ESPÉRER, SE PROMETTRE, SE FLATTER
Avoir la confiance, ou aimer à croire que quelque chose d'heureux ou d'avantageux arrivera.
Espérer exprime le désir, se promettre, une grande confiance, et se flatter, une illusion.
On espère ardemment ; l' espérance est une tendance ou une aspiration de l'âme vers un objet afin de l'obtenir et d'en jouir; c'est par la sensibilité, par le cœur, que nous espérons, et ce mot donne toujours l'idée d'une certaine langueur, d'une certaine soif, d'un besoin éprouvé.
Hélas ! nous espérions que de leur race heureuse
Devait sortir de rois une suite nombreuse. Rac « Je n'espère rien du monde, je n'en appréhende rien, je n'en veux rien. » Pasc.
Se promettre ressemble le plus à attendre, pris dans le sens favorable, autant qu'une grande confiance peut ressembler à la certitude. C'est se donner l'assurance, se répondre, se garantir ; qu'une chose arrivera, n'en pas douter par conséquent, quoiqu'on n'ait proprement aucun droit de le croire. « Vous m'avez tenu tout ce que je m'étais promis de vous. » J. J. « La chose arriva plus tard qu'on ne se l'était promis. » Montesq. Une chose produit ou ne produit pas tout l'effet qu'on s'en était promis (Cond. , Laf.) . Se promettre un succès assuré (Laf.), une victoire aisée (Boil.). « On ne peut se promettre sans vanité qu'il n'y aura rien à redire dans un ouvrage. » Mal. — Ensuite, se promettre suppose souvent que l'événement, que nous tenons pour sur, dépend de nous, au moins en partie, et que nous prenons envers nous l'engagement de travaille! a son succès. « L'abbé Bossuet se promet de tout détruire par preuves. » Boss. « Les hommes se pro- J mettent tous qu'is mourront de la mort des justes «Mass. «Qui oserait se promettre de contenter les hommes? » Labr.
Nos ennemis
Feront moins de progrès qu'ils ne s'étaient promis.
Rac
Nous nous promettons tous l'honneur de la victoire.
Volt.
Se flatter, c'est s'amuser ou se bercer de l'espérance de quelque chose, s'en imposer à soimême sur les chances de succès, se persuader qu'on réussira.
Ah! laitsez-moi douter un moment de sa haine!
Laissez-moi me flatter de regagner son cœur ;
Ne me détrompez point, respectez mon erreur. Volt.
Après m'être longtemps flatté que mon rival
Trouverait à ses vœux quelque obstacle fatal,
Je pars, etc. (Antiochus, dans Bérénice). Rac.
Que dis-je! souhaiter? Je me flatte, j'espère
Que.... Id.
« Ces philosophes ne peuvent se flatter qu'on ait recueilli de leurs ouvrages tout le fruit qu'ils s'en étaient promis. » Cond.
Lorsqu'il est question de choses qui nous regardent ou qui sont en notre pouvoir, comme se promettre et se flatter expriment les deux degrés extrêmes de la confiance et de la probabilité, l'un convient mieux au langage de la présomp-
tion et l'autre à celui de la modestie. Se promettre, se flatter de réussir.
ESSENCE, NATURE. Ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, ce qui la constitue.
V essence d'une chose, c'est seulement ce sans quoi elle ne serait pas ce qu'elle est et on ne la concevrait pas ; au lieu que sa nature est tout ce que l'observation nous apprend qu'elle est. La première est donc moins étendue, mais aussi moins flottante et moins vague; elle détermine d'une manière plus rigoureuse. V essence ne comprend qu'une ou quelques propriétés fondamentales, principales, de la plus graDde importance que la chose doit nécessairement avoir pour ne point cesser d'être : la nature comprend toutes les propriétés remarquées dans la chose et qui lui sont, non pas nécessaires, mais seulement inhérentes.
