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BOUTIQUE, MAGASIN, ATELIER, CHANTIER

Lieux consacrés à une industrie.

Dans la boutique, quelle que soit l'étymologie du mot, on fait deux choses, on tient des produits et on en fabrique. « Robin son eût fait beaucoup plus de cas de la boutique d'un taillandier que de tous les colifichets de Saïde. » J. J. « Je m'arrête au milieu de la ville, devant la boutique d'un maréchal; me voilà regardant forger et battre le fer. » Bern.

Dans le magasin (d'un mot arabe, dit-on, qui signifie réservoir ou trésor) on ne fait qu'une seule chose, on tient des produits. D'ailleurs ces produits ne sont pas toujours destinés à la vente comme ceux qui sont étalés dans les boutiques. <t Les saintes vérités du ciel ne sont pas des meubles curieux et superflus qu'il suffise de conserverdans un magasin. » Boss. « Les Perses avaient assemblé dans Persépolis comme en un magasin toutes les richesses de la Perse. » Vaug. Et quand ce sont aussi des marchandises que le magasin renferme, elles ne se vendent qu'en gros, et elles sont en plus grande quantité que celles qui sont exposées à la vue dans les boutiques; en sorte que de toute façon le magasin est une maison de vente plus considérable que la boutique. Aussi il

SUPPLEMENT

faut voir combien est dédaigné parmi les marchands le nom de boutique, et combien recherché celui de magasin ; tout garçon de boutique veut être appelé garçon de magasin; et on dira plutôt une boutique d'apothicaire, et un magasin de librairie.

Dans X atelier on ne fait qu'une seule chose, on travaille, on crée des produits. Les ateliers étaient primitivement les basses-cours des grandes fermes où travaillaient divers ouvriers, comme bourreliers et charrons, pour Y attelage des chevaux et des bœufs. Par conséquent, il n'y a guère de ressemblance entre le magasin et Y atelier : magasin de marchandises, atelier de construction. Quant au rapport qui existe entre Y atelier et la boutique considérée comme un lieu de travail, il revient à celui qu'il y a entre le magasin et la boutique, prise pour un lieu de dépôt : la boutique le cède à Yatelier en importance. V atelier réunit un grand nombre d'ouvriers, et il n'y en a qu'un ou quelques-uns dans la boutique. Ou bien atelier se dit en parlant d'industries plus relevées, d'arts et non pas de métiers : atelier de peinture, de sculpture, les ateliers d'une imprimerie ; boutique d'artisan, de serrurier, de cordonnier. U y a des élèves dans un atelier, et dans une boutique des apprentis.

Dans le chantier, comme dans la boutique, on fait deux choses, on tient des objets et on travaille. Mais le chantier, du latin canterius, chevron, étançon, se distingue par la matière des objets. Ce qu'on y tient en dépôt ou en vente, c'est exclusivement du bois, bois de chauffage, de charpente, de charronnage, de construction, et quelquefois des pierres à bâtir ; d'autre part, le bois et la pierre sont les seules matières employées dans les travaux du chantier, tous ou la plupart relatifs à l'industrie du bâtiment, et qui comprennent principalement ceux des charpentiers, des scieurs de long, des constructeurs de navires et des tailleurs de pierre. « En Russie et en Suède sont les chantiers des Hollandais pour les mâtures. » Bern. « Ces pousses si vigoureuses et si rapides s'emparent souvent de nos chantiers de pierres, de nos murailles de maçonnerie et de nos cours pavées de grès. » Id. « Le czar Pierre va s'instruire dans les chantiers de Hollande, il y veut être charpentier pour apprendre la construction. » Gond.

Les ateliers des arts, les chantiers de Neptune. Del.

BOUTON, BOURGEON. Ce sont de petits corps, de formes variées, qui poussent sur diverses parties des végétaux et qui contiennent le germe d'un nouveau développement.

Le bouton n'est autre chose qu'un petit bourgeon, le rudiment d'un bourgeon, ou, ce qui revient au même, le bourgeon est un bouton qui a un peu grossi. Ce sont des boutons qu'on remarque pendant l'hiver à l'extrémité des branches ou un peu au-dessus des endroits où ont été les feuilles ; mais, au retour du printemps, à l'époque où tout bourgeonne dans la nature, les boutons se gonflent et deviennent proprement des bourgeons. On appelle même bourgeons les nouveaux jets de la vigne lorsqu'ils sont déjà en scions : couper les nouveaux bourgeons d'un cep de vigne.

