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CAILLER, COAGULER, FIGER, CONGELER

Faire passer de l'état liquide à l'état solide.

Cailler, italien quagliare, paraît avoir été formé du latin coagulare, d'où évidemment coaguler tire son origine. Or, par cela seul que le primitif commun à ces deux verbes français, lequel est emprunté d'une langue ancienne, se trouve dans cailler défiguré par les transformations qu'il a

subies, tandis que coaguler, au contraire , le représente d'une manière exacte et parfaitement reconnaissable, l'un est vulgaire , et l'autre savant ou didactique. Nous disons en langage ordinaire, du lait ou du sang caillé. Mais Voltaire écrit, en faisant allusion à un passage de YEsprit des lois : « On a prétendu que la loi de Mahomet qui défend de boire du vin est la loi du climat d'Arabie, parce que le vin y coagulerait le sang et que l'eau est rafraîchissante. » Et on lit dans une dissertation de Montesquieu sur la botanique : « Les sucs de la terre, lorsqu'ils sont parvenus au bout des branches, s'arrêtent sur la superficie, et commencent à se coaguler. » Pareillement, dans YHistoire naturelle de Buffon : « Les grès formés par le sédiment des eaux sont plus solides et plus durs que les grès coagulés par le feu. » « L'esprit de vitriol ronge de certains mixtes et en coagule d'autres comme sont le sang et le lait. » Charas (Pharmacie).

De leur côté , figer et congeler ont cela de bien particulier, qu'ils expriment un phénomène qui s'opère par le refroidissement, au lieu que la coagulation se fait par réchauffement. Et quant à la différence entre l'un et l'autre, elle se rapporte au degré. Ce qui est figé, du latin figere, ficher, arrêter, a pris assez de consistance pour ne plus couler, pour être fixe et non plus fluide ; et ce qui est congelé est devenu de la glace (gelu), c'est-àdire quelque chose de dur comme la pierre. De l'huile figée; de l'eau congelée.

CAISSE, COFFRE;— CASSETTE, BOÎTE. Noms de certains contenants faits de main d'homme pour recevoir et conserver différents objets solides.

La caisse et le coffre sont de grande dimension, au lieu que la cassette et la boîte sont essentiellement petites. Il faut toute la force d'un homme et parfois même de plusieurs pour transporter une caisse ou un coffre ; moins volumineuses et moins

SUPPLÉMENT

pesantes, la cassette et la boite se portent aisément à la main, sous le bras, ou de quelque autre manière. « On envoya de Gênes à Son Eminence une grande caisse de confitures bien dorées et artistement arrangées dans leurs boîtes. » Les. « Vous garderez ces lettres : mais il n'y a plus de cassettes capables de les contenir : hélas ! il faudra des coffres. » Sév. « C'est de là qu'on appelle cette édition si correcte qu'Alexandre fit faire d'Homère l'édition de la Boîte, parce que le petit coffre où il l'enferma servait auparavant de boîte à garder des odeurs et des parfums. » Vaug.

Je m'en vais vous donner de l'argent paur l'avoir. Tirez-moi ma cassettp, elle est dans cette cai-se. Laf. Des os taillés, sculptés, et façonnés sans frais, Sont changés en coffrets, sont transformés en boites.

Del.

Caisse, coffre. — La caisse (peut-être du latin capsa, grec xa4>«) est faite plus grossièrement, d'une matière et d'une manière moins solide, moins durable : c'est un assemblage de planches d'un bois léger, et on s'en sert surtout pour expédier des effets, tels que des marchandises. D'ailleurs, ou elle ne ferme point du tout, comme on le voit par les caisses à orangers, ou elle ne ferme pas à clef, le dessus en est fixé avec des clous, au moins pour P< ordinaire. Une bière est une caisse. « Monseigneur avait dans son cabinet une grande caisse de bois blanc remplie de toutes sortes de confitures sèches. » Les. « Je viens de recevoir cette réponse par la diligence avec une caisse que ma fille envoyait à sa sœur. » Bussv. « On vient de m'envoyer la caisce (contenant un cadeau de plantes rares).... Il m'a paru plus convenable, puisque j'avais à la rendre, de la renvoyer sans l'ouvrir. » J. J. On embarque sur les bâtiments marchands des ballots et des caisses (Bern.).

Mais le coffre (en allemand koffer, en anglais coffer) est un objet d'art; c'est un meuble, une espèce d'armoire sans pieds et moins haute que longue, qui s'ouvre en levant un couvercle, et dans laquelle on met sous clef de l'argent, du linge , des papiers et autres choses semblables. L'arche de Noé et l'arche d'alliance étaient des coffres et non des caisses. « Si leurs femmes ont perdu seulement un denier, il faut alors renverser toute une maison, déranger les lits, transporter des coffres, et chercher dans les recoins les plus cachés. » Labr. « Dans ce temps-là (1562) on allait à la cour habiter une chambre où il n'y avait que des coffres pour meubles. » Volt. « Mesdames, voici des coffres qui vous serviront de fauteuils. » Mol. « Il ne fut pas une heure dans la prison , et ceux qui l'y avaient mis n'eurent pas le temps d'avoir un coffre de papier qui avait été transporté avec lui à la Conciergerie. » S. S. a. Sa mère ne lui donnait pas une assiette d'argent, ayant deux coffres pleins de la vaisselle de nos oncles. » Sév. « Hébert prit dix coffres de linge sur son soin » Sév. a L'abbé Bigorre m'a envoyé l'éd.t et le rehaussement des monnaies : ah ! c'est cela qui vous enrichira, supposé que vos coffres soient pleins. » Sév.

As-tu trouvé le coffre à ton gré copieux? Ses écus, ses louis étaient ils neufs ou vieux? Regn. Les coffres ayant cessé peu à peu d'être em-

ployés comme meubles dans les maisons , et ayant été remplacés dans les voyages par les malles, le mot est tombé en désuétude si ce n'est en parlant du passé. Caisse a gagné d'autant. Ainsi, nous ne disons plus aujourd'hui, les coffres mais les caisses de l'Etat, et, en termes d'administration, de banque et de commerce, caisse a été substitué à coffre sans que l'usige ait tenu compte de la signification précise attachée à chacun de ces termes.

Cassette, boîte. — La cassette (petite casse ou petite cause) est moins petite que la boîte : on n'a pas de peine sans doute à la porter, mais on ne la porte pas, comme d'ordinaire la boîte, sur soi ou dans sa poche. Du reste, elle a cela de tout particulier, qu'on n'y met que des objets de prix, en cela plus semblable au coffre qu'à la caisse en dépit de l'étymologie. « Les petites hordes errantes portaient de village en village leurs dieux dans des coffres, sur des charrettes traînées par des bœufs.... Les Iduméens, quelques Sabéens portaient dans des cassettes les représentations grossières d'une étoile. » Volt. « Le livre des lois de Minos était un grand livre qu'on tenait enfermé dans une cassette d'or avec des parfums. » Fën. « Il y a peut-être plus de diamants et de perles dans les cassettes des Hollandais que dans celles des bijoutiers du Portugal. » Bern. « M. de Guitaud (dont la maison était toute en feu) m'envoya une cassette de ce qu'il a de plus précieux. » Sév. « La reine d'Angleterre, à Saint-Germain, se trouva toute servie comme la reine, de toutes sortes de hardes, parmi lesquelles était une cassette trèsriche avec six mille louis d'or. » Sév. « On trouva chez lui les pièces de la conjuratim, les divers traités, et cinq cassettes pleines de lettres, d'instructions, d'actes.... » S. S. « Le duc d'Orléans fit poiter la cassette des sceaux devant lui. » Id. ex J'aperçus dans la boutique d'un marchand une espèce de cassette à bijoux fort propre. » Les. Il prit aussi la cassette aux bijoux, Aux diamants, aux témoignages doux Que reçoit et garde une amante. Laf.

La boîte, la boiste (de buxum, buis, petit objet en bois de buis) se distingue et par sa petitesse et par la multitude de ses destinations. Une bonbonnière et une tabatière sont des boîtes ; c'est dans des boites que se vendent ou qu'on met les choses les plus vulgaires , certains remèdes, différentes poudres, les pains à cacheter, les allumettes, etc. Une botte d'onguent, de pilules (Acad.). « Je la prie de me donner une boîte de son fard. » Laf. « N'avez-vous point de honte de nous montrer cette vieille chaire de Saint-Pierre avec le dos rompu , et pleine de vermoulure ! Voulez-vous qu'on regarde votre coffre, où sont tant de richesses spirituelles, comme une boite d'orviétan ou de mithridate? » Montesq. *

CALME,. BONACE. Ces mots représentent dans la nature un état de tranquillité, un état où on n'éprouve ni trouble ni agitation.

Il n'y a guère que calme qui soit usité aujourd'hui; mais bonace s'est dit autrefois en même temps que calme, et il importe de savoir dans quelles circonstances et avec quelles nuances particulières.

Calme, quelle qu'en soit l'étymologie, a une

grande généralité : le calme est un état qui peut régner partout. Mais bonace, c'est-à-dire temps bon ou favorable (pour la navigation), s'emploie uniquement, en parlant de la mer. Pour s'exprimer exactement, il faudrait opposer le calme à l'orage et la bonace à la tempête.

Mais une différence plus frappante semble avoir prévalu sur celle-ci. Calme, d'où le verbe calmer, est relatif à un état antérieur de violence qui a été apaisé; en sorte que le calme succède à l'orage. Il se promet en vain le calme après l'orage. Corn. Jusqu'à ce que l'orage ait moins de véhémence, Jusqu'à ce que le calme ail pu le dissiper. Id. Bonace, au contraire, suppose un état ultérieur de violence qui surviendra; si bien que la bonace précède l'orage , au lieu de venir après comme le calme. «< Vous vivez ici dans la cour, et je veux croire que la vie vous y semble douce ; mais certes vous n'avez pas si fort oublié les tempêtes dont cette mer est si souvent agitée, que vous osiez vous fier tout à fait à cette bonace. » Boss. Ces moments passeront avec tous leurs attraits, Et la tentation se coulant en leur place, Y fera succéder l'orage à la bonace. Corn. Le calme est donc une cessation et la bonace une exemption d'orage ou de tempête. Le calme est le rétablissement de la bonace après l'orage ; la bonace, un état qui préexiste à l'orage et qui peut en être troublé. Dans le Cid, l'Infante cherche à consoler Chimène en lui disant :

Tu reverras le calme après un tel orage. Mais Chimène lui répond que l'orage qui a troublé la bonace ne se calmera point et se signalera par un naufrage.

CANAL , CONDUIT, TUYAU. Corps d'une certaine longueur et d'une certaine capacité, donnant ou pouvant donner passage à différentes choses.

Canal, latin canalis, se distingue de trois manières. 11 est le-seul de ces mots qui se dise au figuré , il désigne un corps qui peut être trèsgrand en longueur et en capacité, et, de plus, ce corps, le canal, est uniquement destiné à recevoir et à faire passer de l'eau ou un liquide quelconque.

Conduit, du verbe français conduire, est sensiblement opposé à canal sous ces trois rapports, particulièrement sous le dernier, le plus important de tous , c'est-à-dire en ce qui concerne la nature des choses auxquelles le canal et le conduit servent de contenant et de moyen de transport. Le canal ne reçoit que de l'eau ou des, liquides. <c Dieu a distribué l'eau avec soin sur la terre, comme les canaux d'un jardin.» Fén. « Les branches distribuent en divers canaux la sève que les racines avaient réunie dans le tronc. » Id. « Les canaux dans lesquels notre sang et nos liqueurs coulent nous sent très-connus. » Volt. Mais ce ne sont pas seulement des choses liquides qui passent par le conduit. « Le crâne se trouve percé régulièrement pour les deux yeux, pour les deux oreilles, pour la bouche et pour le nez. Il y a des nerfs destinés aux sensations qui s'exercent dans la plupart de ces conduits. » Fén. La trachée-artère est le conduit de la voix (Id.); « c'est le conduit par où l'air qu'on respire est porté dans les poumons. » Boss. Le conduit et non le canal au-

ditif. « 11 y a un grand nombre d'oiseaux qui n'ont point de narines, c'est-à-dire point de conduits ouverts au-dessus du bec, en sorte qu'ils ne peuvent recevoir les odeurs que par la fente intérieure qui est dans la bouche. » Buff. — Quand on assiège une place, on en coupe les canaux pour empêcher l'eau d'y parvenir (Boss.). On en bouche les conduits pour intercepter tout ce qu'on voudrait y introduire de secours, même des hommes. « Marius tâcha de s'échapper par des conduits souterrains. » Vert.

Je sais qu'il fit trancher et clore ce conduit Par où ce grand secours devait être introduit. Corn. Tuyau, d'une origine incertaine, et très-proba blement vulgaire, ressemble beaucoup à conduit. Mais il a cela de propre, qu'il signifie généralement quelque chose de plus petit. Tuyau capillaire (Acad.). « Il faut que ce mouvement se communique au cerveau par le moyen de petits filets enfermés dans les nerfs, comme dans des tuyaux, qui sont étendus comme de petites cordes. » P. R. D'ailleurs, le tuyau se considère plutôt comme vide, comme ne conduisant rien actuellement, comme ne contenant que de l'air : un tuyau de plume, un tuyau de paille, un tuyau de soufflet. Enfin, ce qui fait de tuyau un mot tout à fait à part relativement aux deux autres, c'est qu'il est partitif, c'est qu'il exprime assez souvent une partie du canal ou du conduit : les tuyaux d'une fontaine (Boss.) : poser des tuyaux (Acad.).

CANONICAT, CHANOINIE. Place de chanoine, de prêtre attaché à une église, faisant partie du chapitre et vivant des revenus de cette église.

Le canonicat est plus grand et plus relevé que la chanoinie. « Henri II, empereur d'Allemagne, veut se faire chanoine de Strasbourg, et fonde un canonicat, dont le possesseur est appelé le roi du chœur. » Volt. « A la vue d'un chanoine du saintsiège de Tolède, je me sentis saisi d'un profond respect, ayant ouï dire qu'un canonicat de cette Église valait deux évêchés d'Italie. » Les. « La grâce que je vous demande, sire, est un canonicat de votre chapelle royale de Vincennes. » Mol. a Ce beau nom de tribun signifiait des pensions pour cinq ans ; ce grand nom de sénateur signifiait des canonicats à vie. » Staël.