Il suit de là, comme du reste l'enseigne expressément la métaphysique, que Y essence est invariable, puisque tout en elle étant nécessaire, la moindre altération ferait que l'être ne serait plus ce qu'il est : au lieu qu'on peut fort bien modifier la nature; ainsi l'art de l'homme modifie la nature des végétaux par la greffe et celle des animaux par le croisement, et l'habitude modifie celle de l'homme : l'habitude est une seconde nature, dit-on, et, suivant Pascal , ce que nous prenons pour la nature n'est souvent qu'une première coutume. « L'unité est de même genre que les nombres, précisément par son essence et sa nature immuable. » Pasc.
L'essence est générale, elle répond à un type qui s'applique à toute une classe, et c'est par exception qu'on dit Y essence divine. C'est pourquoi la définition qui n'a jamais pour objet de faire connaître les individus comme tels, mais seulement les genres et les espèces, ne s'adresse qu'à l'essence générique et à l'essence spécifique sans descendre dans les particularités de la nature. La nature, en effet, admet les particularités, elle peut être , individuelle : le méchant homme , entraîné au mal par sa nature, doit chercher à la corriger.
Ainsi diffèrent essence et nature considérés objectivement. Mais essence est beaucoup plus subjectif : il exprime ce qui est impliqué dans la notion abstraite de toute une classe d'objets, et nature ce qui est effectivement dans un objet. On peut donc très-bien admettre avec Locke une essence nominale par opposition à l'essence réelle, mais non pas une nature nominale par opposition à la réelle. L'essence peut correspondre à des êtres simplement possibles et non pas réels. « L'idée de Y essence, dit Bossuet, représente ce que la chose doit être par sa nature quand elle sera. » Il y a telles sciences, les mathématiques, où les essences étant données et définies on en déduit la nature; il y en a d'autres, les sciences naturelles, où l'on ne peut arriver à déterminer l'essence qu'à la condition de connaître préalablement la nature.
Essence est un terme d'ontologie qui ne se dit guère qu'en parlant de choses abstraites : il est de l'essence delà vettu de.... Nature est du langage commun, et se dit très-bien en parlant des choses matérielles, visibles : la nature du poisson est de vivre dans l'eau.
ESTIMABLE, RECOMMANDABLE. Dont on doit faire cas.
Estimable, digne d'estime, de ce sentiment intime et solitaire que nous éprouvons pour ce qui est moralement bon ou beau, est absolu ; recommandable, digne de recommandation, digne qu'on intéresse en sa faveur, est relatif, il se rapporte à l'opinion. La chose estimable se considère en soi-même; mais la chose recommandable se considère au point de vue du monde ou du public. Une chose ou une personne tres-estimable est excellente, admirable, parfaite; celle qui est trèsrecommandable a ou mérite d'avoir un grand renom. Ce qu'il y a de peu estimable en nous diminue notre mérite; ce que nous avons de peu recommandable nous avilit, nous fait tort dans l'esprit des autres. « M. le chevalier de Laurès, auteur estimable qui a remporté plusieurs fois le prix à l'Académie française, ne pouvant avoir accès auprès des Comédiens français pour l'examen d'une tragédie, a adressé une courte Epître à M. le marquis de Chauvelin, seigneur recommandable par son goût pour les lettres, et il le sollicite de lui accorder sa protection. » Bach.
Estimable attribue une valeur essentielle, le plus souvent une valeur morale , qui doit attirer le respect. « Rien n'est estimable que le bon sens et la vertu. » Fën. Recommandable suppose plutôt une valeur d'utilité ou d'application qui doit faire rechercher la chose ou la personne, qui doit lui donner de la réputation, l'accréditer. « Le pigeon de mois est une race recommandable par son utilité, c'est-à-dire par sa grande fécondité. » Buff.
On parlera avec précision en disant d'un homme qu'il est estimable par ses vertus et recommandable par ses talents. Fénelon demande quelque part pour une ambassade en Espagne un homme aussi estimable que recommandable, c'est-à-dire qui soit d'une vraie vertu en même temps que distingué par son habileté et par son rang.