Mais une seconde différence tout autrement importante pour l'application consiste en ce qu'on se

sert plus particulièrement de bouton en parlant des fleurs, et de bourgeon pour désigner un embryon végétal d'où doivent se développer des feuilles et des branches. « Bouton, gefme de fleursbourgeon, germe de feuilles et de branches. »> J. 1. « On peut donner le nom de germe aux rudiments des feuilles enfermées dans les bourgeons, et à ceux des fleurs enfermées dans les boutons. » Id. « Cette prévoyance divine soit pour défendre ces feuilles si soigneusement et si artistement plissées dans l'enveloppe du bourgeon, soit pour conserver ces tendres fleurs dans le bouton qui les enferme. » Marm.

Un bouton de rose (Fén.), des boutons de fleurs (Bern.) « Les pétales d'une fleur sont renfermés dans son bouton. » Bern.— Les bourgeons des arbres (Marm.). « J'ai remarqué qu'au commencement du printemps les scions et les bourgeons de la plupart des arbres devenaient tout rouges avant de jeter leurs feuilles. » Bern.

BRAS (DANS LES), ENTRE LES BRAS. On dit également et indifféremment, ce semble, prendre ou tenir quelqu'un dans ses bras, et prendre ou tenir quelqu'un entre ses bras.

A proprement parler, on prend ou on tient dans ses bras un enfant; on lui fait de ses bras comme un contenant dans lequel on le met ou on le porte. « Quand à ta naissance je te pris dans mes bras. » J. J. « Les femmes furent consumées par les flammes avec les enfants qu'elles tenaient dansleurs bras. » Volt. « Le czar Pierre, étonné et inquiété de la foule qui se pressait autour de ce monarque enfant (Louis XV), le prit et le porta quelque temps dans ses bras. » Id.

Flore même en naissant le reçut dans ses bras. Del.

La nourrice, à son tour, un enfant dans les bras,

Arrive dans la chambre. Id.

Mais on prend et on tient entre ses bras toute personne qu'on embrasse sans la soulever, autour de laquelle on met ses bras en les rapprochant plus ou moins. Aussi dit-on^ presser, serrer, étouffer entre et non pas dans ses bras. « Dès que l'époux approche, l'épouse le tient serré entre ses bras. » Boss. « Sophronyme nomme Aristonoûs son père, et le serre entre ses bras. » Fén. « Trois fois j'abattis le lion; trois fois il se releva. Enfin je l'étouffai entre mes bras. ■» Id.

Ma mère, auprès du roi,...

Le roi de temps en temps la presse entre ses bras.

Rac.

« Apollonius se laissa tomber sur le corps de Marc-Aurèle ; il le serra longtemps entre ses bras; et se relevant tout à coup : Mais toi, ô fils de Marc-Aurèle, ô mon fils, permets ce nom à un vieillard qui t'a vu naître et qui ta tenu enfant dans ses bras.... » Thom.

Au figuré se retrouve une différence analogue à celle-là. Dans les bras annonce un état heureux ou agréable, comme est celui d'un enfant sur le sein de sa mère; et, par opposition, entre les bras marque une situation pénible, une sorte de détresse. On va se reposer dans les bras du sommeil (Fén.) ; Jésus-Christ a expiré entre les bras de la douleur (Mass.). Ou, tout au moins, on est plus doucement et plus en sûreté dans les bras Centre les bras; c'est, d'une part, un asile, et, de l'autre,

un simple refuge, a 0 qu'on est bien quand on demeure les yeux fermés dans les bras de Dieu ! » Fén. « Hippias est chassé d'Athènes; il se jette entre les bras* de Darius, et n'a plus d'espérance qu'en sa protection. » Boss.

BRAVER, AFFRONTER. Se comporter sans crainte à l'égard de quelqu'un ou par rapport à un danger, à un supplice, à la mort.

Toute la différence consiste en ce que braver, se montrer brave ou faire le brave, ne suppose pas qu'on en soit aux prises comme affronter, qui signifie opposer front à front ainsi que des béliers ou des taureaux qui se battent. Pour braver l'ennemi il suffit de le défier ou d'être à l'abri de ses coups; pour Y affronter il faut en venir aux mains avec lui. Vous bravez la menace de quelqu'un (Acad., Thom.) ; vous affrontez sa présence (Rac, Chén.). Vous bravez une personne même absente ; vous ne Yqffrontez qu'en face : « Ose affronter cette société qui ne peut te braver qu'en ton absence. » Staël. On brave quelquefois une personne sans avoir envie de se battre avec elle ; on ne saurait Y affronter sans se porter contre elle avec intrépidité et s'efforcer de la vaincre. Qui brave le danger s'en moque; qui Y affronte s'y expose hardiment. On brave la mort en la méprisant, en la défiant, en se disant à soi-même : qu'elle vienne, je ne la crains pas ; on affronte la mort en allant au-devant d'elle, comme ont fait les martyrs. Dans leurs nids, les petits des oiseaux bravent les pièges et les saisons (Del.) ; mais le serpent,

Assaillant furieux,...

