C. Gracchus.- Chén
Un monstre des forêts éleva ton enfance.
(Didon à Énée). Lefranc de Pompignan.
BOISSON, BREUVAGE. Liquide destiné à être avalé, à être introduit dans le corps par la bouche.
L'Académie définit simplement breuvage par boisson et paraît ne mettre entre les deux mots aucune différence. Ils sont loin pourtant d'équivaloir l'un à l'autre.
Leur racine est la même, le latin bibere, boire, et par conséquent ils signifient ce qui est à boire ou propre à être bu. Mais, comme ils ont chacun une terminaison distincte, l'idée commune se trouve par cela seul notablement modifiée dans chacun.
Boisson désigne d'abord l'action de boire. « Nous partons lundi (des bains de Bourbon) après trois semaines de séjour et seize jours de boisson. » Sév. « Le bain m'a renforcé les jambes ; mais pour ma voix, ni le bain ni la boisson des eaux ne m'y ont de rien servi. » Boil. Ensuite on appelle boisson tout aliment liquide dont on a coutume d'user pour apaiser la soif ou pour se procurer un plaisir. « J'ai cru avoir eu besoin de manger et de boire, c'est-à-dire de faire entrer de la nourriture et de la boisson dans mon corps. » Arn. « Ceux qui fondent dans quelques pays l'essence de leurs rites religieux sur du pain et du vin font très-bien de remercier Dieu de l'aliment et de la boisson qu'ils tiennent de sa bonté. » Volt. « Le maréchal de Villeroy faisait sottement admirer de si sages précautions pour conserver la vie du roi (Louis XV) , comme si les [ Tout écloppés, et qu'au lit ils se tinssent.
viandes, sa boisson et mille autres choses dont il se servait nécessairement, qui ne pouvaient être sous sa clé, n'eussent pu suppléer au crime » S. S.
Breuvage annonce par sa terminaison un composé, une mixture, le résultat d'une opération ayant pour objet particulier et exprès de produire un effet extraordinaire soit en bien soit en mal. Il y a des breuvages qui sont des remèdes, d'autres qui sont des poisons. Un philtre est un breuvage, et l'Académie dit de la tisane, que c'est un breuvage, « une boisson médicamenteuse. » On avait rêvé dans l'Orient un breuvage d'immortalité (Montesq., Volt.). C'est par le salutaire breuvage qu'il donna à Alexandre que le médecin Philippe d'Acarnanie est célèbre (Vaug., Roll.). « Ne fautil pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'assoupissement que boivent les prophètes de mensonge, pour annoncer de tels prodiges? » Boss. Le poëte Lucrèce mourut, dit -on, empoisonné par un breuvage amoureux que lui donna une femme (Bern.).
Bientôt un certain breuvage Lui fit voir le noir rivage. Laf.
Il faut prendre des boissons pour vivre, pour se désaltérer ou se rafraîchir ; mais la médecine ordonne des breuvages, et la justice criminelle a souvent à constater des empoisonnements et des avortements commis à l'aide de breuvages. L'eau est la boisson primitive et naturelle ; mais le docteur Sangrado apprit à Gil-Blasà en composer avec la sauge, la véronique, le romarin et d'autres plantes semblables, des breuvages exquis. Ce fut avec une boisson qu'Ulysse enivra le Cyclope , puisque ce fut avec du vin, et que le vin est, comme le cidre, la bière, le café, etc., une liqueur d'un usage habituel ; mais ce fut d'un breuvage, c'est-à-dire d'une boisson mixtionnée (Fén.), que se servit Circé pour métamorphoser les compagnons d'Ulysse en pourceaux.
BOITEUX, ÉCLOPPÉ. Qui marche mal, avecpeine, à cause de quelque infirmité.
On applique l'épithète de boiteux à tous ceux qui ont ce défaut. « Le poëte Tyrtée avait quelque chose d'original dans l'esprit et de choquant dans le corps, car il était boiteux. » Roll. « Nous sommes bien certains que nous ne sommes pas boiteux; mais nous ne sommes pas aussi assurés que nous choisissions le vrai. » Pasc. « Sa femme est boiteuse. » Acad.
Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus.
Flor.