ESTROPIÉ, IMPOTENT. Mal accommodé ou infirme d'un membre, et, par exemple, d'une jambe ou d'un bras. « Et vous, pauvres connus, pauvres honteux, malades impotents, estropiés, restes d'hommes. » Boss.
On n'est jamais estropié que parce qu'on a été estropié, que par suite d'un accident. « Nous sommes si chanceux que nous sortons presque toujours estropiés de nos batailles. » Les. « Il a fait une chute de cheval, il en sera estropié toute sa vie. »AcAD.Vulcain était estr opié parce qu'étant enfant il avait été précipité du ciel. Mais il se peut qu'on soit impotent par un vice de nature. « Pour un malheureux qui ne l'est que parce qu'il est né faible, impotent ou difforme, que de millions d'hommes le sont par la seule dureté de leurs semblables ! » Buff. « Ce fut une fortune pour Mlle d'Aubigné d'épouser Scarron, cet homme disgracié de la nature, impotent. » Volt.
Estropié fait penser à l'état du sujet, au malheur qu'il a éprouvé, au coup qu'il a reçu; et impotent, du latin impotens, impuissant, à son incapacité, à l'impossibilité où il est de se servir de la partie de son corps qui est malade. L'estropié se meut et agit encore, * Tout estropié que je suis, je ne laisse pas d'aller bon train. » Les.
« La reine Gisèle ne se faisait servir que par des gens borgnes, bossus, boiteux et estropiés. » Fén. Mais l'impotent est privé de l'usage d'un de ses membres ou de plusieurs; c'est ce que le mot fait entendre expressément. « Il vous faudrait bien de pareils rhumatismes pour vous rendre impotente ; et j'aimerais mieux que vous ne pussiez remuer ni pied ni patte , c'est-à-dire n'écrire ni vers ni comédie, que de vous savoir la migraine. » J. J. a Cela ne suffit pas pour me vêtir et me nourrir moi et ma sœur la couturière devenue impotente. » Volt.
Estropié indique plutôt la cause , et impotent l'effet : c'est d'ordinaire parce qu'on est estropié qu'on est impotent. Le roi Louis VI s'étant emparé du jeune prince Richard, fils de Guillaume, duc de Normandie, voulut lui brûler les jarrets , afin que, étant estropié, il devînt impotent, incapable de régner et de commander les armées (Boss.).
ÊTRE, EXISTENCE. Ces deux termes très-généraux expriment ce qui est commun à tout ce qui est, et tous deux sont opposés à ce qui n'est pas, au néant.
Être, qui n'est autre chose que l'infinitif du verbe auxiliaire devenu substantif, est encore plus abstrait, plus général qu'existence : il n'exprime que le caractère de n'être point à néant, et encore d'une manière très-vague. Existence a quelque chose de plus précis : comme l'annonce sa terminaison, il vient d'un participe présent, et par conséquent il indique quelque chose de présent, d'actuel. Être désigne l'idée commune aux deux mots sans détermination, non-seulement de temps, mais aussi de manière; existence marque, nonseulement la présence, l'actualité, mais encore l'état, le comment. On dit d'une chose, qu'elle a tant d'années d'existence, on met fin à son existence, on a une existence courte, heureuse ou malheureuse.
Être se dit de tout ce qui peut être considéré comme objet. Existence, de ex stare, se tenir debout hors de, se dit uniquement de ce qui se tient debout hors de nous, de ce qui se tient présent, ou bien de ce qui est tiré de Vêtre, de ce qui existe n'ayant pas existé auparavant. Le mot être s'applique à tout ce qui n'est pas à néant : outre tout ce qui existe réellement, actuellement, il comprend tout ce qui ne répugne pas à Vexistence; existence ne se dit que de ce qui existe effectivement. Ce qui a l'être peut n'exister qu'en puissance ou en idée; ce qui a l'existence existe en réalité : il y a des êtres d'imagination, de raison ; ils sont sans exister.
