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AVANCEMENT, PROGRÈS (PROGRESSION

Mouvement en avant; augmentation en bien ou en mal.

Avancement, usité seulement au singulier, exprime l'action d'avancer, un fait ; progrès, du latin progressus, pas en avant, s'emploie au pluriel comme au singulier et signifie une chose. Un enfant travaille à son avancement dans les études, et ilvy fait du progrès ou des progrès. L'avancement est lent ou rapide, le progrès grand ou petit, réel ou imaginaire. Le premier se considère comme quelque chose qui est en train de s'opérer, et le second, au contraire, comme quelque chose de fait ou d'effectué. « Le principal d'un collège peut contribuer beaucoup par lui-même à l'avancement des études en s'appliquant à jeter de l'émulation dans les classes par

les fréquentes visites qu'il y fera pour se faire rendre compte du progrès des études. » Roll. « Ce serait un ouvrage très-utile que celui où l'on exposerait en détail le progrès de l'astronomie dans l'ordre que ce progrès a dû suivre.... Il est impossible qu'un pareil travail ne contribue très-efficacement à 1 'avancement rapide de l'astronomie. » D'Al. « Dans le plan que Bacon trace des sciences il montre les progrès qu'elles ont faits, et il enseigne les moyens de contribuer à leur avancement. » Cond.

Une seconde différence est propre à séparer avancement non-seulement de progrès, mais encore de progression, avec lequel on serait peutêtre tenté de le confondre en conséquence de la distinction précédente. Avancement a été formé d'un verbe tout français, avancer ou s'avancer, au lieu que progrès et progression reproduisent exactement les mots latins progressus et progressa. H s'ensuit qu'avancement est plus commun et moins scientifique : Y avancement de vos affaires (Boijrd.) ; ne jamais rien faire que pour Yavancement de ses vues et de sa fortune. (S. S.). Il se dit particulièrement bien d'une augmentation dans les emplois, d'une élévation en grade, d'une promotion : procurer de Yavancement à un commis, à un officier. « Ce n'était ni par le travail ni par l'étude qu'on parvenait au pouvoir en France: un bon mot, une certaine grâce, étaient souvent la cause de Yavancement le plus rapide. » Staël. Mais progrès et progression s'emploient mieux en parlant, par exemple, de choses qui ont une marche régulière, un développement soumis à des lois que les savants étudient : le progrès d'une maladie, le progrès de la civilisation, les progrès de l'esprit humain ; le progrès ou la progression du mouvement de déclinaison de l'aimant. Avancement le cède encore à progrès en ce qu'il dit moins ou quelque chose de moindre. Aussi progrès se met-il bien après pour renchérir. «L'hypocrisie ne trouve rien qui ne soit permis dès qu'il sert à son avancement et à son progrès. » Bourd. « Cette marche que Jésus-Christ nous ordonne n'est rien autre chose que Yavancement et le progrès dans le chemin du salut. » Id. Une infériorité de signification aussi grande pour le moins a été attribuée à avancement par M. Dupanloup dans le passage suivant : « Substituer à la haute éducation intellectuelle l'enseignement tout professionnel, c'est condamner la société à ne plus marcher que dans les voies étroites d'un avancement sans progrès véritables. »

AVENIR, POSTÉRITÉ, DESCENDANTS, NE- VEUX. Les hommes qui viendront après ceux d'à présent ou qui sont venus après ceux d'une certaine époque.

Avenir, pris ici figurément, est un terme tout abstrait, d'une très-grande généralité, et le plus souvent poétique : il représente, non pas une collection de personnes réelles, mais un être de raison, auquel on reconnaît pour tout attribut l'intelligence. L'avenir est l'esprit ou l'opinion des races futures, ou ce sont les races futures en tant qu'elles conçoivent, qu'elles apprennent, qu'elles pensent, qu'elles croient, qu'elles jugent, qu'elles estiment.

J'ai vu trop de merveilles :

L'avenir aura peine à les bien concevoir. Mol. Le croirai-je? grands dieux! et le voudra- t-on croire Alors que Y avenir en apprendra l'histoire? Corn. L'univers me contemple, et les races futures Contre mes ennemis déposeront pour moi. — L'univers, mon ami, ne pense point à toi, h' avenir encor moins. Volt.

a Vavenir ne voudra jamais croire que.... » J. J. « Regardez comme très-possible que votre patrie et votre siècle vous jugent aussi mal, et que l'avenir ne soit pas plus juste. » Marm. Hippolyte dit à Thésée dans Phèdre :

Souffrez que mon courage ose enfin s'occuper....

Ou que d'un beau trépas la mémoire durable

Prouve à tout l'avenir que j'étais votre fils. Rac.

Le Parnasse français, ennobli par ta veine,

Contre tous ces complots saura te maintenir

Et soulever pour toi l'équitable avenir.

(Ép. à Racine). Boil.

Postérité, très-général comme avenir, ne s'emploie également qu'au singulier. Néanmoins il détermine davantage l'idée commune, et ce qui le prouve, c'est qu'il se prend quelquefois dans le sens relatif de descendants et de neveux pour signifier une suite d'hommes issus d'un même père, parents de celui ou de ceux dont ils sont les successeurs.

Jamais postérité de vous ne sortira. Règn. La postérité d'Abraham (Acad.) . Dans son acception la plus générale, outre qu'il n'est pas poétique comme avenir, il est moins abstrait, moins exclusivement intellectuel, il représente les hommes à venir comme des personnes, auxquelles on dit très-bien, par exemple, qu'on lègue quelque chose (J. J., Chén.). « Actions qui seront écrites en caractères ineffaçables dans le livre de la postérité. » Mass. Un passage des Rêveries de J. J. Rousseau met cette différence dans tout son jour: « Je comptais encore sur l'avenir, et j'espérais qu'une génération meilleure, examinant mieux...., démêlerait aisément l'artifice et me verrait enfin tel que je suis. C'est cet espoir qui m'a fait écrire mes dialogues et qui m'a suggéré mille folles tentatives pour les faire passer à la postérité. »

Mais si postérité est plus déterminé, plus précis qu'avenir, il l'est moins que descendants et que neveux, et c'est proprement en cela qu'il diffère de ceux-ci. Il désigne les successeurs les plus lointains, ceux qui sont venus ou qui viendront bien longtemps après; en sorte que la postérité dans l'avenir correspond aux ancêtres dans le passé : « La gloire des ancêtres est une lumière pour leur postérité. » Roll. D'ailleurs, postérité, purement collectif, fait considérer seulement l'ensemble, et non pas dans l'ensemble les individus comme descendants et neveux, qui ne se disent qu'au pluriel : Dieu promit la terre de Chanaan à la postérité d'Abraham , et l'obligea à le servir et à se circoncire, lui et ses descendants (Boss.? Bourd.).

Les descendants, à leur tour, sont plus éloignés que les neveux; car les descendants d'un homme peuvent appartenir à une génération postérieure quelconque ; au lieu que ses neveux?

comme ses fils, sont de la génération qui le suit immédiatement. Les descendants d'un prince , d'une famille ou d'une nation vivront dans les siècles à venir : « Quelle leçon domestique, dans les siècles à venir, pour les descendants de cette auguste maison! » Mass. Les Grecs modernes sont les descendants d'Homère, de Socrate, de Thémistocle., etc. (Volt.). Mais nos neveux sont presque nos fils, ce sont nos petits-fils, nos héritiers tout au moins. « Les neveux portent sur leur front l'iniquité de leurs pères. » Mass. Mes neveux souperont sans rancune et gaiment Avec les héritiers des frères Pompignan. Volt. — Du reste, il en est de neveux par rapport à descendants comme d'avenir relativement à postérité. Étant pris ici dans une acception qui n'est pas son acception propre, il convient plus particulièrement en poésie.

