COMMENTAIRE , NOTES , ANNOTATIONS
Explication des faits , des circonstances, des usages et de toutes les autres choses qui peuvent être obscures dans un texte.
Le commentaire se fait quelquefois de vive voix ou même mentalement ; les notes et les annotations sont toujours écrites ou même imprimées. « Des mousquetaires portaient à chaque membre du parlement un papier à signer. Ce papier ne contenait qu'un ordre de déclarer s'ils obéiraient ou s'ils refuseraient. Plusieurs voulurent interpréter la volonté du roi : les mousquetaires leur dirent qu'ils avaient ordre d'éviter les commentaires. » Volt. « Je lisais les bons auteurs, que le docteur Canizarez avait soin de me faire entendre par les doctes commentaires qu'il me faisait sur le texte. » Les. « Je me livrais à mille conjectures, et je faisais sur tout ce qui se passait autour de moi des commentaires qui marquaient plutôt le délire de la fièvre que le sangfroid. » J. J. « Vous pourrez consulter sur les endroits les plus difficiles les notes de Vinnius et celles de La Coste, qui sont, à mon sens, les deux meilleurs commentaires imprimés que nous ayons sur les Instituts. » D'Ag.
Commentaire (du latin commenlari, discuter, disserter), est, comme discussion, dissertation, un terme collectif. Notes et annotations (de nota, marque, d'où notare, remarquer, observer) sont, comme observations et remarques, des mots distributifs, et ne se disent guère qu'au pluriel. Un commentaire est un recueil ou un ensemble de notes ou d'annotations. Un ouvrage obscur a besoin, pour être compris, d'un commentaire, et de notes ou d'annotations. « Voilà qui est clair : il n'y faut point de notes ni de commentaire. » Boss.
Le commentaire est suivi et étendu , comme une dissertation. Les notes et les annotations sont quelque chose de di'-taché et de court. « On s'est trouvé exempt de chargerce livre (les Caractères de Théophraste) de longues et curieuses observations et de doctes commentaires, qui rendissent un compte exact de l'antiquité : on s'est contenté de mettre de petites notes à côté de certains endroits que l'on a cru Les mériter. » Labr. « Les notes abrégées de Denis Godefroy..., le commentaire de Jacques Godefroy sur le code Théodosien. » D'Ag.
Notes et annotations, dont le radical est le même, ne diffèrent qu*en ce que le second mot rappelle l'action d'annoter et celui qui la fait, V annotateur. De bonnes notes sont d'un grand secours; de bonnes annotations sont d'un habile interprète. Envoyez-moi vos notes, peut vouloir -dire envoyez-moi les notes que vous avez ou que
vous avez prises; envoyez-moi vos annotations, signifiera toujours , envoyez-moi les notes que vous avez faites , dont vous êtes l'auteur. « Le troisième endroit que j'ai remarqué est vers la fin de vos annotations, où vous dites que la matière est la machine du monde. » Desc. « Renvoyeznous la copie que vous avez (de l'Enfant prodigue) avec annotations. » Volt.
COMMERÇANT, NÉGOCIANT, TRAFIQUANT, MARCHAND. Ces mots désignent des hommes dont l'industrie ou la profession est de procurer des denrées ou des valeurs pour d'autres ou pour de l'argent.
Commerçant est le terme le plus général, ce qui lui donne un caractère de noblesse. Il indique simplement, d'une manière un peu vague, étendue, et relevée, le gen.e 'd'état auquel on appartient : Le commerçant n'est ni prêtre, ni soldat, ni magistrat. « On divisa la nation en trois classes : les propriétaires, les hommes de lettres, et les commerçants. » Staël. «. Toutes ces espèces (le négociant, le trafiquant et le marchand) sont comprises sous la dénomination de commerçants. » Cond. Négociant signifie le commerçant en tant qu'il se livre aux affaires de sa profession, c'est-à-dire qu'il s'ingénie, qu'il calcalcule, qu'il fait des démarches, des entreprises, des transactions, pour placer les marchandises ; ou bien les négociants sont parmi les commerçants ceux qui se chargent spécialement de ces sortes d'occupations : ce sont les hommes d'affaires du commerce. Tels sont, par exemple, les courtiers. « On est ne'goa'arU lorsqu'ayant fait du commerce une affaire de spéculation, on en observe les branches, on en combine les circonstances, on en calcule les avantages et les inconvénients dans les achats et dans les ventes à faire, et quand , par ses correspondances, on parait disposer des effets commerçables de plusieurs nations.» Cond. « En faisant prendre Tyr par Alexandre, Dieu voulait punir le luxe et l'arrogance de ces fiers négociants qui se regardaient comme les princes de la mer et les maîtres des rois mêmes. » Roll.