La chanoinie est un petit canonicat, un canonicat de peu dimpor tance. « L'enchanteur aurait bien pu faire prendre au seigneur Valentin une chanoinie pour un évèché ; en acceptant la prébende du bourg d'Ateca, messire Valentin, auparavant archevêque de Reims, est proprement devenu d'évêque meunier. » Les. « Il se trouva parmi nous dans le carrosse un petit abbé espagnol qui allait prendre possession d'une chanoinie à Bruxelles. » Regn.

CAP, PROMONTOIRE. Pointe de terre élevée qui s'avance dans la mer.

Quoique cap vienne du latin caput, tête, c'est le mot commun, celui qui est spécialement usité en termes de géographie moderne. La raison en est qu'il ne reproduit qu'incomplètement son primitif, qui, d'ailleurs, n'avait pas en latin l'acception que cap a reçue en français. « Du cap Gonsalvez au cap des frois-Pointes", l'Océan forme un golfe ouvert qui n'a rien de remarquable, sinon un cap

SUPPLÉMENT

fort avancé. » Buff. « Les caps sont tous célèbres par leurs tempêtes, comme le cap Finistère, le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn. » Bern. Promontoire, au contraire, rappelant exactement le latin promontorium , qui a signifié la même chose, convient particulièrement bien en parlant de la géographie ancienne. « Comme Annibal tournait un promontoire, la flotte des Bomains se présenta en ordre de bataille. » Gond. « Pline nous apprend que, pour faire la navigation des Indes, on alla d'abord du promontoire de Siagre à rîle de Patalène. » Montesq. « Depuis Auguste, les Bomains découvrirent le promontoire Baptum et le promontoire Prassum, dont Strabon ne parle pas. » Id. « Les Perses se retirèrent à Mycale, promontoire du continent d'Asie. » Boll. « L'île de Trinaciïe est ainsi appelée à cause de ses trois promontoires. » Id. « Par ce traité, les Bomains ne pouvaient naviguer au delà du Beau-Promontoire, qui était tout près de Carthage. » Id. — e Les pirates se renfermaient alors dans la mer entre le Pirée et le promontoire de Malée, appelé aujourd'hui le cap Malio. » Boll. « C'était sur le cap Misène que Corinne avait fait préparer les danses et la musique.... Pline, dit-elle, cherchant la science, partit de ce promontoire même pour observer le Vésuve à travers les flammes. » Staël. Mais cette distinction, déjà indiquée par l'Académie, n'est pas toujours observée : on se sert quelquefois de cap en géographie ancienne et de promontoire quand il est question de géographie moderne. Quelle est alors la considération qui détermine et doit déterminer dans l'emploi de ces deux mots ?

C'est que cap ne suppose pas, comme promontoire, une élévation considérable : « On voyait, à cent pas de là, un château sur une petite élévation qui s'avançait en forme de cap dans la mer. » Les. Le cap est une tête de terre, comme on dit une tête de pont ou une tête d'armée, c'est-à-dire la partie avancée d'une chose étendue plutôt que haute. Mais le promontoire {mons pro, montagne qui s'avance, ou même haute montagne) est un cap qui se distingue par sa hauteur, a Les Andes s'arrêtent dans la Terre-de-Feu, où elles présentent à l'Océan un promontoire de glaces éternelles, d'une hauteur prodigieuse. » Bern.

Outre cela , cap est un terme technique de géographie, inusité hors de cette science ; au lieu que promontoire a un caractère littéraire en quelque sorte et une signification plus- susceptible de s'étendre, a Souvent il se forme au ciel des paysages..... On y voit des promontoires, des rochers escarpés, des tours, des hameaux. » Bern. La colombe aussitôt usa de charité :

Un brin d'herbe dans l'eau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la fourmis arrive. Laf.

CAPITALES, MAJUSCULES. Lettres plus grandes que les autres et qui se mettent au commencement des chapitres, des phrases, des vers, des noms propres, etc.

Capitales s'emploie de préférence en termes d'imprimerie. « On nomme ainsi, suivant l'Encyclopédie, dans la pratique de l'imprimerie, certaines lettres qui, quoiqu'elles fassent partie d'une fonte et soient du même corps de caractère, diffè-

rent seulement en ce que l'œil en est plus gros, en ce que la figure n'est pas la même , et qu'elles sont moins d'usage et moins courantes dans l'impression. »

Majuscules est plutôt un terme d'écriture. C'est ce qu'atteste encore l'Encyclopédie, dans laquelle on lit : « Majuscules se dit, dans l'écriture, des lettres capitales et initiales ; c'est un terme peu usité dans l'imprimerie, et qui tient plus de l'art de l'écriture. »

Que si toutefois on peut sans impropriété choquante se servir du mot capitales dans l'art de l'écriture, et du mot majuscules quand il est question d'imprimerie, au moins on doit avoir soin d'observer que les capitales sont plus grandes que les majuscules. En effet, capitales, de caput, tête, signifie ce qui est à la tête, ce qu'il y a de plus grand dans un genre ; et majuscules est pris du latin majusculus, qui veut dire un peu plus grand que les autres objets du même genre. « On distingue pour écrire deux mouvements : le mouvement des doigts et celui du bras ; le premier pour les lettres mineures et quelques majuscules; le second pour les capitales, les traits, les passes, les entrelas, et la plus grande partie des majuscules. Encyclopédie.

CAPTURE, PRISE. Action de s'emparer de quelque chose ou résultat de cette action.

Capture reproduisant exactement un mot latin, captura, de capere, prendre, se dit particulièrement bien en termes de jurisprudence. « Cette conspiration fut déconcertée par la capture de la cassette de Mercy. » S. S. Prise, du verbe prendre, ayant au contraire une origine toute française, convient mieux dans le langage commun. « Attends, jeune homme, dit la fée, et cesse de poursuivre les bêtes de la forêt ; une prise plus considérable se présente à toi : je t'offre mon cœur et ma main. » Les. Pareillement l'action d'appréhender quelqu'un se nomme vulgairement et par rapport au public une prise, mais, en style de palais et par rapport à la justice, une capture. « M. le président et M. Talon commencèrent par faire arrêter M. de Canillac... Ils auraient mieux fait de n'épouvanter pas d'abord un grand nombre de gentilshommes qui se retirèrent d'abord après cette prise.... Tout le monde est d'accord que cette première capture est un bon coup pour le juge, mais non pas pour la justice. » Fléch. Dans les sciences, en histoire naturelle, par exemple, capture s'emploie de préférence à prise. « Le butor fait grande capture de grenouilles. » Buff. « Lorsque la femelle du héron vient à couver, le mâle va à la pêche, et lui fait part de ses captures. » Id.

En outre, capture, par sa terminaison, marque essentiellement un résultat, au lieu que prise, quoique formé d'un participe passif, pris, se rapporte davantage ou plus souvent à l'action. Un corsaire opère la prise d'un bâtiment marchand appartenant à une nation ennemie, et, quand il considère les richesses qui y sont contenues, il trouve que c'est une des meilleures captures qu'il ait faites (Bern.). « Mes compagnons (de piraterie) avaient péri presque tous dans trois combats où on avait fait trois prises différentes. Comme ce n'était pas ma faute si je n'avais point combattu

avec eux, j'eus ma part, ainsi que les autres, dans les captures qui avaient été faites, » Les.

Que si toutefois prise convient aussi pour désigner ce qui a été saisi, le butin, il semble alors, non plus être moins noble que son synonyme, mais signifier quelque chose de moindre. « On jugea qu'il était plus à propos de continuer à croiser sur les côtes d'Afrique, afin de faire quelque autre prise, et d'aller vendre le tout à Saint- Domingue, ou bien à Cadix, supposé que nous fissions quelque capture considérable. » Les.

CARACTÈRE, GÉNIE. On dit également et indifféremment, ce semble, le caractère et le génie de certaines choses, d'une nation, d'une langue, par exemple, pour signifier ce qui leur est propre, ce qui les distingue des autres. « Les langues seraient ainsi une peinture du caractère et du génie de chaque peuple. » Cond. « Ce sera le temps de bien faire sentir aux jeunes gens le génie et le caractère de la langue française. » Roll.

La différence revient à celle du passif à l'actif. En effet, le caractère est une marque, une empreinte faite sur une Chose, et le génie est un talent. Le caractère fait qu'on est tel ou tel, bon ou mauvais, aimable ou haïssable; le génie fait qu'on est capable de certains effets ou de certaines productions. « Si on regarde les talents, Julien eut plus de génie que Marc-Aurèle; si on regarde le caractère, il eut plus de fermeté peut-être. » Thom. « Corneille, qui commence l'ère du génie français, doit beaucoup à l'étude des caractères espagnols. » Staël. « Lessing a donné le premier aux Allemands l'honorable impulsion de travailler pour le théâtre d'après leur propre génie. L'originalité de son caractère se manifeste dans ses pièces. » Id.

Le caractère d'une nation ou d'une langue est l'ensemble de ses qualités ou sa qualité dominante ; son génie est l'ensemble de ses aptitudes ou son aptitude principale.

Le caractère national ou de la nation, en France, est la légèreté, la gaieté, la sociabilité ; en Angleterre, c'est le calme, la réflexion et le patriotisme. Le génie national ou de la nation, en France, est plutôt littéraire et guerrier ; en Angleterre, industriel et commercial.

Le caractère de la langue française est la clarté; son génie, suivant Voltaire, la rend particulièrement propre à la conversation.

CARACTÈRE , HUMEUR. Manière d'être de l'âme, bonne ou mauvaise, qui est particulière à une personne et la distingue des autres. On dit bien et sans différence apparente, un caractère timide, gai, doux, altier, et une humeur timide, gaie, douce, altière.

Cependant, caractère désigne une forme de l'âme constante, et humeur une disposition passagère. Un homme de mauvais caractère est toujours mauvais; un homme de mauvaise humeur est entré en mauvaise humeur (Pasc.) , paraît mauvais dans l'occasion et par accident. Cet homme, d'un caractère si bon, vient de se montrer de fâcheuse humeur pour la première fois. Homère, Théophraste et Labruyère ont excellé à peindre des caractères, et non pas des humeurs. Vhumeur est essentiellement variable et fugitive :

on ne soutient pas son humeur comme on soutient son caractère.

Le caractère suppose de l'empire sur soi-même; à tel point que avoir du caractère signifie avoir de la force d'âme, de la fermeté. Vhumeur, au contraire, est, comme la passion, un entraînement, l'effet de la complexion. En conséquence, l'homme à caractère doux est doux par principe, parce qu'il veut l'être, en s'efforçant de l'être ; au heu que l'homme à humeur douce est doux par tempérament, par une inclination de sa nature sensible. On dit, un grand, un beau, un noble caractère, un caractère de franchise et de droiture, et là humeur, à la place de caractère, serait d'une impropriété choquante.

» Le caractère est plutôt une manière dont on est et dont on agit à l'égard des autres. « Ma Thérèse avait une humeur douce et un caractère aimable. » J. J. « Femme adorable autant par la douceur, par la bonté de son charmant caractère que par l'agrément de son esprit et par l'inaltérable gaieté de son humeur. » Id. « Mes malheurs n'ont point altéré mon caractère, mais ils ont altéré mon humeur et y ont mis une inégalité dont mes amis ont encore moins à souffrir que moi-même.» Id. Sans doute Vhumeur est aussi parfois relative aux autres ; mais elle se rapporte moins à la conduite proprement dite qu'aux manières et aux procédés. La bonté du caractère rend bienfaisant ; celle de Vhumeur, affable. « On ne pouvait reprocher à Dion qu'un défaut; c'est qu'il avait quelque chose de dur et d'austère dans Vhumeur, qui le rendait moins accessible et moins sociable. » Roll.

Son esprit, il est vrai, n'est pas semblable au vôtre.

Il estbrusque, impoli ; son humeur est toute autre.

Regn.

CARACTÈRES, LETTRES. Signes graphiques ou typographiques, signes à l'aide desquels l'écriture ou l'imprimerie parle aux yeux.

Caractères est dans ce sens un mot général, et lettres le mot spécial. Un caractère est une marque quelconque, et une lettre est une marque destinée à être lue. Parmi les caractères on distingue, outre ceux dont on fait usage en mathématiques, en astronomie et en chimie , par exemple, les caractères des lettres (Roll., Thom.); les caractères de l'alphabet ou les caractères d'écriture et d'imprimerie s'appellent proprement lettres. « Si on prenait 24 pour racine de l'échelle arithmétique, il faudrait 14 caractères nouveaux qu'on serait obligé de retenir par mémoire ; mais cela ne ferait aucune peine, puisqu'on retient si facilement les 24 lettres de l'alphabet lorsqu'on apprend à lire. » Buff. «■ Ces lézards ont sur le dos des espèces de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent à des lettres arabes. » Bern. « Les premiers hommes ont cherché à exprimer leurs idées par des signes naturels, comme on le voit par les caractères primitifs de leur écriture, dont chaque lettre formait une pensée. » Id.

Ensuite , on dit plutôt caractères en termes d'imprimerie, et lettres en termes d'écriture : les caractères sont des empreintes, et les lettres des traits de plume ou des composés de traits de plume/ (c II faut donner aux enfants un livre bien

SUPPLEMENT

relié avec de belles images et des caractères bien formés.... On peut leur faire un divertissement de former des lettres. » Fén. Dans tel livre les caractères majuscules ont ceci ou cela de remarquable ; telle personne est plus ou moins adroite à faire, en écrivant, les lettres majuscules.

Enfin, les caractères se considèrent ordinairement du point de vue de l'imprimeur, quant à la forme, à la grosseur ou à la matière. « Examinez les caractères tartares, indiens, siamois, japonais, vous n'y voyez pas la moindre analogie avec l'alphabet grec et phénicien. » Volt. « Je m'amuse les soirs à lire l'histoire de la prison de M. le Prince. Je suis plus charmée de la grosseur des caractères que de la bonté du style. » Sév. « Les philosophes platoniciens étaient prêts à écrire en caractères d'or ces beaux commencements de l'Évangile de saint Jean. » Boss. Les lettres, au contraire, se considèrent sous le rapport de leur valeur phonique ou du sens qu'elles ont étant réunies en mots. Les consonnes sont des lettres articulées (J. J.). « Épicure comparait les atomes aux lettres de l'alphabet, qui forment des mots différents selon la différente manière dont elles sont arrangées. » Fén. On dit d'un homme que c'est un sot en trois lettres. — Ou bien les caractères sont quelque chose d'isolé, des éléments encore épars, au lieu que les lettres sont ces mêmes éléments actuellement rassemblés et composant des mots. Qui croira, disent Cicéron et Fénelon contre les épicuriens, qu'en jetant à terre quantité de caractères en confusion on obtiendra un arrangement de lettres semblable à celui qui constitue l'admirable poëme de V Iliade ?

