique,
Enfin Malherbe vint, il décrit les effets de cette venue (et non pas de cette arrivée) pour le perfectionnement de la langue et de la poésie françaises. « Par la venue du Saint-Esprit, les cœurs des hommes devaient être purifiés. » Bourd. oc Je demande toujours qu'on me montre une église, petite ou grande, dans les sentiments de Luther avant sa venue. » Boss. Varrivée des Mages ne laissa plus de doute à Hérode sur la venue du Messie.
En parlant du Messie on emploie aussi, mais non pas toujours, le mot avènement. Avènement signifie une venue extraordinaire, éclatante, un événement plutôt qu'un simple fait. C'est pour cela qu'on appelle avènement l'élévation à une dignité suprême : « Le duc de Veragua, vice-roi de Sardaigne à Yavénement de Philippe V. » S. S. C'est pour cela qu'on oppose Yavénement glorieux de Jésus-Christ, lequel aura lieu lors du jugement dernier, à sa venue humble et obscure qui a eu lieu lois de son incarnation : a Dans ce temps (de l'Avent) , consacré à la première venue de Jésus- Christ dans l'infirmité de notre chair, l'Eglise nous fait lire d'abord l'Évangile de sa gloire et de son avènement magnifique (à la fin des siècles). » Boss. Le même écrivain oppose encore avec une intention marquée Yavénement du Sauveur du monde à la venue de l'Antéchrist, <* Cette séduction sera la dernière que Jésus-Christ se réserve à détruire par son dernier avènement.... Les protestants se désabuseront de l'erreur grossière qui leur fait imaginer leur Antéchrist dans plusieurs personnes ; en sorte qu'après sa venue il nous fasse attendre si longtemps le jugement universel. » Du
reste, l'usage du mot commun venue est permis même à l'égard de Jésus-Christ, même pour désigner sa dernière apparition à la fin du monde, s'il n'est pas nécessaire ou si on n'a pas l'intention d'en rappeler la solennité. « Il ne sera pas temps de se disposer au jugement de Dieu, quand paraîtront ces signes avant-coureurs de la venue du Fils de l'homme. » Bourd.
ARRIVER, PARVENIR, ATTEINDRE. On arrive, on parvient et on atteint à un but ou à quelque chose de semblable.
Arriver, du latin ad, à, et ripa, rive, c'est toucher à la rive, au port, aborder. Il exprime l'idée commune simplement et sans aucun accessoire : on arrive à tout et de toute manière.
Parvenir, venir par, en latin per venire, c'est arriver par ou à travers {per) les obstacles, avec effort. Tout vaisseau qui entre au port y arrive; celui-là y parvient qui n'y entre que dilficilement? malgré les vents et les flots. L'on arrive naturellement à la mort; l'on ne parvient jamais à la gloire sans luttes et sans combats. Quelquefois même arriver marque le fait de toucher au terme, le succès; et parvenir, ce qu'on fait, la peine qu'on se donne pour obtenir cet avantage : « Considérer, dans les productions des esprits, les efforts qu'ils font pour parvenir à la vérité, et remarquer en quoi ils y arrivent et en quoi ils s'en égarent. » Pasc.
Atteindre, att ingère, ad tangere, c'est aller jusqu'à toucher un objet qui est placé à une certaine distance devant nous ou au-dessus ; en sorte que l'idée caractéristique de ce mot est celle d'éloignement et plus particulièrement encoiv. celle d'élévation.
Mais, étant sur le point d'atteindre à la fenêtre, J'ai, contre mon espoir, vu quelques gens paraître, Qui, sur moi brusquement levant chacun le bras, M'ont fait manquer le pied et tomber jusqu'en bas.
Mol.
Atteindre au sommet de la perfection (Boil.), « Jamais nulle ode grecque ou latine n'a pu atteindre à la hauteur des psaumes. » Fën. «Il y a dans les maximes de l'Evangile une noblesse et une élévation où les coeurs vils et rampants ne sauraient atteindre. » Mass. — La moitié, tout au plus, des enfants parvient à l'adolescence à cause des maladies qui les assiègent et parce que tous les risques de la vie sont au commencement; l'âge de cent ans est un terme trop éloigné pour que personne puisse raisonnablement espérer d'y atteindre.
Les saints sont arrivés à la perfection chrétienne par différentes voies. Ne nous la figurons pas entourée de tant de difficultés que nous ne puissions y parvenir, ni placée à un tel degré d'élévation que nous ne puissions y atteindre (Bourd.).
ARTIFICIEL, FACTICE. Qui n'est pas naturel, mais l'œuvre de l'homme. En latin artificialis et facticius.