Je veux que votre livre aille, au gré de vos vœux, Faire siffler Cotin chez nos derniers neveux : Que vous sert-il qu'un jour Y avenir vous estime Si vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crime?

Boil.

AVENIR (À V), DANS LA SUITE; — DORÉ- NAVANT, DÉSORMAIS. Dans le temps futur.

A l'avenir et dans la suite diffèrent en ce que àl'avenir n'exprime pas, comme dans la suite, une suite, ne suppose pas une liaison entre ce qui sera et ce qui est ou a été. Quelqu'un promet d'être sage à l'avenir; un écrivain, dans une partie de son livre qui n'est pas la dernière, promet d'exposer telle chose dans la suite. On profite à l'avenir d'un avertissement; au milieu d'une entreprise, des agents demandent ce qu'ils auront à faire dans la suite. Le châtiment des coupables épouvante ceux qui à l'avenir voudraient les imiter; vos débuts ayant été bons, tâchez dans la suite de faire encore mieux. Telle paix est le modèle de toutes les paix qui se feront à l'avenir; de bonne heure l'enfant fait pressentir ce qu'il sera dans la suite.

Dorénavant et désormais ont cela de propre par rapport aux deux premiers mots, qu'ils annoncent un futur immédiat, et non pas un futur plus ou moins éloigné. Ils signifient l'un et l'autre dès ce moment-ci, à partir de cette heure. Faites telle chose à l'avenir ou dans la suite, n'est pas aussi pressant que, faites telle chose dorénavant ou désormais.

Entre eux dorénavant et désormais se distinguent de la manière suivante. Dorénavant, d'oresen-avant (Montaig., Mol.), de cette heure en avant, est positif ou affirmatif : Dorénavant vous serez heureux. Désormais, dès-or-mais, dès cette heure plus, est négatif, indicatif de la cessation d'un état : Désormais vous ne souffrirez plus. — Vous êtes dorénavant aimé d'une personne qui vous prend en affection; vous n'êtes plus désormais persécuté par l'ennemi avec lequel vous vous réconciliez. — Dans Horace , Horace dit à Camille avec une parfaite précision :

Tes flammes désormais doivent être étouffées;

Bannis-les de ton âme, et songe à mes trophées;

Qu'ils soient dorénavant ton unique entretien. Corn.

On fait ou on fera dorénavant ce qu'on ne faisait pas jusque-là. « Cythérée dit à Psyché : Je ne

SUPPLÉMENT

dorénavant

veux aorenavant nourrir mes pigeons que de miel ou de froment pur. » Laf. « Moyennant les cinq cents francs qu'il touchera par mois dorénavant, il pourra se donner la considération qu'il doit avoir. » Volt. « L'histoire de l'empire grec, c'est ainsi que nous nommerons dorénavant l'empire romain, n'est plus qu'un tissu de révoltes. » Montesq. « Cette vérité expressément reconnue par tant de théologiens doit passer dorénavant pour très -constante. » Boss. « François Ier écrivit de sa main au roi d'Angleterre, l'assurant que dorénavant il ne ferait rien que par ses conseils. » Id. — On fait ou on fera désormais le contraire de ce qu'on faisait jusque-là, ou ce qu'on faisait jusque-là, désormais on le cessera, on y renoncera, on se l'interdira.

De ses jeunes erreurs désormais revenu. Rac.

Mais faites-moi l'honneur de cesser désormais

Un amour qu'un mari peut trouver fort mauvais. Mol. « Peste soit de la sincérité! Désormais j'y renonce. » Id. « Tous nos maux vont finir désormais. » Regn. « Ali-Camourgi disait qu'il ne fallait plus souffrir désormais aucun ministre chrétien à Constantinople. » Volt. « Désormais les deux princes vivraient en bonne intelligence , sans se souvenir des inimitiés passées. » Boss. « Désormais ne péchez plus. » Id.

AVERTISSEMENT, REMONTRANCE. Discours inspirés par l'intérêt qu'on nous porte et qui ont pour fin notre correction.

L'avertissement tend à nous corriger de nos défauts, de nos torts, de nos mauvaises habitudes, en nous les montrant, en nous les faisant connaître; et la remontrance en nous les remontrant, en nous les remettant sous les yeux, afin que nous en apercevions toute la laideur, afin que nous en rougissions et que nous nous en repentions. On donne des avertissements , c'està-dire des instructions qui éclairent; on fait des remontrances, c'est-à-dire des semonces, et des réprimandes qui touchent. Il ne faut être ni sourd aux avertissements, ni insensible aux remontrances (Mass.).

AVEUGLEMENT, CÉCITÉ. État d'un homme qui est privé de la faculté de voir.

C'est ce que le latin exprimait au propre et au figuré par un seul terme, excitas. Le français n'a eu de même pendant longtemps pour les deux acceptions qu'un seul mot, aveuglement, du latin barbare aboculus, sine oculis, sans yeux, comme amens, sine mente, sans raison. Mais au dix-huitième siècle, les médecins empruntèrent du latin le terme cécité, qui naturellement désigna l'infirmité physique de ceux qui n'ont pas l'usage de la vue, et aveuglement se réduisit peu à peu à la signification figurée, suivant laquelle il représente un état intellectuel ou moral. Avant 1760, cécité n'avait pas place dans le Dictionnaire de l'Académie; mais on l'y trouve à partir de cette époque, avec la remarque expresse que cécité se dit au propre et aveuglement au figuré- Vers le même temps, d'Alembert écrivait dans ses Éléments de philosophie : « Il y a dans la langue française un grand nombre d'expressions qui n'ont d'usage qu'au sens figuré, comme aveuglement ; on parlerait assez mal en disant de

quelqu'un qui a perdu la vue , qu'il est à plaindre par son aveuglement; mais on dit très-bien 1: 'aveuglement de l'esprit et du cœur. »

Que cécité ne se prenne jamais et ne doive jamais se prendre au figuré, c'est une chose certaine. Mais aveuglement, au propre, au lieu de cécité, a continué à se dire et se dit bien encore dans le langage commun. C'est que cécité, auquel ne correspond pas en français , comme à aveuglement, un adjectif, un verbe et un adverbe de sa famille, conserve toujours quelque chose de savant et d'étranger qui fait qu'il ne se popularise pas aisément. Dans YHistoire naturelle de Vhomme, Buffon parle de la cécité et de ses causes; mais Voltaire, commentant quelque part l'histoire de Tobie en termes vulgaires tout au moins, dit que c'est chose

extraordinaire « qu'un aveuglement causé par une chiasse d'hirondelle. » Pareillement , Laharpe , dans son Cours de littérature, cite une ode de la Motte, <c qui roule sur la cécité dont il fut affligé dès trente ans ; » et, d'autre part, Mme Dudeffand, devenue aveugle, se plaint plusieurs fois, dans ses lettres, de son aveuglement et des autres infirmités de son âge.

