DOUX, AFFABLE, LIANT, COMPLAISANT
Disposé par nature ou par caractère à être bien ou dans de bons rapports avec les autres hommes.
Doux, du latin dulcis, est de tous ces termes le plus général , et il peut très-bien servir à définir les autres. On l'oppose à rude, fâcheux , sévère, violent, emporté, difficile à vivre.
Affable, de fari ad, parler à, se dit d'un homme qui parle à tout le monde, particulièrement à ses inférieurs, et qui par conséquent est doux dans son accueil ou dans son abord. «. Cyrus, affable et d'un accès facile, sait descendre jusqu'au dernier de ses sujets sans s'abaisser. » Cond. « Son air était simple, sa physionomie spirituelle et son abord très-affable. y> Montesq. « Respecter nos maîtres, souffrir nos égaux, être affables envers nos inférieurs. » Mass.
Liant, participe du verbe lier, se dit d'un homme qui est doux, non plus envers des inférieurs, mais envers des étrangers, qui forme aisément des liaisons, qui se familiarise vite. Si l'homme affable n'est pas fier, l'homme liant n'est pas sauvage. « Elle était liante et familière. » J. J.
SUPPLEMENT
« Necker n'était ni plus liant ni plus familier avec nous. » Marm. « Voyez comme Mme de Lafayette se trouve riche en amis; ses enfants la remercient bien tous les jours de s'être formé un esprit si liant. » Sév.
Complaisant se dit d'un homme qui cherche à faire plaisir ou des plaisirs, qui se conforme, s'accommode ou acquiesce aux sentiments et aux désirs d'autrui. Sa douceur est une disposition non pas affectueuse seulement, mais effective, qui a pour caractère propre l'attention à rendre service, à tenir une conduite avantageuse à la personne qui en est l'objet, à lui agréer par des complaisances. « Combien d'esprit, de bonté de cœur, d'attachement, de services et de complaisance dans les amis....! » Labr.
DROIT, JURISPRUDENCE. Science des lois.
Droit est général , jurisprudence particulier. On dit le droit, le droit privé ou le droit public ; et la. jurisprudence de tel pays , notre jurisprudence. « Ces premières règles du droit naturel distinguent la jurisprudence romaine de toutes les autres. » D'Ag.
Droit regarde le fond, jurisprudence la forme. Qui sait le droit connaît bien les lois; qui sait la jurisprudence est instruit de la manière dont on procède dans l'application des lois. Un roi doit étudier sérieusement le droit des gens et connaître assez les errements de la jurisprudence pour être facilement au fait quand on lui rapporte une affaire. (Fén.). Sous Louis XIV, l'étude du droit se ranima ; la justice eut des lois fixes, et des règlements utiles, destinés à devenir la jurisprudence de tous les siècles à venir, furent publiés (Mass.). a Lorsque le droit romain fut traduit, lorsqu'il commença à être enseigné dans les écoles, lorsqu'un certain art de la procédure et qu'un certain art de la jurisprudence commencèrent à se former.... y> MONTESQ.
Ou bien, tandis que droit est relatif au fond, à la matière, jurisprudence a rapport à la forme donnée à cette matière dans les ouvrages, dans les traités des jurisconsultes. « Lisez dans le manuel de Godefroy la suite et la liaison des titres du Digeste et du Code, non pour vous convaincre de la bonté de l'ordre de ces deux corps de jurisprudence, d'autant plus qu'on y a suivi deux plans différents, dont aucun n'est le naturel; mais pour vous donner une légère idée de toutes les matières du droit. » D'Ag. « Le traité de Duarenest une espèce d'abrégé du droit canonique, et sa principale utilité sera de vous apprendre à bien parler latin dans cette jurisprudence dont le style ordinaire est bien éloigné de la pureté et delà propriété de celui des jurisconsultes romains. » Id. La connaissance du droit rend capable de résoudre toutes les ques-
tions de droit; la connaissance de la. jurisprudence familiarise surtout avec les livres, ies termes, les formules, les aphorismes de jurisprudence.
