ENNUYEUX, FASTIDIEUX (DÉGOÛTANT
Qui n'amuse pas ou n'attache pas, qui manque d'intérêt. « Cela supposerait une immensité de paroles, et de paroles très-ennuyeuses pour la description des couleurs dans, les oiseaux. . . . Ces portraits d'oiseaux les font mieux connaître d'un seul coup d'œil que ne le pourrait faire une longue description aussi fastidieuse que difficile. » Buff. a Soyez sûr qu'il n'y a rien de plus ennuyeux, de plus fastidieux que tous les écrits et tous leurs auteurs. » Dudeff.
Ma sœur est doucereuse ;
Mais une humeur pareille est bientôt ennuyeuse;
Rien n'est fastidieux comme l'égalité. Dest.
Ce qui est ennuyeux cause l'ennui, et ce qui est fastidieux, fastidiosus, de fastidium., dégoût, produit le dégoût. D'où il suit que fastidieux dit plus qu'ennuyeux. L'ennui est seulement un état tout passif de malaise et de langueur, au lieu que le dégoût implique l'idée d'un soulèvement contre ce qui en est l'objet. La chose ou la personne ennuyeuse est insipide, sans agrément; la fastidieuse est fade, rebutante, elle excite un sentiment d'aversion. Un récit ennuyeux assomme; un récit fastidieux donne des nausées pour ainsi dire, repousse, inspire de l'éloignement.
C'est, quoique un peu affaiblie, la même différence qui existe entre ennuyeux et dégoûtant, ennui et dégoût, ennuyé et dégoûté. « L'ennuyeux, je dirai plus, le dégoûtant pour un lecteur instruit de ce dehors public échappe bientôt à la connaissance de la postérité. » S. S. « Nous portons partout avec nous l'ennui, le dégoût et l'horreur pour ainsi dire de nous-mêmes. » Mass. « Ennuyé, dégoûté de la vie, je n'y cherchai plus d'autre plaisir que celui de vous la rendre agréable. » J. J.
ENSEIGNE, BANNIÈRE, ÉTENDARD, DRA- PEAU, GUIDON. Signes militaires de ralliement.
Enseigne, latin insigne, formé de signum, signe, marque, ne s'emploie que comme terme générique pour définir ses synonymes : bannière, étendard, drapeau et guidon expriment chacun une sorte d'enseigne. Toutefois c'est un mot particulièrement usité en parlant des armées des anciens, de celles des Romains surtout. « Alcibiade, arborant sur son bord amiral les enseignes athéniennes, fondit sur les Lacédémoniens. » Roll. « Qui ne
sait que les armées romaines portaient dans leurs enseignes les images de leurs dieux et de leurs césars? * Boss. a Marius avait un aigle sur son bouclier, et l'aigle commença dès lors à être l'enseigne des Romains. » Marm. « Du temps que les Romains avaient une poignée de foin au bout d'une perche pour enseigne. » Volt. « Les troupes confédérées des Gaules marchaient sous les enseignes de leurs chefs : c'étaient des peaux de loup, d'ours, de vautour, d'aigle, ou de quelque autre animal malfaisant, suspendues au bout d'une gaule. » Bern.
La bannière, aujourd'hui reléguée dans les églises, est une enseigne dont on se servait au moyen âge, au temps de la chevalerie. « L'escadron de Philippe-Auguste (à la bataille de Bouvines) était remarquable par la bannière royale semée de fleurs de lys. » Boss. « Il y avait (chez les Français du moyen âge) deux sortes de cris de guerre : le cri général (Montjoye!), et le cri des seigneurs particuliers qui avaient droit de lever bannière. » Vert. « Les seigneurs de fiefs, qui amenaient leurs vassaux sous leurs bannières, furent appelés chevaliers bannerets. » Volt, a Le roi Louis le Jeune donna des privilèges à toutes les villes de son domaine, à condition que chaque paroisse marcherait à l'armée sous la bannière du saint de son église, comme les rois marchaient eux-mêmes sous la bannière de saint Denis. » Id.