Du tigre affreux lui-même affronte la colère. Id.

Or, comme braver n'emporte pas l'idée d'un combat effectif, comme il a pour objet une personne ou une chose qui est à distance, au lieu qu'on affronte une personne ou une chose présente contre laquelle on lutte actuellement, affronter dit plus, marque un plus grand péril. On brave le qu'en-dira-t-on (J. J.) ; on affronte l'enfer avec ses feux. Boss. * Tu n'as qu'à me dire les périls que je dois braver; y affronter ai pour toi sans pâlir la mort la plus terrible. » Les.

BRAVER, DÉFIER, PROVOQUER. Se comporter à légard de quelqu'un avec fermeté ou sans faiblesse, de manière à lui témoigner ouvertement qu'on ne le craint pas.

Braver se met bien avant défier. « La cavalerie gauloise s'étant approchée pour braver et défier les Romains, celle de César se retira. » Roll. « La bise n'est pas toujours en humeur de souffrir ces hauteurs qui semblent la braver et la défier. » Sév C'est que braver veut dire seulement se moquer, se poser intrépidement en face; au lieu que dé fît r, c'est, de plus, inviter à venir essayer ou mesurer ses forces. En bravant on se tient sur la défensive ; mais, pour défier, il faut prendre l'offensive : à 1 idée d'assurance, qui est propre à braver, défier joint celle d'appel. Vous bravez l'amour par des bravades, en vous vantant d'être fort confere lui ; vous le défiez en le sommant en quelque sorte de venir lutter avet vous. Aussi ne dit-on pas braver au combat, comme on dit défier au combat, mais braver, simplement. Deux, fanfarons ou dieux poltrons, n'ayant nulle

envie de se battre, peuvent bien se braver l'un l'autre ; mais ils ne se défient pas, si ce n'est quand ils ont la certitude d'un refus.

Provoquer, à son tour, ajoute à défier. Le provocateur ne propose pas seulement un cartel , n'appelle pas seulement au combat ; il y excite . il y entraîne, pour ainsi dire, soit par des injures, soit par un commencement d'agression. « Le duc d'Albe révolte l'âme généreuse du comte d'Egmont , et l'irrite par la dispute, pour arracher de lui quelques paroles violentes. Il veut se donner l'air d'être provoqué. » Staël, a Don Quichotte leur dit : Sortez tous ensemble contre moi.... ; je vous attends ici pour vous punir de votre audace.... Voyant que, conformément à son défi, il les provoquait au combat en les appelant canailles et poltrons, l'hôte lui dit.... » Les. « Quoique plus faible, cette louve était la plus méchante ; elle provoquait, elle attaquait, elle ^mordait le chien, qui finit par l'étrangler. » Buff.

BRAVER , MORGUER. Braver ou morguer quelqu'un, c'est lui faire sentir sans ménagement la supériorité qu'on a ou qu'on prétend avoir sur lui. *

Mais on brave par bravade, en témoignant qu'on a un grand courage et qu'on ne craint pas les gens ; et on morgue par morgue ou par orgueil, en se montrant hautain, plein de fierté. Vous bravez un ennemi que vous êtes prêt à combattre, que vous défiez; vous morguez un public ou des gens que vous méprisez, que vous narguez, à qui vous faites la nique.

Du reste, morguer est un mot rare et d'un style familier ou voisin du familier. En voici un exemple tiré de la correspondance de 'Voltaire. «. les Lois de Minos seront huées d'un bout à l'autre : il faut s'y attendre, en prévenir les acteurs, ne.se pas décourager, jouer la pièce avec un majestueux enthousiasme, bien morguer le public, et le traiter avec la dernière insolence. » Il s'en trouve un autre dans les Mémoires de Larochefoucauld : « M. de Beaufort, croyant que le marquis de Jarsay, et d'autres dépendants du cardinal , avaient affecté de le morguer aux Tuileries pour persuader que son crédit dans le peuple était fini avec la guerre, il se résolut de leur faire un affront public. »

BREF, BULLE, CONSTITUTION. Termes de chancellerie romaine, qui désignent des rescrits du saint-père.