DUR, IMPITOYARLE, INHUMAIN. Qui ne
s'émeut pas des maux des autres, qui y est insensible.
Dur, sans tendresse, qui n'est pas aisément pénétré, affecté, exprime l'idée commune de la manière la plus faible et la plus vague. Aussi ce mot ne s'emploie guère qu'avec un autre qui le suit et le détermine : dur et impitoyable, dur et inhumain, dur et farouche, dur et sauvage, dur et sévère. Être [dur envers quelqu'un, c'est simplement manquer pour lui de tendresse et de douceur, c'est n'être pas facile à intéresser en sa faveur. Un tyran est impitoyable, ou inhumain; le qualifier de dur ce seVait dire trop peu.
Impitoyable, inaccessible à la pitié, exprime un défaut individuel de sensibilité, lequel n'est pas toujours moralement condamnable. « A force de voir mourir et souffrir, les prêtres et les médecins deviennent impitoyables. » J. J. Dans tous les cas, qu'un homme soit impitoyable, cela dépend de sa constitution sensible.
Inhumain, sans humanité, désigne un défaut moral qui consiste à ne pas regarder les autres hommes comme nos semblables, à ne pas éprouver pour eux ce sentiment de fraternité qui nous lie tous les uns aux autres.
Impitoyable, se dit bien de l'âme et du cœur, mais non pas inhumain. Inhumain se dit seul, à son tour, des principes et des doctrines funestes à l'humanité. Pascal reproche aux jésuites de professer des opinions inhumaines.
Un tyran impitoyable n'a pas d'entrailles, n'est touché du spectacle d'aucune misère; c'est un monstre de nature. Un tyran inhumain dédaigne les hommes, ne respecte rien de ce qui leur est dû, les traite comme n'étant pas de la même espèce que lui; c'est un monstre moral. Il en est de même à peu près d'un riche impitoyable par rapport à un riche inhumain : tous deux manquent de charité, l'un parce qu'il n'éprouve pas de pitié pour les pauvres qu'il voit souffrir, l'autre parce qu'il n'a pas d'amour pour les hommes.
Un homme cruel et un homme qui se venge sont généralement impitoyables. On est généralement inhumain dans les siècles de barbarie ; les Spartiates étaient inhumains envers les Ilotes.
Traiter durement, c'est traiter sans ménagement, avec brutalité. Traiter impitoyablement, c'est traiter sans se laisser attendrir. Traiter inhumainement, c'est traiter comme on ne traite pas un homme, sans se laisser émouvoir par l'idée et le sentiment de ce qui est dû à l'humanité.
ÉBRANLEMENT, COMMOTION. Mouvement produit dans une chose par un coup.
Ébranlement marque plutôt un effet, et commotion un fait : l'un se rapporte à l'état de la chose
ébranlée, c'est-à-dire mise hors d'une ferme assiette, menacée de chute ou de ruine; l'autre représente une action, l'agitation de la chose dans toutes ses parties. On dit, en ayant égard au ré-
sultat, Vébranlement des dents (Acad.), et en portant son attention sur la cause, la commotion du canon (Buff.). Il se peut par conséquent que Vébranlement provienne d'une commotion : c'est ainsi que Vébranlement des édifices est souvent dû à ces sortes de commotions qu'on appelle des tremblements de terre.
D'autre part, au lieu que Vébranlement peut être faible, la commotion (de movere cum, mouvoir ensemble, entièrement, de tous côtés) est essentiellement violente et totale. « Les causes qui peuvent occasionner des commotions et des ébranlements violents se trouvent plus rarement dans la nature que celles qui produisent des mouvements doux et des effets modérés. » Buff. « Voilà ce qui excita (contre Voltaire) ces clameurs insensées qui, au milieu de la multitude qui n'examine point, produisirent une commotion si vive et presque universelle, qui ne se calma, qu'avec le temps, mais qui n'est plus aujourd'hui' qu'un ébranlement faible et sourd, comme le murmure des flots qui fait souvenir de la tempête. » Lah.