Du reste, aveuglement qui, au figuré, exprime un simple trouble, convient assez au propre et peut-être est nécessaire pour signifier une privation passagère ou incomplète de la vue. Il semble donc qu'on dirait bien que saint Paul, sur le chemin de Damas, fut frappé $ aveuglement , et non pas de cécité comme Polyphème à qui Ulysse fit perdre la vue absolument et pour toujours.

BAGAGE, ÉQUIPAGE. Ce qu'on a d'effets avec soi hors de chez soi, en voyage ou en campagne.

Bagage signifie un assemblage de bagues, c'està-dire de hardes , suivant l'acception primitive du mot, un paquet d'effets, en latin sarcina. Équipage a voulu dire d'abord la même chose qu'équipement, la réunion des objets dont on pourvoit un vaisseau pour la manœuvre, la subsistance, la défense et l'attaque, etc. : équipage, esquipage, paraît venir comme esquif du germanique skif, schiff, ship, navire.

Le bagage peut être peu considérable, se réduire à un simple paquet : on dit plier bagage comme plier son paquet, pour s'en aller furtivement ou mourir. Les moindres gens ont du bagage ou des bagages. « Ignace va étudier à Paris : il fait le voyage à pied, précédé d'un âne qui portait son bagage, ses livres et ses écrits. » Volt. a Oldar mit dans ses poches tout l'or et les choses précieuses, et fit de tout le reste de son bagage un petit paquet qu'il assujétit sur ses épaules. » Ham. L'équipage, au contraire, est tout un attirail, et on n'attribue d'équipages qu'aux princes et aux grands. La ville de Malines ayant été prise en 1746, « on renvoya au prince Charles les domestiques et les équipages qu'il avait dans la ville. » Volt, « On voyait des richesses immenses (le trésor de Darius) éparses çà et là par la campagne, les superbes équipages de tanf'de grands seigneurs et de grandes dames, les vases d'or, les tentes magnifiques.... » Vaug.

En termes de guerre bagage a une signification bien moins étendue qu'équipage. Les bagages sont les choses qui appartiennent aux troupes et qui sont à leur usage. Mais les équipages comprennent en outre toutes les choses nécessaires pour les opérations, c'est-à-dire les munitions de toutes sortes.

Étant petit, et pouvant, à la rigueur, être porté par une personne ou par la personne à laquelle il appartient, le bagage ne suppose nécessairement ni cheval ni voiture. Mais par la raison contraire, équipage implique presque toujours l'idée de mon-

ture ou de chariot; aussi des étymologistes ontils pensé que le mot équipage avait bien pu être formé du latin equum parare, préparer ou chargei un cheval, a Ajoutons (à ces ouvrages de Salomon) les lieux destinés aux équipages, où les chevaux, les chariots, les attelages étaient innombrables. » Boss. a 0 quelle merveille, s'écrie Sénèque, de voir Caton n'avoir pour tout équipage qu'un seul cheval, qui portait avec son maître tout son petit bagage! » Roll.

Il est à remarquer encore que bagage est absolu et équipage relatif. On a du bagage ou des bagages simplement, et un équipage de chasse, de guerre, de siège, etc. D'autre part, le bagage se considère plutôt en soi, on y a ou on y met telle ou telle chose, au lieu que l'équipage se conçoit comme un convoi, comme quelque chose quiest en mouvement ou en train d'aller. « Tarquin vient à bout de corrompre les domestiques de Turnus (député latin) qui conduisait son équipage; il les engagea à souffrir qu'on portât pendant la nuit des armes dans la maison où logeait leur maître, et à les glisser adroitement parmi son bagage. » Roll,

BARBOUILLAGE, GRIFFONNAGE. Mauvaise écriture, et, par extension, écrit de peu de valeur.

Barbouillage désigne primitivement une mauvaise peinture, a J'ai laissé Beaulieu avec le copiste de M. de la Garde; il ne quitte point mon original (le portrait de Mme de Grignan).... Vous verrez ce que c'est que ce barbouillage. Je souhaite que les derniers traits soient plus heureux; mais hier c'était quelque chose d'horrible. » Sév. Quand ce mot se prend pour signifier une mauvaise écriture, il paraît dire moins que griffonnage qui est dans ce sens le mot propre. Le barbouillage est quelque chose de peu net et de peu distinct; et le griffonnage semble écrit par la griffe d'un chat, les lettres n'y sont pas formées, on n'y distingue rien.

Dans leur acception étendue, quand ils se disent d'écrits dont on fait peu de cas, les deux mots diffèrent de la manière suivante. Le barbouillage

SUPPLÉMENT

est plutôt un écrit imprimé, et il est défectueux, il pèche sous quelque rapport que ce soit, « Vous trouverez, à votre retour, un barbouillage nouvellement imprimé où je me suis mêlé de bavarder sur la musique.... Aimant la musique, vous ne dédaignerez peut-être pas de parcourir une espèce de livre qui en traite tant bien que mal. » J. J. Mais le griffonnage est plus généralement manuscrit, et il a le défaut particulier d'être informe ou inachevé, de n'être qu'une ébauche. a Corbinelli montre tout ce qu'il fait (tout ce qu'il écrit) à Mme de Coulanges : plusieurs cartésiens le prient de continuer; il ne veut pas; il brûle tout ce qu'il a griffonné. » Sëv. Voltaire avait confié à M. le comte d'Argental le manuscrit d'une tragédie à laquelle il n'avait pas encore mis la dernière main, le priant de faire des observations. Il lui écrit à ce sujet : « Renvoyezmoi donc mon griffonnage apostille, et puis j'aurai l'honneur de vous le renvoyer au net. » Le griffonnage n'est donc pas comme le barbouillage une œuvre imprimée et sous sa forme définitive ; c'est quelque chose de manuscrit qui doit ou pourrait être retouché. Aussi griffonnage est-il le mot qui convient le mieux en parlant d'une lettre. <c Je finis à la hâte ce griffonnage, que je n'ai pas même le temps de relire, tant je suis pressé de le faire partir. » J. J. a Au moment que je griffonne (que je vous écris cette lettre), la nouvelle vient de Francfort que.... » Volt.

BARIOLÉ, BIGARRÉ, CHAMARRÉ. Marqué de différentes couleurs.

Bariolé, écrit barriolé par deux r dans la première édition du dictionnaire de l'Académie, peut bien avoir été fait de barre, ainsi que l'Académie l'indique en effet, et il a une terminaison diminutive comme affriolé, bestiole, gloriole, etc. En sorte que les couleurs de la chose bariolée forment de petites barres ou de petites bandes, au lieu de taches arrondies et plus ou moins larges. a Les géographes nous présentent la terre bariolée de lignes de toutes couleurs qui la divisent et la subdivisent en empires, en diocèses, en sénéchaussées, en élections, en bailliages, en greniers à sel. » Bern. a Le requin est devancé par plusieurs petits poissons bariolés de noir et de jaune. » J.d. Arlequin est appelé un grand drôle bariolé (Mariv.) à cause du vêtement rayé qu'il porte.

Bigarré et chamarré, outre qu'ils supposent des couleurs qui ne forment pas de petites raies ou de petites lignes, mais des taches rondes et plus ou moins grandes, se distinguent de bariolé en ce qu'ils sont d'une application plus fréquente et plus variée. Dans sa Satire de l'homme, Boileau dit de l'âne :

Et que peut-il penser lorsque dans une rue Au milieu de Paris il promène sa vue ; Qu'il voit de toutes parts les hommes bigarrés, Les uns gris, les uns noirs, les autres chamarrés?