Le bref est bref ou succinct, comme son nom l'indique, sans préface, relatif à des affaires peu considérables, et revêtu de peu de formalités. Il est ordinairement sur papier et scellé de cire verte avec Y anneau du pêcheur; et, quand il est sur parchemin, ce qui arrive quelquefois, il est scellé du même anneau, mais en cire rouge. Il est adressé à des souverains, à des prélats, à des communautés, et même à de simples particuliers pour leur accorder des dispenses ou simplement pour leur donner des marques d'intérêt, des témoignages d'affection ou de reconnaissance, ou bien encore pour leur demander ou leur défendre quelque chose. « Aidovrandi emportait des brefs qui accordaient au roi d'Espagne une imposition annuelle de deux cent mille écus sur les biens ecclé-

SUPPLÉMENT

siastiques de l'Espagne et des Indes. » S. S. « ÀIbéroni avait remis au premier ministre et ay. confesseur les brefs de révocation des induits. » 1d. « Mailly, archevêque d'Arles, avait fait au pape un présent dequelques reliques de saint Trophime, qui lui en avait attiré un bref de pur remerciement. » Id. « Si le duc d'Orléans donnait le temps au pape de lui écrire un bref d'amitié par lequel il lui demanderait comme une grâce de ne pas mettre le cardinal de Noailles à la tête de ce conseil.... » In. « Us imaginèrent un bref du pape qui permît à l'abbé d'aller à la guerre en conservant ses bénéfices.... De ces brefs il y en avait mille exemples. » Id. . « Le prince électoral fit secrètement à Rome son abjuration. Le pape lui accorda un bref qui lui permit de la tenir cachée. » Id. « Philippe II n'avait pas épargné les ecclésiastiques, témoin ce fameux bref d'absolution qu'il avait obtenu du pape pour deux mille prêtres ou religieux qu'il avait fait mourir pour assurer son usurpation. » Vert. « Clément XI, alors pape, envoya des brefs à tous les prélats de Pologne, par lesquels il les menaçait de l'excommunication s'ils osaient assister au sacre de Stanislas. » Volt. M. le cardinal de Bonzi m'a assuré que le pape, sans avoir encore reçu la lettre du cardinal de Retz, lui avait envoyé un bref, pour lui dire qu'il veut et entend qu'il garde son chapeau. » Sb".v. Fénelon écrit à l'abbé de Chanterac, son correspondant à Rome dans l'affaire du quiétisme : « Faites tout ce que vous pourrez pour arracher (au pape) un bref de consolation. » Et dans une autre lettre : « Partez de Rome, sans attendre un bref d'honnêtetés vagues que je ne veux ni acheter ni mendier. »

Bulle, du latin bulla, petite boule, est le nom donné à un rescrit qui s'expédie toujours sur parchemin et auquel est suspendu un sceau en plomb sous forme de boule. Ce sceau représente d'un côté les images de saint Pierre et de saint Paul, et porte de l'autre le nom du pape avec Tannée de son pontificat. Plus solennelle dans la forme, la bulle se rapporte à des intérêts ou à des questions plus graves, et elle est plus développée dans la rédaction, plus explicite; on y distingue l'exposé et la décision. C'est par une bulle ou des bulles qu'est dénoncé le jubilé; il y a des bulles d'excommunication ; il y en par lesquelles le pape institue les évoques, et par lesquelles autrefois il conférait les bénéfices appelés consistoriaux, les abbayes, les prieurés, etc. ; enfin les bulles sont en général les écrits dont les papes se servent pour notifier leurs décrets quels qu'ils soient. « Ce formulaire fut inséré dans un bref que Sa Sainteté adressait au roi. Mais ce bref étant arrivé, on s'aperçut qu'on n'en pouvait faire aucun usage, à cause que le parlement, où on le voulait faire enregistrer, ne reconnaît d'autre expédition de Rome que ce qu'on appelle des constitutions plombées. Il fallut donc renvoyer le bref, et prier le pape de le changer en une bulle. » Rac. « Pour avoir l'indulgence du jubilé, il faut accomplir les œuvres ordonnées par la bulle. » Bourd. « La bulle détermine suffisamment les autres choses qu'on doit faire pour gagner le jubité. » Fén. « On adonné avis au roi que M. le cardinal de Bouillon pourrait faire mettre dans la préface d'une

bulle quelque clause qui blesserait les droits du royaume. » Boss. « Bentivoglio persuada le pape de faire entendre qu'il n'accorderait plus de bulles sans des précautions et des conditions à l'égard de ceux que le roi nommerait aux évêchés et aux autres bénéfices. » S. S. « Il y avait déjà longtemps que le pape s'était rendu à ces cardinaux malgré lui, pour refuser des bulles. Grand nombre d'églises étaient sans évêques, quoique nommés la plupart. » Id. «Déjà, dans une bulle longtemps fameuse, Boniface VIII avait décidé qu'aucun clerc ne doit rien payer au roi son maître sans permission expresse du souverain pontife. » Volt. « Sixte- Quint priva la reine Elisabeth de ses royaumes par une bulle; et si la flotte invincible de Philippe II eût abordé en Angleterre, la bulle eût pu être mise à exécution. » Id. a Le pape a remis sur pied une ancienne bulle par où il ôte les immunités et toutes les franchises aux princes souverains, en vertu de quoi il fait faire le procès aux criminels qui se sont trouvés dans le palais de la reine de Suède. » SÉv.

