COMPARAISON (EN), AU PRIX, AUPRÈS
Trois locutions confondues par l'Académie et dont on se sert également pour relever une chose en l'opposant à d'autres.
En comparaison est la plus générale des trois : on l'emploie bien, par exemple, quand on veut exprimer combien une chose est grande ou petite, forte ou faible, bonne ou mauvaise, combien une personne est heureuse ou malheureuse, retenue ou indiscrète, éclairée ou ignorante, polie ou grossière. « Toute la multitude (de chrétiens) qu'on a vue si grande dans les règnes précédents, en comparaison de celle qu'on vit sous Julien l'Apostat parut petite. » Boss. « Jésus-Christ fit voir combien la justice humaine était faible en
comparaison de la divine. » Id. a Mme de Buchwald n'a point de santé, me dira-t-on. Ah! c'est un Samson en comparaison de moi.» Volt. «On ordonna que chaque Goth mènerait à la guerre et armerait la dixième partie de ses esclaves. Ce nombre était pe:i considérable en comparaison de ceux qui restaient. » Monti sq. « Qu'avez-vous perdu de lis et d'albâtre en comparaison de ce qui vous en reste? » Laf. « Notre plus haute connaissance demeurera toujours infiniment imparfaite en comparaison de l'être infiniment parfait. » Fén. « Toute cette félicité n'est rien en comparaison de celle qui lui était destinée.» Id. « Mes chagrins et mes maux ne sont rien en comparaison de l'état où est ma pauvre tante. » Sëv. « En comparaison de tous mes confrères les satiriques j'ai été un poète fort retenu. » Boil. « L'Église grecque est demeurée peu éclairée sur ces matières en comparaison de la latine.» Boss. « Votre politesse me fait croire une paysanne en comparaison de vous. » SÉv. « Les Gilles et les Pierrots de la foire Saint-Germain, il y a cinquante ans, étaient, des Cinna et des Polyeucte en comparaison des personnages de cet ivrogne de Shakespeare. » Volt.
Au prix est d'une application plus restreinte et se dit uniquement quand il est question de faire concevoir combien une chose ou une personne est appréciée ou digne de l'être, ou, au contraire, combien on en fait ou on doit en faire peu de cas. « Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme qu'il est amoureux d'elle. Voyez s'il y a là une grande fatigue pour me payer si bien, et ce qu'est, au prix de cela, une journée de travail où je ne gagne que dix sous. » Mol. « Rien au monde ne m'est cher au prix de votre amitié. » Flor. « Tous les biens du monde , mon ami, ne me sont rien au prix de vous. » Id. « Vous méprisez bien nos petits buissons au prix de vos forêts d'orangers. » Sëv. « Engagement (religieux) au prix duquel vous ne considérez tous les trésors de la terre que comme de la boue.» Bourd. « Les mets les plus précieux et les plus exquis ne leur ont paru que de la boue au prix de cette viande céleste. » Mass. « Au prix de la sagesse les richesses m'ont paru comme rien.» Boss. « Un ami fidèle est une défense invincible ; qui l'a trouvé a trouvé un trésor : rien ne lui peut être comparé ; l'or et l'argent ne sont rien au prix de sa fidélité. » Id. « Il méprise tout ce que vous lui pouvez apporter au prix de ce qu'il a vu. » Id. « Que l'homme , étant revenuà soi, considère ce qu'il esiauprixàe ce qui est...., et que de ce que lui paraîtra ce monde visible il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes, et soi-même, son juste prix. » Pasg.
Auprès présente à l'esprit l'idée d'une chose placée à côté d'une autre qui la fait ressortir ou lui donne du relief; c'est un mot concret, pittoresque, particulièrement propre à marquer par un rapprochement et un contraste combien une chose est belle, magnifique , artistement faite ou littérairement excellente.
Enfin l'on ne voit rien de si beau sous le ciel ;
Et la fête de Pan, parmi nous si chérie,
Auprès de ce spectacle est une gueuserie. Mol.