CARCASSE, SQUELETTE. Cadavre décharné et réduit à la charpente osseuse.

Quand même carcasse dériverait du latin , comme quelques-uns le prétendent à tort ou à raison, il ne laisserait pas d'être très-commun pour le moins : car sa terminaison est une des plus vulgaires qu'il y ait dans notre langue, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les mots hommasse, paperasse, tignasse , chiasse, etc. Squelette, au contraire, du grec crxeXe-roç, desséché, ou corps desséché, tient de son origine un caractère incontestable de noblesse.

Carcasse se dit proprement en parlant des animaux et même des choses, par extension; mais squelette doit être préféré quand il est question de l'homme.

Que si squelette s'emploie aussi par rapport aux animaux, c'est uniquement en termes de science, en anatomie.

Et si, d'autre part, on se sert quelquefois de carcasse pour désigner hyperboliquement un homme extrêmement maigre, c'est non-seulement dans le discours familier, mais encore quand il s'agit de quelqu'un dont on fait peu de cas ou dont on se moque. Pour donner une idée de sa grande maigreur, Fénelon dit de lui-même, familièrement, il est vrai, mais sans se représenter comme quelque chose de vil ou de dégoûtant : « Je ne suis plus qu'un squelette qui marche et qui parle, mais qui dort et qui mange peu. » Carcasse en pareil cas se prend en mauvaise part, c'est une expression de dénigrement ou de dédain, ana-

logue à charogne, sans en avoir pourtant toute l'énergie. « Je leur laissais (à ces médecins) gouverner ma carcasse avec pleine autorité. » J. J. « La vieille Sanguin est morte comme une héroïne, promenant sa carcasse par la chambre, se mirant pour voir la mort au naturel. » Sév. « Son visage n'était qu'un vieux parchemin qui semblait collé sur une tête de mort ; elle était nue jusqu'à la ceinture, et la plus sèche de toutes les carcasses ne l'était pas tant que cette misérable nudité. » Ha m. « Le mariage ne sied point à une carcasse décharnée comme la vôtre ; et tout franc, vous êtes trop vieux pour faire souche. » (Pierrot à Roquillard, dans les Chinois). Regn.

Au figuré, en matière de littérature, squelette convient seul, comme il convient seul dans le langage des savants. « Sans les circonstances, les faits demeurent comme décharnés ; ce n'est plus que le squelette d'une histoire. » Fén. « Je hais, dit Lycon, toutes ces longueurs qu'on appelle de l'éloquence.... Je préfère à ces vaines bouffissures le simple squelette de la pensée. » Bern.

CATHOLICISME, CATHOLICITÉ. Ce qui constitue catholique.

Catholicisme a rapport aux croyances et au système de religion qu'on ; professe. Les dogmes du catholicisme. A di érentes époques, les empereurs de la Chine ont accordé et retiré aux missionnaires la permission d'enseigner le catholicisme (Volt.). « Le gouvernement d'Angleterre admet toutes les sectes, et tolère à peine le catholicisme. » Id.

Catholicité exprime une qualité qu'on possède ou un caractère qu'on porte. « Mon salut dépend de ma catholicité et de ma soumission. » Bourd. « On a vu des royaumes où la plus pure et la plus fervente catholicité formait des milliers de saints.» Id. « Cette sainte discipline était comme la marque de la catholicité dans les Pays-Bas. » Fén. Avant la Révolution, il fallait, pour être reçu avocat, des certificats de catholicité (Volt.), « Ce prince affectait une grande catholicité. » Vert.

CAVALE, JUMENT. La femelle du cheval.

C'est la définition de ces deux mots donnée par l'Académie, qui ne met et ne laisse soupçonner entre eux aucune différence.

Il s'en faut bien cependant qu'on puisse dans tous les cas employer l'un ou l'autre. indistinctement.

Cavale, du latin caballus, cheval, d'où dérivent aussi cavalier, cavalerie et cavalcade, n'est pas moins noble que coursier ; au lieu que jument, de jumentum, bête de somme quelconque, cheval, âne, mulet, chameau, est aussi commun que cheval, sinon plus. C'est, au reste, ce qu'il est facile de confirmer par des exemples.

« Avec quelle élégance Homère décrit-il la légèreté et la vitesse des cavales d'Énée ! » Roll. « En Grèce on élevait des monuments aux chevaux à la vitesse desquels on était redevable de la couronne agonistique ; et Pausanias témoigne que cela se fit pour une cavale entre autres nommée Aura. » Id. « Si je veux peindre un coursier, et me former une juste idée de ce noble animal, je le prends au haras, vigoureux, découplé, l'œil ardent, et dont le brusque hennissement réjouit

l'homme et fait tressaillir toutes les cavales de la contrée. » Beaum. « Avec la rapidité d'un jeune cheval arabe qui franchit les vastes plaines et les fleuves de l'antique Saana, pour s'approcher de la brillante cavale qui règne dans son cœur. » Volt. a Le prince Rozinel était monté sur un beau coursier qui descendait en ligne directe du dieu Borée et de ces fameuses cavales d'Éricthonius, qui marchaient si légèrement qu'elles passaient sur les épis sans les rompre. » Les. «Je vous ai comparée, ma chère épouse, à une cavale docile : je vous ai mise sous le joug, marchez avec moi. » Boss. Ici le coursier barbe est errant dans vos bois; Là bondit d'Albion la cavale superbe. Del. a La jument qui traînait notre chariot tomba morte de lassitude. La comédienne à qui elle appartenait et qui la louait à la troupe, en fit des cris pitoyables. » Scarr. « Les coutumiers prononcent que le cultivateur comtois est devenu comme le bœuf ou la jument de son seigneur, à qui son travail et sa postérité appartiennent. » Volt. « Dans cette vie de Virgile on le représente comme une espèce de maquignon qui devine qu'un poulain qu'on avait envoyé à Auguste était né d'une jument malade. » Id. a M. de Voltaire avait une demi-douzaine de vieilles juments qui le tramaient lui et sa nièce. » Grimm. « La jument ne donne pas autant de lait que la vache. » Bern. « Quelle princesse ! elle ressemble comme deux gouttes d'eau à une vieille jument que j'ai dans mon écurie. » Les. « Il passa près de lui un homme qui était monté sur une mauvaise jument. » Id.

« Je soutiens mon grison, dit Sancho, plus beau que sa jument, quand elle serait aussi belle que la cavale de messire Valentin qui passe dans Ateca pour la plus grasse bête du chapitre. » Id. Dans les Vies des dames galantes de Brantôme, on voit une dame qui se fâche contre M. de Bussy, parce qu'il l'a appelée jument, mais qui s'apaise ensuite quand elle apprend que le mot dont il s'est servi est poultre, qui voulait dire une jeune cavale.

CAVITÉ, EXCAVATION. Espace en forme de voûte dans l'intérieur d'une chose.

Cavité, de cavus, cave, représente cet espace en lui-même, tel qu'il est; excavation, excavatio, du verbe excavare, creuser, percer, caver, désigne d'abord une action, puis ce qui en résulte, mais toujours relativement au fait ou à l'auteur de sa formation. La cavité est plus ou moins grande ; Vexcavation est l'effet de telle ou telle action ou l'effet de l'action de tel ou tel agent.

« Ce sont trois grottes en voûte l'une sur l'autre. On n'y peut monter que par une échelle, et il faut s'élancer ensuite dans ces cavités en se tenant à des branches d'arbres. » Volt. C'est une erreur de Descartes de croire « qu'il y a de grandes cavités sous toutes les montagnes qui reçoivent l'eau de la mer. » Id. « L'Islande entière ne doit être regardée que comme une vaste montagne parsemée de cavités profondes, cachant dans son sein des amas de minéraux. » Buff. « Les grandes cavités sont dans les montagnes. y> Id.

« Les hommes forment tous les jours de nouvelles cavernes en fouillant Jes mines et les carrières, et lorsqu'elles sont abandonnées, il n'est

pas fort aisé de reconnaître si ces excavations ont été produites par la nature ou faites de la main des hommes. » Buff. « Les volcans ont aussi formé des cavernes et des excavations souterraines qu'il est aisé de distinguer de celles qui ont été formées par les eaux. » Id. « Si les rois d'Egypte, au lieu d'avoir fait des pyramides, eussent fait la même dépense pour sonder la terre et y faire une profonde excavation, on aurait des connaissances qu'on n'a pas. » Id. « Les marmottes creusent la terre, et jettent au dehors, derrière elles, les déblais de leur excavation. •» Id.

CENTRE, MILIEU. C'est dans une chose un point ou un endroit situé à égale distance des extrémités.

Mais d'abord le centre suppose un certain nombre ou un grand nombre d'extrémités, et le milieu n'en suppose que deux. Le centre d'un cercle ou d'une sphère ; le milieu d'une ligne. Le soleil est placé au centre de notre univers; Josué l'arrêta, dit-on, au milieu de sa carrière. L'araignée se tient en embuscade au centre de sa toile où aboutissent toutes les lignes (Roll.) ; quand on est au milieu de la grotte de Pausilippe, on aperçoit à peine le jour aux deux extrémités (Staël). — Au figuré, de même. Le centre est un point de réunion où se rendent de toutes parts les personnes ou les choses : les Orientaux sont le centre des nations; telle ville est le centre des affaires du Levant; un 'égoïste se fait le centre de tout. Mais le milieu est ce qui se trouve également éloigné de deux excès contraires : la vertu est un milieu entre deux extrêmes, la libéralité un milieu entre la prodigalité et l'avarice ; on appelle aussi milieu un moyen de concilier, non pas tout le monde, mais deux personnes ou deux partis précisément.

En outre, centre, latin centrum, grec xsvtpov, tient de son origine savante un caractère incontestable de noblesse, et convient mieux pour l'abstrait; au contraire, milieu, formé de deux mots français, mi et lieu, lieu qui est à mi-chemin ou mitoyen, est commun et particulièrement propre pour le concret. Au centre d'une pomme se trouve la partie qu'on appelle le milieu de la pomme, celle qu'on ne mange point et qui contient les pépins. Il y a des émotions qui partent du centre de l'âme (Staël), et des chants d'oiseaux qui partent du milieu des buissons (Id.). Un général doit choisir habilement le centre de ses opérations, et avoir soin de fortifier le milieu de son armée. « Des saints se sont sanctifiés à la cour, c'est-àdire au milieu des plus dangereux écueils, et, si je l'ose dire, comme dans le centre de la corruption du monde. » Bourd. Dans le langage des sciences, centre ne signifie rien que d'abstrait : centre de gravité, d'oscillation, d'attraction, d'équilibre, de percussion. Mais, en termes de science, milieu est tout concret et sert à désigner des corps : La lumière se rompt différemment en traversant différents milieux ; l'air est le milieu dans lequel nous vivons.

CERCLE, SPHÈRE. Figurément ils signifient l'un et l'autre étendue, circonscription.

Au propre, le cercle est quelque chose d'étroit et qu'on emploie pour resserrer, un cerceau; la sphère, au contraire, est vaste, puisque c'est l'es-

SUPPLÉMENT

pace dans lequel les astronomes conçoivent qu'une planète accomplit son cours. De là la différence au figuré.

Le cercle est petit, la sphère grande. « L'histoire de Louis XIV me paraît un cercle trop étroit; je trouve que Frédéric élargit la sphère de mes idées. » Volt. « Nous voilà réduits à un bien petit cercle relativement à l'existence des choses ; mais que ce cercle forme encore une sphère immense pour la mesure de l'esprit d'un enfant ! » J. J. « Ce n'est point en resserrant la sphère de la nature et en la renfermant dans un cercle étroit qu'on pourra la connaître. » Buff. « Dans le cercle étroit que l'âme parcourt, son activité lui semble vaine ; un désir invincible la presse de s'élancer vers des régions élevées, vers des sphères plus libres. » Staël. « L'art d'écrire en prose embrasse toute la sphère philosophique des idées ; et, quand on condamne des hommes de lettres à tourner dans le cercle des madrigaux et des idylles, on leur donne aisément le vertige de la flatterie. » Id. Sans l'histoire, resserrés dans le cercle étroit de nos connaissances particulières, nous demeurons toujours dans une espèce d'enfance (Ru.) ; Voltaire cultivait les lettres et les sciences auprès de Mme du Châtelet, capable de les rassembler dans la sphère de ses travaux et de ses méditations (Lah.).

En parlant d'un homme, on ne dit pas, son cercle, mais le cercle de ses idées, le cercle dans lequel il est retenu, renfermé, resserré. « La plupart des hommes vieillissent dans un petit cercle d'idées qu'ils n'ont pas tirées de leur fonds. » Vauv. « Maintenez toujours vos enfants dans le cercle étroit des dogmes qui tiennent à la morale.» J. J. « Après avoir parcouru le cercle étroit de leur vain savoir. » Id. « Pourquoi nous resserrer dans le cercle étroit d'une petite société isolée ? » Volt. Mais on dit bien la sphère d'un homme ou d'une classe d'hommes, parce qu'on les considère comme des astres qui se meuvent dans des orbites plus ou moins grandes. « Tant que les hommes naîtront avec peu d'esprit et beaucoup d'envie d'en avoir, ils ne pourront jamais s'arrêter dans leur sphère. » Vauv. « M. le président de Lamoignon était d'un mérite supérieur, à le prendre même dans la sphère d'un homme de lettres. » D'Ol. « Cicéron assure que la sphère de l'orateur est aussi étendue que celle du poëte. » Marm.

CERCUEIL, BIÈRE. Espèce de caisse dans laquelle on met un corps mort.

Cercueil, anciennement sarcueil, est dérivé par les uns du latin arca, dont le sens est le même, et par les autres du grec eyâpcj, o-apxoç, chair, d'où se serait formé dans le latin du moyen âge sarcus, sarcueil, cercueil, c'est-à-dire proprement caisse à chair. Bière, au contraire, ne tire pas son origine d'une langue savante : il paraît venir de l'allemand bahre, civière, brancard, bière, en latin fe~ retrum.

De là résulte entre les deux termes une grande et incontestable différence.