La constitution est une espèce par rapport à la bulle. C'est une bulle dogmatique (S. S.),,ûne bulle qui contient une décision du saint-siége en matière de doctrine ou de discipline. On a appelé spécialement de ce nom (S. S., Fén.) la bulle Unigenitus de Clément XI qui condamnait cent une propositions extraites d'un livre du P. Quesnel. — Lors même que bulle se* prend dans cette acception particulière de constitution, il en diffère encore : il appelle l'attention sur le fait plutôt que sur le fond; et- constitution, au contraire. « Le 18 avril 1752, le parlement déclare que la constitution de la bulle Unigenitus n'est point un article de foi. » Volt. Fénelon parle quelque part des cinq constitutions, c'est-à-dire des cinq décisions, contenues dans la bulle du pape Innocent X contre cinq propositions de Jansénius. La bulle se considère extérieurement ou sous le point de vue de sa publication; ce qui frappe surtout dans la constitution-, c'est ce qui y est contenu. Les constitutions sont des objets d'étude, font partie des matières d'érudition. « Les Français ont adopté toutes les constitutions des papes, et en ont fait une nouvelle partie de leur droit. » Montesq.

Le livre de Fénelon, intitulé Explication des maximes des saints , ayant été déféré au pape Innocent XII, fut condamné par un décret en forme de bref. Bossuet aurait voulu quelque chose de plus solennel, savoir une bulle. « Il n'y a qu'une seule chose à désirer , écrit-il à cette occasion , c'est qu'on eût fait une bulle en forme comme celle contre Molinos. Je ne "sais s'il se trouvera un exemple d'une décision de foi par un bref sub annulo Piscatoris. » Il explique comment et pourquoi on s'est contenté à Rome de cette sorte de censure la moins éclatante de toutes; il assure que le roi l'appelle toujours une bulle; et, pour sa part, il lui donne le même nom, auquel il substitue celui de constitution quand il parle de cette sentence eu égard à sa valeur et à l'écrit permanent qui la contient. « Il est bien constant qu'il n'a tenu qu'au cardinal de Bouillon qu'on ait fait une bulle avec tous ses accompagnements, et on n'a pris le parti, d'un bref que pour mettre l'affaire

entre les mains du cardinal Albani ; mais tous les adoucissements de ce cardinal n'empêchent pas la force de la constitution. Tous les gens de bien à Rome bénissent Dieu d'avoir si bien inspiré le pape. »

BREVET, PROVISIONS. Termes de chancellerie, dont le premier ne se dit plus guère et dont le second ne se dit plus en parlant de ce qui se pratique en France 'aujourd'hui, mais qu'il importe néanmoins de savoir distinguer, afin de les employer avec précision quand il est question des usages présentement abolis auxquels ils se rapportent. Ils signifient l'un et l'autre des lettres expédiées en faveur de certaines personnes, pour leur servir comme de certificats ou de diplômes.

Mais le brevet était quelque chose de bref, de court, quelque chose de fait promptement et sans formalités, une sorte d'expédition non scellée. On appelle encore, de nos jours, actes en brevet des actes quelconques, obligations, transactions, procurations, dont le notaire ne garde pas la minute, et qu'il délivre sans y mettre la formule exécutoire. Les provisions , au contraire, étaient revêtues de toutes les formalités, de celle du sceau, par exemple.

De plus, le brevet constatait qu'on avait obtenu du roi une faveur, comme une pension, une dignité, ou une distinction honorifique. Nicot ne donne à ce terme d'autre sens que celui de reconnaissance par laquelle on confesse devoir. « C'est le brevet de votre pension , signé du ministre. Elle est de mille écus. » Did. « Le lendemain de la démission de Sully, la reine, en considération de ses services, lui envoya un brevet de cent mille écus. » Thom. « Vous me demandez le détail de ce qui s'est passé sur le sujet de ma pension.... Je reçus la grâce le 16.... Je ne sais si le roi y apporta de la résistance, mais je sais qu'il ordonna à M. de Pontchartrain de m'expédier mon brevet. » Bussy. « Le comte de Luxe, à qui le roi a accordé un brevet de duc. » Coulanges. « Le brevet qui fit MM. de Bouillon princes ne fut point enregistré comme l'échange l'a été. » Bac. « Vénus consentit que le teint de Psyché lui fût rendu, même qu'un brevet de déesse lui fût donné, si tout cela pouvait s'obtenir de Jupiter. » Laf. — Mais les provisions étaient ce par quoi il était pourvu à un emploi ou à un office. L'idée qui y est. attachée n'est pas celle de don et de quelque chose à recevoir, mais celle de commission et de quelque chose à faire, a Je m'étais opposé à ce que M. l'évêque de Nantes fît la charge de lieutenant de roi sans en avoir ni l'ordre ni les provisions. » M. de Sévigné. M. de Pontchartrain devait donner sa démission de secrétaire d'État. « La Vrillière s'y trouverait pour expédier les provisions de la charge au jeune Maurepas. » S. S. « J'allai dîner chez un homme de robe.... Quand je pris cette charge, me dit-il, j'eus besoin d'argent pour payer mes provisions; je vendis ma bibliothèque. » Montesq. « Le cardinal de Richelieu n'eut les provisions de premier ministre qu'en 1629, le 21 novembre; Louis XIII les signa seul de sa main. » Volt. « Sixte V envoyait un légat à Paris et lui donnait une juridiction entière sur les