« 11 m'est évident que je vois sur la terre des choses merveilleuses et qu'on m'en rapporte encore d'autres plus surprenantes et plus admirables.... Mais tout celaneanmoins n'est rien auprès de la gloire que j'attends. » Bourd. « Dans cette campagne de 1G67 un jeune roi, aimant la magnificence, étalait celle de sa cour dans les fatigues de la guerre. Ce luxe était cependant encore très-peu de chose auprès de celui qu'on a vu depuis. » Volt. « Les têtes de nos pontifes, de nos philosophes, de nos magistrats n'ont l'air que de têtes d'enfants auprès de celles des Turcs.» Bern. « Tout cela est pratiqué si habilement dans le corps humain, qu'auprès de ces opérations la chimie la plus fine n'est qu'une ignorance. » Boss. « Mes lettres sont bien ennuyeuses auprès des vôtres.» SÉv. « Dans cette poésie du Tasse, aimable et belle encore auprès de celle de Virgile, est-ce par du clinquant que nous nous laissons éblouir?» Marm. « Tout roman devient insipide auprès de TArioste; tout est plat devant lui. » Volt.
COMPARER , CONFRONTER , CONFÉRER , COLLATIONNER. Bapprocher des choses pour en connaître ou en faire connaître les rapports.
Comparer signifie cela simplement et sans aucun accessoire ; au lieu que relativement à ce premier verbe les trois suivants désignent chacun une espèce particulière.
Confronter, usité d'abord et principalement au palais, c'est mettre front à front, comparer des personnes et par extension des choses comme le fait un juge, afin d'arriver à faire ressortir la culpabilité, le tort ou le défaut de Tune par la déposition ou la vue de l'autre. On confronte deux écritures ou deux étoffes pour apercevoir ou montrer par l'opposition que l'une des deux est mauvaise. « Dieu confrontera ces deux consciences pour condamner l'une par l'autre. » Bourd. « Voilà ce qui doit s'accomplir à l'égard du religieux, et voilà comment Dieu lui confrontera des troupes de séculiers dont la vie et les exemples feront sa honte et sa condamnation. » Id. « Jésus-Christ envisage en détail tous les péchés du monde; il les confronte aux règles immuables dont ils violent l'équité par leur injustice. » Boss. « Les auditeurs, au fond de leur conscience, confrontèrent le prédicateur avec ses maximes. » Lah. « Il rentrait souvent en lui-même pour confronter nos sentiments avec ceux de sa conscience. » Mal.
Conférer, latin conferre, exprime, non plus l'œuvre d'un juge, mais celle d'un philologue ou d'un homme curieux de s'instruire. C'est moins un terme de pratique, comme le précédent, qu'un terme de théorie ou de doctrine. 11 veut dire comparer des auteurs, des écrits ou des passages pour arriver à s'éclairer, à savoir ce qu'on doit croire. a Suivant les protestants, l'Écriture est claire, et il n'y a personne qui n'y puisse trouver les vérités nécessaires en considérant par lui-même attentivement les passages, et les conférant avec soin les uns aux autres. » Boss. « Un des évangélistes explique l'autre; et en conférant ces passages, il nous est aisé d'entendre que.... » Id. «Après avoir conféré les témoignages des historiens et des voyageurs, il nous a paru que les éléphants
sont plus nombreux en Afrique qu'en Asie. » Buff. « Comme on peut voir si on confère ce que j'ai écrit du nombre des racines qui sont en chaque équation dans l'article 4 du livre III de ma géométrie. » Desc. « Je me tiens assuré que ceux qui prendront la peine de conférer ma traduction (de l'Imitation) avec le texte latin connaîtront combien cet effort m'a coûté. » Corn. a En conférant la date de sa dernière lettre avec celle de ces nouvelles, je les crois fausses. » J. J.
Collationner indique l'œuvre d'un contrôleur plutôt que celle d'un juge ou d'un philologue : c'est comparer une copie avec un original, ou deux copies, deux éditions d'un même écrit, afin de constater qu'il y a ou qu'il n'y a pas conformité. « L'ennui d'un long travail (copier de la musique) me donne des distractions si grandes que, si je n'apporte la plus grande attention à collationner mes parties, elles font toujours manquer l'exécution. » J. J. « Il jeta de violents soupçons sur la fidélité des édits imprimés en 1713. Il dit avoir collationné sur des édits manuscrits ces imprimés dans lesquels il affirme avoir trouvé quantité d'erreurs. » Id. a On aura soin de collationner les deux éditions (d'une JReponse de Fénelon), pour montrer les variations, s'il y en a : celles que M. Phelippeaux m'envoie sont impudentes. » Boss. « Vous y verrez ces propres mots dans la copie collationnée du registre de nos états. » Volt.