Il est à remarquer enfin qu'ébranlement convient mieux en parlant de quelque chose de simple, et que commotion, emportant l'idée de multiplicité et d'ensemble, est préférable par rapport à quelque chose de complexe : Vébranlement d'un nerf ou d'une corde (Boss.) ; une commotion du cerveau, la commotion universelle du monde à la fin des siècles (Id.) .
ÉCHANTILLON, ESSAI. Partie qu'on présente d'une chose pour faire juger du reste.
Échantillon se dit de quelque chose qui est, des objets, et, par exemple, en parlant d'étoffes, de minéraux, etc. « Cette pierre, dont on n'a que de petits échantillons, est chatoyante. » Buff.
Là sortit de la mine un riche échantillon. Del. «Arlequin l'autre jour portait une grosse pierre sous son petit manteau; on lui demandait ce qu'il voulait faire de cette pierre ; il dit que c'était un échantillon d'une maison qu'il voulait vendre. » Sév. « Ces Calmouks sont élevés chez les seigneurs russes comme pour conserver un échantillon de ces Tartares que les Esclavons ont vaincus. » Staël. — Mais essai suppose quelque chose qui se fait, il s'emploie quand il est question d'actions ou d'événements. « Les Romains ne regardaient tous les avantages qu'ils avaient remportés jusqu'ici que comme des essais et des préparatifs pour une grande entreprise qu'ils avaient dans l'esprit. » Roll. « C'est une grâce que je vous demande; et je la recevrai comme un essai de l'amitié que je veux qui soit entre nous. » Mol.
Tout ce que j'ai souffert....,
N'était qu'un faible essai des tourments que j'endure.
Ils s'aiment! (Phèdre). Rac.
Ensuite, échantillon [convient mieux à l'égard des choses faites ou actuelles, et essai par rapport à celles qui ne sont encore qu'en puisssance, qui sont à faire ou à venir. Psyché souhaite que ses parents, avant de mourir, voient au moins un échantillon des douceurs et des avantages dont elle jouit (Laf.) ; et, d'autre part, on lit dans Bossuet : « Jésus -Christ nous a apporté un commencement de la gloire dans le bienfait de la grâce,
un essai de la vue de Dieu dans la foi, un gage et une partie de la félicité dans l'espérance. » Par V échantillon- on juge de ce qui a été fait, c'est un fragment : « Cet échantillon du système de Burnet suffit pour en donner une idée. » Buff. Par Vessai on juge de ce qui sera ou poura être fait, c'est comme "une esquisse ou un prélude. « Les Bucoliques de Virgile firent entrevoir ce qu'on pourrait attendre de sa plume.... Mécène, qui avait senti tout le mérite du poète 'par Vessai qu'il venait d'en donner, l'engagea à entreprendre un nouvel ouvrage, plus considérable que le premier. » Roll.
ÉCLAIRCIR, DÉMÊLER, DÉBROUILLER. Faciliter la connaissance d'une chose obscure.
On éclair cit ce qui est obscur; on démêle et on débrouille ce qui est obscur par mélange ou embarras, c'est-à-dire confus. On éclaircit une chose en la mettant dans son vrai jour ou en y répandant de la lumière. « Les curiosités de l'histoire ou des généalogies, ou celles des rits judaïques, peuvent servir à éclaircir l'Écriture. » Boss. On démêle et on débrouille une chose, une affaire, par exemple, en la séparant d'autres qui sont avec elle ou au milieu desquelles elle est. Éclaircir ne donne idée que d'une seule chose; démêler et débrouiller font concevoir une complication de choses à distinguer, un dégagement à faire.