La bigarrure et la chamarrure diffèrent ensuite l'une de l'autre d'une manière encore assez sensible. La bigarrure, de bis varius, deux fois ou plusieurs fois varié, très-varié, plaît ou déplaît par l'opposition des couleurs, par leur arrangement ou piquant ou bizarre, a 11 n'y a rien qui

plaise davantage aux Indiens que leurs oiseaux bigarrés de diverses couleurs. » Vaug. « Le plumage du petit-duc est plus élégamment bigarré et plus distinctement tacheté que celui des autres. » BUFF.

Votre éventail me plaît d'être ainsi bigarré. Corn. « La législation était tellement bigarrée, que nonseulement des lois particulières régissaient les divers ordres de l'État, mais que chaque province avait ses privilèges distincts. » Staël. Mais la chamarrure, résultat de l'action d'orner un habit de passements, de galons, de fourrures, d'en faire une simarre, plaît ou déplaît par l'éclat, par la richesse. Un habit chamarré d'argent (Les.), de diamants (Laf.). Des baladins chamarrés (J.' J.) sont couverts d'oripeaux. « Le reste du plumage (de ce canard) est richement chamarré d'ondes et de festons de noirâtre, de roussâtre et de roux. » Buff. « Les généraux français portaient sans rougir des habits usés par la guerre, et plus honorables cent fois que les broderies et les décorations dont, plus tard, on les a vus chamarrés, * Staël.

De son orgueil ses habits se sentaient ; Force brillants sur sa robe éclataient, La chamarrure avec la broderie. Laf.

— Un écrit bigarré de certaines choses en est diversifié : « Toutes mes pièces ont été bigarrées de variantes. » Volt. Mais un écrit chamarré de certaines choses en est paré ou embelli : « Je réponds bien tard à votre aimable lettre chamarrée de jolis vers. » Volt.

BAS, IGNOBLE. L'air, le langage, etc., quand ils annoncent peu de grandeur, sont qualifiés de bas ou d'ignobles.

Mais c'est proprement un défaut d'élévation que marque ce qui est bas, et un défaut de noblesse qu'indique ce qui est ignoble. Le bas se remarque partout ; Vignoble, dans ce qui est d'un ordre ou d'un rang distingué. Philaminte des Femmes savantes reprend dans le langage de la servante Martine des mots sauvages et bas; Voltaire relève dans les tragédies de Corneille des expressions ignobles. Toute personne peut être dite avoir une physionomie ou une mine basse : on n'attribue de physionomie ou de mine ignoble qu'aux princes et aux grands personnages.

Ensuite, bas suppose un défaut plus essentiel, un fond de lâcheté ou de quelque autre qualité mauvaise; ignoble est plutôt esthétique seulement, tout relatif à la forme , et n'emporte d'autre idée que celle de grossièreté. Buff on reconnaît une physionomie basse et cruelle à toute la race sanguinaire des goélands, et à l'engoulevent un air de famille lourd et ignoble. On ne dit pas une laideur basse, mais bien une laideur ignoble (S. S.), parce que la laideur est toute superficielle, sans rapport au caractère, aux sentiments. aux dispositions de l'âme.

1 BATEAU, BATELET, BARQUE, NACELLE, ESQUIF, CANOT; — 2° VAISSEAU, NAVIRE, BATIMENT, GALÈRE, CHALOUPE. Ce sont les noms les plus communs donnés en France à ces machines en bois dont on se sert pour aller sur l'eau ou pour transporter par eau des choses ou des personnes.

Les six premiers désignent évidemment quelque chose de moins grand que les cinq autres. Les pêcheurs ont des bateaux, des barques ou des nacelles; une flotte se compose de vaisseaux, de bâtiments ou de chaloupes. Ce avec quoi et dans quoi Caron faisait passer au delà du Styx les âmes des défunts est également nommé dans Y Enéide travestie un bateau, une barque, une nacelle et un esquif; lorsque Annibal, parvenu sur les bords du Rhône , voulut le traverser avec ses troupes, il mit en réquisition tout ce que les habitants possédaient de bateaux, de barques, de nacelles et de canots (Roll.). Mais en racontant une bataille navale on rapportera quel fut le sort des vaisseaux, des navires, des galères, etc., combien il y en eut qui sautèrent, combien qui furent coulés à fond, ou pris, ou mis en fuite (Volt., Thom.).

1° Bateau, batelet, barque, nacelle, esquif, canot.

Bateau diffère de batelet en ce que celui-ci est le diminutif de celui-là : le batelet est un petit bateau, et on s'en sert principalement pour aller d'un bord à l'autre d'une rivière. « Je voudrais, comme font les Anglais chez eux, établir nos matelots invalides aux bacs des rivières, sur tous ces petits batelets qui traversent Paris, et les répandre le long de la Seine comme des tritons dans nos campagnes. » Bern.

.... La sarcelle le quitte (le lapin), Et revient, traînant un vieux nid Laissé par des canards. Elle l'emplit bien vite De feuilles, de roseaux, les presse, les unit Des pieds, du bec; en forme un batelet capable De supporter un lourd fardeau. Flor.

Du reste, batelet est peu usité en comparaison de bateau, et il ne se trouve pas dans la première édition du Dictionnaire de V Académie.

Bateau et barque ne sont guère plus difficiles à distinguer. — D'abord on emploie plutôt les bateaux, comme les batelets, sur les rivières, et les barques sur la mer : on dit qu'une rivière porte bateau dès sa source, et c'est surtout au petit cabotage que les barques sont affectées. Descartes et César faillirent périr, l'un dans un bateau sur l'Elbe, l'autre dans une barque sur laquelle il passait d'Épire en Italie (Thom.). — Ensuite , ce qu'on considère particulièrement dans le bateau, c'est sa forme : un lit en bateau (Acad.) ; la moule est taillée en bateau (Bern.) ; sous le brou de la noix est une coque ligneuse de la forme d'un bateau, ayant une proue pointue, une poupe aplatie.... (ID.).-Mais c'est spécialement à la conduite , à la manière dont on dirige le gouvernail que barque fait penser : conduire la barque, au propre et au figuré (Acad.) ; bien conduire sa barque, être adroit dans le maniement de ses affaires.

Nacelle, en latin et du latin navicella (formé de navis, navire), est un diminutif comme batelet. Mais il a de plus pour caractère propre d'emporter l'idée particulière de faiblesse et de fragilité : une faible nacelle (Bern.), une frêle nacelle (Lah., Roll.). Lorsque Neptune, dans Y Odyssée, lance contre le vaisseau d'Ulysse une vague épouvantable, « la nacelle est le jouet des

flots qui la poussent et la ballotent dans tous les sens. » Fén.

La frêle nacelle gémit, Quand Œnéas les pieds y mit, Et reçut l'eau par plusieurs fentes. Scarr. Esquif, italien schifo, de l'allemand schiff, vaisseau, a servi à former esquiver. C'est le nom d'une petite barque légère à l'aide de laquelle on manœuvre ou on se sauve adroitement et promptement. « Comme le roi Edouard II voulut se sauver dans un esquif avec son favori Spencer, ils furent pris tous deux. » Boss. « Les Tyriens assiégés venaient avec des esquifs reconnaître la digue élevée par Alexandre.... Il était facile d'avancer et de retirer ces esquifs comme on voulait. » Roll. « Entre les lignes Scipion laissa des intervalles par où les esquifs devaient passer entre les barques pour aller reconnaître les ennemis et se retirer en sûreté. » Id.

Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons,

Je songe à me pourvoir d'esqvJfet d'avirons,

A régler mes désirs, à prévenir l'orage,

Et sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage. BOil.

Il fut un temps où les vaisseaux avaient à leur service un esquif ou des esquifs pour aller du bord à terre ou pour se sauver en cas de naufrage. C'est ce qu'on voit dans les Fourberies de Scapin : il feint que son maître est retenu sur la galère turque, tandis que lui, Scapin, a été renvoyé seul à terre dans un esquif pour traiter de la rançon du prisonnier. Et dans Rabelais : « Si toust que les ancres feurent iectees, et le vaisseau asseuré, Ion descendit lesquif.... Le bon Pantagruel entra et toute sa compaignie dedans lesquif, pour prendre terre. »

Canot est aujourd'hui le terme dont on se sert pour rendre cette dernière idée, celle d'une petite embarcation au moyen de laquelle les vaisseaux communiquent avec le rivage ou entre eux. « Ces Patagons avaient aidé les matelots à échouer le canot du navire. » Buff. Mais si canot a remplacé esquif dans cette acception, il ne signifie pas par lui-même comme esquif quelque chose d'agile ; il désigne dans le principe et à présent encore quelque chose de creux, de semblable à un roseau, canna (d'où canal), un simple tronc d'arbre creusé, une pirogue, ou un petit bateau fait d'écorce, ou enfin quelque chose de très-primitif en fait de voiture par eau. « Au moyen du feu l'homme exxave et façonne les troncs les plus durs; il en fait des vases, des tonneaux, des canots. » Bern. « Il ne faut que l'écorce d'un de ces vastes bouleaux pour faire un grand canot. » Id. * Tant que les hommes se bornèrent à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs. » J. J. Les sauvages ont des canots: « Les sauvages arrêtent leurs canots des heures entières pour considérer les cabrioles des sapajous. » Buff.

2° Vaisseau, navire, bâtiment, galère, chaloupe.

Vaisseau, grand, énorme vase, espèce de maison flottante, est dans la langue commune le terme général dont on se sert pour représenter tout ouvrage de grande dimension fait par les hommes pour voguer sur la mer. 11 est admis en poésie, et il se prend bien au figuré.

SUPPLÉMENT

Les vaisseaux sous leurs mains, fiers souverains des

ondes, Étaient prêts à voler sur les plaines profondes. Volt.

Et le vaisseau public, de l'orage battu, Avait besoin d'une ancre au milieu des tempêtes.

Thom.

Toutefois il a reçu de l'usage pour acception particulière de s'appliquer surtout à ceux de ces édifices qui sont armés en guerre et destinés à combattre. De là dans les auteurs d'assez fréquentes oppositions entre les vaisseaux d'une part, et les navires ou les bâtiments de l'autre. « Une flotte composée de vingt vaisseaux de guerre et de cent cinquante navires de transport. » Marm. « Vingtcinq vaisseaux de guerre avec cinquante navires de charge furent prêts dans les ports de la Sicile.» Volt. « Trente-deux vaisseaux de guerre avec plusieurs bâtiments de charge furent pris ou coulés à fond. » Roll. « Cet ambassadeur s'en vint faire à Versailles des lamentions sur ce navire, en disant que je feignais d'équiper un bâtiment pour le commerce, et ne faisais qu'armer un vaisseau de guerre pour le service du congrès. » Beaum.

Navire, du latin navis, dont le sens est le même, veut dire, toujours dans la langue commune dont il s'agit exclusivement ici, un grand vaisseau. « Pour résister à la violence du canon, et ne pas essuyer un feu supérieur, il a fallu de gros navires.... Les petits vaisseaux d'autrefois s'accrochaient soudain, et les soldats combattaient des deux parts. » Montesq. Hiéron, roi de Syracuse, fit construire par Archimède un vaisseau de dimensions prodigieuses, à vingt rangs de rames, une sorte de Léviathan, et comme aucun port de la Sicile ne pouvait contenir cette masse énorme, il en fit présent au roi d'Egypte Ptolémée : « Plusieurs autres vaisseaux de charge de moindre grandeur accompagnaient ce grand navire. » Roll. « Un puissant navire. » Laf. « Les voiles de ces bateaux de la Loire sont fort amples; cela leur donne une majesté de navires. » Id.

Le bâtiment est un vaisseau considéré sous le point de vue de sa construction ou de sa structure. « Pour passer d'Italie en Sicile, les Romains avaient été obligés d'emprunter des vaisseaux de leurs voisins.... Us n'avaient point d'ouvriers qui sussent construire des bâtiments. » Roll. « Les vaisseaux de charge chez les Romains étaient de petits bâtiments qu'on appelait ouverts, parce qu'ils n'avaient pas de pont. » Id. On radoube un bâtiment (Id.), on recueille les débris d'un vieux bâtiment (Id.). Bâtiments à rames, bâtiments à voiles, bâtiments à vapeur.

Les galères étaient des bâtiments longs et plats qui allaient à rames, et quelquefois à voiles en même temps qu'à rames, mais jamais à voiles seulement. L'expression galère à rames qui se trouve dans Voltaire paraît être un pléonasme. Mais on dit bien une galère à tant de rames (Fén., Roll.), ou à tant de rangs de rames (Agad., Roll.). A l'époque où on se servait de galères en France , elles étaient employées principalement à la navigation sur la Méditerranée, et parmi les rameurs il y avait des galériens, des criminels condamnés à cette sorte de travail. En 1690, Col-

bert fit venir les galères de Marseille sur l'Océan, et les côtes d'Angleterre virent des galères pourla première fois (Volt.) .

La chaloupe est au service du vaisseau comme le canot, et comme anciennement Vesquif, c'est une embarcation. Mais entre toutes les embarcations elle a cela de remarquable qu'elle *bst la plus grande. Elle n'est pas pontée, et on s'en sert beaucoup dans les ports et dans les rades. « Le mouvement perpétuel des chaloupes en rade. » Bern. « Depuis le tronc flottant d'un arbre jusqu'au vaisseau, il y a la pirogue, la yole, le canot, la chaloupe, etc. » Id. « De grandes chaloupes débarquaient quantité de marchandises. » Id. « L'orgueilleux Rodomont donnait ses ordres fièrement de la proue de son vaisseau. Bientôt les chaloupes et les autres bâtiments plats faits pour la descente furent remplis de soldats qui s'approchèrent de la terre. » Les.

Il fut sur le port, où ses troupes Par ordre montaient les chaloupes Pour arriver dans les vaisseaux. Scarr.

BÂTIMENT, ÉDIFICE. Ouvrages en charpente, en maçonnerie, destinés ordinairement à la retraite ou à l'habitation des hommes.

Bâtiment, dont l'origine paraît être vulgaire, est le mot commun. Édifice, latin œdificium (éedem facere, faire un temple ou un palais), signifie un bâtiment grand, beau et le plus souvent public. « L'édifice suppose plus d'art, plus de grandeur, d'élévation, des matériaux plus solides.» Littré. Des bâtiments irréguliers, de petits bâtiments inégaux et simples; de grands édifices, soutenus de colonnes, d'une architecture majestueuse (Fén.). « Il entre dans un bâtiment simple et et vaste dont la structure a l'apparence d'un édifice public. » Marm. « L'ordre toscan se met rarement en usage, si ce n'est pour quelque bâtiment rustique où il n'est besoin que d'un seul ordre, ou bien pour quelque grand édifice, comme un amphithéâtre. » Roll. — De plus, édifice se dit seul au figuré. « Le fanatisme absurde s'était introduit dans ce grand édifice (le gouvernement de l'Angleterre) au temps de Cromwell comme un feu dévorant qui consume un beau bâtiment qui n'est que de bois. » Volt.