Si même des guerriers attaquaient Saladin,
Quand je reconnaîtrais la bannière chrétienne,
Ce manteau, cette croix n'ont rien qui me retienne. (Montfort, templier, dans Nathan le Sage). Chén.
L'étendard et le drapeau sont des enseignes dont on fait actuellement usage dans nos armées, avec cette grande différence que la cavalerie a des étendards et l'infanterie des drapeaux, a J'ai vu (à Notre-Dame) les drapeaux et les étendards qu'a envoyés M. de Catinat. Il y a cent drapeaux, et quatre étendards seulement; ce qui marque que la cavalerie ennemie n'a pas fait beaucoup de résistance et a de bonne heure abandonné l'infanterie, laquelle a presque été toute taillée en pièces. » Rac.
Mais, comme ordinairement les deux mots se prennent d'une manière large et vague, sans qu'on considère s'il s'agit de troupes à pied ou à cheval, il est besoin d'une nouvelle distinction pour suppléer à l'insuffisance de la première.
Étendard, ce qu'on étend, signifie l'objet tout entier qu'on expose aux yeux; au lieu que drapeau, morceau de drap, n'indique qu'une partie, celle qui flotte autour de la hampe, l'étoffe. « L'étendard royal de France était un bâton doré avec un drapeau de soie blanche, semé de fleurs de lis. » Volt. — Ou bien l'étendard est général, caractéristique, le drapeau n'étant qu'individuel ou particulier. « Vous l'auriez vu (le prince de Conti) prenant lui-même des mains d'un de nos officiers blessés le drapeau qu'il est hors d'état de porter. ... ; courant porter au milieu des ennemis, avec l'étendard de la France, le signal de la victoire. » Mass. — Ou bien enfin étendard est plus noble., et c'est à cause de cela apparemment qu'on attribue des étendards à la cavalerie, et que de tous les mots ici examinés étendard est le seul qui se dise en
SUPPLÉMENT
termes de science, en botanique. <r Un drapeau lui est confié; ce devait être en ses mains l'étendard de la victoire. » Thom.
L'impiété marche à front découvert....
Sous ses drapeaux, sous ses fiers étendards. L'œil assuré, courent de toutes parts Ces légions, ces bruyantes armées D'esprits subtils, d'ingénieux pygmées.
J. B. Rousseau.
— D'ailleurs, on dit lever Y étendard, et non pas lever le drapeau, pour signifier se soulever, s'insurger, se porter contre, déclarer la guerre ; d'où il suit qu'étendard seul emporte nécessairement une idée d'agression, de guerre ou d'hostilité. Ce ne sont pas en effet des étendards, mais des drapeaux qu'on déploie ou qu'on porte dans certaines circonstances, Cérémonies ou fêtes qui n'ont rien que de pacifique. « Il a déposé V étendard de la guerre, qui tire son droit de la force, pour arborer le drapeau de la justice, qui ne tient son pouvoir que des lois. » Beaum.
Se ranger sous les enseignes de quelqu'un, c'està-dire prendre son parti, ne s'emploie bien qu'en parlant de l'antiquité : Les soldats de Lépide l'abandonnèrent pour se ranger sous les enseignes d'Octave (Roll.). Se ranger sous la bannière de quelqu'un convient quand il est question du moyen âge, ou c'est une expression familière, parce qu'elle rappelle le bon vieux temps et qu'on ne se sert plus de bannières que dans les églises. u Parmi tant de chevaliers, le Cid fat celui qui se distingua le plus contre les musulmans. Plusieurs phevaliers se rangèrent sous sa bannière. » Volt. Se ranger sous V étendard ou les étendards de quelqu'un est une manière de parler noble ou prétentieuse ou qui suppose que le parti qu'on embrasse est en armes , en insurrection ou en guerre. Se ranger sous les drapeaux de quelqu'un est du style ordinaire, relatif à ce qui se passe de nos jours et propre à marquer une adhésion à un parti quelconque.