On démêle ce qui est mêlé, croisé, entrelacé, embarrassé, comme des cheveux. Dans la plupart des procès, les droits des parties sont difficiles à démêler (Flëch.) . On débrouille ce qui est brouillé, confondu ou fondu ensemble; au propre, on dit brouiller des œufs, brouiller plusieurs vins les uns avec les autres. Débrouiller semble donc annoncer dans les choses une plus grande confusion ou un plus grand désordre : Dieu débrouilla le chaos. Et en général ce qu'on débrouille est toujours un chaos ou une sorte de chaos, a Hermagoras débrouille le chaos des deux empires, le Babylonien et l'Assyrien. » Labr.
Ma jalousie, à tout propos, Me promène sur ma disgrâce-, Et plus mon esprit y repasse,
Moins j'en puis débrouiller le funeste chaos. (Amphitryon). Mol.
« Cordemoi a le premier débrouillé le chaos des deux premières races des rois de France.» Volt. « Débrouiller les questions les plus abstraites et les plus embarrassées. » Roll.
« Quand l'intrigue d'une pièce est bien faite, elle se démêle toute seule; quand elle est mal faite, elle a bien de la peine à se débrouiller. » Cond. a On démêle une question qui n'a d'autres difficultés que celles qui naissent du fond du sujet, et cela se fait en développant exactement et avec ordre toutes les parties. On la débrouille lorsqu'elle a été obscurcie par ceux qui l'ont traitée, et cela demande beaucoup de critique. » Id. « Il est très-difficile de démêler comment le platonisme se fondit peu à peu dans le christianisme; vous ne trouvez plus qu'un chaos de disputes que dix-sept cents ans n'ont pu débrouiller. » Volt. Un bon avocat est habile à démêler les affaires (Boss.), et à débrouiller le chaos d'in-
SUPPLÉMENT
cidents et de procédures dont les causes sont quelquefois enveloppées (Flégh.).
EFFET, IMPRESSION. Termes d'esthétique, dont on se sert pour marquer ce qui résulte de l'action des objets sur notre âme.
Effet se rapporte aux objets, il est par conséquent objectif; impression se rapporte à l'âme ou au sujet, il est, à proprement parler, subjectif. On dit d'une chose , qu'elle a eu son effet; et d'une personne, qu'elle a reçu telle ou telle impression. Une chose fait son effet; elle nous fait peu ou beaucoup d'impression. Il y a des spectacles dont l'unique effet est de faire et de laisser en nous des impressions funestes (Bourd.). Quand l'effet théâtral est bien amené, il nous cause des impressions vives et profondes. « On concevrait mieux l'effet de la peinture et de la musique, si l'on pouvait se figurer les impressions dont notre âme serait susceptible avant qu'elle connût la parole. » Staël. « Il faudrait, pour comprendre tout V effet de cet admirable tableau de Wilhem Meister, en rapporter chaque détail.... La jalousie, cette impression trop forte pour les jeunes organes de Mignon, brise la pauvre enfant. » Staël.
Comme ces deux mots sont relatifs, savoir effet à l'objet, à la chose qui agit, et impression à la personne vers laquelle tend ou est dirigée l'action, on dit plutôt causer ou produire un effet, et recevoir ou éprouver une impression. Suivant Pascal, on ne sort guère de la comédie sans désirer causer les mêmes effets qu'on a vus si bien représentés; c'est à quoi on a été préparé par les impressions qu'on a reçues. « On sent dans la plupart des ouvrages des Français que leur principal but est V effet qu'ils produisent.... En Allemagne, on juge d'un ouvrage par l'impression qu'on en reçoit. » Staël.
Consultez donc l'effet que votre art veut produire ; Et ces flots, toujours prompts à se laisser conduire, Vont vous offrir, plus lents ou plus impétueux, Des tableaux gais ou fiers, grands ou voluptueux. Tableaux toujours puissants! Eh! qui n'a pas de l'onde Éprouvé sur son cœur l'impression profonde? Del.