CONGRÉGATION, CONFRÉRIE, SOCIÉTÉ
Compagnie ou corporation religieuse.
Pour ce qui concerne d'abord la congrégation et la confrérie, elles ont cela de bien distinct, que l'une se compose de religieux ou de prêtres, l'autre de laïques. Les membres d'une congrégation sont congrégés (Fén.) ou agrégés, c'est-àdire, selon l'étymologie (grex, gregis, troupeau), font partie d'un seul et même troupeau sacré. Mais les membres d'une confrérie vivent dans le monde, chacun de son côté, à la manière des hommes qui sont confrères les uns des autres parce qu'ils appartiennent les uns et les autres,
ou à la médecine, ou au barreau," ou à 'une aca* demie quelconque. L'institut pythagoricien était une congrégation, « Pythagore conçut un grand projet, celui d'une congrégation qui, toujours dépositaire des sciences et des mœurs, serait l'organe de la vérité et de la vertu. Un grand nombre d'élèves embrassèrent le nouvel institut.... On n'était pas facilement admis au nombre des novices. Pythagore examinait le caractère du postulant.... » Barth. Mais c'étaient des confréries qu'avait instituées Numa en réunissant par différents liens de religion les différentes classes de la population civile. « Numa rassembla tous ceux d'un même art et d'un même métier, et les réunit dans une même conjréiie, en leur assignant des jours de fêtes et des cérémonies propres, pour leur faire oublier par ces nouveaux liens de religion et de plaisir la diversité de leur ancienne origine. » Roll.
Il en est de même en parlant du christianisme.
Les congrégations sont des ordres, ou elles ressemblent à des ordres en ce que leurs membres sont voués par état à la prière et aux exercices de la piété. Il y a eu dans les derniers temps des bénédictins de la congrégation de Saint- Maur, de la congrégation de Saint-Vannes, des dominicains de la congrégation de Saint-Louis. a Le défenseur des bénédictins, qui parle au nom de l'ordre, suppose qu'un homme de sa congrégation a fait l'Apologie des Provinciales. » Fén. a Le concile de Latran défendit de fonder de nouveaux ordres religieux.... Saint Basile, quoique fondateur de monastères, pensait qu'on ne devait pas souffrir dans un même lieu deux communautés différentes, ni même deux maisons d'une même congrégation. » Cond. « Chaque siècle produisit en tout pays des hommes animés par l'exemple de saint Benoît, qui tous voulurent être fondateurs de congrégations nouvelles.» Volt. a Cette solennité était une des plus dignes d'être choisies singulièrement par la congrégation des prêtres. » Boss. Les religieuses de la Visitation de Marie, instituées par saint François de Sales et dirigées par Mme de Chantai, formaient une congrégation (Bourd). On donne le nom de Sulpiciens à une congrégation de prêtres qui ont pour occupation principale de travailler à l'instruction de jeunes ecclésiastiques. — Le mot de congrégation s'est dit spécialement de compagnies de prêtres qui étaient des religieux sans être des moines, qui tenaient le milieu entre les ecclésiastiques séculiers et les réguliers. Telles ont été les congrégations de l'Oratoire, de la Doctrine chrétienne, de Saint-Lazare, des Eudistes, etc. « Fléchier étant encore dans la congrégation de la Doctrine chrétienne....» D'Al. «Massillon entra dans l'Oratoire. Résolu de consacrer ses travaux à l'Eglise, il préféra aux liens indissolubles qu'il aurait pu prendre dans quelqu'un de ces ordres religieux si multipliés parmi nous, les engagements libres que l'on contracte dans une congrétion à laquelle le grand Bossuet a donné ce rare éloge.... » Id. « Mon frère ayant fini ses classes, comme il avait passé ses dernières vacances dans une de ces abbayes de génovéfins, où trois ou quatre religieux forment toute la communauté et
Yivenl à peu près comme des gentilshommes de château, il résolut d'entrer dans la congrégation. » Ducl. — Les jésuites se sont aussi servis du terme de congrégation pour désigner des confréries proprement dites, c'est-à-dire des réunions de fidèles formées sous leurs auspices et dans leurs églises afin de vaquer à des pratiques de dévotion ou à des œuvres de charité. Mais c'est un abus , une exception qui confirme la règle. Larègle est que congrégation signifie exclusivement une corporation cléricale ; et c'est ce que prouve encore un autre emploi du mot pour exprimer, quand il est question de la cour de Rome, une assemblée de cardinaux et de prélats.
La confrérie, au contraire, est essentiellement laïque. D'Oiivet appelle l'Académie une docte confrérie, et, suivant Mme de Staël, la chevalerie était une confrérie guerrière. Bossuet prêchant devant une assemblée de charité consacrée au soulagement des pauvres malades l'appelle une confrérie charitable. Il y a dans le midi de la France des confréries de pénitents dont font partie des hommes de toutes les conditions, des artisans surtout. Parmi les confréries les plus fameuses on cite celle des flagellants (Vult.) et des Rose-Croix (P. R.). « La superstition avait établi les confréries chez les bourgeois, la débauche les conservait; on faisait (au seizième siècle) des processions en faveur d'un saint, dont on portait l'image grossière au bout d'un bâton, après quoi on s'enivrait.... Ces confréries servirent beaucoup à former la Ligue. » Volt. « Point de ville (au treizième et au quatorzième siècle) qui n'eût des confréries d'artisans, de bourgeois, de femmes : les plus extravagantes cérémonies y étaient érigées en mystères sacrés; et c'est de là que vient la société des francs-maçons, échappée au temps qui a détruit toutes les autres. » Id. a Du temps de Henri III, on voyait d'un côté des empoisonnements et des assassinats; de l'autre, des processions, des confréries et des pénitents blancs et noirs. » Thom.
Société, dans l'acception ici considérée, n'est point du tout un terme spécial comme les deux mots précédents. Général et vague, il ne s'emploie bien que quand il est évident d'ailleurs qu'il s'agit d'une société religieuse ou établie dans des vues religieuses, et quand on ne veut pas déterminer expressément si ceux qui en font partie appartiennent ou n'appartiennent pas au clergé. Peut-être, au reste, société implique-t-il en particulier l'idée de grandeur, l'idée d'une institution ou d'un institut considérable. « Que ne pourrions-nous pas ajouter de ces sociétés et de ces ordres religieux ? Que n'en a-t-il pas dû coûter pour former ces grands corps ? Comme autant de républiques, ils ont leur forme de gouvernement, leurs lois, leurs statuts, leurs offices, leurs fonctions, leurs observances.... » Bourd. a C'est à une constitution si bien assortie aux véritables intérêts d'une congrégation monastique, que cette société (des jésuites) doit les hommes célèbres qu'elle a produits. » D'Al. Si en fait d'ordres religieux celui des jésuites reçoit plus ordinairement le nom de société, n'est-ce pas à cause qu'il s'étend par toute la terre?