Ainsi, en comparant, on établit des ressemblances ou des différences; en confrontant, on établit par un contraste l'injustice, le vice, le mal; en conférant, on établit le vrai sens des choses, l'idée ou l'opinion qu'on doit avoir; et en collationnant, on établit l'exactitude et par conséquent l'authenticité d'une pièce ou d'un écrit.
COMPENSATION, DÉDOMMAGEMENT. Ces mots signifient quelque chose qui tient lieu de ce qui est de moins, qui le supplée ( u le rend.
La compensation, du latin compensare, mettre en balance, établit l'équilibre, l'égalité de poids, de sommes, de valeur, d'avantages. Le dédommagement, ce qui ôte le dommage, est une compensation de bien par la réparation d'un dommage souffert. La compensation ramène les choses au même; le dédommagement redonne l'équivalent de ce qu'on a perdu. Si les ouvriers de Paris gagnent plus que les autres, ils dépensent aussi davantage, donc il y a compensation; il n'y a pas de dédommagement possible pour un homme à qui la mort à enlevé son fils unique. La vie actuelle ne se suffit pas à elle-même; car il s'y trouve des misères sans compensation, et la vertu y commande des sacrifices sans dédommagement.
Compensation est un terme de compte, de calcul, d'évaluation. « Tel homme, dit Dieu, s'est échappé à votre égard, et c'est une dette dont vous pourriez lui demander compte. Mais cette dette je la prends sur moi; et par une juste compensation, je lui transporte celles que je pourrais à meilleur titre exiger de vous. » Bourd. « On a proportionné les moyens de défensive aux armes de ceux qui attaquent; tout cela revient à une espèce de compensation, après laquelle chacun n'est pas plus avancé que quand
SUPPLEMENT
on n'avait que des tours, des piques , etc. » Fén. « Les cilices, les gémissements.... étaient l'exercice des saints pénitents, qui s'estimaient trop heureux d'éviter, par une si faible compensation, les peines de la vie future. » Boss. — Dédommagement, comme indemnité, terme de palais, emporte nécessairement l'idée particulière d'un tort, d'une perte, d'une privation à réparer. « Console-toi donc de sa perte, comme d'un mal qui n'est pas sans dédommagement. » J. J. « On entre dans des œuvres de miséricorde ; mais on en veut les premiers honneurs.... Il semble qu'on ne veut pas courir le risque de l'humiliation, sons s'être préparé le dédommagement des éloges. » Mass. « Si c'est (cet intérêt qu'on m'offre) comme dédommagement du sacrifice d'argent que je fais à la France, je ne l'accepte pas » Beaum. <« L'exclusion des magistratures eût été infiniment dangereuse, si les citoyens qui l'éprouvaient n'avaient pas reçu quelque dédommagement. » Barth.
Mais la peine a toujours ses dédommagements. Duc.
COMPLAISANT, COURTOIS. L'idée commune à ces deux mots est celle d'une qualité par laquelle on se rend aimable.
Mais, outre que la complaisance tient davantage au caractère, et la courtoisie à 1 éducation et à l'usage du monde, la complaisance est une qualité plus solide, et la courtoisie une qualité plus brillante : l'homme complaisant a de bons procédés, et l'homme courtois de belles manières.
D'ailleurs le mot complaismt se prend quelquefois en mauvaise part pour désigner une sorte de servilité, un dévouement feint, des empressements intéressés ayant pour but de gagner la faveur et d'être largement payé de retour. « Leur empressement, gracieux et complaisant pour le pouvoir fait de la peine. » Staël.
Libre d'ambition, insensible aux richesses, Courageux sans hauteur, complaisant sans bassesses, Voilà le vrai poëte. Del.
Au contraire, il n'y a jamais rien que de loyal et de généreux dans la courtoisie, qui a été primitivement la qualité des hommes de cour et des chevaliers, de gens, en un mot, qui n'ont ou qui sont censée n'avoir que l'honneur en recommandation. « Feu M. de Sipi9rre, gouverneur de Charles IX, était le plus honneste et le plus gentil cavalier de son temps et le plus courtois et révérentieux aux dames. » Brant.