Artificiel, composé par Yari, annonce quelque chose qui est l'œuvre de la main de l'homme. C'est un mot particulièrement propre pour le concret. Une fontaine (Acad.), une machine (Buff.). une cavité (îd.), une liqueur (J. J.) artificielle:
des dents (Acad., Buff.), des prairies (Acad., Bern.), des fleurs (Id.), des balles (Bach.) artificielles; les rizières sont des marais artificiels formés le long du Gange (Bern.); les ossements de l'âne de Vérone étaient renfermés dans le ventre d'un âne artificiel fait exprès (Volt.). — Mais factice (de facere, faire), fait, produit, créé, se dit en parlant de ce qui est l'œuvre de l'esprit de l'homme, et convient surtout pour le figuré et l'abstrait. Des besoins (Acad., J. J.), des religions (J. J.) factices; une sensibilité (Acad.) , un sentiment (Staël), un héros (S. S.), une disette (Id.), un caractère (Thom.) factice; outre des idées adventices et des idées innées, Descartes reconnaissait des idées factices, fruit du travail de l'imagination; les sophistes soutenaient que la loi, toute loi, est factice, inventée par les hommes, et non émanée de Dieu ou fondée sur la nature des choses. — Une beauté artificielle (Acad.) est, au physique, celle d'une femme qui se pare et peutêtre se farde. Mais nous qualifions de factices certaines beautés littéraires ou musicales. « On pouvait appeler Boucher le Fontenelle de la peinture : il avait son luxe, sa recherche, son précieux, ses grâces factices. » Grimm. « Comme une telle musique serait dénuée de toute mélodie agréable, on tâcherait d'y suppléer par des beautés factices et peu naturelles. » J. J.
Que si toutefois factice s'emploie bien aussi au propre, c'est uniquement en termes de science : les savants, par exemple, donnent l'épithète de factice au cinabre (Acad. ) qui dans le commerce est appelé artificiel (Acad.). Et si, d'autre part, artificiel prend quelquefois l'acception abstraite et figurée, il se distingue alors en ce qu'il est collectif, en ce qu'il s'applique de préférence à un tout, pendant que factice sert à qualifier une partie ou les parties de ce même tout. « L'homme originel s'évanouissant par degrés , la société n'offre- plus aux yeux du sage qu'un assemblage d'hommes artificiels et de passions factices qui s'ont l'ouvrage de toutes ces nouvelles relations. » J. J. Marmontel prétend que les harangues de Tite Live sont artificielles , et que le style de celles de Thucydide est factice.
Quant au degré, factice renchérit sensiblement sur artificiel. L'objet artificiel ne s'écarte de la nature que par l'arrangement, et la chose factice s'en éloigne par le fond, par la substance même, essentiellement; l'un n'a été que reformé ou transformé, et l'autre a été en quelque sorte recréé, a II y a des plantes dont la nature est, pour ainsi dire, artificielle et factice. Le blé, par exemple, est une plante que l'homme a changée au point qu'elle n'existe nulle part dans l'état de nature. » Buff. « L'étude seule, en observant l'homme artificiel et factice, peut faire prévoir les effets de l'art. » Marm.
ASSEMBLÉE, COMPAGNIE. Réunion d'un certain nombre de personnes.
Assemblée est verbal : il exprime ce qui résulte de l'action du verbe assembler ou s'assembler, un rassemblement ou ce qui s'assemble de monde en un certain lieu et à une certaine épo ,ue. Compagnie, purement nominal, désigne, non pas un fait ou le résultat d'un fait, quelque chose d'ac-
cidentel, mais un corps, quelque chose de permanent. ,
Vous racontez que vous avez assisté à une assemblée, à une assemblée qui s'est tenue tel jour et en tel endroit; vous faites connaître que vous êtes d'une compagnie, d'une compagnie qui est telle ou telle, industrielle ou religieuse, organisée de telle ou telle façon, a Parce que Yassemblée n'était ce jour-là composée que de dix-sept académiciens, le roi fit savoir à ces messieurs : qu'il regardait comme nul tout ce qui s'était fait dans leur assemblée, la compagnie n'ayant pu rien faire de contraire au règlement qui demande la présence de vingt académiciens. » D'Ol. Il se trouva dans l'arche, pendant le déluge, une assemblée de justes; la compagnie de Jésus est surtout remarquable par sa constitution. On dit, le lieu et le temps d'une assemblée; mais on dit, les statuts d'une compagnie. Le souverain diffère une assemblée ou transfère une assemblée d'un local dans un autre; il autorise ou n'autorise pas une compagnie. Une assemblée peut avoir pour objet de fonder une compagnie, et il arrive assez souvent qu'il y a des assemblées d'actionnaires de certaines compagnies pour s'entendre sur les intérêts communs. Qui aime les assemblées court après les parties de plaisir, comme bals, fêtes, spectacles, toutes les fois qu'il y en a et partout où il y en a; qui aime les compagnies fait volontiers partie de cercles et d'autres associatior.s semblables.
Que si on appelle aussi assemblées des réunions d'hommes qui s'assemblent, non pas une fois, mais plusieurs de suite, ce sont des réunions d'hommes qu'on considère toujours et uniquement comme s'assemblant, et cela pour un objet qui est toujours le même, savoir pour consulter ou délibérer. Telle est une assemblée législative, de laquelle on peut dire ce qu'on ne saurait dire d'une compagnie : aller à l'assemblée, et, il y a ou il n'y a pas assemblée aujourd'hui. Les membres d'une assemblée ont été envoyés de différents endroits pour se réunir, pour venir ensemble tenir conseil en un certain lieu, à une certaine époque et pour un certain temps; mais les membres d'une compagnie sont réunis, sont ensemble, sont compagnons ou confrères, forment un corps, abstraction faite de toute idée de lieu et de temps, et ils peuvent s'occuper en commun de toutes sortes de choses, de nouvelles, de jeux, de plaisirs, de leurs intérêts commerciaux, religieux, littéraires ou autres.