Cercueil est plus noble que bière : il signifie quelque chose de plus distingué, quelque chose d'orné ou de précieux quant à la matière ; c'est d'ailleurs le seul mot qui convienne au discours

soutenu et qui se prenne au figuré. « On voyait le corps du jeune Hippias étendu, qu'on portait dans un cercueil orné de pourpre, d'or et d'argent. >» Fén. « C'est en vain que l'on enrichit de marbre et de bronze les cercueils des grands de la terre. »• Boss. « Alexandre fit embaumer le corps de Darius et orner son cercueil avec une magnificence royale. » Roll. « Phraate fit chercher parmi les morts le corps d'Antiochus, et le fit mettre dans un cercueil d'argent. » Id. « On prétend que la tête de don Carlos n'est séparée du corps, dans les tombes de l'Escurial, que parce que la caisse de plomb qui renferme le corps est trop petite.... Il était aisé de faire un cercueil plus long. » Volt.

Penses-tu que plus vieille en la maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil, Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil ?

(Consolation à M. du Perrier). Malh.

ce Sa fille passa du berceau au cercueil. » Volt.

Rhodes, des Ottomans ce redoutable écueil, De tous ses défenseurs devenu le cercueil. Rac. Des antiques héros la gloire est au cercueil. Chén. Molière admis à peine aux honneurs du cercueil. Id. As-tu bien pu penser, quand tu cesses de vivre, Qu'au cercueil Roméo pût tarder à te suivre ? Duc.

Bière est le mot commun : il exprime quelque chose de simple, de modeste, de vil même, et on s'en sert de préférence dans le langage ordinaire, en conversation, ckans les fables, dans la comédie et dans le style badin.

Au pied de cet autel de structure grossière, Gît sans pompe, enfermé dans une vile bière, Le plus savant mortel qui jamais ait écrit.

(Épituphe de M. Arnauld). Boil.

ce L'homme civil naît, vit et meurt dans l'esclavage : à sa naissance on le coud dans un maillot ; à sa mort on le cloue dans une bière. » J. J. c< Elle a fini par une économie, ou plutôt par une avarice qui lui fit marchander sa bière, la veille de sa mort. » Hén. ce Cette digne religieuse sentit de loin son heure approcher ; elle se condamna au silence; elle fit porter sa bière dans sa chambre. » Did.

Son fils, qui jette tout, à qui, dans sa misère, Manquera même un drap pour entrer dans sa bière.

Duc.

Un mort s'en allait tristement

S'emparer de son dernier gîte....

Notre défunt était en carrosse porté,

Bien et dûment empaqueté, Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière. Laf. La bière est un séjour par trop mélancolique. Mol. Le procès est gagné, la tante est dans la bière ; Orphise ma maîtresse est sa seule héritière. Dest.

Mais si quelque jour, moi, chétif,

J'allais passer le noir esquif,

Je n'aurais qu'une vile bière. Volt.

ce Considérez toutes ces ombres, dit le boiteux à l'écolier ; celles qui ont des mausolées sont confondues avec celles qui n'ont qu'une misérable bière pour tout monument.... Savez-vous bien quelle est cette ombre-là? C'est celle d'un vieux notaire, lequel a eu la vanité de se faire enterrer dans un cercueil de plomb ; ce qui a choqué tous les autres mânes de bourgeois dont les cadavres

ont été mis en terre ici plus modestement. »

CHAMPÊTRE, RUSTIQUE, AGRESTE. Qui est

des champs, qui appartient ou se rapporte aux champs ; les champs sont appelés en latin campi, rura et agri.

Champêtre et rustique d'abord se ressemblent beaucoup, mais sans cependant' équivaloir l'un à l'autre : autre chose est, par exemple, la vie champêtre, et autre chose la vie rustique.

Champêtre, latin campestris, vient de campus, la plaine, la partie des terres qui est cultivée et fertile par opposition aux montagnes et aux rochers qui ne le sont pas. Rustique, rusticus, a été formé de rus, qui signifie la campagne ou plutôt le village et les villageois par opposition à la ville. On dit proprement un lieu champêtre (Montesq., Mol.), et une maison rustique (Volt., J. J., Buff.). Champêtre est plus relatif à la campagne même et fait concevoir quelque chose de riant et d'agréable ; rustique regarde plutôt les gens de la campagne {rustici), les paysans, ce qu'ils sont et ce qu'ils font. Vous direz mieux un domaine champêtre, et une cabane ou un toit rustique ; des fleurs ou des oiseaux champêtres, et des meubles ou des outils rustiques ; des plaisirs champêtres (Laf.), et, des travaux rustiques (Boss., Volt.) ; les amusements (d'Ag.) , les agréments (Les.) de la vie champêtre, et les occupations (Boss., d'Ag.) ou les exercices (Marm.) de la vie rustique. Une promenade faite dans les champs est une promenade champêtre (J. J.); l'éducation qu'on reçoit au village est une éducation rustique (Roll.) : promenade rustique et éducation champêtre seraient des façons de parler vicieuses. Un asile champêtre (J. J.) se trouve au milieu des arbres et de la verdure ; il y avait à Rome des tribus rustiques et des tribus urbaines (J. J.). Dans l'antiquité, les divinités champêtres présidaient aux biens de la terre, et les divinités rustiques protégeaient les laboureurs et les bergers : « Quand la Renommée eut annoncé aux divinités rustiques et aux bergers de Cynthe le départ de Lycon, tous ces bois retentirent de plaintes amères...; les divinités mêmes les plus champêtres ne furent pas insensibles à cette perte ; les dryades sortaient des troncs creux des vieux chênes pour regretter Lycon. » Fén. A la rigueur, champêtre peut servir à qualifier une musique et une flûte, quand elles se font entendre dans les champs; mais est-il question du chant ou de la voix des habitants de la campagne, rustique est la seule épithète qui convienne : « Le roi veut voir vos bergers danser au son d'une flûte champêtre, y mêler leurs voix rustiques et chanter les louanges de celui qui leur aura rendu la joie et la sérénité. » Labr.

A peine est-il besoin d'ajouter que rustique, à la différence de champêtre, est applicable aux personnes, propre à en faire connaître l'air, les manières, l'humeur, le langage. « L'on voit des gens rustiques.... » Labr.

Agreste, latin agrestis, a pour racine ager, qui désigne la campagne par opposition aux maisons, aux lieux habités. De là vient qu'agreste emporte l'idée de quelque chose de sauvage, et qu'il y a

par conséquent entre agreste et champêtre une très-grande distance. « Agreste n'est pas synonyme de champêtre. Agreste emporte avec lui l'idée de sauvage ; champêtre, l'idée de la culture et des agréments qui l'accompagnent. » Littré. « Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées où l'homme n'a jamais résidé... ; ce sont des végétaux agrestes, des herbes dures, épineuses....» Buff. « Il ne vous en a coûté que de la négligence. Ce lieu est charmant, il est vrai, mais agreste et abandonné; je n'y vois point de travail humain. » J. J. « Les Russes mangent sans distinction et sans apprêt les productions les plus agrestes de la campagne. » Bern. « Des poires rêches et des fruits agrestes, tels que la nature les produit dans les montagnes pour l'àpre palais des sangliers. » Id. o Le second lieu agreste que j'ai vu était dans la Finlande russe : nous voyagions entre la Suède et la Russie, dans des pays si peu fréquentés, que les sapins avaient poussé dans le grand chemin. » Id. « Toute la campagne qui environne la petite ville d'Évandre est encore inculte et sauvage ; des troupeaux bêlent ou mugissent encore dans ces lieux agrestes.» Del. — Relativement à rustique, et en parlant des personnes, agreste garde son caractère distinctif. Le rustique manque de politesse, c'est un paysan, un lourdaud; Yagreste manque de civilisation ou de culture, c'est un homme des champs, il est brut et presque féroce. « On remarque toujours en Marius quelque chose d'agreste et de féroce. » Roll. « Un pasteur brusque et grossier établi sur un peuple encore plus agreste et plus féroce que lui-même. » Mass. Rustique se dit plutôt des particuliers et a plus de rapport aux manières ; ag<este convient surtout à l'égard des peuples ou quand il est question des mœurs, de la manière d'agir. Dans les Lois de Minos, Teucer parle de son projet « de civiliser Vagreste Cydonie. » Volt. « Un peuple regardé alors comme barbare, et qui, moins malheureux que les Français, était cependant beaucoup plus agreste. » Id. « Avec des mœurs plus agredes (que celles des Spartiates), les habitants des villes de la Laconie ont une valeur moins brillante. » Barth.

CHANSONS, SORNETTES, BALIVERNES, BILLEVESÉES , FARIBOLES. Mots dont on se sert familièrement, le plus souvent au pluriel, pour signifier des propos oiseux ou frivoles.

Les chansons n'ont rien de sérieux ; ce sont, en fait de discours, des bagatelles, quelque chose qui ne mérite pas plus attention que . si on chantait. <c En voilà trop sur des chansons, revenons à de choses plus sérieuses. » J. J.

Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons,

Et vous devez du cœur dévorer ces leçons. Mol. Dans le Tartufe, Dorine, ayant entendu parler du mariage de Tartufe avec Mariane, traite cela de pure bagatelle, de plaisante histoire, de chansons; mais le père de Mariane, Orgon, soutient qu'il ne raille pas, que ce n'est point un jeu.

Les sornettes, du vieux français sorne, le commencement de la nuit, latin sérum, ressemblent aux contes qu'on fait pendant les veillées : elles n'ont rien de sensé; ce n'est pas seulement, comme les chansons, quelque chose de peu digne

SUPPLEMENT

d'attention, c'est quelque chose d'extravagant. « Je vous envoie une fête (le Temple de la gloire, opéra), que j'ai voulu rendre raisonnable, décente, et à qui j'ai retranché exprès les fadeurs et les sornettes de l'opéra. » Volt.

Cherchez ailleurs vos dettes;

Et je n'ai pas le temps d'entendre vos sornettes:

Vous êtes un vieux fou. Regn.

Boileau n'estime sur le théâtre que les auteurs qui plaisent far la raison seule ; mais quant aux faux plaisants à équivoques grossières, il les envoie Amuser le Pont Neuf de leurs sornettes fades.

Les baHvernes, quelle que soit l'étymologie du mot, n'ont rien d'amusant; elles sont particulièrement ennuyeuses. Ce sont, dit Condillac, les propos d'un homme qui parle pour parler ; elles sont l'effet du désœuvrement, et ne peuvent intéresser personne. « Je serais ici il y a une heure, s'il n'y avait pas de fâcheux au monde.... C'est là le fléau des petites villes que ces grands nouvellistes qui cherchent partout où répandre les contes qu'ils ramassent. Celui-ci m'a montré d'abord deux feuilles de papier pleines d'un grand fatras de balivernes. » Mol. « Pendant qu'on est à la comédie italienne, moi qui n'aime point du tout ces pantalons étrangers, je me renferme dans ma chambre pour vous mander les balivernes de ce pays:ci. » Volt. « Pardonnez-moi. Comment peut-on écrire quatre pages sur ces balivernes ? Cela est honteux. » 1d.

Les billevesées, c'est-à-dire, suivant les étymologistes, les balles soufflées, n'ont rien de solide, sont creuses. Ce mot se dit spécialement là où on prétend être profond, en matière de doctrines, de métaphysique ou de théologie. Dans le Festin de Pierre, Sganarelle dit de son maître, don Juan : « C'est un chien, un démon, un Turc, un hérétique qui ne croit ni ciel, ni enfer, ni diable..., qui traite de billevesées tout ce que nous croyons. » Mol. « Il ne s'est point engagé dans les belles disputes scholastiques, que notre ami appelle de vénérables billevesées. » Volt. « 0 Platon et Descartes, Bayle a exercé toute la sagacité de si dialectique sur vos antiques billevesées. » !d. « Il s'élève des guerres intestines pour des billevesées incompréhensibles de pure métaphysique. »> Id. « Toutes les billevesées de la métaphysique ne valent pas un argument ad hominem. » Dm. Des billevesées théologiques, sorboniques (d'Al ).

Les fariboles, de même origine peut-être que fable, c'est-à-dire de fari, parler, n'ont rien de vrai ; c'est quelque chose de fabuleux, ce sont des menteries, et assez souvent des menteries amoureuses, des fleurettes. « Il s'est fait depuis peu une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans une bourde que je veux faire à notre ridicule (M. Jourdain).... 11 est homme à y jouer son rôle à merveille et à donner aisément dans toutes les fariboles qu'on s'avisera de lui dire. » Mol. « Je ne puis souffrir toutes ces fariboles ; ceux qui vous les ont contées sont des menteurs. » Les. « L'hôte, qui avait écouté tout ce discours comme un discours fait à plaisir, dit au chevalier : Laissons à part ces fariboles. » Id. Dans Amphitryon, Cléanthis reproche à Mercure, qu'elle prend pour

Sosie, de la quitter sans lui dire un seul mot de douceur. Mercure lui répond :

Diantre ! où veux-tu que mon esprit T'aille chercher des fariboles? Mol.

Ce sont là des billets qu'il faut négocier, Et non pas vos poulets, vos chiffons de papier, Où l'amour se distille en de fades paroles, Et qui ne sont partout pleins que de fariboles. Regn.

CHANTEUSE, CANTATRICE. Femme qui chante, qui forme avec la voix une suite de sons variés selon les règles de la musique.

Chanteuse, du verbe français chanter, ou qui tout au moins le rappelle, est un mot commun et qui n'exprime rien que d'ordinaire. Mais cantatrice, du verbe latin cantare, et copié exactement du substantif latin contatrix, de même signification, est un terme relevé et qui suppose quelque chose de distingué ou d'éminent dans la personne à laquelle on l'applique.

On dit une chanteuse des rues, d'atelier, de salon ; une chanteuse des chœurs ; une chanteuse de peu de mérite. « M. Poinsinet reparaît sur la scène à l'occasion de l'escroquerie dont l'accuse Mlle Duprat, chanteuse des chœurs de l'Opéra. » Bach. « Mlle Carton, chanteuse des chœurs et d'un talent fort médiocre. » Id. Mais on n'appelle cantatrice qu'une femme qui chante sur le théâtre et qui s'y montre habile dans son art. « Mme Favart a été longtemps l'héroïne des Italiens.... On a beaucoup applaudi au début de Mlle Piccinelli. C'est une cantatrice du premier ordre. » Bach.

Chanteuse sert aussi à marquer l'emploi indépendamment de la manière dont on le remplit, et cantatrice le talent indépendamment de l'emploi dans lequel on le développe. Telle femme à tel théâtre est première ou deuxième chanteuse, forte chanteuse ou chanteuse légère; telle femme excelle comme cantatrice à tel théâtre. « La comédie italienne vient de perdre Mlle Véronèse. C'était une très-grande actrice. On n'y voit plus en femme que des cantatrices, et l'on sera obligé de renoncer absolument aux pièces italiennes qu'elle soutenait par son jeu. » Bach.