laïques.... Ses lettres de créance et les provisions de sa juridiction suprême furent enregistrées sans difficultés au parlement de Paris. » Id. a En 1747, Maurice de Saxe fut créé maréchal général de toutes les armées du roi ; les provisions sont datées du 12 janvier. » Thom. — Le gendre de Mme de Sévigné, le comte de Grignan, reçut du roi, en 1 689 , le brevet qui l'autorisait à porter le cordon bleu (Sév.). Il y avait déjà longtemps qu'il avait obtenu les provisions en vertu desquelles il exerçait en Provence les hautes- fonctions de lieutenant général.

Toutefois il est à remarquer que dans la hiérarchie ecclésiastique le mot de provisions était seul usité, même pour désigner un brevet proprement dit, une collation, le don d'un bénéfice. « Il vaquait un bon preferement (bénéfice) à la nomination de milord Chesterfield.... Il me donne une lettre pour M. Sidrac. Je ne doute pas que M. Sidrac ne soit celui qui doit m'expédier les provisions de ma cure.... » Volt. Dans les Ordonnances synodales de Bossuet, on lit : « Déclarons que nous sommes résolus de n'accorder ni provisions de bénéfices curés, ni visa, qu'à ceux (des curés) qui seront capables d'instruire par eux-mêmes. »

BROUILLON, TRACASSIER. Qui met le trouble, le désordre dans les affaires ou entre les personnes.

La différence principale , peut-être l'unique , provient de ce que tracassier possède et possède seul une terminaison diminutive et familière.

Brouillon s'emploie dans le grand, et, par exemple, en parlant des perturbateurs du repos public. « Je ne saurais aucunement approuver ces humeurs brouillonnes et inquiètes qui, n'étant appelées ni par leur naissance ni par leur fortune au maniement des affaires publiques, ne laissent pas d'y faire toujours en idée quelque nouvelle réformation. » Desc. « Les décemvirs menacèrent Fabius de le faire précipiter du haut de la roche Tarpéïenne, comme un séditieux et un brouillon.^ Vert. Dans les Dialogues des Morts, de Fénelon, Charon dit à Alcibiade : « Je vois bien que tu as été un dangereux brouillon. » A quoi Mercure ajoute : « Tu as mis le feu partout : c'est toi qui as allumé cette horrible guerre dans toute la Grèce. » Et Charles VJI à Jean, duc de Bourgogne : « Quand on a affaire à un homme aussi violent et aussi brouillon que vous l'étiez, assassiner est le plus sûr. » a Les seigneurs ambitieux, souples et brouillons, chercheraient avec ardeur à entrer dans ce conseil. » Fén. Saint-Simon, dans l'affaire de la Constitution, conseilla au régent de faire enlever trois jésuites qu'il appelle « les boute-feux de toute cette affaire, trois brouillons très-pernicieux. »

Tracassier se dit familièrement, ou bien pour exprimer le même défaut en petit, c'est-à-dire s' exerçant, non plus dans les États, mais dans les familles entre particuliers, et employant de petits moyens , tels que les faux rapports et les commérages. « Il ne faut point avoir de rapporteurs, qui s'empressent à vous empoisonner du récit de toutes les petites fautes des particuliers ; mais il faut avoir des gens de bien, qui, malgré eux, soient chargés en conscience de vous avertir des

SUPPLÉMENT

choses qui le mériteront : ceux-là ne vous diront que le nécessaire, et laisseront le superflu aux tracassiers. » Fén. « A Paris, les femmes sont moins indiscrètes, moins tracassières que chez nous, moins peut-être, que partout ailleurs. » J. J.

Oui, oui, défaites-nous de cette tracassière. Dest. Chacun du tracassier se venge en le fuyant ; De sa sottise sémillante Laissez-lui l'ardeur pétillante :

Le bon ton n'est jamais bruyant. Del.