BÂTON, CANNE.- Branche ou tige qu'on a détachée de la plante pour la tenir à la main et s'en servir à divers usages.

Bâton exprime le genre, et canne une espèce. Le bâton, quelle que soit l'origine du mot, peut être d'un bois quelconque; au lieu que la canne, du latin canna, roseau, est proprement de roseau, de jonc ou de bambou. On dit en général, menacer quelqu'un du bâton (J. J.) ; mais les bourreaux de Jésus-Christ, lui ôtant le roseau qu'ils lui avaient mis à la main, lui déchargèrent mille coups de canne sur la tête (Bourd.).

Le bâton est plein ; la canne, au contraire, par la nature de son bois, est vide ou creuse et peut servir de contenant : une canne, et non un bâton, à épée. * Quand les fils de Tarquin furent arrivés à Delphes, ils firent leurs présents à Apollon, et ils plaisantèrent fort sur Brutus qui n'offrit qu'un bâton. C'était une canne qu'il avait fait percer secrètement et dans laquelle était enfermée une

baguette d'or, image énigmatique de son caractère et de son esprit. » Roll.

Le bâton suppose un besoin réel : il y a des malades et des vieillards qui ne peuvent s'en passer; et ce peut être une arme grossière qu'on improvise dans une circonstance unique. La canne est plutôt un objet d'ornement plus ou moins élé gamment travaillé qu'on porte habituellement, comme la badine, par maintien et par mode. a En disant ces mots, le vieux dieu du fleuve leva sur moi un énorme bâton de pommier tout fraîchement coupé.... Tout cela n'était réellement qu'un rêve de mon imagination bizarre.... En me relevant de l'endroit où je m'étais couché (et endormi),-la première personne qui se présenta à moi fat un de nos vieux jésuites, qui se promenait une longue canne à la main. » Ham.

BÉNIR, SACRER. C'est, par des cérémonies ou des prières, donner un certain caractère religieux.

Bénir, quoique dérivé du latin benedicere, a une forme toute française qui ne permet pas d'apercevoir d'abord l'origine du mot. Mais dans sacrer il n'est personne qui ne reconnaisse au premier coup d'œil le latin sacrare. Il s'ensuit que bénir est plus commun ou moins noble que son synonyme : on bénit un abbé ou une abbesse, de simples religieuses, des époux ; on ne sacre que des souverains, empereurs ou rois, et des princes de l'Eglise, des évêques.

En outre, bénir dit moins que sacrer. La chose bénite ou bénie est seulement recommandée à Dieu, mise sous sa protection spéciale, du nombre de celles auxquelles Dieu s'intéresse particulièrement ; la chose sacrée appartient à Dieu, est quelque chose de Dieu ou qui en participe, quelque chose d'inviolable par conséquent. Ainsi, par exemple, pain bénit ne signifie point du tout la même chose que pain sacré : le pain bénit est un pain sur lequel le prêtre a invoqué la grâce de Dieu et qui se distribue à tous les fidèles présents à la messe; mais le pain sacré est la sainte eucharistie, le pain que les communiants seuls reçoivent. L'hostie n'est que bénite au moment de l'oblatiôn ; c'est par l'acte ultérieur de la consécration qu'elle devient sacrée ou le pain sacré, c'est-à-dire quelque chose de divin.

BESOIN (AVOIR), AVOIR AFFAIRE. On a besoin ou affaire des choses qui seraient utiles, dont on ne peut guère se passer, dont le manque ou le défaut se fait sentir.

Avoir besoin est l'expression positive ordinaire. « Qu'enseignait Jésus-Christ à ses disciples? Une seule chose dont ils avaient besoin, je veux dire la science des saints. » Bourd. « Cet appui, cette protection, vous manquerait, et vous en avez besoin. » Id. « Je me trouve étouffée ici, j'ai besoin d'air et de marcher. » Sév. « Je veux mettre dans ma famille les gens dont j'ai besoin. » Mol. a C'est bien le moins que les blés soient vendus à un prix raisonnable aux pauvres qui en ont besoin. » Volt.

Mais avoir affaire, suivant la juste distinction de Condillac, convient particulièrement, sinon uniquement, avec négation ou interrogation : Je n'ai pas affaire de vos conseils; qu'ai-je affaire de vous? C'est une façon de parler volontiers iro-

nique et qui emporte d'ordinaire une idée de dédain ou de mépris. « Qu'at-je affaire de telle et telle question qui causent tant de mouvements dans l'Église? Qu'af je affaire de toutes ces contestations, et qu'est-il nécessaire que je me déclare, là-dessus? » Bourd. « Qu'at-je affaire de celui-ci, et que me reviendra-t-il d'avoir des égards pour celui-là? » Id. Vous n'avez pas trop affaire de ce détail, mais c'est la nouvelle du pays. » Sév. « Il avait bien affaire de cette dépense? » Id. a On a bien affaire de votre sentiment? Taisez-vous. » Dest. « Ce serait une manière assez sûre d'attacher les Genevois à la France. Je sais bien qu'on n'a pas affaire des Genevois; mais les temps peuvent changer. » Volt.

Et l'on sait tout chez moi, hors ce qu'il faut savoir. On y sait comme vont lune, étoile polaire, Vénus, Saturne et Mars, dont je n'ai point affaire; Et dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin,' On ne sait comme va mon pot, dont j'en besoin. (Chrysale, dans les Femmes savantes). Mol.

BESOIN (N'AVOIR PAS), N'AVOIR QUE FAIRE. Pouvoir se passer.

N'avoir pas besoin, ne pas manquer, ne pas être privé, non egere, se prend au passif : on n'a pas besoin de ce qui ne fait pas besoin, de ce dont on peut manquer sans en souffrir. Mais n'avoir que faire, n'avoir quoi faire, n'avoir pas à faire, convient mieux pour l'actif : on n'a que faire dans un lieu où on n'a rien à faire. « Les plaisirs publics n'ont pas besoin de protection. S'ils sont nécessaires aux États, l'autorité n'a que faire de s'en mêler. » Mass. a Dieu n'a pas besoin que nous lui disions beaucoup de paroles ; il voit notre cœur, et cela lui suffit. On n'a que faire de répéter de moment en moment à une personne qu'on aime : Je vous aime de tout mon cœur. » Fén.

D'ailleurs, n'avoir pas besoin est relatif et dit moins que son synonyme : on n'a pas besoin d'une chose pour tel usage ou dans telle circonstance ; au lieu qu'on n'a que faire d'une chose absolument, sous tous les rapports, ne sachant qu'en faire, quel emploi lui donner. L'objet dont on n'a pas besoin ne sert de rien, est inutile; celui dont on n'a que faire ne sert à rien, est totalement inutile. On n'a pas besoin de parapluie quand il fait beau; en Egypte, où il ne pleut jamais, on n'en a que faire. On n'a pas besoin de richesse pour goûter la plupart des plaisirs que la nature met à notre portée ; les morts n'ont que faire de richesse. C'est donc avec raison que n'avoir que faire de quelqu'un ou de quelque chose est défini par l'Académie, n'en avoir aucun besoin. Et Voltaire a voulu sans doute renchérir quand il a dit : « 11 n'a tenu qu'à moi d'accepter du roi de Prusse des biens dont je n'ai pas besoin, et ce qu'on appelle des honneurs dont je n'ai que faire. »

De là un autre caractère distinctif de n'avoir que faire : il est ironique, il sert à marquer que, n'ayant nul besoin d'une personne ou d'une chose, on n'en fait nul cas, on s'en moque, « Ceux-là ne méprisaient pas ouvertement la parole (de celui qui les invitait à un festin) . Ils ne disaient pas : Je n'ai que faire de vous ni de votre festin ; ils s'excusaient avec une espèce de respect. » Boss.