Il est à remarquer, d'ailleurs, que cantatrice nous étant venu du latin par l'italien s'est dit d'abord uniquement et doit peut-être encore se dire spécialement d'une chanteuse italienne. «Ah! ah! cette cantatrice italienne? eh bien! qu'en dites-vous? — Ah ! monsieur, quelle voix! Nos chanteuses de France paraissent ensuite bien misérables. » Flor.

CHAPELAIN, AUMÔNIER. Ecclésiastique attaché à un grand à qui il dit la messe.

Le chapelain, voué au service de fa chapelle, est moindre que l'aumônier, chargé de la distribution des aumônes : ou le grand, auprès duquel réside le chapelain, n'est pas de ceux qui ont des aumônes à distribuer, n'est pas très-considérable, ou le chapelain ne remplit pas auprès de lui de fonctions importantes. Chapelain paraît même quelquefois signifier un ecclésiastique subalterne qui s'occupe des soins d'une chapelle les plus vulgaires. « Quand je suis à l'office de notre chœur, je vois la main d'un de nos chapelains qui promène un grand éteignoir qui éteint tous les cierges par derrière l'un après l'autre. » Fën.

Un personnage d'un rang élevé, mais non pas ] du plus haut rang, peut avoir un chapelain. « Lorsque le maréchal de Tallard, ambassadeur auprès du roi Guillaume, revint en France, il avait laissé à Londres un chapelain nommé Gaultier. » Cond. « Le général Widers, entendant un jour son chapelain lire cet endroit de la Bible, lui arracha le livre et lui dit.... » Volt. « Tous les gens de lettres connaissent la charmante description de l'île de Tinian, faite par le chapelain de l'amiral Anson. » Bern. Mais il n'y a que les souverains qui aient des aumôniers. « Saint Louis ne communiait que cinq fois l'année. On demanda à La Chaise où il avait pris cela : il fit voir un manuscrit d'un des aumôniers de ce roi. » Sév, « Le roi (François Ier) envoya secrètement un des aumôniers de sa mère pour négocier avec le duc de Bourbon. » Boss. — L'abbé Girard était chapelain de la duchesse de Berry ; un autre académicien, Jean de»Montigny, évêque de Léon, fut plusieurs années aumônier de la reine Marie-Thérèse.

En appelant aumôniers les ecclésiastiques attachés à certains corps et à certains établissements pour y remplir des fonctions analogues à celles des curés, on leur donne le titre le plus honorable et aussi le plus juste ; car ils sont plus particulièrement que les curés, leurs confrères, au service du souverain ou de l'Etat.

CHARGE, CARICATURE. Représentation grotesque et bouffonne.

Charge rappelle le verbe charger et exprime proprement un fait, l'action de représenter en chargeant, en amplifiant, en grossissant; mais caricature, sans verbe correspondant dans notre langue, marque par sa terminaison un résultat, comme écriture, gravure, ciselure, peinture, chaussure, armure, garniture, etc. Tel peintre excelle dans la charge ; tel portrait est une caricature. Quelle charge! c'est-à-dire comme cette personne exagère en parlant, en peignant ou en jouant sur la scène! Quelle caricature! c'est-à-dire quelle tournure! comme cela est plaisamment fait ! Dans une pièce de théâtre on trouve du comique de charge (Lab.), des rôles de charge (Id.); mais on juge que la pièce elle-même, prise comme objet d'art, est une caricature. «. Fabre d'Églantine n'a fait de son Intrigue épistolaire qu'une très-lourde caricature de tout ce que l'on connaissait.... Il n'a obtenu le rire que par des rôles de charge et des succès de tréteaux. » Lah.

En général, charge convient mieux en parlant de représentations théâtrales, parce que les représentations de cette sorte consistent tout en actions, et caricature est plutôt un terme de peinture et de sculpture, parce que ce qu'on considère surtout de ces deux arts, c'est ce qui en résulte, les œuvres qu'ils produisent.

Quant au degré, la charge reste évidemment audessous de la caricature; car la première ne fait qu'ajouter à l'original, au lieu que la seconde le contourne, le fait grimacer, le défigure. « C'est la caricature du style héroïque; mais c'était déjà quelque chose, après les mystères, que de ressembler à l'héroïque, même avec cette charge grossière ; et c'est à peu près tout ce que firent Jodelle et Garnier. » Lah. Ainsi la caricature est une

charge grossière; ou bien c'est une charge violente, maligne à outrance et sans ménagement, satirique et agressive, redoutable auxiliaire des partis politiques.

CHARITABLE, MISÉRICORDIEUX. Quoique Girard ait indiqué ces deux mots comme étant synonymes, ils le sont, à vrai dire, extrêmement peu. Tout ce qu'ils ont de commun se réduit à exprimer l'idée très-étendue d'une sensibilité active et gratuitement bienfaisante.

Charitable veut dire bon, humain : on est charitable pour tout le monde, et la charité consiste surtout à donner; une charité est une aumône. « Il faut être charitable envers tout le monde. » Acad. « Les hérétiques ont été charitables envers les pauvres. » Bourd. « Il n'y a d'homme charitable que celui qui sait donner. » Montesq. Miséricordieux ressemble fort à compatissant : on n'est miséricordieux qu'à l'égard des bommes qui sont dans la misère, dignes de pitié, et particulièrement à l'égard de ceux qui, étant coupables, nous touchent et nous disposent à la clémence; en sorte que la miséricorde consiste surtout à pardonner. « Le messie doit être un homme infiniment miséricordieux, dont le cœur s'attendrira à l'aspect des misères de notre nature. » Boss. « Dieu est miséricordieux envers les pécheurs. » Acad. « A l'égard *d'une infortunée au désespoir, à qui le remords seul arrachait l'aveu de sa faute, était-ce un crime d'être miséricordieux? » J. J.

CHAUD, BRULANT, ARDENT, BOUILLANT, FERVENT. En quoi il y a du feu ou une sorte de feu; qui éprouve ou produit les effets du feu ou des effets semblables.

Chaud, du latin calidus ou caldus, exprime à un degré, sinon toujours bas, au moins peu élevé, la qualité dont il est question. Il en est de même du mot chaleur : il désigne, comme on sait, un état ou une action qui en soi n'a rien que de modéré. « Dans les latitudes cliaudes et tempérées. » Bern.

Brûlant, qui brûle, paraît avoir été formé du latin perustus, brûlé, consumé, dévoré. 11 enchérit évidemment sur chaud : l'objet brûlant est tTes-chaud, en proie au feu, si chaud qu'rl est en état de brûler, de consumer ou d'endommager ce qui en approcherait, ou de causer une trèsvive douleur, quelquefois la mort à ceux qui s'y, exposeraient.

Prête-moi (ô soleil!) de tes feux l'éclat étincelant,

Que j'embrase leur Grèce avec ton char brûlant.

CORN

Quand le soleil brûlant dévorait les campagnes. Duc. a Que de fruits de la miséricorde le vent brûlant de l'orgueil flétrit tous les jours I » Mass. « Le comte dEnnery ne put résister aux funestes influences de ce climat brûlant. Sa perte fut une calamité publique. » Volt. « J'attribue à ces promenades brûlantes une maladie qu'éprouva Rousseau. » Bern.

Ardent, latin ardens, du verbe ardere, être tout en feu, signifie aussi très-chaud, excessivement chaud. « Dès que cette ardeur (de la terre incandescente) se fut attiédie, une chaleur bénigne et féconde succéda par degrés au feu dévorant qui

SUPPLÉMENT

s'opposait à toute production. » Buff. — Au figuré, clxaud et chaleur se prennent volontiers en bonne part et n'annoncent rien que de doux et de bienfaisant : un ami (J. J.. Corn., Mol), un protecteur (Mol.) chaud ; la chaleur du sentiment (âcA.n.),]ac/uïieurde l'enthousiasme (Cond.). Mais ardent et ardeur sont plus propres à marquer un excès et à qualifier quelque chose de nuisible: un ennemi (J.J.), un persécuteur (1d.), un satellite (Id.) ardent; V ardeur des passions (Acad.) ; rien de plus funeste pour le salut que Vardeur de vouloir être plus qu'on n'est (Bouru.).

Brûlant et ardent, les deux superlatifs de chaud, diffèrent aussi l'un de l'autre . Brûlant suppose quelque chose de passif ou a plus de rapport à l'état; ardent suppose quelque chose d'actif ou a plus de rapport à l'action. La chose brûlante brûle dans le sens neutre du verbe brûler, possède la chaleur à un degré remarquable : plat brûlant, avoir les mains brûlantes. La chose ardente est en action ou en mouvement, jette des rayons : lampe ardente, fournaise ardente, miroir ardent.

Le souffle impétueux

Fouette d'un sable ardent leur brûlante paupière.

Del.

Le soleil est brûlant, c'est une substance ignée ; dans la canicule le soleil est ardent, il darde ses rayons avec force. — De même au figuré. Dans une fièvre brûlante on éprouve une extrême chaleur, on en est consumé ou miné; dans une fièvre ardente on s'agite et on délire. Brûlant de combattre fait connaître la passion dont on est possédé ; ardent au combat montre à l'œuvre et fait voir la manière dont on agit. En disant un style brûlant et des pages brûlantes, vous qualifiez des choses dont vous indiquez, non pas l'action, car elles ne sont pas de nature à agir, mais la qualité ou l'état ; c'est tout le contraire quand vous dites un désir ardent, une poursuite ardente.

Bouillant a plus d'analogie avec ardent qu'avec aucun autre des mois qui précèdent : il implique comme lui l'idée d'activité. Mais d'abord, au propre, il ne se dit que des , liquides, au lieu qu'ardent ne se dit que des solides. « Outre ces épreuves à l'eau froide et à l'eau bouillante, il y en avait encore d'autres : c'était de porter à la main l'espace de neuf pas et sans se brûler une barre de fer ardent, de marcher sur des charbons allumés, etc. » Cond. — Au figuré, la différence est aussi simple que certaine : ardent suppose une activité intérieure, et bouillant une activité extérieure, visible, comme est celle d'un liquide qui bout sur le feu. Un homme ardent est vif, animé, passionné, véhément; un homme bouillant estviolentetemporté..4rdenteaffection (B ss.), courage bouillant (Acad.). Il y a d'ailleurs ceci de particulier à remarquer qu'avec le mot sang Vépithète de bouillant est la seule qui convienne, a Ah! si M. le chevalier avait une telle cause en main, avec ce beau sang bouillant qui fait la goutte et les héros, il la saurait bien soutenir. » Sév. « Cette force, cette vigueur, ce sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux, ne permet rien aux jeunes gens de rassis ni de modéré. »

SUPPL. synon. franc.

Fervent, latin fervens, de fervere, être chaud, ardent, brûlant, bouillir, fermenter, a pris dans notre langue une spécialité d'acception qui dispense d'en traiter longuement. 11 n'est usité qu'au figuré, et encore en termes de dévotion seulement; en sorte qu'on peut appliquer à fervent ce que Voltaire a dit de ferveur, sur ce premier vers du Cid :

Entre tous ces amants dont la jeune ferveur.... L'Académie réprouve le mot de ferveur qui n'est admis que dans le langage de la dévotion. Prière, dévotion fervente (Acad.) ; fervent dans la piété (Acad.); fervent à la prière (Boss.); une fervente carmélite (Maint.).

Vert-Vert n'est plus cet oiseau révérend, Ce cœur si pur, cet esprit si fervent. Gress.

Redouble (ô mon Dieu!) tes faveurs divines,

Visite mon cœur plus souvent,

Et pour le rendre plus fervent

Instruis-le dans tes disciplines. Corn.

CHEF, PRINCE, CORYPHÉE. Celui qui est à la tête ou au premier rang dans son genre.

Chef, formé du latin caput, tête, est le mot commun. Prince et coryphée sont des termes de choix auxquels on a très-rarement occasion de recourir.

Prince, du latin princeps, le premier, chef d'État, se dit toujours en bonne part et dans le grand pour désigner un homme qui prime ou excelle par son mérite dans un genre relevé, en doctrine, en éloquence, en philosophie ou en poésie. Saint Pierre, le prince des apôtres (Bourd.); saint Augustin ou saint Thomas, le prince des théologiens (Pasc., Boss.); Cicéron, le prince de l'éloquence (J. J.) ou des orateurs (Bebn.); Socrate, Platon, Aristote ou Descartes, le prince des philosophes (Pasc, Fén., P. R., Cond , Roll.) ; Virgile, le prince des poètes latins (Les., Bern., Del.). « Lessing a eu le courage de critiquer un grand écrivain français, et de plaisanter avec esprit le prince des moqueurs, Voltaire lui-même. « Staël.

Coryphée, grecxopvapaïoç, de xooucpr), tête, sommet, a signifié spécialement chez les Grecs le chef du chœur dans les tragédies. De nos jours, on nomme encore de ce nom celui ou celle qui est à la tête d'un chœur ou d'une sorte de chœur. « Mlle Lemière et Larrivée, ces deux coryphées de la scène lyrique, sont enfin unis par des liens indissolubles. Ce grand événement a fait une sensation générale parmi les amateurs de l'opéra. » Bach. « Bonaparte se faisait dire sa volonté sur divers tons, tantôt par la voix sage du sénat, tantôt par les cris commandés des tribuns, tantôt par le scrutin silencieux du corps législatif; et ce chœur à trois parties était censé l'organe de la nation, quoiqu'un même maître en fût le coryphée. » Staël. Au figuré, coryphée s'applique d'abord à ceux qui se distinguent en musique. « Le rossignol, ce corypliée du printemps.... » Buff. a Grétry était fait pour opérer une révolution dans la musique du théâtre italien, dont les coryphées ne paraissent que des gens médiocres auprès de cet auteur. » Bach. Mais ensuite n'ayant plus égard à la signification primitive de coryphée ni à la noblesse de son

origine, on s'en sert le plus souvent comme d'un mot usé et avili, on l'emploie par plaisanterie ou en le prenant en mauvaise part. « Il n'est pas besoin d'en dire davantage au coryphée des cavaliers galants. » Les. « J'aimais l'honneur, et je pensais avec plaisir que je passerais pour le coryphée des domestiques. » Id. a Je vous avouerai franchement que je suis le coryphée des joueurs d'échecs de Bordeaux. » Id. « Il s'est formé à Paris uûe nouvelle secte appelée les Économistes.... M. Quesnay est le coryphée de la hande. » Bach- « Les plaidoyers de Lemaître et de Patru, les deux coryphées du barreau, sont imprégnés de cette rouille de pédantisme et de faux esprit. » Lah. oc C'est cette doctrine insensée et perverse qui gardera à jamais le nom de philosophie du dix-huitième siècle, et qu'un de ses coryphées, Rousseau, a poussée jusqu'à condamner formellement la société en elle-même. » Id. Voltaire, qui n'aimait point Pascal, l'appelle quelque part le coryphée des jansénistes.