Trafiquant et marchand sont moins nobles. Le trafiquant est un négociant dont tout le génie se borne à apercevoir que telle marchandise se vendra bien dans tel ou tel lieu, et qui l'y porte ou l'y envoie ; sa fonction propre est de transmettre; ou bien c'est un homme qui exerce un commerce petit ou bas.
Un petit trafiquant. Lap.
Un trafiquant de Perse,
Chez son voisin, s'en allant en commerce,
Mit en dépôt un cent de fer un jour. Id.
De sa vile moitié ce trafiquant infâme
Étale impudemment l'or qui paya sa femme. Del.
Le marchand est le dernier terme de l'échange; il livre au consommateur; d'ordinaire, il tient boutique, il étale, il a des pratiques. Il n'a guère rapport qu'aux marchandises mêmes, à la matière du commerce, et aucune de ses opérations ne demande des vues et des connaissances étendues, ni une bien grande habileté dans le maniement des affaires. Aussi l'oppose-t-on bien au commerçant et mieux encore au négociant, a On ne doit
pas confondre les commerçants dont je parle avec ces hommes qui, sans avoir l'esprit du commerce, n'ont que le caractère marchand, et n'envisagent que leur intérêt particulier. » Ducl. « Il y a des pairies en Angleterre accordées nouvellement à des négociants de première classe.... La même famille tient souvent à des pairs d'une part, et de l'autre aux plus simples marchands de telle ou telle ville de province. » Staël. « Le lord-maire est ordinairement un négociant de la Cité, et non pas un négociant en grand, mais souvent un simple marchand. » Staël.
COMMETTRE, COMPROMETTRE. C'est mal à propos ou indiscrètement mettre en danger, exposer à quelque chose de fâcheux, et presque sacrifier.
Commettre, du latin committere, mettre avec ou ensemble, mettre aux prises, est un terme poétique et relevé qui a été employé par Racine dans le sens général d'exposer. Agamemnon, dit Clytemnestre en parlant d'Iphigénie,
Aux affronts d'un relus a craint de la commettre. On commet proprement l'honneur, la réputation, la dignité.
Que ne demande point votre honneur menacé?
C'est un trésor trop cher pour oser le commettre. Œnone à Phèdre. Rac.
« Cet homme (pris en flagrant délit de galanterie) aime mieux passer pour un voleur, et s'exposer à perdre la vie, que de commettre l'honneur de sa dame. » Les. « Tout autre en votre place ménagerait mieux sa réputation, et se serait bien gardé de se commettre comme vous faites. » Mol. « Le sultan ne voulait point commettre son honneur et Gelui de l'empire Ottoman, en exposant le roi (Charles XII) à être pris sur la route par ses ennemis. » Volt. « De peur que les Turcs ne lui manquassent de respect et ne le forçassent à commettre sa dignité, le roi.... » Id.
Compromettre, du latin compromittere, s'engager mutuellement, passer un compromis, convenir de s'en rapporter à un arbitre ou à plusieurs pour juger un différend, est, au contraire, un mot commun, parce qu'il rappelle l'idée vulgaire d'affaires et de procès. On compromet sa fortune, ses intérêts, sa position dans le monde, sa vie même ou son salut, a Vous ne devez pas compromettre plus longtemps vos intérêts. » Beaum. a La fin de tout est de compromettre ma vie, en me forçant de me montrer au milieu de mes ennemis. » Id. « Les ministres du czar ne virent Goërtz qu'en secret, avec ordre d'écouter tout et de donner des espérances, sans prendre aucun engagement, et sans le compromettre. » Volt.
Pareillement se commettre, c'est se mettre au risque de voir diminuer son crédit, sa gloire, le respect et les égards auxquels on a droit, et c'est pourquoi ce mot se dit particulièrement bien des femmes et de personnages éminents, tels que des ambassadeurs; mais se compromettre annonce un danger quelconque, dommage, perte, inconvénient, embarras, péril de la vie, et il s'emploie en parlant de toutes sortes de personnes. Dans Tancrède, Orbassan ayant été défié par Tancrcde,
Il veut bien avec lui descendre à se. commettre. Volt. Mais, dans la Princesse de Babylone, le roi des
Scythes se présenta dans l'arène contre le lion qu'il s'agissait de vaincre : a il voulait faire voir que si les rois de l'Inde et de l'Egypte étaient assez prudents pour ne pas se compromettre avec des lions, il était assez courageux pour ne pas dédaigner ce combat. » Id. En Angleterre, un fils du roi ne se commet pas en haranguant le public au milieu des marchands, ses collègues à la tribune; et si, dans les procès criminels, l'accusé se compromet par ses réponses , le juge le met sur la bonne voie (Staël). On doit rougir de se commettre, il faut craindre de se compromettre. La fierté nous'empêche de nous commettre, et la défiance de nous compromettre. Un honnête homme se commet quand il hante la canaille ou des gens perdus d'honneur ; il est rare que dans la compagnie des fourbes ou des méchants on ne se compromette pas.