BIAISER, TERGIVERSER. User de détours.

SUPPLÉMENT

Biaiser montre le sujet à l'œuvre, n'allant pas droit au but qu'il poursuit, « II a commencé de bonne heure à se mettre dans les voies de la fortune : s'il trouve une barrière de front qui ferme son passage, il biaise naturellement, et va à droite et à gauche. » Labr. Tergiverser représente le sujet avant l'action, reculant (terga vertere, reculer), s'arrêtant devant une décision, n'allant pas droit au parti à prendre. « Après avoir un peu tergiversé, l'abbé de Fénelon souscrivit à ces articles. » Boss.

Celui qui biaise dérobe sa marche, et louvoie, il n'agit pas à découvert, il dissimule. « Le médisant diminue, il biaise, il ne s'explique qu'à demimot par des paroles à double entente,- s'il parle ouvertement, il prend de beaux prétextes. » Boss. « M. de Cambrai a trouvé à propos d'en écrire au pape, et il a bien fait si c'est avec soumission et la sincérité qu'il doit. Mais nous avons sujet de craindre qu'il ne biaise. » Id. Celui qui tergiverse a peine à se déterminer, à conclure, à répondre, il cherche à éviter une résolution, il hésite. « Je demandai franchement au régent à qui il en avait. 11 balança, il tergiversa. Je le pressai, l'apostème creva. » S. S. « Je pris le dernier parti hautement, pleinement, sans tergiverser. ■» J. J.

Sans biaiser, c'est-à-dire clairement, nettement, franchement; sans tergiverser, c'est-à-dire d'abord,

BIENS, RICHESSES, FORTUNE, FACULTÉS, A\ÎOIR. Ce qu'une personne possède en propre compose ses biens, ses richesses, sa fortune, ses facultés ou son avoir.

Ses biens sont ce qui lui appartient de bon, d'agréable, d'utile, d'avantageux. Ses richesses sont ce qui la rend riche, opulente; ce sont de grands biens. Il faut avoir beaucoup de biens pour être riche. « Tout le monde a entendu parler des richesses de Crassus.... Il s'en fallait de beaucoup qu'il n'eût reçu tout ce grand bien de ses pères. » Roll. a Attale n'imita pas la plupart des hommes pour qui les grands biens sont pour l'ordinaire une occasion de vices. L'usage généreux qu'il fit de ses richesses lui donna le moyen d'augmenter ses États. » Id. « L'on porte Crésus au cimetière : de toutes ses immenses richesses que le vol et la concussion lui avaient acquises et qu'il a épuisées par le luxe il ne lui est pas demeuré de quoi se faire enterrer : il est mort insolvable, sans biens, et ainsi privé de tous les secours. » Labr. Otez-nous de ces biens l'alfluence importune, Dirent-ils l'un et l'autre : heureux les indigents ! La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse. Retirez-vous, trésors. Laf.

On voit de plus par ce dernier exemple que les richesses, à la différence des biens, consistent plutôt en trésors, en or et en argent, qu'en objets et en propriétés. Ce sont proprement des richesses, et non pas des biens, que l'avare- entasse ou enfouit. « Rien ne fait mieux comprendre le peu de choses que Dieu croit donner aux hommes en leur abandonnant les richesses, l'argent, les grands établissements et les autres biens. » Labr.

Fortune ne se prend jamais qu'au singulier, et il signifie une condition fortunée, heureuse, et plus ou moins heureuse ou fortunée suivant qu'on

a plus ou moins de biens ou de richesses. Sans biens et sans richesses on possède peu ou même on ne possède rien; sans fortune, on est infortuné ou malheureux. Les biens et les richesses sont des choses; la fortune est l'état de prospérité qui en dépend. On fait fortune ou sa fortune en obtenant du sort ou en acquérant des biens ou des richesses. « Servius était persuadé que les hommes, en faisant la guerre, n'ont point de motifs plus pressants que leur fortune; et qu'il n'y a point de péril auquel ils ne s'exposent volontiers pour défendre leurs biens. » Roll. Les biens d'un homme charitable sont la fortune des pauvres.

Mon président, sachant que votre bien Est, tout compté, plus ample que le mien, Méprise enGn ma fortune et mes larmes : De votre dot il convoite les charmes. Volt. Facultés est un mot parfaitement distinct de tous les autres. Il se rapporte à l'emploi de ce qu'on possède. Les facultés d'un homme sont ce qu'il peut ou ce qui lui est permis en conséquence de ce qu'il a; ce sont ses moyens ou ses ressources. « Il a donné un état de ses moyens et facultés. » Acad. « Voulez-vous rendre à Dieu (par l'aumône) ce qui lui est dÛ3 examinez vos facultés et vos forces. » Bourd. « Si elles se faisaient une dévotion de remédier aux maux des pauvres autant qu'il leur est possible, et de n'y rien épargner de tout ce que leurs facultés leur permettent. » Id, « Le pasteur veut exiger ou au delà de ses droits ou au delà des facultés des pauvres desquels il les exige. » Mass. « Chaque particulier qui ne sera pas dans une impuissance véritable donnera au moins trois sous pour les pauvres malades; nous exhortons tous ceux qui sont en état de donner davantage de le faire à proportion de leurs facultés. » Fén. « La bonne foi de la mariée a été récompensée par une somme d'argent proportionnée aux facultés du mari. » Volt. « Les alliés se piquèrent à l'envi de secourir le consul promptement et chacun selon ses facultés. » Roll. Avoir est familier, et s'emploie d'ordinaire avec tout, pour exprimer collectivement ce qu'on possède et presque toujours le peu qu'on possède de bien. « Il relève en plein d'un seigneur dont la grande seigneurie rend ce fief fort petit, ainsi que le gentilhomme dont il est tout V avoir. » S. S. « On lui enleva son petit avoir. » Aga.d.

Mes parents, reprit-il (le renard), ne m'ont point fait

instruire ; Ils sont pauvres, et n'ont qu'un trou pour tout avoir.

Laf.

J'ai des écus ; Pierre Biaise mon père M'a bien laissé trois bons journaux de terre : Tout est pour elle, écus comptants, journaux, -Tout mon avoir. Volt.

BLÂME, ANIMAD VERSION. Témoignage d'improbation, jugement par lequel on déclare mauvais ce qui a été fait, dit ou écrit par quelqu'un.

C'est l'idée qu'exprime dans toute sa généralité le mot blâme, qui tire peut-être son origine du latin ou du grec, mais non pas certes d'une manière directe et facile. à reconnaître. Le blâme est l'opposé de la louange. « Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit. » Laroch. « Fréron était

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aussi peu mesuré dans la louange que dans le blâme. » Lah.