CHER, PRÉCIEUX. Une chose nous est chère ou précieuse qui n'est pour nous rien moins qu'indifférente, qui nous touche ou nous intéresse beaucoup.

Mais c'est par le cœur que nous tenons à ce qui nous est cher:

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !

Volt.

Que si nous tenons à la chose qui nous est précieuse, c'est par estime, c'est à cause de sa valeur ou de son utilité. « Voilà les motifs qui doivent rendre à tout homme sage le temps précieux et estimable. » Mass. On conserve chèrement un objet chéri, ce qu'on aime ; on conserve précieusement un objet de prix, un trésor. Voltaire écrit à Vauvenargues : a Votre société m'est aussi chère que votre goût m'est précieux. » Il dit dans une autre lettre, en parlant d'une visite qu'il a reçue d'un prince : « Je suis toujours dans cet hermitage si précieux pour moi, puisqu'il a été habité par un prince dont le souvenir m'est si cher. » Dans l'éloge de Sacy fait par d'Alembert devant l'Académie française on lit : « Les qualités de son âme et la dignité de sa conduite ont rendu son souvenir cher à cette compagnie et son exemple précieux aux gens de lettres. »

Quelquefois les deux mots se mettent l'un après l'autre avec leurs nuances respectives, mais sans que l'un enchérisse sur l'autre, comme on pourrait se l'imaginer. Qu'on affectionne beaucoup une chose et qu'on en fasse grand cas, on dira qu'elle est chère et précieuse : « Non, grand Dieu ! vous n'exercerez pas votre vengeance sur cette église que le sang de tant de martyrs vous rendra toujours chère et précieuse. » Mass. Et si une chose est d'un grand prix ou très-prisée, et que par conséquent on y soit attaché, il faudra dire qu'elle est précieuse et chère :

Un diamant trouvé dans un désert Est-il moins beau, moins précieux, moins cher ?

Volt.

CHERCHER, QUERIR. Ils sont synonymes quand on les emploie de la seule manière qui convienne à quérir, savoir, à l'infinitif et à la

suite des verbes aller, venir ou envoyer ; auquel cas tous deux signifient, prendre et amener, ou prendre et apporter. Envoyer chercher ou quérir le médecin; allez chercher ou quérir une lettre.

La différence entre l'un et l'autre a été trèsbien saisie par Condillac qui l'énonce en ces termes : « On va chercher une chose ou une personne quand on ne sait où elle est; on la va quérir quand on sait où la trouver. » Chercher garde ici comme partout son idée essentielle, qui est celle de démarches et d'efforts pour arriver à découvrir; au lieu que quérir ne rappelle aujourd'hui à nos esprits aucune idée semblable, quoiqu'il dérive du latin quaerere, qui veut dire chercher. « Feignant que la précipitation et le tumulte lui ont fait oublier ses armes, l'homme timide court les quérir dans sa tente, où il cache son épée sous le chevet de son lit, et emploie beaucoup de temps à la chercher. » Labr.

Quérir, ayant un caractère distinctif assez considérable, mériterait dêtre conservé. Mais le fait est qu'on ne le dit plus guère. Voltaire affirme même absolument, dans ses Commentaires sur Corneille, qu'on ne le dit plus, ce qui ne l'empêche pas de s'en servir lui-même dans une de ses lettres. On continue à l'employer quelquefois et on devrait l'employer encore plus souvent dans le discours familier, parmi le peuple, en parlant de choses ou de personnes communes qu'on va prendre dans un lieu certain. Il en est des mots usés comme de la défroque des gens riches, laquelle, avant d'être totalement rejetée, sert encore quelque temps aux domestiques ou aux pauvres.

Allez au cabinet me quérir un mouchoir. Corn.

Va quérir un peu d'eau ; mais il faut te hâter. Id. « Qu'y avait- il de plus ordinaire que la rencontre d'un homme qui venait de quérir de l'eau à quelque fontaine hors de la ville? » B-iss. a Croiriezvous bien que je n'aurais jamais eu le courage d'aller au grenier quérir du foin, si la cuisinière n'y fût pas venue avec moi ? » Dest. « Envoyezmoi toujours ce soir vos lettres par Lefèvre qui viendra les quérir. » Volt. « il avait ce livre, il l'alla quérir, et le mit optre les mains de son ami. » Arn. « Fort bien, mon gaillard, me ditelle ; allez donc quérir vos hardes afin de revenir dîner. » Mariv. « Almanzor, dites aux gens de M. le marquis qu'ils aillent quérir des violons. » Mol. « Je suis de retour dans un moment.... Si l'on m'apporte de l'argent, que l'on me vienne quérir vile chez le seigneur Géronimo. » (Sganarelle, au commencement du Mariage forcé). Ld.

CHÈREMENT, TENDREMENT. Aimer chèrement, aimer tendrement, c'est-à-dire beaucoup.

On aime chèrement ce qu'on chérit, ce qu'on

aime par réflexion, par estime, en considération

j des qualités qu'on y trouve; mais on aime ten-

| drement ce qu'on aime avec tendresse, par incli-

I nation, spontanément, d'instinct.

On aime chèrement un ami, un bienfaiteur, la

vertu. « Le prince de Montpensier adressant la

parole au comte d'un ton qui faisait voir qu'il

avait encore de l'amitié pour lui : Que vois-je? lui

! dit-il. Est-il possible qu'un homme que j'ai aimé

I si chèrement choisisse ma femme entre toutes les

SUPPLÉMENT

autres femmes pour la séduire? » Delaf. « Tout ce pays a bien sujet d'être dans l'affliction ; nous allons perdre notre seigneur, que nous aimons chèrement, et de qui nos familles reçoivent mille biens tous les jours. » Les. « Julie n'aima si chèrement la vertu, même que comme la plus douce des voluptés. » J. J. — Mais ce sont ses enfants, c'est son époux ou sa femme, c'est un amant ou une maîtresse qu'on aime tendrement. « La reine sa mère ne l'aimait pas plus tendrement que faisait Anne d'Espagne. » Boss. « Vous ne savez pas ce que c'est qu'un mari qu'on aime tendrement. » Mol. « Je suis une princesse de la cour d'Ortus. J'étais tendrement aimée d'Arimin. Il me devait

ras, l'auteur ne songe qu'à tout embrouiller de questions inutiles à cette matière.... On voudrait, pour incidenter toujours, voir ce que nous dirons. » Boss.

D'ailleurs, chicaner se prend en plus mauvaise part, ou plus essentiellement en mauvaise part. En effet, c'est alléguer des raisons frivoles, des vétilles; au lieu que incidenter, c'est proprement relever quelque chose d'accessoire , quelque chose de peu important, il est vrai, mais non pas de futile ou de mal fondé. « Antoine ayant (par ce sénatus-consulte) l'essentiel de ce qu'il désirait n'incidenta par sur une clause par laquelle il savait bien qu'il ne serait pas gêné. » Roll. « On

épouser, lorsqu'une imprudente curiosité nous ; pourrait incidenter sur une main qui se fait par-

porta, mon amant et moi, a vérifier ce qu on disait d'une fontaine si merveilleuse. » Les.

Mme de Sévigné écrit à M. de Grignan, son gendre : « Il faut m'aimer, mon cher comte, et vous assurer que vous n'êtes aimé en nul lieu du monde si chèrement qu'ici. » Mais quand elle écrit à sa fille et lui parle de ses sentiments pour elle, elle emploie tendrement de préférence : « Vous connaissez tous mes sentiments sur votre sujet et combien la vie me paraît triste sans voir une personne que j'aime si tendrement. »

Chèrement annonçant une affection réglée par la raison et calme , au lieu que tendrement suppose de l'entraînement et de l'abandon, une plus grande effusion de cœur, il s'ensuit que tendrement l'emporte en force et renchérit sur son synonyme, a Après cette grondeiïe toute maternelle, laissez-moi vous embrasser chèrement et tendrement, persuadée que vous n'êtes point fâchée. » Sév.

CHICANER, INCIDENTER. Elever de mauvaises difficultés.

Chicaner, c'est user de chicane. La chicane, de l'italien cica, minutie, bagatelle, d'où viennent aussi l'espagnol chico, petit, et le français chiche, qui dépense peu, signifie une difficulté par laquelle on veut réduire à peu, diminuer. Celui donc qui chicane cherche à rabattre. C'est ce que fait un Critique chicaneur : il déprise, il ôte aux personnes ou aux choses une partie de leur mérite. « Quelques-uns prétendaient chicaner sur la victoire de César, et soutenaient qu'elle n'était pas aussi complète que l'on pouvait se l'imaginer. » Roll. « Il me dit que, puisque j'avais les profits de sa chancellerie, il était juste que j'en fisse les frais. Je ne voulus pas chicaner sur cet article. » J. J. « Notre présent (don gratuit de la Bretagne au roi) est déjà fait : on a demandé trois millions; nous avons offert sans chicaner deux millions cinq cent mille livres, et voilà qui est fait. » Sév.

Incidenter, faire naître un incident ou des incidents dans un procès, indique des difficultés élevées afin de se tirer d'affaire, des échappatoires. Celui donc qui incidente le fait pour éluder ou pour sortir d'embarras. « Les tribuns incidentent, cherchent des faux-fuyants, et tâchent d'éluder la force du serment. » Roll. « On s'aperçut que la cour de Vienne incidentail sur des détails de peu de conséquence, et qu'elle cherchait à éluder l'acceptation du traité. » Marm. « Pour empêcher qu'on ne voie tous ces nouveaux embar-

tie (dans la tragédie d'Héraclius) ; mais c'est ici que la critique des mots doit se taire devant la noblesse des choses. » Volt. Il est donc quelquefois permis d'incidenter , mais de chicaner, jamais.

CHOQUER, BLESSER, OFFENSER. Pris au figuré, ces verbes sont synonymes quand ils signifient produire sur la vue ou sur l'ouïe une impression désagréable, ou bien affecter l'esprit d'une manière fâcheuse en contrariant ses goûts, ses préventions, ses sentiments, ou bien porter atteinte à certaines choses morales, telles que la religion et la bienséance.

Choquer, c'est heurter contre ce qui est établi, accoutumé, en usage, l'ébranler, tendre à le renverser. Blesser n'a point pour accessoire d'exprimer qu'on s'attaque à une chose reçue, ordinaire, qui a cours, et qu'on la brusque, qu'on la rudoie; mais il désigne une impression ou une atteinte beaucoup plus forte, laquelle endommage ou laisse une lésion. Offenser, d'offendere, donner, toucher contre une chose qui est devant soi et qu'on rencontre , n'a pas l'accessoire de choquer et marque une impression ou une atteinte plus faible que blesser. « Un musicien sera vivement choqué d'une dissonance ; une voix fausse, un son aigre l'offensera, le blessera. » Buff.

Mon visage l'offense, et ma gloire le blesse. Corn.

La vue ou l'ouïe est choquée par un assortiment de couleurs ou par un son inaccoutumé formant avec ce qu'on voit et ce qu'on entend d'ordinaire un contraste qui désoriente, surprend et déplaît. Il faut qu'une chose agisse vivement, fasse une forte impression sur la vue ou sur l'ouïe pour blesser lune ou l'autre; il faut, par exemple, une couleur trop vive ou trop éclatante, un son trop aigre ou trop aigu. Il y a des vues et des oreilles délicates qu'une lumière peu éclatante ou une dissonance légère peut offenser.

Ce qui est difforme ou grotesque choque la vue; il faut pour blesser la vue quelque chose dont l'aspect fasse une impression tr's-pénible; Yoffenser, c'est la blesser un peu. Ce qu'il y a d'étrange, de peu mesuré, dans le langage d'un homme, choque l'oreille; tout ce qui fait beaucoup de peine à entendre, comme des paroles obscènes, la blesse; il suffit d'un mot mal prononcé, d'une parole un peu libre pour offenser une oreille délicate.

On choque un homme en contrariant sa ma-

nière de penser, ses préjugés, ses habitudes, ses mœurs, et cela dénote peu de ménagement, le peu de soin qu'on prend de s'accommoder aux vues et aux volontés des autres. On blesse les personnes dans ce qu'elles ont de plus cher : on dit blesser au vif, blesser au cœur; et, s'il y a défaut de ménagement, rudesse à choquer, il y a souvent malice et cruauté à blesser. On offense les personnes surtout en ne leur marquant pas toute la considération dont elles se croient dignes, en leur manquant de respect.

Nous sommes choqués de tout ce qui nous paraît paradoxal, inusité, excessif; nous sommes blessés par tout ce qui nous cause du chagrin ou de la douleur, par tout ce qui froisse nos affections; nous sommes offensés par tout ce qui paraît attaquer notre mérite, notre honneur ou nos droits.

La chose choquante est bizarre, singulière, surprenante, ridicule ; la chose blessante est poignante, très-sensible, amère, mortifiante; la chose offensante est injurieuse.

On se choque de ce qu'on trouve étrange ; on se blesse de ce qu'on prend à cœur, de ce dont on se chagrine; on s'offense de ce qu'on regarde comme un outrage. Se choquer de tout est le propre d'un esprit étroit et peu flexible qui ne peut concevoir qu'on pense ou fasse autre chose que ce qu'il pense ou -ait. Se blesser de tout et s'offenser de tout sont la marque , l'un d'une trop grande sensibilité, l'autre d'une trop grande susceptibilité.

En parlant des choses morales auxquelles on porte atteinte, choquer se dit du bon sens, de la vérité, de la bienséance, des usages, de toutes les choses en un mot qui sont établies, reçues, et qui peuvent être heurtées, attaquées, ébranlées ; blesser convient en parlant de l'honnêteté, de la pudeur, de la conscience, du cœur, de tout ce qui peut recevoir une vive atteinte ou être violé; offenser est préférable à l'égard de ce qui peut être l'obi et d'une injustice ou d'une injure. «Desprêaux interdit à la comédie les plaisanteries qui choquent le bon sens, ou qui blessent l'honnêteté. » Marm. « Vous me déplaisez en me parlant comme vous le faites de vos aimables lettres.... Où pêchez-vous cette fausse et offensante humilité ? Elle blesse mon cœur, elle offense la justi e . elle choque la vérité. » Sév.