En général, commettre est plus noble que compromettre, et c'est à quoi on a quelquefois uniquement égard dans le choix de ces deux termes. Ainsi on dit bien, quoique improprement, compromettre l'honneur et la dignité; mais c'est en plaisantant ou en parlant de gens de peu de valeur, de gens dont on fait peu de cas. a II n'y a jamais eu de sultane si orgueilleuse de sa beauté que le plus vieux et le plus vilain mâtin ne l'est de la blancheur olivâtre de son teint, lorsqu'il est dans une ville du Mexique, assis sur sa porte. Un homme de cette conséquence ne travaillerait pas pour tous les trésors du monde, et ne se résoudrait jamais, par une vile et mécanique industrie, de compromettre l'honneur et la dignité de sa peau. » Montesq. Dans une même affaire vous direz d'un homme que vous traitez sans façon, d'un ami, qu'il ne veut pas se compromettre, et d'un grand personnage, d'un homme élevé en dignité, qu'il ne veut pas se commettre : Voltaire, ayant dessein de faire imprimer secrètement à Rouen son Histoire de Cha, les XII, s'adressa à son ami Cideville et le pria, s'il ne voulait pas se compromettre , d'employer un tiers pour obtenir une permission tacite; il croyait que le parti le plus raisonnable était de parler au premier président, seulement il craignait qu'il ne refusât pour ne pas se commettre.
COMMETTRE, PRÉPOSER. L'autorité commet ou prépose quelqu'un à une chose ou pour faire une chose, c'est-à-dire qu'elle l'en charge.
Commettre suppose proprement une chose à garder; il rappelle une autre de ses acceptions, suivant laquelle il veut dire confier quelque chose à quelqu'un, a H fut commis pour garder les prisonniers. » Acad. « Commettre quelqu'un pour veiller sur d'autres. » Roll. « Dieu a pourvu d'un historien contemporain (Moïse), et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre. » Pasc. a Dieu a commis des anges pour ta sûreté. » Bourd. « Saint ange, qui que vous soyez que Dieu a commis à ma garde. » B< »ss.
L'élève de Barbin, commis à la boutique,
Veut en vain s'opposer à leur fureur gothique. Boil. Mais préposer, poser devant ou à la tête (prœ), se dit plutôt quand il s'agit de choses à conduire ou à gouverner. Si le commis est un homme de confiance qui a soin des choses ou des personnes et
SUPPLEMENT
veille à leur conservation, le préposé est un chef de service ou d'entreprises, qui préside à la marche des affaires ou des choses qu'il dirige. « On l'a préposé à la conduite de tous les travaux. » Acad. « On le préposa à la régie de telle ferme. » Acad. a Ceux qui sont préposés à l'éducation des clercs, » Mass. « Les églises particulières, les évoques, les prêtres, les diacres préposés pour les gouverner. » Boss. « Jésus-Christ prépose à la conduite de tout son troupeau un Pierre, qui a été infidèle. » Id. « On voit par là que le prince (chez les Juifs) avait des fonds, et des officiers préposés pour les régir. » Id.
D'ailleurs commettre, donner commission, marque une fonction de peu de durée, une délégation pour une seule action ou pour une seule affaire; en sorte que souvent commettre, selon l'excellente définition donnée par l'Académie avant 1835, signifie préposer pour un temps. Dans une occasion unique où il se propose de donner à dîner, Harpagon distribue des ordres et des rôles pour la journée à ses domestiques, et, commençant par sa servante : « Approchez, dame Claude, lui dit-il ; je vous commets au soin de nettoyer partout. » Mol. a La reine fut contrainte de commettre à la connaissance de cette affaire un jurisconsulte qu'on lui nomma. » Cond. « Le parlement commit deux conseillers pour aller informer contre Mazarin sur la frontière. » Volt. « On mit Astarbé en prison; les plus sages vieillards furent commis pour examiner toutes ses actions. » Fén. C'est tout le contraire pour préposer : ceux qu'on prépose sont établis, mis à poste fixe pour faire telles ou telles choses, c'est pour eux un ministère ou un emploi constant. « Une loi veut que le prince, établi pour faire exécuter les lois, prépose un officier dans chaque tribunal pour poursuivre en son nom tous les crimes. * Montesq. « H y a des officiers préposés pour recevoir les dernières volontés des mourants. » Volt. « Combien de crimes tolérés dans le monde par la négligence, par la corruption de ceux que Dieu avait préposés pour les punir ? » Bourd. « Jésus-Christ dit lui-même aux pasteurs : Enseignez et baptisez. Il parle donc directement à ceux qu'il a préposés à la prédication et à l'administration des sacrements. » Boss. « A Florence, on montre les statues et les tableaux à toutes les heures, avec la plus grande facilité ; des hommes instruits sont préposés, comme des fonctionnaires publics, à l'explication de tous ces chefs-d'œuvre. » Staël.