Sitôt que l'auteur signe un écrit qu'il proclame, Son nom doit partager et l'éloge et le blâme. Gilb. Mais animadversion , du latin animadversio , réprimande, châtiment, est d'abord un terme de palais, ainsi que le disait le dictionnaire de l'Académie avant 1835, et ensuite dans le langage commun il ne signifie jamais qu'un blâme infligé, imposé comme une peine par une autorité quelconque, judiciaire ou autre.

Redouter le Marne, c'est redouter l'opinion, craindre de s'exposer à la censure de qui que ce soit, de tout le monde. Mais on redoute Yanimadversion d'un tribunal (Montesq.), de la justice (Bach,), des lois, des magistrats, du ministère (Lah.), du gouvernement (d'Al.) , du souverain (Montesq.) ; à Rome les sénateurs et les chevaliers étaient soumis à V animadversion des censeurs. (Roll.)

L'Académie, qui avait donné d'abord ^animadversion une idée juste, tout en ayant le tort de le réduire à n'être qu'un terme de palais, définit ce mot d'une manière beaucoup trop large dans la dernière édition de son dictionnaire. Elle prétend qu'on dit V animadversion d'une famille, Y animadversion de tous les honnêtes gens. C'est une erreur. Dans ces locutions et autres semblables blâme convient seul, parce qu'il s'y agit d'une improbation d'hommes privés, et non pas d'un jugement émané d'un pouvoir. « Puissiez-vous faire de vos talents un usage qui ne vous attire pas le blâme des honnêtes gens! » J. J. « J'abandonne mon livre tel qu'il est au blâme ou à l'approbation des sages. » Id. Le même écrivain connaît parfaitement le terme animadversion, et il a soin d'y recourir quand il a à parler d'une censure de ses livres faite par l'autorité publique. « Que ne tolère-t-on pas à Genève? Des ouvrages qu'on a peine à lire sans indignation s'y débitent publiquement....; les magistrats se taisent, les ministres sourient.... Moi seul et mes livres avons mérité Y animadversion du Conseil. »

Que si toutefois on veut employer animadversion d'une manière plus générale, il faut au moins que ce soit sans lui ôter le caractère de distinction qui lui est propre. Ainsi on pourrait le dire en parlant soit des Romains, chez qui le mot a été primitivement usité, soit des savants ou des hommes de lettres, qui en ont introduit l'usage dans notre langue. « Antoine ne voulut jamais épouser Cléopâtre, parce qu'il ne voulut point encourir Yanimadversion des Romains. » Staël. « U animadversion des gens de lettres me paraît la plus dangereuse des pestes. » Dudeff.

BOCAGE, BOSQUET. Petit bois; deux mots formés du même primitif, bosc, bois, bocage étant pour boscage, qui se trouve encore dans Nicot.

Le bocage et le bosquet sont entre eux comme le plumage et le plumet : l'un est naturel, l'autre ne l'est pas. Le bocage est une collection d'arbres située dans la campagne, venue d'elle-même, sans culture et sans art. Le bosquet, au contraire, fait partie d'un parc ou d'un jardin, qu'il contribue à orner, et il est planté de main d'homme symétriquement et avec plus ou moins de goût.

« Les Nymphes dansaient ensemble dans une prairie, sur les bords d'une rivière, auprès d'un bocage. » Fén. « La voix des oiseaux d'eau n'a rien de cette douce mélodie dont nos oiseaux champêtres animent nos bocages. » Buff. « Il n'y a point d'aussi riant aspect que celui des montagnes couronnées d'arbres, des rivières bordées de bocages , des plaines tapissées de verdure et des vallons émaillés de fleurs. » J . J .

Laissez-moi de Tempe parcourir les bocages. Del.

Ainsi, développant sa flexible souplesse, Un fleuve heureux avec mollesse

Arrose des champs nus ou des bocages verts, S'attriste dans d'affreux déserts, Se plaît dans de riches campagnes.... Id.

« Ce ne sont pas de ces petits bosquets à la mode, si ridiculement contournés qu'on n'y marche qu'en zigzag, et qu'à chaque pas il faut faire une pirouette. » J. J. « Ils trouvent des jardins variés, des bosquets, des vergers, des potagers, des parterres, établis par terrasses.... Enfin on découvre les balustres de la plate forme d'un château. » Bouffl. « Le roi plantait-il un bosquet, meublaitil un appartement, Villiers trouvait tout mal entendu. » Volt. « On voit dans le parc de Sans- Souci des bosquets d'acacias. » Bern. Les bosquets de Versailles (Acad., Volt., S. S., Del.), de Marly (Thom., Bern.).

Il fuit de vos jardins les bosquets enchantés. Del.

Mais j'avais mon verger, mon bosquet, mon berceau.

Id.

Vos regards affligés redemandent en vain

Le verger, le bosquet que planta votre main. Id.

« J'ai interrompu ma lettre pour m'aller promener dans des bocages qui sont près de notre maison.... Parmi les bosquets naturels que forme ce lieu charmant, il en est un plus charmant que les autres.... » J. J. « Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève. S'il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragés de bocages.... Dans l'île (qui est au milieu de ce lac), on trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets; une haute terrasse plantée de deux rangs d'arbres borde l'île dans sa longueur. » Id.

BOIS, FORÊT. Réunion d'arbres qui croissent les uns à côté des autres sur un certain espace de terrain, ou le terrain même sur lequel ils se trouvent réunis.

Bois, qui signifie aussi la substance dure et compacte des arbres, est plus relatif aux arbres, au lieu que forêt l'est davantage au terrain qu'ils occupent. « La terre, qui n'était au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. » Boss. « Solitude chérie, forêts sans bois, marais sans eau. » J. J.

Bois s'emploie particulièrement bien quand on détermine l'espèce d'arbres : un bois de chênes, de hêtres, de pins, de myrtes, de palmiers, d'orangers. Mais ce que forêt fait considérer dans les arbres c'est leur grand nombre ; ce mot emporte nécessairement l'idée de multitude, ainsi qu'on le

SUPPLÉMENT

voit par son acception figurée : une forêt de mats, de lances, de dards, c'est-à-dire beaucoup de ces choses, droites et placées près à près.

D'ailleurs, bois, de bosc, d'où ont été formés les diminutifs bosquet et bocage, primitivement boscage, désigne une moindre étendue de terrain que forêt, anglais forest, allemand forst, auquel est attachée l'idée de grande quantité sous tous les rapports. On dit plutôt un petit bois, et une vaste forêt; se promener dans un bois, et vivre au fond des forêts. Le bois de Boulogne, la forêt Noire. Bois et forêt répondent proprement aux mots latins nemus et silva. Le bois est quelque chose d'agréable, on y va chercher l'ombre et la retraite. La forêt, au contraire, est, non pas riante, mais sombre.

Quitter des bois touffus les paisibles douceurs....

La sombre forêt, est l'asile

Des brigands, des loups et des ours....

Tu sauras, d'un bras intrépide,

Dompter les hôtes des forêts. Staël.

Le nom d'hôtes des bois se donne pour l'ordinaire aux oiseaux :

Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois, dit le renard au corbeau dans Lafontaine. Mais ce sont des animaux sauvages qui habitent les forêts : tandis que le chien Laridon hantait la cuisine, son frère César hantait les forêts, où il mettait aux abois les cerfs et les sangliers (Laf.).

Les monstres des forêts ont un antre sauvage... : Et vous, le peuple roi, vous citoyens romains...., Vous n'avez point d'asile où reposer vos têtes.

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