Les Grecs, en courtois chevaliers, Changeaient entre eux de boucliers. Del. Mais, pour un cavalier, c'est peu de courtoisie, Et cela messied fort à des hommes de cour. Corn.
COMPRENDRE, EiMBRASSER. Contenir réunies en un tout dont elles font partie des choses ou des personnes.
Comprendre, prendre ensemble, action qui peut se faire aveu la main, indique seulement plusieurs choses ou plusieurs personnes, a Le gouvernement de la Gaule transalpine comprenait les pays du midi de la France. » Montesq. a Voilà la fui catholique qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées. » Pasc.
Mais embrasser, prendre avec les bras, c'est
rassembler beaucoup ou tout un genre de choses ou de personnes. « C'est une espèce de prodige que dans un si vaste empire, qui embrassait tant de nations et tant de royaumes ; les peuples aient été si obéissants et les révoltes si rares. » Boss. « L'ouvrage de Pline embrasse toute l'histoire naturelle. » Roll.
COMPTABLE, RESPONSABLE. Ces mots ser vent à qualifier un homme en tant que soumis au contrôle d'une autorité dont il relève.
« Nous sommes comptables, c'est-à-dire nous sommes tenus de rendre compte des choses qui nous ont été confiées, que nous avons eues en dépôt. Nous sommes responsables de nos actions et même de celles des personnes dont nous sommes garants, c'est-à-dire que nous sommes tenus de réparer les torts qu'elles font ou de souffrir les peines qu'elles méritent. » Cond.
1° On est comptable de ce qu'on a reçu, d'un don ou d'un dépôt: car comptable signifie proprement assujetti à établir par ses comptes qu'on a fait un usage légitime de ce qui avait été donné ou confié, qu'on n'en a rien pris, gardé ou retenu pour soi. « Si le riche avait du superflu, dont il ne fût ni comptable, ni redevable aux pauvres, ce superflu non-seulement ne serait plus un don de Dieu, mais une malédiction. » Bourd. a Dieu nous a donné la raison pour connaître ce qui est bien, la conscience pour l'aimer, et la liberté pour le choisir. Et comme nous avons tous reçu ces dons sublimes, nous en sommes tous comptables. » J. J. Mme du Deffand écrit à Voltaire : « Vous avez reçu des- talents de la nature qui vous rendent comptable à tout l'univers. » Et Voltaire à d'Alembert : « Vous êtes comptable de votre temps à la raison humaine. » — Mais on est responsable d'un événement ou d'une action, d'une action qu'on fait soi-même ou qui est faite par quelqu'un dont on est garant; car répondre. c'est s'engager à payer ou à recevoir un châtiment en cas qu'une chose arrive ou n'arrive pas; se fasse ou manque de se faire. « Les officiers de l'armée et le conseil de Pondichéry prolestèrent contre le départ de l'amiral, et le rendirent responsable de la ruine de la compagnie. » Volt. « Les gens en place sont responsables de la conduite de ceux qu'ils attachent à. leur personne. » Roll. a Sthénius pria instamment Pompée de ne pas faire tomber sur une multitude innocente la peine due à un seul coupable : Je suis le seul, dit-il, qui ai engagé mes citoyens dans le parti contraire au vôtre; ainsi je suis seul responsable d'une faute que j'ai seul commise. « In.
Et qui donne à sa fille un homme qu'elle hait
Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait. Mol.
2° Comptable dit moins que respmsable. 11 donne l'idée d'une dépendance, sans y ajouter comme responsable celle d'une sanction ou d'une pénalité. Celui qui est comptable de ses actions a au-lessus de iui un maître ou un chef à qui il doit rendre compte de sa conduite, 1 expliquer, en faire voir la netteté ; celui qui est responsable d'une action ou d'un fait encourt en conséquence une certaine peine ou de certaines peines. Comptable est un terme administratif, qui suppose simplement un inspecteur ou un vérificateur:
responsable a plutôt, un caractère judiciaire , il fait nécessairement concevoir un tribunal et des juges qui infligent des amendes ou des punitions. A Carthage, le commandement des armées n'était pas annuel ni fixé à un temps limité comme à Rome et à Athènes; mais les généraux ne jouissaient pas pour cela d'un pouvoir absolu, ils étaient comptables à la république des événements de la guerre ; on les en rendait même responsables, et un mauvais succès était puni de mort comme un crime d'Etat (Roll).