Mais on ne qualifie d'écloppé que celui qui a été rendu tel, celui à qui ce défaut est venu par accident ou par suite de maladie. « Barbe en montant sur le grison s'appuya si pesamment sur le pauvre diable d'écuyer , qu'elle le renversa, tout écloppé. » Les. « L'impétueux hôtelier lui ferma la bouche d'un soufflet , immédiatement suivi d'une douzaine de coups de pieds dans le ventre, qui renversèrent la princesse tout écloppée. » Id. Dans la Pucelle, Voltaire dit en parlant des chevaliers français qui, dans une rencontre, avaient été blessés :
Donc à la ville il fallut qu'ils revinssent
Dans une lettre au marquis d'Argenson, il s'appelle « l'éternel malade, l'éternel persécuté, îfeplus ancien de ses courtisans et le plus écloppé. »
Il faut convenir pourtant que boiteux peut indiquer aussi une infirmité acquise ou contractée. <c On demanda un jour à Diogène pourquoi on donnait plutôt l'aumône aux borgnes et aux boiteux qu'aux philosophes : C'est, répondit-il, parce que les hommes s'attendent plutôt à devenir borgnes ou boiteux que philosophes. » Fén. « Une femme lacédémonienne pensait en homme, lorsque, pour consoler son fils, qu'une blessure glorieuse avait rendu boiteux, elle lui disait : Va, mon fils, tu ne saurais plus faire un pas qui ne te fasse souvenir de ta valeur. » Roll. Mais boiteux est de tous les styles, au lieu que le mot écloppé appartient au langage familier seulement. En cela consiste une différence dont il est tenu compte, dans l'usage, autant que de la première pour le moins.
BOMBANCE, BONNE CHÈBE. Idée commune, celle d'un repas qu'on fait à une table bien servie, où il y a de quoi se bien traiter.
Bombance (de bombe) , repas qui fait devenir rond et gros comme une bombe1 est familier, et il suppose des mets abondants plutôt que délicats; en sorte que faire bombance ressemble beaucoup à faire ripaille ou à faire ribote. Et le rat court en diligence
A l'office, qu'on nomme autrement la dépense, Où maints rats assemblés
Faisaient, aux frais de l'hôte, une entière bombance.
Laf.
« Le sérénissime prince de Guise se moque de moi, chétif citoyen; il fait bombance à Arcueil, et il laisse mourir de faim ses créanciers. » Volt. <( C'était à peu près du temps que M. lé chevalier de Grammont avait jeté les yeux sur la Warmestré, qu'on menait ce petit train de vie dans sa chambre. Dieu sait les pâtés de jambon, les bouteilles de vin, et les autres provisions de sa libéralité qui s'y consommaient! Au milieu de ces bombances nocturnes.... » Ham. « Chez Fulvius ce ne furent que festins et bombances : il s'enivra lui-même le premier. » Roll.
Mais bonne chère [chère tirant probablement son origine du latin) est de tous les styles , et il mnonce en fait de mets quelque chose qui se dislingue plus par la qualité que par la quantité, quelque chose de fin , de choisi, de propre à satisfaire, non pas l'avidité d'un homme sensuel, mais le goût raffiné d'un voluptueux. « Dieu ordonnait à son peuple de venir au lieu que le Seigneur avait choisi pour y faire bonne chère. » Boss. « Un des amis de Boileau qui aimait la bonne chère, et qui se piquait de s'y connaître. » D'Al. « Dans la campagne de 1 667 , tout le monde se piqua de somptuosité et de goût dans la bonne chère, dans les habits, dans les équipages. » Volt. « Il est inutile de parler de la bonne chère qu'on y fit : il suffira de dire que le repas du soir ne cédait ni en délicatesse ni en variété à celui du dîner. » Ham. « Le consul Philippe passait pour aimer la bonne chère et les fins morceaux. » Roll.
BON, AGRÉABLE. Qui convient à notre nature.
La chose bonne nous est utile ou salutaire ; la
chose agréable nous plaît. 11 y a dans l'une plus de solidité, dans l'autre plus de douceur. On profite de ce qui est bon, on jouit de ce qui est agréable. Bon a pour superlatif excellent, et agréable délicieux. Ce qui nous est bon fait partie de nos commodités; ce qui nous est agréable contribue à nos aises. L'objet bon nous fait du bien; l'objet agréable nous fait plaisir. Que de choses sont bonnes, sans être agréables, comme les remèdes et les corrections! Que de choses sont agréables sans être bonnes, témoin les funestes effets de la mollesse et de la débauche !
Cependant, pour ce qui regarde l'état du corps, c'est d'ordinaire par Vagrément que nous jugeons de la bonté, et de là vient que les deux mots ont quelque apparence de synonymie. « Il fallait qu'Adam fût averti par des sentiments prévenants que telles et telles choses étaient bonnes pour son corps ou utiles à sa santé » Mal.