ATTROUPER, AMEUTER (S'ATTROUPER
S'AMEUTER). Bassembler une foule ou en foule.
C'est ce que veut dire, ni plus ni moins, attrouper, réunir en troupe, former une troupe. D'ailleurs, on attroupe et on s'attroupe dans toutes sortes de vues, et, par exemple, sans intentions hostiles, pour causer ou adresser la parole sur divers sujets, pour voir quelqu'un, poulie féliciter, lui faire fête ou se mettre à sa suite. « Mais ces assistants (ceux qui assistent à la messe), que font-ils? Ils s'attroupent quelquefois comme dans un cercle, et mêlent leurs voix à celles des prêtres, non pour prier, mais pour se réjouir et pour plaisanter. » Bourd. « Tout le peuple était dans le trouble et dans l'émotion (en apprenant la mort de Turenne), chacun parlait et s'attroupait pour regretter ce héros. » Sév. a Pierre le Grand se fit inscrire dans le catalogue des charpentiers du village de Sardam. Il maniait la hache et le compas. Le peuple s'attroupait ^autour de lui. 11 écartait quelquefois les importuns d'une manière un peu rude. « Volt. « Les princes (revenant vainqueurs de la bataille de Steinkerque) trouvaient les chemins bordés de peuple. Les acclamations et la joie allaient jusqu'à la démence.... Le peuple s'attroupait partout autour d'eux. » Id. « Ce fut dans Paris une joie universelle (quand la famille des Calas y fut justifiée et
SUPPLÉMENT
réhabilitée) : on s'attroupait dans les places publiques; on accourait pour voir cette famille si malheureuse; on battait des mains en voyant passer les juges. » Id. « De nos jours, un imposteur s'est dit le Christ en Orient; tous les Juifs commençaient à s'attrouper autour de lui : nous les avons vus se préparer à tout vendre et à tout quitter pour le suivre. » Boss.
Ameuter, émouvoir., mettre en état d'émeute, de sédition, ou dans l'état de chiens qu'on dispose à bien chasser ensemble, a un tout autre caractère : il donne toujours à entendre qu'on a pour but de nuire, de faire du mal, de porter ou de se porter contre quelqu'un. Aussi, au lieu qu'on dit attrouper et s'attrouper autour, on dit ordinairement ameuter et s'ameuter contre. « Tout ce que madame de Maintenon avait su ameuter et organiser contre lui.... » S. S. « Ne manquez jamais d'ameuter le peuple contre tous les gens de qualité qui ne font point assez de vœux. » Volt. « L'horreur d'un tel attentat met en mouvement toute la ville; le peuple s'ameute, et amasse du bois autour de la maison qu'occupait Verres. Il courait risque d'être brûlé vif. » Roll.
Lorsqu' attrouper et s'attrouper expriment comme ameuter et s'ameuter un mouvement de mécontentement et de mutinerie, ils disent moins, ils ne signifient que le fait matériel du rassemblement, ou ils supposent qu'on s'en tient aux murmures et aux plaintes, qu'on ne va pas jusqu'au soulèvement proprement dit. a Le peuple aveugle est facile à séduire ; un homme qui dogmatise attroupe, et bientôt il peut ameuter. » J. J. a Le consul Dolabella renversa l'autel élevé à César; il dissipa la populace qui s'attroupait autour de ce monument, et il punit de mort les chefs qui l'ameutaient. » Roll. « Déjà les plébéiens s'attroupaient dans différents quartiers : ils murmuraient contre les sénateurs.... Sous le consulat de P. Servilius, les troubles s'accrurent.... Les plébéiens s'ameutaient impunément; ils refusaient de s'enrôler.... » Cond. « Ces familles s'attroupèrent, elles allèrent porter en foule leurs plaintes à la grand'chambre. » Volt.
AUMÔNE. CHARITÉ. Dons faits aux pauvres dans des vues de religion.
Aumône désigne seulement le don Iui-jinême. Charité y joint une idée accessoire, celle d'un sentiment d'intérêt et de bienveillance primitivement exprimé par ce mot. On accoutume de bonne heure les enfants à donner Y aumône, afin qu'ils fassent la charité dans l'âge de raison. Plusieurs guerres contre les infidèles se sont faites avec des aumônes; mais c'est avec des charités que des religieux allaient racheter les malheureux captifs.
Donner Yaumône, c'est donner de l'argent pour des pauvres qu'on ne connaît pas, et pour le soulagement de misères auxquelles on ne compatit point. On donne l'aumône à un pauvre qu'on rencontre dans la rue ; une personne pieuse réserve telle partie de son revenu pour les aumônes; le tronc des aumônes ; on donne l'aumône pour les pauvres honteux; c'est la coutume, en certains pays, qu'à la fin du carême on verse dans un tronc une certaine aumône pour avoir été
dispensé du jeûne; autrefois les grands seigneurs prétendaient racheter leurs péchés par l'aumône, et on appelait aumône une peine pécuniaire à laquelle on était condamné dans certains cas quand on perdait son procès. « Mme de DreiiÀ sortit hier de prison ; elle fut admonestée avec cinq cents livres d'aumône. » Sév. « Mesmes condamna Tencin à une aumône, qui est une peine infamante. » Sév. — Le mot aumône sera donc propre à représenter les dons qu'on ne fait pas très-volontiers, mais en vertu d'une sorte de contrainte. « Mais peut-être que vous me direz qu'il se fait des charités dans l'Église. Chrétiens, quelles charités! quelques misérables aumônes., que nous répandons d'une main avare. » Boss.' « Les prédicateurs ne peuvent arracher un demi écu aux enfants dénaturés de l'Église. Il faut les aller presser les uns après les autres ; et ils donnent quelque aumône chétive, foible et inutile secours. » Id.
La charité est toujours une œuvre de miséricorde qu'on fait de son plein gré. Elle suppose qu'on connaît les misères de ceux qu'on assiste, qu'on en est touché, et qu'on y prend une part véritable. — Ensuite , le mot charité exprime moins la chose donnée que le fait de la donner avec les dispositions que nous avons signalées. On donne Yaumône, et on fait la charité. « Les vanités arrêtent le cours des charités et mettent tout à fait à sec la source des aumônes. » Boss. — Enfin, la charité ne consiste pas toujours en dons pécuniaires. C'est ce que J. J. Rousseau a très-bien remarqué et exprimé dans son Emile. « Ne faites pas seulement Yaumône, dit-il, faites la charité. » Ce qu'il explique de la manière suivante. « C'est votre temps, ce sont vos soins vos affections, c'est vous-même qu'il faut donner. Il y a des témoignages d'intérêt et de bienveillance qui font plus d'effet et sont réellement plus utiles que tous les dons. Combien de malheureux, de malades, ont plus besoin de consolations que d'aumônes! Combien d'opprimés à qui la protection sert plus que l'argent ! Raccommodez les gens qui se brouillent, prévenez les procès ; portez les enfants au devoir, les pères à l'indulgence; favorisez d'heureux mariages; empêchez les vexations. Soyez juste, humain, bienfaisant. Les œuvres de miséricorde soulagent plus de maux que l'argent. »