Existence étant relatif au lemps ne s'emploie guère qu'en parlant des êtres organisés qui durent ou vivent plus ou moins. Vexistence n'est donc que la forme de Vêtre ou sa réalisation apparente et locale en un certain point de la durée : c'est l'être actuel, l'état de ce qui existe présentement. C'est de Dieu que nous tenons Vêtre, c'est à nos parents que nous devons Vexistence. Nous sommes après que nous avons existé. Dieu est; aussi dit-il lui-même : Je suis celui qui est; l'homme est et existe. <r Dieu est celui qui est : tout ce qui est et existe, est et existe par lui. » Boss. Après cette vie l'homme sera, mais il aura sans doute une
autre existence. On ne conçoit pas que ee qui est cesse d'être; on conçoit parfaitement que ce qui existe cesse d'exister. Nous n'avons aucun pouvoir sur Vêtre ; nous le gardons tel qu'il nous a été donné, sans aucune altération; nous pouvons modifier Vexistence, la détruire même ou bien la communiquer à ce qui ne l'a pas encore.
Mais, quoique Vêtre dans sa généralité absolue n'admette aucune qualification, il est susceptible d'être de nouveau particularisé, et alors il comporte des qualités, mais des qualités fondamentales, profondes, intimes, essentielles, qui servent à caractériser les différents genres d'êtres. « C'est la pensée qui fait Vêtre de l'homme. » Pasc. On ne dit point des existences comme on dit des êtres, parce que existence n'est relatif qu'au fait d'exister de telle ou telle façon, actuellement et plus ou moins de temps. Mais, en revanche, on dira bien : ces rassemblements prouvent l' existence d'un complot; ces vapeurs prouvent Vexistence d'un volcan, c'est-à-dire le fait, la réalité actuelle. On prouve Vexistence de Dieu, c'est-à-dire sa réalité actuelle par rapport à notre manière de concevoir la durée, et non son être, c'est-à-dire sa nature intime, son essence, le fond de son être. L'être est une chose, Vexistence un fait, parce que le mot être est un substantif pur et le mot existence un substantif verbal. « Il y a des êtres qui n'ont reçu de la nature que Vexistence physique. » Staël. Notre être, c'est ce que nous sommes ; notre existence, c'est notre vie. Voltaire, réfutant une pensée de Pascal, dit : « Pourquoi nous faire horreur de notre être? Notre existence n'est point si malheureuse qu'on veut nous le faire accroire. »
1° ÉVANOUISSEMENT , PAMOISON; — 2° DÉ- FAILLANCE , FAIBLESSE, SYNCOPE. Fait ou état d'une personne qui se trouve mal.
L'évanouissement et la pâmoison se rapportent à l'âme; la défaillance , la faiblesse et la syncope, au corps. L'évanouissement et la pâmoison produisent dans la vie de l'être intellectuel et moral des effets dont l'étude est du ressort de la psychologie. La défaillance, la faiblesse et la syncope se manifestent chez l'homme et chez les animaux par des altérations plus ou moins dangereuses des fonctions organiques, et c'est à la médecine à s'en occuper. Dans un des contes de Marmontel, une jeune religieuse soigne un malade qui a été son amant et qu'elle reconnaît sans en être reconnue. A la fin, un accident la décèle. Il en résulte qu'ils tombent, l'une en pâmoison, l'autre en défaillance, c'est-à-dire que l'une, succombant à son émotion, se trouve intérieurement bouleversée, tandis que l'autre éprouve une telle commotion physique, q"U'il en pense perdre la vie. De même, dans le Clitandre de Corneille, Caliste tombe en pâmoison par un mouvement sympathique de frayeur à la vue des périls que court Rosidor, son amant, et celui-ci tombe en faiblesse par suite des blessures qu'il a reçues.