Tu m'as donné pour femme une mégère. . . . Elle est fausse, elle est tracassière. Volt.

« Ce Castel-là est un chien enragé ; c'est un fou de mathématiques, et le tracassier de la société. »

ID

BRÛLER, GRILLER. On dit également au figuré brûler et griller de faire une chose , ce qui signifie le désirer beaucoup.

Mais brûler, éprouver une brûlure, a pour idée dominante l'ardeur ou la violence du désir. « De quelle adresse une femme n'a-t-elle pas besoin pour faire qu'on lui dérobe ce qu'elle brûle d'accorder! » J. J.

Sans cesse vous brûlez de voir tous vos parents

Engloutir à la cour charges, dignités, rangs. Boil. Griller, être sur le gril, sur les charbons, ne pouvoir plus y tenir, suppose surtout de l'impatience; si bien que griller employé d'une manière absolue veut dire, comme le remarque avec raison l'Académie, brûler d'impatience. «Mais achevez votre conte, tous ces seigneurs et moi nous grillons d'en savoir le reste. » Les.

La femme du pondeur s'en retourne chez elle.

L'autre grille déjà de conter la nouvelle. Laf.

D'ailleurs brûler est de tous les styles : il se trouve dans les meilleures tragédies. Il peut servir à exprimer un désir relevé, et, par exemple, une noble ambition. « Au souvenir des héros parmi lesquels ce prince brûlait de se placer. » Staël. « Je brûle de servir mon roi. » Maint. Griller, au contraire, appartient toujours au langage familier, et il dénote une simple envie, une démangeaison. « Restait encore la curieuse Cristalline, qui grillait de savoir ce qu'on allait lui annoncer. » Ham.

Ah ! ah ! quelle douleur Pour le cœur D'une fille Qui sèche, qui grille De voir son amant.

(Ariette de Rose et Colas). Séd.

BURLESQUE, GROTESQUE. Ces mots, relatifs à l'art et à la manière de s'exprimer, signifient très-bouffon.

Pellisson paraît les avoir confondus; car il dit dans son Histoire de l'Académie française : « M. de Saint-Amant se chargea de faire la partie comique du dictionnaire, et de recueillir les termes grotesques, c'est-à-dire, comme nous parlerions aujourd'hui, burlesques. »

Ainsi que l'annonce leur terminaison, ils viennent de l'italien l'un et l'autre , mais chacun avec sa nuance propre. Burlesque, burlesco, de burlare, se moquer , désigne originairement un genre de poésie plaisant et trivial , dont les Italiens nous ont

grottesco, s'est dit d'abord d'un genre de peinture : les grotesques, ou, comme on devrait l'écrire, les grottesques, sont des ornements de peinture bizarres, imités de ceux qui furent découverts à Rome dans les grottes ou ruines du palais de Titus. Burlesque se rapporte donc à l'art et à la manière de s'exprimer en littérature, c'est-à-dire par la plume et quelquefois par la voix. « Qu'est-ce que la Batrachomyomachie attribuée à Homère, sinon une bouffonnerie, un poëme burlesque?» Volt. « Dans le système des monades de Leibnitz l'âme et le corps sont deux automates qui vont chacun à part, à peu près comme dans certains sermons burlesques un homme prêche tandis qu'un autre fait des gestes. » Id. « Les contes burlesques des Anglais. » Staël. « Avoir un accent burlesque. » Ham. Mais grotesque convient seul pour la peinture, pour ce qui est représenté aux yeux par le pinceau. « Watteau a été dans le gracieux à peu près ce que Teniers a été dans le grotesque: il a fait des disciples dont les tableaux sont recherchés. » Volt.

Un groupe de mazettes Très-gravement poursuit ce chant falot, Concert grotesque et digne de Callot. Gress. Ce qui est burlesque rappelle, suivant la définition de Boileau, le langage des halles ; ce qui est grotesque est une caricature ou y ressemble.

Que si grotesque s'emploie aussi par rapport à des œuvres littéraires, c'est quand et en tant qu'elles sont ou contiennent des peintures, quelque chose qui parle aux yeux. « Il serait difficile de décider si la chevalerie errante est plus tournée en ridicule par les peintures grotesques de Cervantes que par la féconde imagination de l'Arioste.» Volt.

Cette moderne histoire Est un peu folle, il en faut convenir....

Ma Minerve sévère Adoucira ses grotesques portraits, Et les voilant d'une gaze légère, Ne montrera que la moitié des traits. Gress.