Choquer la religion, c'est faire ou dire quelque chose qui soit contraire à ce qui est établi par la religion, aux croyances, aux cérémonies, aux pratiques religieuses; la blesser, c'est en transgresser ouvertement les préceptes en faisant quelque action qu'elle réprouve; Voffenser, c'est se rendre coupable envers elle d'irrévérence.

Vous montrez-vous dans une réunion vêtu d'une manière grotesque ou tout à fait surannée, vous choquez la bienséance. Qu'une femme déclare son amour à celui qui en est l'objet, elle blesse la bienséance. C'est offenser la bienséance que de mettre peu de retenue dans ses paroles au milieu d'un cercle composé de personnes chatouilleuses ou qui sont encore dans l'âge de l'innocence.

CIEL, CIEUX. En latin cœlum, cœli, du grec

xoTXoç, creux, concave. C'est la partie du monde qui s'étend au-dessus de nos têtes en forme de voûte et à laquelle les astres semblent être attachés.

Le singulier marque l'unité, et le pluriel la multiplicité. On se sert du mot ciel comme d'une expression collective ou synthétique quand on veut donner une idée du tout, de l'ensemble, sans avoir aucun égard à l'étendue de la chose et à ses parties. Lever les yeux ou les mains au ciel; tout ce qui est sous le ciel; le ciel devient sombre.

Son front touchait le ciel, ses pieds foulaient la terre.

Del.

Mais on emploie le pluriel deux toutes les fois qu'il s'agit de développer devant les yeux de l'esprit les vastes espaces du ciel ou d'en parler d'une manière analytique, distributive ou détaillée. « Les dieux d'Homère franchissent l'espace des deux en trois pas, et arrivent au quatrième. » J. J. a On dit qu'un prophète, en une minute, parcourut sept régions différentes des deux. » Staël. — « 11 tourne par hasard les yeux vers le ciel.... ; il considère, avec je ne sais quel frémissement, la marche lente et majestueuse de cette multitude de globes qui sans cesse lancent à travers les espaces des deux une lumière pure et inaltérable. » J. J.

Ciel, emportant l'idé d'unité, se prend souvent d'une manière abstraite et pour personnifier la puissance céleste, Dieu, la Providence, deux, au contraire et par la raison contraire, est impropre ou bien moins propre à cet usage : il ne convient guère que pour le concret, pour désigner quelque chose qui est dans l'espace eu relatif à l'espace. La philosophie est un présent du ciel: elle nous a été donnée pour porter nos esprits à la connaissance d'un Dieu par la contemplation des deux (Mol.). « Ici nous sentons toujours la protection du ciel.... Connaissez-vous cette terre que les rayons des deux fécondent avec amour ? » Staël.

Peignez de ces beaux lieux les oiseaux et les fleurs, Où le ciel prodigua le luxe des couleurs.... Montrez- nous l'Orénoque et l'immense Amazone..., Qui semblent, à leur poias, à leur bruyant tonnerre. Plutôt tomber des deux que rouler sur la terre.

Del.

Toutefois, quand le ciel en adoucit les traits, Les rigueurs de l'hiver se changent en bienfaits : Il raffermit les nerfs; son souffle salutaire Va balayer les deux et purger l'atmosphère. Id.

Enfin, ciel est précis, eteieux vague. C'est pourquoi celui-ci esj, préféré et doit l'être dans le style soutenu auquel conviennent moins les abstractions et la clarté que le grandiose, les images et les expressions indéterminées. « Les deux s'ouvrent sur la tête de J. C, et annoncent eux-mêmes aux hommes sa gloire et sa magnificence. » Mass.

Descends du haut des vieux, auguste vérité! Volt. Les deux instruisent la terre A révérer leur auteur. J. B. Rousseau.

CLASSE, ORDRE; — GENRE, ESPÈCE; — SORTE. Ces mots signifient tous un assemblage, une collection ou une réunion d'individus qui se ressemblent sous certains rapports, ou, en d'autres

SUPPLÉMENT

termes, des divisions entre les choses en raison de leurs similitudes et de leurs différences. Des êtres sont de la même classe , du même ordre, du même genre, de la même espèce ou de la même sorte, quand il y a entre eux certains caractères communs.

Classe et ordre ont cela de bien particulier relativement aUx deux mots suivants, qu'ils expriment des divisions artificielles, faites par les hommes dans certaines vues et daprès des points de ressemblance pris arbitrairement. C'est pourquoi on dit bien classer et ordonner, pour, former des classes et ranger en ordres, tandis qu'on ne peut pas dire dans le même sens généraliser et spécifier, genre et espèce marquant des divisions constantes établies par la nature même. C'est pourquoi, d'un autre côté, on dit bien que la nature veille à la conservation des genres ou des espèces, mais non pas à celle des classes ou des ordres. Il peut y avoir dans une société d'hommes diverses classes ou divers ordres sans qu'il y ait pour cela plusieurs genres ou plusieurs espèces d'hommes. Dans les locutions générales, talent de premier ordre, artiste de première classe, substituez genre ou espèce à ordre ou à classe, elles n'auront plus de sens; et, d'autre part, ordre humain ou clas.se humaine à la place de genre humain, d'espèce humaine, seraient des barbarismes. Un homme est de Yordre ou de la classe des savants, mais non du genre ou de l'espèce des savants.

Quant à sorte, de sorte, ablatif de sors, sort, hasard, il est vague et indéterminé; il n'indique pas comme ses synonymes, de classification expressément faite par l'homme ou par la nature, et il s'emploie surtout avec les mots qui marquent multiplicité sans distinction : bien des sorte?, toutes sortes, différentes sortes d'oiseaux, de livres, etc. « Il n'y a sorte de volupté qu'ils n'essaient. » Labr. Il y a bien des sortes d'oiseaux signifie qu'il y en a d'un grand nombre de couleurs, de formes, de grosseurs, etc. ; il y en a bien des genres ou des espèces suppose qu'on pourrait au besoin les compter et montrer en quoi consistent leurs différences. « On compte douze espèces de fauvettes dans nos climats, qui ont chacune leur département; nos diverses sortes d'alouettes sont aussi réparties à différents sites. » Bern. On est moins précis quand on dit que des objets sont de la même sorte que quand on dit qu'ils sont du même genre ou de la même espèce; et si la nature, qui conserve les genres et les espèces, ne conserve pas les sortes, non plus que les classes et les ordres, c'est que les sortes sont des assemblages indéfinis, fondés sur des accidents, sans caractères fixes. Aussi le mot sorte, à la différence de tous les précédents, est-il exclu de la science et renvoyé au langage commun et presque familier où on en fait un continuel usage.

Classe, ordre. Divisions artificielles, établies par les hommes.

Classe, de xXvjtiç, action d'appeler, de nommer, de convoquer, de rassembler, est le mot propre pour exprimer tous les rassemblements d'objets sous des dénominations communes que font les hommes pour des motifs particuliers, afin, par exemple, de soulager la mémoire. Il se dit très-

bien en matière de science. Ordre a une signification bien plus restreinte et ne se dit que de certaines divisions introduites dans un État ou une corporation. C'est en ce sens seulement que sa synonymie avec classe devient étroite.

Ordre vient du latin ordo formé du grec ôp66ç droit, en droite ligne. Du même mot latin a été fait celui d'ordinal qui se trouve dans l'expression nombre ordinal : le nombre ordinal, c'est 1er, 2e, 3e, etc. Un État divisé en ordres est en quelque sorte aligné, c'est-à-dire réglé suivant une hiérarchie; chaque ordre est subordonné à un autre, et à son tour il a le pas sur un ordre inférieur ; chaque ordre a des prérogatives, des privilèges bien déterminément fixés par des règlements invariables. La classe d'abord n'emporte pas l'idée d'hiérarchie; elle est ensuite plus flexible et ne suppose pas de distinctions aussi nettement et aussi fortement tranchées. La république romaine était composée de deux ordres, le sénat et le peuple (Roll.) ; Numa partagea le peuple par métiers, comme d'orfèvres, de charpentiers et d'autres pareils artisans, les rangeant, selon les professions, en diverses classes (Id.). Les Athéniens avaient été partagés par Thésée en trois ordres, dans l'un desquels chacun naissait et restait, l'ordre des nobles, celui des laboureurs et celui des artisans; mais Solon les divisa en quatre classes suivant les biens de chacun, et, comme la mesure des revenus seule en décidait, quand les revenus augmentaient on pouvait passer dans une classe supérieure (Roll.). Autrefois en France les états étaient composés de trois ordres, les nobles, le clergé, le tiers état, et non pas de trois classes. Aujourd'hui notre société est divisée en classes élevée, moyenne, pauvre, laborieuse, etc.; mais ces locutions n'expriment pas de divisions rigoureuses, des corps particuliers et bien délimités dans le grand corps de l'État : tous les citoyens étant considérés comme également honorables, il n'y a pas de subordination de l'une de ces classes aux autres. « Le nom de communes que le tiers avait pris, et le nom de classes qu'il donnait aux deux premiers ordres, annonçait qu'il ne voulait plus entre eux et lui de distinction de grades. » M arm. Savoir intéresser par le charme de son style toutes les classes de lecteurs (Duc). Il y abien encore dans les diverses branches de notre administration des employés de l,e, de 2e et de 3e classe; mais là encore il n'y a pas hiérarchie : dans un régiment un capitaine de lre classe n'est distingué en rien de celui de 2e ou de 3e, si ce n'est que sa paye est plus forte; il en est de même dans l'Université du professeur de lre classe par rapport à ceux de 2e ou de 3e. D'ailleurs, quand même une classe aurait de grands avantages sur une autre, c'est parle talent, la capacité, le mérite personnel qu'on y arrive , au lieu qu'on naît d'ordinaire dans un ordre.

Dans une acception plus étendue, ordre a par lui-même quelque chose de noble et d'élevé qui tient sans doute à ce qu'il a exprimé d'abord les prérogatives, les distinctions honorifiques des anciennes castes : esprit du premier ordre, homme de la dernière classe. On ne dit pas un fripon ou un menteur du premier ordre, mais de la prc-

mière classe; on ne dit pas faire rentier un roi dans l'ordre, mais dans la classe des simples citoyens. Les ordres de chevalerie; les classes d'un collège.

Genre, espèce. Divisions naturelles.

Genre, de génère, ablatif de genus, naissance, origine, en grec ysvoç, qui signifie la même chose et vient de yîvsa6ai, naître, devenir, se dit des êtres qui ont une naissance commune, qui se ressemblent par leur nature même, leur essence, et sont, de la même race, de la même famille ; c'est pourquoi on dit engendrer, pour propager sa race. Espèce, de species, aspect, apparence, extérieur, est le nom donné aux subdivisions du genre, qui doivent se distinguer entre elles par des signes spécifiques, caractéristiques, visibles, frappants. C'est conformément à cette étymologie qu'espèce veut dire quelquefois qualité, et genre jamais, des poires d'une belle espèce, et qu'on dit mieux la nature veille à la conservation des espèces que des genres, considérant plutôt alors les êtres par ! rapport à leurs qualités que par rapport à leur i essence qui semble impérissable d'elle-même. On ' dit d'un arbre, il en faut conserver l'espèce et non le genre.

a Parmi les universaux, ce qui est essentiel et plus'commun s'appelle genre ; ce qui est essentiel et plus particulier s'appelle espèce. » Bjss. Sous le genre animal il y a deux espèces comprises, celle de l'homme et celle de la bête. Deux affaires peuvent être du même genre sans être de la même espèce : ces deux affaires ne sont pas de la même espèce dit donc plus que, ces deux affaires ne sont pas du même genre. De même, il est unique en son espèce dit plus que, il est unique en son genre.

L'espèce considérée par rapport à des espèces inférieures devient genre : ainsi l'espèce bête est genre par rapport au lion et au chien. Réciproquement le genre devient esvèce quand on le considère par rapport à un genre supérieur. Or, il faut se servir du mot genre, non-seulement quand on considère une classe naturelle par rapport à ses espèces, mais aussi quand on la considère absolument : le genre humain. Au contraire, il faut se servir d'espèce non-seulement quand on considère une classe naturelle par rapport à son genre, mais encore quand ou la considère par rapport aux autres espèces du même genre : après avoir créé les animaux, Dieu créa l'espèce humaine. La découverte de la vaccine est un bienfait pour l'espèce humaine fait entendre que ce bienfait ne s'étend pas aux autres animaux ; genre humain n'exprimerait point cet accessoire.

COCHON, PORC, POURCEAU. Animal domestique qui a le pied fourchu, qui ne rumine pas, et qui est déclaré immonde dans la loi de Moïse.

Cochon est le nom de l'espèce, le mot dont on sert en histoire naturelle et dans l'économie rurale, quand ou veut donner une idée de la famille à laquelle appartient cet animal, de ses caractères , de ses mœurs , de sa manière de vivre bu de multiplier. Buffon traite dans un même article du cochon, du cochon de Siam et du sanglier. « Les compagnons d'Ulysse aimèrent

mieux rester cochons que de redevenir hommes. » Volt. L'un d'eux dit à Ulysse, qui l'invite à revenir à son premier état : « Le métier de cochor est. bien plus joli. » Fén. « En Dauphiné tous les codions sont noirs. » Buff. « Les Cachemiriens n'ont point ces petits yeux de cochon qu'on trouve chez leurs voisins. »Id. « Les cochons aiment à se vautrer dans la fange; un groin de cochon, etc. » Acad.

Porc et pourceau ont rapport à l'usage que nous faisons de cet animal. Le porc est le cochon, lorsqu'il a acquis le développement qui le rend propre à servir ou même lorsqu'il sert actuellement à la nourriture de l'homme. Le pourceau est un petit porc, qu'on élève, qu'on fait paître, qu'on engraisse, afin qu'un jour il devienne porc, c'està-dire tel qu'on veut qu'il soit pour le mange i. Voy. Porc, pourceau.

COFFRER, CLAQUEMURER. Mots familiers qu:

signifient l'un et l'autre emprisonner.

Coffrer, mettre dans un coffre, est plus relatif à l'action, au fait de saisir quelqu'un pour le mené: en prison. Claquemurer, appliquer ou flanquer entre des murs, entre quatre murs, a plus de rapport à l'état, exprime plutôt, la détention que l'arrestation. On coffre ou on est coffré tel jour, de telle manière; on voit coffrer quelqu'un, c'est une scène dont on est témoin, a Si ton maître ne me paye aujourd'hui, je le ferai coffrer demain. ■ Regn. « Sancho arriva à la porte de la prison, où. après avoir vu coffrer don Quichotte, il demeura très-embarrassé de sa personne, v Les

Par les soins vigilants de l'exempt Balafré, Ton affaire allait bien, le drôle était coffré, Si ton maître au moment ne fût venu lui-même.... D'abord il a charge si bien sur les recors.... Mol.