1° Évanouissement, pâmoison.
Évanouissement a été formé du latin evanescere, s'évanouir, se dissiper, disparaître. C'est un mot tout relatif à l'intelligence : la personne évanouie a perdu connaissance; son esprit s'en est allé, s'est comme évaporé; et revenir d'un éva-
SUPPLEMENT
nouissement, c'est proprement reprendre connaissance , reprendre ses sens ou ses esprits. « Quelle chaîne y a-t-il entre la mort passagère de l'âme dans un profond sommeil ou dans un évanouissement, et les idées que l'on reçoit en reprenant ses esprits? » Volt. « En ce cas, l'homme penserait dans un profond sommeil sans rêves, dans un évanouissement, dans une léthargie , dans le ventre de sa mère. » Id. « Nous n'épargnâmes rien pour la tirer de son évanouissement , et nous eûmes le bonheur d'en venir à bout. Mais quand elle eut repris l'usage de ses sens, elle sentit son malheur. » Les.
La pâmoison est toute relative aux impresions morales : elle provient de ce qui fait d'ordinaire qu'on pâme ou qu'on se pâme, c'est-à-dire d'une forte émotion, d'un excès de chagrin ou de joie. « Ces paroles me causèrent un si furieux déplaisir, que je tombai comme morte entre ses bras. Ma pâmoison fut longue. » Sgarr. « Il y a tout plein de ces agonisants-là qui tombent en pâmoison à l'aspect des jolies demoiselles. » Regn. « La princesse d'Harcourt (surprise au jeu par Mme de Maintenon chez la maréchale de Villeroi au sortir du salut) laisse tomber ses cartes , et soi-même dans son fauteuil tout éperdue.... Elle sort en furie de son espèce de pâmoison. » S. S. Dans le Cid, don Diègue dit de Chimène qui vient d'apprendre la fausse nouvelle de la mort de Rodrigue :
Mais voyez qu'elle pâme, et d'un amour parfait,
Dans cette pâmoison, sire, admirez l'effet.
Sa douleur a trahi le secret de son âme. Corn.
Pâmoison ne s'emploie plus guère aujourd'hui, au moins dans le style sérieux. Et, de son côté, l'évanouissement a encore cela de particulier, qu'il est assez souvent simulé,' parce qu'on peut aisément faire semblant de n'y être plus, de ne plus rien voir, rien entendre. « Pour adoucir ses transports elle s'est évanouie deux fois.... C'est la force du sexe que d'avoir ces faiblesses à commandement; car, dans les grands accidents, quand l'attaque est trop forte, une femme se sauve dans Yévanouissement. » Dufr. « Mlle Clairon est allée chez Mme de Sauvigny, où, après les tendres amitiés, sont venus les évanouissements. » Bach. « Mme la princesse de Conti vient de mourir.... Mme de Gesvres avait pris le parti des évanouissements ; Mme de Brissac de crier les hauts cris. . . . : ces deux personnages n'ont pas réussi : qui prouve trop ne prouve rien. » SÉv.
2° Défaillance, faiblesse, syncope.
La défaillance est un affaiblissement des forces ; la faiblesse en est la perte. L'une n'est qu'un degré qui mène à l'autre. « Il arrivera (au corps) tantôt des tremblements et des convulsions, tantôt des langueurs et des défaillances. » Boss. « Je suis quelquefois au hasard de tomber par des étourdissements qui me prennent; je ne saurais m'appliquer le moins du monde qu'il ne me prenne un mal de cœur tirant à défaillance. » Boil. — La faiblesse est plus grave; il est moins rare d'en mourir. « Vous le voyez là (votre père) ; il vient de mourir tout à l'heure d'une faiblesse qui lui a pris. » Mot. « A huit heures l'abbé Chauvelin a donné audience à ses médecins; il
plaisantait avec eux lorsqu'il lui a pris une faiblesse dans laquelle il a passé, sans qu'il ait pu recevoir les sacrements. » Bach. — « Le roi d'Angleterre eut une grande maladie. Étant tombé en faiblesse, son fils crut qu'il était mort, et prit la couronne qui était sur son lit.... Le roi , revenu de sa défaillance, demanda sa couronne.... » Boss.