CONCUBINE, MAÎTRESSE. La concubine ou la maîtresse d'un homme vit avec lui , quoiqu'ils ne soient pas mariés ensemble, comme s'ils l'étaient.
Concubine, latin concubina, se dit par rapport à l'antiquité et au moyen âge, ou bien en termes de droit. Salomon (Bourd.) et les rois de Perse (Boss.) avaient des concubines. L'usage des concubines, permis dans tout l'Orient et dans la loi des Juifs, ne Fêtait pas dans la nouvelle loi; mais il était autorisé au moyen âge par la coutume (Volt.). Bachaumont, dans ses Mémoires, rapporte qu'un ambassadeur de Naples demanda au parlement de Paris la cassation d'un testament de son frère en faveur d'un enfant d'une demoiselle Delair, sa concubine.
Mais maîtresse, du mot français maître, est le mot de la langue commune et celui qu'on emploie en parlant de ce qui s'est passé dans les temps modernes et de ce qui se passe encore aujourd'hui. Louis XIV (Volt.), et le régent (S. S.) ont eu des maîtresses. Mme de Sévignè écrit à sa fille: « Mon fils vous aime mieux, dit-il, que toutes ses maîtresses. »
D'ailleurs, et abstraction faite des temps, la concubine et la maîtresse ont chacune un caractère propre. La concubine est absolument soumise à l'homme avec lequel elle cohabite; c'est une esclave comme pouvait l'être dans l'antiquité une femme .illégitime, lorsque l'épouse légitime elle-même était dans une si grande sujétion. « A l'Ile de France, il y a très-peu de gens mariés; la facilité de trouver des concubines parmi les négresses en est la véritable raison. » Bern . Mais la maîtresse esl jusqu'à un certain point maîtresse de celui dont elle partage le lit. Hérodias, qui vivait incestueusement avec Hérode et qui eut le pouvoir d'obtenir de lui la tête de saint Jean- Baptiste, est appelée en conséquence par Bossuet la maîtresse de ce prince. « Gouverné par toutes les femmes dont la coquetterie avait de quoi le séduire, Dagobert ne fut plus que l'instrument de l'avarice et de la vanité d'un sexe qui a fait si souvent la honte des rois et le malheur des peuples : il foula ses sujets pour fournir aux caprices de ses maîtresses. » Gond. « Les maîtresses les plus subalternes du roi de France (Louis XV) faisaient nommer et renvoyer ses ministres. ■» Staël.
CONDUITE, PROCÉDÉ. Manière d'agir.
« La conduite est la manière d'agir par rapport à soi ; les procédés sont la manière d'agir envers les autres.» Cond. Vous louez la conduite d'un homme de bien; vous vous louez du procédé, iïxmprocédé ou des procèdes d'un honnête homme. Dans le Joueur, de Regnard, le joueur, Valère,
se voit reprocher sa conduite par son père , Géronte, de la manière suivante :
Votre conduite enfin m'enflamme de courroux;
Je ne puis vous souffrir vivre de cette sorte. Et, d'autre part, son amante Angélique, dont il a mis le portrait en gage, se plaint de ce procédé. Autrefois mon cœur eut la faiblesse
De rendre à votre fils tendresse pour tendresse ;
Pour mon portrait enfin son lâche procédé
Me fait ouvrir les yeux.
Avoir de la conduite, c'est être rangé ou régulier, sage ; avoir des procédés , c'est observer les bienséances et les égards que la morale sociale exige. Il faut s'appliquer à n'être ni inconséquent dans sa conduite ni injuste dans ses procédés.
Au reste, on le voit déjà par ce qui vient d'être dit, conduite n'est usité qu'au singulier, au lieu que procédé s'emploie de préférence au pluriel. C'est que conduite exprime tout un genre de vie, toute une suite d'aciions, et que procédé désigne un trait ou une action particulière. Pour faire connaître la conduite de quelqu'un à votre égard, vous citez ses procédés, quelqu'un ou quelquesuns de ses procédés envers vous.
CONFIANCE, SÉCURITÉ. État de tranquillité d'une âme qui à tort ou à droit croit être en bonne position.