Mais on est claquemuré , c'est-à-dire étroitement renfermé, dans tel lieu.

Notre beauté, si fatale au cerveau,

Fut dans sa chambre étroitement gardée....

La belle sotte, ainsi claquemurée,

Filait, cousait.... Volt.

L'on m'a raconté qu'Encelade

Est sous ce mont (l"Etna) claquemuré.

SCARE.

D'ailleurs, coffrer n'a jamais que le sens propre et ne se prend qu'à la rigueur : c est un terme de police. Claquemurer, au contraire, est susceptible d'extension et d'applications plus ou moins éloignées de la primitive; on dit bien, par exemple, se claquemurer. « Le duc d'Orléans me dit qu'il s'était résolu à donner au duc de Charost la place de gouverneur du roi, qu'il l'allait tenir en mue. claquemuré dans son appartement, sans en sortir ni se montrer à qui que ce fût, pour lavoir tout prêt sous sa main. » S. S « Me voilà claquemura pour longtemps dans ma triste, mais très-chère e: très-paisible géométrie. » D'Al. « Je quitte aujourd'hui les agréables pénates de la baronne, et je vais me claquemurer vis-à-vis le portail de Saint-Gervais. » Volt.

Plus d'une fille a forligné : le diable Est bien subtil ; bien malins sont les gens ; Il nous faudrait toutes dans des couvents Claquemurer jusqu'à notre hymenée. Laf,

Que vous jouez au monde un petit personnage,

De vous claquemurer aux choses da ménage! Mol.

COLLINE, COTEAU. Petite montagne en pente douce et ordinairement ornée de verdure , soit par l'effet de la culture, soit naturellement.

Colline, latin collis, signifie l'objet tout entier. Coteau, du latin costa, côte ou côté, n'en désigne que le flanc ou le penchant. Aussi oppose-t-on bien les coteaux des collines à leurs sommets, a Après quelques lieues de chemin, on trouve des collines dont les coteaux, quoique rapides, et même les sommets, sont également garnis d'une grande épaisseur de bonne terre, plantée partout d'arbres. » Buff. « Qu'on examine dans le même canton les hommes qui habitent les terres élevées, comme les coteaux ou le dessus des collines , et qu'on les compare avec ceux qui occupent le milieu des vallées voisines. » 1d.

Quand coteau sert aussi à exprimer l'objet tout entier, il le représente comme plus petit; car c'est un diminutif. Les vallées sont bordées de collines (Buff.), et les vallons de coteaux (In.). Coteau garde toujours dans son idée quelque chose de partiel et se prend volontiers au pluriel pour représenter distributivement ce que le mot colline au singulier marque d'une manière collective, a Les Aliénais se réfugièrent sur les coteaux voisins qui étaient couverts de glace.... Quelques femmes nouvellement accouchées emportèrent leurs enfants et moururent de froid avec eux sur la colline, en regardant de loin les flammes qui consumaient leur patrie. » Volt.

D'ailleurs, le coteau est plus cultivé ou plus ordinairement cultivé que la colline. La colline est couverte de bois ou on y trouve des pâtis pour les troupeaux. « Cette vallée est environnée de collines d'une hauteur extraordinaire, dont les endroits les moins fertiles sont couverts de ces bois d'éternelle verdure qui ne se trouvent que dans les pays chauds. » S. R. « Au delà des savanes s'étend un cordon de collines, qui sont toutes couvertes d'une grande épaisseur de terre, plantées partout de vieilles forêts. » Buff. « Lorsqu'on conduit les chèvres avec les moutons, elles précèdent toujours le troupeau. Il vaut mieux les mener séparément paître sur le.s collines. » Id. Mais le coteau, comme le vallon et le bosquet, est plus riant, plus gracieux et suppose toujours des soins donnés par les mains de l'homme. « Ici des coteaux s'élèvent comme en amphithéâtre, et sont couronnés de vignobles et d'arbres fruitiers. » Fén. « Une belle campagne où Ton ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou ces riches coteaux si merveilleusement diversifiés par des maisons, des arbres, des vignes..., ou, etc. » Roll.

Vous, gracieux coteaux, qui parez les vallons. Corn. Et nos climats ont vu l'année Deux fois de pampre couronnée Enrichir coteaux et vallons. Laf.

COLONNE, PILIER, PILASTRE. Ce sont dans un édifice des parties qui en soutiennent d'autres.

Colonne et pilier signifient des parties d'édifice isolées et ordinairement de forme ronde; le pilastre, au contraire, a la forme carrée, et il est

SUPPLÉMENT. 71

engagé dans le mur. On attache un homme ou un animal à une colonne, à un pilier, mais non pas à un pilastre. Et ce qui achève de séparer colonne et pilier de pilastre, c'est que les deux premiers se prennent seuls au figuré.

Colonne et pilier diffèrent aussi, même d'une manière très-sensible. Colonne est le latin columna; pilier vient bien aussi d'un mot latin, pila, mais il a une terminaison commune et vulgaire, qui marque un métier. En conséquence, colonne est noble, et pilier non. La colonne sert à décorer en même temps qu'à soutenir; le pilier, sans proportion et quelquefois sans ornement, ne fait que soutenir, c'est comme son métier, son unique métier. Dans les palais et dans les temples il y a des colonnes; sous les ponts, dans les halles et dans les écuries, des piliers. Sans la vertu, la patrie s'écroulerait comme un temple dont on aurait sapé les colonnes (Bern.) ; on lit quelquefois, avec attendrissement, dans nos églises, des billets affichés par des malheureux, au coin de quelques piliers, dans une chapelle obscure (Id.). Que si parfois pilier se dit des mêmes choses exactement , il les représente comme lourdes ou comme mal proportionnées, irrégulières. « Ces masses énormes de matière (les éléphants) sont soutenues par quatre membres qui ressemblent moins à des jambes qu'à des piliers ou des colonnes massives de quinze ou dix-huit pouces de diamètre et de cinq ou six pieds de hauteur. » Buff. « Un édifice grec n'a aucun ornement qui ne serve qu'à orner l'ouvrage; les pièces nécessaires pour le soutenir ou pour le mettre à couvert, comme les colonnes et la corniche, se tournent seulement en grâce par leurs proportions., . . . Au contraire, l'architecte gothique élève sur des piliers très-minces une voûte immense qui monte jusqu'aux nues; on croit que tout va tomber. » Fén.

Au figuré, colonne est de même une expression relevée, et pilier un mot souvent familier, qui exprime quelque chose de commun tout au moins, sinon de bas. Les colonnes de l'État, de l'Église ; un pilier de cuisine, de coulisses, de cabaret. Roland est appelé dans les romans de chevalerie la colonne de la foi (Les.) ; Bossuet témoigne le peu de cas qu'il fait de Luther, de Mélanchthon et de Bucer en leur donnant le nom de piliers de la Réforme.

COLOSSAL, GIGANTESQUE. D'une grandeur extraordinaire.

Colossal, de colosse, est plus fort que gigantesque, de géant. En effet, les colosses étaient des statues d'hommes , dix fois, cent fois plus grandes que nature ; et par géants on entend des hommes plus grands que les autres, à la vérité, mais du double tout au plus. Colossal équivaut à démesurément gigantesque, comme il résulte de l'exemple suivant. « Que Ton compare ces énormes dents à pointes mousses avec celles de nos plus grands animaux, on sera bientôt forcé d'avouer que l'animal auquel ces dents appartenaient était d'une espèce colossale , et que de même les très-grosses dents carrées que j'ai cru pouvoir comparer à celles de l'hippopotame sont encore des débris de corps démesurément gigantesques. » Buff. Quand on

dit de quelqu'un qu'il a une stature colossale (Acad.) ou une figure colossale (S. S.), on dit plus que si on lui attribue une taille gigantesque (Acad.) ou une gigantesque figure (Sév.).

D'autre part, colossal, qui rappelle une statue, une représentation matérielle, est tout physique, relatif à la forme seule; au lieu que gigantesque, ayant pour idée fondamentale celle d'hommes vivants, tels que nous, au dedans comme au dehors , sauf la grandeur, se prend bien au figuré et au moral pour exprimer quelque chose d'abstrait. Des éléphants colossaux (Bern.); des entreprises gigantesques (Acad.). « Tout est colossal dans cette demeure ( de l'impératrice de Russie) ; les conceptions du prince qui l'a construite étaient bizarrement gigantesques. » Staèl. — Un homme colossal est prodigieusement grand : « Là était un no:r colossal, avec un chien d'une taille proportionnée à celle de son maître. » Bern. Un homme gigantesque a fait de grandes choses ou possède une grande puissance : « Un gentilhomme saxon s'exprime ainsi sur Charles-Quint: Cet homme gigantesque ne recèle point de cœur dans sa terrible poitrine; la foudre de la toute-puissance est dans sa main , mais il ne sait point y joindre l'apothéose de l'amour. » Staël.— On dit des statues (Boss., Fén.), des formes (Staël), des proportions (Acad., Lah.) colossales; mais on dit des facultés (Staël) et des actions (Volt.) gigantesques. Mme de Staël reproche à Napoléon d'avoir voulu « mettre son moi gigantesque à la place de l'espèce humaine. » — Figures colossales, s'entend toujours au propre; mais figures gigantesques, peut convenir en parlant du style. « Un morceau simple et sublime, dépouillé d'enthousiasme et de ces figures gigantesques que le bon sens désavoue. » Volt. « Les lois des Wisigoths sont pleines de rhétorique et» vides de sens, frivoles dans le fond et gigantesques dans le style. » Montesq. Si on voulait substituer colossal à gigantesque dans les deux dernières phrases ou dans d'autres semblables, l'usage s'y opposerait absolument.

Ainsi gigantesque est d'une application plus générale. Ce qui, du reste, contribue à le prouver, c'est que ce mot s'emploie quand il est question non-seulement de l'homme et des animaux, mais encore des plantes ; il sert à qualifier celles qui surpassent de beaucoup en grandeur les autres de la même espèce. Un arbre gigantesque (Acad.). « Ces fucus parviennent à une grandeur prodigieuse, qui leur a fait donner le nom de gigantesques. » Bern.

COMBLER, ACCABLER. Pris au figuré, ces verbes s'emploient l'un et l'autre pour signifier donner d'une chose à quelqu'un abondamment.

Mais d'abord on ne comble jamais que de biens ou de choses bonnes ; au lieu que d'ordinaire on accable de ce qui est accablant, onéreux, à charge, fâcheux ou pénible. « Le cardinal Mazarin était accablé de soins et de maladies, et comblé de trésors dont il ne savait que faire. » Ham. Qu'il m'importera peu si leurs faibles esprits Me comblent de faveurs, ou m'accabltnt d'injures!

Corn.

Que si combler ne se dit jamais comme accabler avec un nom de chose mauvaise pour complément

indirect, accabler se prend quelquefois en bonne part comme combler, et c'est alors qu'il y a entre eux la plus grande apparence de synonymie : l'Académie définit accabler dans cette acception favorable par combler, simplement.

Cependant accabler ainsi entendu dit plus que combler. Combler marque seulement mesure comble ou plénitude, et accabler emporte l'idée de surcharge, de quelque chose qui excède ou va au delà de la mesure. « 11 nous semble, dit M. Pautex, qu'accabler doit signifier combler outre mesure. »

Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler;

Je t'en avais comblé, je t'en veux accabler. Corn.

Je sais cj que je dois au souverain bonheur

Dont me comble et m'accable un tel excès d'honneur.

Id.

Outre cela, on comble surtout d'honneurs, l'esprit se figurant les honneurs comme quelque chose qui va en s'élevant et peut recevoir un comble, une partie supérieure qui l'achève; mais on accable de toutes sortes de biens, ils forment comme une masse, une charge, quelque chose en un mot dont on porte plus ou moins. Cinna hésite à assassiner un prince

Qui le comble d'honneurs, qui Vaccable de biens.

Corn.

Vous l'avez jusqu'ici de tant d'honneurs comblée, De tant de faveurs accablée.... Id.

COMMENCER, SE METTRE, SE PRENDRE à

faire une chose , c'est, par rapport à cette chose, entrer en action.

Mais, pour ce qui concerne d'abord commencer à et se mettre à, ils ne se disent pas indifféremment l'un pour l'autre. On commence à faire ce qui aura de la suite : un enfant commence à parler; on commence à aimer une personne ou à la haïr. On se met à faire ce à quoi on s'emploie ou on s'occupe, et, pour l'ordinaire, c'est quelque chose de court, qui ne se continue ou ne se prolonge pas : se mettre à rire ou à pleurer; on dit que Zoroastre, dès qu'il fut né, se mit à rire (Volt.); au théâtre, on se met à causer avec un voisin dans un entr'acte. Bien avant que Charlemagne fût couronné empereur, le peuple de Rome commença à le demander pour souverain temporel; mais le jour où le pape, ayant vaincu la résistance du monarque , lui posa la couronne sur la têie, le peuple se mil à faire des acclamations (Boss.). uuand je dis que vous commencez à raconter une chose, je fais pensera la longueur, à la continuation et à la fin de votre récit; en disant que vous vous mettez à la raconter, je tais entendre q te c'est à cela que vous appliquez votre activité, je n'ai aucun égard à la suite et pour ainsi dire au cours de vos paroles.

Se prendre à ressemble beaucoup à se mettre à. Cependant il est d'une application plus restreinte. Il s'emploie presque uniquement avec rire et pleurer. Les anges ayant dit à Sara qu'elle aurait un fils, Sara se prit à rire (Boss.).

Hier, dit-on. de vous on parla chez te roi,

Et d'attentat horrible on traita la satire.

Et le roi, que dit-il? Le roi se pi il à rire. Boil.

« Ils se prirent tous à pleurer. » Vaug. « Et si le roi se prend à pleurer et à dire qu'il veut M. du Maine, où tout ceci aboutira-t-il? » S. S. C'est

SUPPLEMENT

que se prendre à exprime plus particulièrement encore que se mettre à une action courte, soudaine, qui s'épuise en un instant. On se met à raconter quelque chose (S. S.) ; on se prend à dire un mot. « Les profondeurs du père Tellier, les violences qu'il me montra, tout cela ensemble me jeta en une telle extase, que tout à coup je me pris à lui dire : Mon père, quel âge avezvous? Son extrême surprise rappela mes sens. » S. S.

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