La syncope ressemble à la faiblesse en ce qu'elle constitue également un état complet , un état porté au plus haut point. Mais, au lieu que faiblesse, d'une origine latine fort difficile à apercevoir, est un mot de la langue commune, syncope, pris du grec ctuyxotc^, est le terme technique de la médecine qui s'en sert exclusivement dans les titres des ouvrages, où il est traité de l'espèce de maladie qui consiste, comme on dit vulgairement, à se trouver mal. « La nuit fut cruelle et décisive . Etouffement , oppressions , syncope, la peau sèche et brûlante; une ardente fièvre...» J. J. « Le roi (Alexandre, qui s'était baigné dans le Cydnus) perdit la parole, et tomba dans de si grandes syncopes qu'il n'avait presque plus de pouls ni d'apparence de vie. » Vaug., Roll. « L'incision étant faite, et le fer hors de la plaie, il en sortait une telle quantité de sang, que le roi tomba en syncope, de sorte qu'ils se mirent tous à crier et à pleurer, croyant qu'il fût mort. »Vaug. — D'ailleurs, dans la langue ordinaire, dont il est uniquement question ici, la syncope paraît avoir pour caractère spécial de mettre le sujet qui en est atteint dans un état d'exaltation ou d'irritation plutôt que d'accablement. « Les femmes de Barbarie aiment la musique et la danse, au point d'en être transportées ; il leur arrive même de tomber * en convulsions et en syncope lorsqu'elles s'y livrent avec excès. » Buff. « Je crois que l'esprit de mon pauvre maître est tombé en syncope.... Il lui prend des accès qui me font trembler, et je crains que la bile noire ne lui fasse faire quelque mauvais coup. »Dest. « Les Français courent; ils volent; les voitures lentes d'Asie, le pas réglé de nos chameaux, les feraient tomber en syncope. »
MONTESQ.
EXACTITUDE, FIDÉLITÉ. C'est, dans un récit, dans un rapport, ou dans la personne qui le fait, une qualité qui détermine ou doit déterminer à y croire.
L'exactitude est plutôt objective, relative à ce qui fait l'objet ou le fond du rapport, du récit; la fidélité, au contraire, est subjective, relative à la personne qui est l'auteur du rapport ou du récit. V exactitude de l'histoire dépend d'abord de la fidélité de ceux qui ont rapporté les faits. Un compte exact se considère en lui-même, il est vrai, il n'y manque rien ; un compte fidèle appelle l'attention vers son auteur, son auteur ne l'a point altéré, n'y a rien mis du sien. Un récit exact est conforme à ce qui s'est passé ; un récit fidèle est tait par un homme impartial et véridique. « Dans la compilation de dom Calmet les faits sont exacts, les citations fidèles. » Volt. « Je n'ai songé qu'à l'exactitude et à la vérité.... Personne de tout ce qui m'a connu et a vécu avec moi ne concevra aucun soupçon sur la fidéUté du récit que je fais.» S. S.
Exactitude dit plus que fidélité; car V exactitude rend la chose croyable absolument, et la fidélité ne présente pour y faire croire que la bonne foi de celui qui la rapporte, outre qu'il y a dans l'exactitude plus d'attention à ne pas s'écarter de la vérité. « La fidélité la plus exacte. » S. S.j Bern. « Le tout (dans ce récit) peut n'être pas absolument exact, mais les traits principaux sont fidèles. » J.-J. « 11 est bon, pour exercer et affermir sa mémoire, qu'elle s'accoutume à rendre l'histoire fidèlement, et telle qu'elle est dans le livre, sans pourtant exiger une exactitude rigoureuse, qui aille jusqu'à n'oser changer aucun mot. » Boll.