Confiance est actif, et la confiance tient plus de la hardiesse. « Ils disputent avec hardiesse et confiance; les autres avec crainte et défiance.» Pasc. Sécurité est passif, et la sécurité ressemble davantage à l'intrépidité. « Ils croiront pouvoirêtre tranquilles sur leur état, et vivre dans une pleine sécurité au milieu de tant de sujets de trembler. » Boss. La confiance implique l'idée qu'on réussira, et la sécurité l'idée qu'il n'y a pas de danger, qu'il n'arrivera rien de fâcheux. Avec trop de confiance on est téméraire; avec trop de sécurité, endormi. On a la confiance de faire une chose, et on vit dans une pleine sécurité.
Confiance convient donc mieux pour l'offensive, et sécurité pour la défensive. « Les Carthaginois s'avancèrent avec le désordre que donne la confiance.. ..Ils furent mis en déroute. Rentrés dans le camp, ils ne prévirent pas devoir être attaqués ; et cette sécurité acheva de les perdre. » Gond.
CONFIER, COMMETTRE. On confie ou on commet à quelqu'un une chose dont on le charge de prendre soin.
Mais ce qu'on lui confie, il doit prendre soin de le garder, c'est un dépôt ou comme un dépôt; et ce qu'on lui commet, il doit prendre soin de le faire, de l'exécuter, de le remplir, c'est une commission qu'on lui donne, une fonction ou une tâche qu'on lui impose. «. Ce n'est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples que le Saint-Esprit a confié le dépôt de la foi; si quelqu'un en doit juger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise. » Boss. « Il fallut que les désordres se multipliassent pour qu'on songeât enfin à confier à des particuliers le dangereux dépôt de l'autorité publique, et qu'on commît à des magistrats le soin de faire observer les délibérations du peuple. » J. J. On confie une personne à quelqu'un (Bourd., Mass., Regn.),
SUPPLÉMENT
et on lui commet son éducation (Roll., Mal.). Jésus-Christ en mourant confia sa mère au plus fidèle de ses disciples (Bourd.) ; Dieu commit aux Israélites la vengeance des iniquités des Amorrhéens (Boss.). Dans Britannicus, Néron prétend que Junie est un trésor qui lui appartient, qui ne peut être confié qu'aux mains auxquelles est commis le gouvernement du monde (Rac).
Sur ce vers de Crébillon,
Abandonner des lieux commis à mon devoir, Laharpe remarque qu'il fallait confiés, au lieu de commis; et il a raison, puisqu'il est ici question d'une chose donnée à garder, et non pas à faire. Seulement il aurait dû ajouter que la plupart de nos poètes se sont rendus coupables de cette impropriété. C'est que commettre, reproduisant le latin committere, qui signifie la même chose, est un terme poétique et relevé, ce qui seul a suffi souvent pour déterminer le choix en sa faveur abstraction faite de sa nuance distinctive; au lieu que confier, du latin confidere, qui a un autre sens, est le mot commun, celui dont tout le monde fait usage.
La porte dans le chœur à sa garde est commise. Boil.
Je vous l'avais promis; Je vous rends le dépôt que vous m'aviez commis.
Rac.
Un voleur se hasarde D'enlever le dépôt commis au soin du garde. Laf.
Mais ce qui est permis ou plutôt toléré en poésie ne doit pas l'être ailleurs, et il s'agit ici d'une licence, et non d'un exemple à imiter. Sans doute commettre est principalement usité en poésie et dans le style soutenu; mais il ne faut l'y employer qu'en lui laissant sa valeur propre, que quand il signifie confier quelque chose à faire. Dans Athahe, Abner dit que Dieu
Aux seuls enfants d'Aaron commit ses sacrifices. Rac. Et, dans Rodogune, Léonice dit en parlant des tourments que fit souffrir à Rodogune la reine Cléopâtre :
La reine, à la gêner prenant mille délices, Ne commettait qu'à moi l'ordre de ses supplices.
Corn, Vois de quel ministère, en t'imposant les mains, L'evêque t'a commis le divin exercice. Id. Non que de vous servir je néglige l'emploi, Mais daignez le commettre à quelque autre que moi.
Créb.
Quoi ! le prince tantôt ne vous a pas commis Le soin officieux d'attendrir Criséis? Regn.
C'est ainsi que s'expriment les poètes eux-mêmes lorsque les nécessités de leur art ne les empêchent pas d'être exacts dans l'emploi des mots.