On qualifie bien de burlesque (et non pas de grotesque, quoi qu'en dise Pellisson) un mot (Boil.) ou un vers (Volt.). Mais, comme on applique l'épithète de grotesque à un habit (Mol.), à un équipage (J. J.,Dest.), à une figure (Dest., Les.), de même on s'en sert en parlant d'une imagination (Pasc.) et d'un spectacle dépeint dans un livre ou dans une comédie, par exemple, parce qu'une imagination et un spectacle font image, sont une sorte de tableau. « Le peuple d'Athènes n'exigeait point qu'on mêlât (dans les drames), comme en Angleterre, les scènes grotesques de la vie commune aux situations héroïques. » Staël, « Binconet et Cortadille de Cervantes est un tableau grotesque, mais vrai, des fripons de Séville.» Flor. « Ce spectacle grotesque (contenu dans les deux derniers actes du Bourgeois gentilhomme) est amené pour divertir la multitude. » Lah. « Le Légataire est rempli de situations qui, par la forme, approchent du grotesque, telles que le déguisement de Crispin en veuve et en campagnard. » Id.

BUT, OBJET, FIN. Ce à quoi on tend, ce à

«donné et l'exemple et le nom. Grotesque, ! quoi on s'efforce d'arriver. Se proposer un but, un

objet ou une fin ; se proposer telle chose pour but, pour objet ou pour fin.

Le but est au bout de la carrière ; Y objet est posé devant; la fin termine ou fait cesser l'action.

On marche vers le but; il est plus ou moins éloigné ; on en approche plus ou moins ; on Fatteint ou on ne l'atteint pas. * Pourvu que je vous mène à mon but. » Fén. « Pythagore revint à Samos, chargé de précieuses dépouilles qui avaient été le but de ses voyages. » Roll. — On a Yobjet sous les yeux comme un idéal auquel on se conforme; on le perd ou on ne le perd pas de vue. « La morale se propose pour objet de régler les mœurs. » Roll. a On ne peut pas douter que César n'ait eu cet objet en vue dès ses premières années ; car on ne voit aucune démarche de lui qui ne tende à ce but. » Id.

Et donne à tes désirs pour immuable loi,

Que leur unique objet soit le bien de me plaire,

Et leur unique but de ne chercher que moi. Corn.

— On agit pour une fin, on y emploie tels ou tels moyens : qui veut la fin veut les moyens, dit le proverbe ; la fin ne justifie pas toujours les moyens. « Il n'y aurait rien de plus insensé que de rejeter ces moyens par attachement à la fin , puisque , au contraire, cet attachement nous les doit faire chérir. » Boss. « Si, dans chaque action, on laisse à part les moyens pour ne considérer que la fin, on trouve incomparablement plus de bonnes actions que de mauvaises. » J. J.

On dit proprement le but d'un voyage ou d'une course ou de ce qui y ressemble : Le but de la vie. On dit particulièrement bien Yobjet d'un discours ou d'un écrit, et de tout ce qui se fait en ayant attention à quelque chose, à la vérité, par exemple, à la religion ou aux mœurs. On dit la fin d'une action, et c'est presque toujours en opposition aux moyens dont on se sert pour y parvenir.

On poursuit un but; on a tel objet en vue; on agit pour telle fin.

CADUC , CASSÉ. Ces deux mots se disent d'un homme presque décrépit , qui décline, dont la fin est prochaine.

Caduc, d'où vient le substantif abstrait caducité, annonce une qualité abstraite, qui s'adresse moins à l'imagination qu'à l'esprit. Cassé , au contraire, est une expression toute concrète qui représente un corps courbé et comme plié en deux. On dit l'âge caduc (Boss.), une caduque vieillesse (Bourd., Boss., Fén., Bern.) : L'âge de quarante ans paraît caduc à la jeunesse (Vauv.) ; mais on dit un corps cassé (Mol., J. J.), un vieillard cassé (Regn., Fén., J. J.), un vieillard qui soutient d'un bâton ses membres cassés (Boss.).

Ensuite, on est caduc , on est devenu cassé. Le premier de ces mots désigne une qualité sans la faire concevoir comme acquise ; au lieu que le second donne à entendre que cette même qualité a été produite dans le sujet, non pas naturellement et par le seul effet de l'âge, mais par une cause particulière. On est vieux et caduc (Boss., La.br.) ; un soldat est recru et cassé (Montaig.) . « Le roi parut fort cassé, maigri et avoir trèsméchant visage. » S. S. Caduc s'emploie simplement; avec cassé on peut très-bien mettre d'autres mots servant à exprimer de quelle manière on a été cassé, réduit à l'état d'un homme cassé. « Déjà cassé, moins par les infirmités d'un âge avancé , par les fatigues de ses voyages et de ses guerres , que par les austérités d'une vie dure et pénitente, sais* Louis part et marche encore contre les infidèles. » Mass.

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