Guidon, chose destinée à guider, n'est ici que pour mémoire. Il n'appartient pas au langage commun : c'est, pour ainsi dire, un terme technique. Anciennement les compagnies de gendarmes avaient un guidon, et de nos jours on appelle guidons de petits drapeaux carrés dont le manche peut entrer dans le canon d'un fusil et qui servent pour l'alignement dans les manœuvres de l'infanterie.
ENSEIGNER, MONTRER. Au propre, indiquer; au figuré, apprendre quelque chose à quelqu'un par leçons.
Au propre, enseigner marque une indication moins précise et moins directe. On enseigne en disant quelle est l'enseigne, à quelle enseigne on trouvera une personne, quelle est son adresse; on montre en indiquant du doigt ou de la main , en faisant voir la chose ou la personne qui est là, devant les yeux, a Je ne manquai pas de minformer de la demeure de- Samuel-Simon. Une personne me l'enseigne, on me la montre. » Les.
Au figuré, enseigner s'applique à quelque chose de plus relevé, et montrer a quelque chose de plus commun. On enseigne les sciences, les arts libéraux, des vérités, des principes, des choses
SUPPL. SYN. FRANC
spéculatives ou relatives à l'esprit; on montre plutôt ce qui se réduit à un exercice du corps et se démontre par l'exemple, principalement, la danse, l'équitation, l'escrime, à lire, à écrire à chanter, à coudre, etc. » A peine' me montra-t-onk lire et à écrire; on s'attacha moins encore à m'enseigner les principes de ma religion. » Les. « Enseigne-lui la langue castillane; mais montre-lui en même temps à chanter et à jouer de la guitare. » Id. a II y avait des maîtres qui montraient à monter à cheval et à faire des armes; et d'autres qui se chargeaient d'enseigner aux jeunes gens tout ce qu'il faut savoir pour exceller dans l'art militaire et pour devenir un bon commandant. » Roll.
Comme il faut vivre, aucuns étaient lecteurs, Instituteurs, autears, prédicateurs; Aucuns montraient le chant à quelque belle; Aucuns, la danse; aucuns, Polichinelle.... Quant au héros, il enseignait surtout L'art d'acquérir esprit, talent et goût, Et des secrets pour avoir du génie. Chén.
ENSORCELER, FASCINER. C'est exercer sur quelqu'un une influence magique nuisible; c'est, par des maléfices, lui ôter la possession de luimême ou l'usage de ses facultés.
Ensorceler, mettre dans l'état d'un homme à qui on a jeté un sort, envers qui on a usé de sortilège, exprime une action complète, qui atteint toute la personne. Fasciner, fascinare, de fascia, bande, et particulièrement ce qui sert à bander les yeux, indique, au contraire, une action partielle qui n'attaque que la vue :,on dit proprement fasciner les yeux (Bourd. , #Boss., Mass., Volt., J. J., Dest, , Les.), ou la vue (Bouro., Les.).
Au figuré, de même. L'ensorcellement est une véritable aliénation de l'âme, qui fait qu'on ne s'appartient plus, qu'on est au pouvoir d'un autre. « On ne peut s'empêcher d'admirer l'ensorcellement des monarques abandonnés à un premier ministre. » S. S. Mais la fascination ne va qu'à troubler la vue de l'esprit, a II ne restait plus qu'à se servir de l'aveuglement de ce qui restait de cette noblesse fascinée. » S. S.
En ensorcelant, on s'empare de toutes les puissances de l'àme, principalement des sentiments, du cœur, de la volonté,. On subjugue; en fascinant, on ne fait qu'obscurcir l'intelligence, que l'empêcher de bien voir. « Cet attachement dont nous nous faisons une passion n'est qu'une fascination d'esprit, qu'un ensorcellement de cœur. » Bourd. Le fanatisme ensorcelle (Volt.) , l'intérêt fascine (Bourd.).