EXACTITUDE, PONCTUALITÉ. Attention qu'on met à agir conformément à quelque chose ou de manière à ne s'en point écarter du tout.
Exactitude suppose une règle générale, abstraite, une loi; et ponctualité, une règle de fait. L'homme exact obéit à l'ordre ; et l'homme ponctuel, à un ordre ou à des ordres qu'il a reçus; l'un fait ce qui est régulier, et l'autre ce qui a été réglé. On est exact à remplir ses devoirs (Mass.), etfoonctuel à remplir ses engagements, à s'acquitter d'une commission. « Le bel abbé qui est si ponctuel à rendre les billets. » SÉv. « Philippe II d'Espagne ordonne qu'on passe les novateurs au fil de l'épée; l'ordre est exécuté avec ponctualité. » Volt. « J'étais convenu avec les ducs que pas un n'irait à Villers-Cotterets. Et cela fut exécuté avec la même ponctualité et fidélité. » S. S.
Ce prince était Ponctuel quand il promettait. Scarr.
D'ailleurs, ponctualité marque une conformité plus rigoureuse, et non pas seulement une convenance mais comme une coïncidence de la conduite avec la règle ou ce qui en sert. On suit la règle en agissant exactement; on touche précisément le point en agissant ponctuellement. « On obéissait aux consuls avec autant de soumission et de ponctualité qu'on eût fait dans les monarchies les plus absolues. » Boss. « Narcisse lit exactement la gazette de Hollande.... Il est d'une ponctualité religieuse sur les visites. » Labr. « L'exactitude de M. de Beauvilliers, ou pour parler plus juste, sa ponctualité à ses diverses et continuelles fonctions, était sans le plus léger relâche; elle avait augmenté sa précision naturelle jusqu'aux minutes, et jusqu'à savoir ce qu'il lui en fallait pour aller de chez lui chez le roi. » S. S. « Pour ce qui est de l'histoire, je l'ai suivie exactement et ponctuellement. » Malh.
Enfin , ponctualité est tout subjectif : il ne se dit qu'en parlant d'une action, et pour en qualifier l'auteur. On sait une chose avec exactitude (Labr.), mais non pas avec ponctualité. Les choses peuvent être dites exactes : une justice exacte (Boss.), V exacte vérité (Volt.), un récit exact (Acad.) ; mais l'épithète de ponctuel n'est applicable qu'aux hommes.
EXACTITUDE, RÉGULARITÉ. Qualité d'un homme qui fait bien ce qu'il doit faire , qui agit conformément à quelque chose qui le guide.
Exactitude, du latin exactus, fait d'après ou entièrement, achevé, accompli, soigneux, ponctuel, a une signification plus générale : l'homme
exact est celui qui se conforme à quoi que ce soit, à la réalité, à sa parole , à un ordre, à un modèle quelconque. Aussi dit-on bien Vexactitude d'un observateur, d'un historien, d'un commissionnaire, d'un correspondant, d'un débiteur, d'un traducteur, etc. Mais la régularité, du latin régula, règle, consiste spécialement à se conformer à des règles, à suivre dans ses actions les préceptes de la morale, de la religion ou d'un art.
Toutefois exactitude se prend bien aussi dans le sens particulier de régularité. Il en diffère même alors : il y ajoute une idée de diligence, de soin ou d'attention à ne rien omettre. « Une exacte régularité. » Mass.
Quant à son objet, la régularité vaut mieux sans doute que la simple exactitude, puisqu'elle est la conformité à quelque chose d'essentiellement louable, l'ordre, le bien ou le beau. Mais quant au degré, c'est, à son tour, Vexactitude qui l'emporte sur la régularité; car, ennemie de la moindre négligence, elle mène à une pratique plus rigoureuse et plus accomplie. « Cette exactitude, cette régularité dans les plus petites choses. » Bourd. « Une exactitude scrupuleuse. » Id. «La vie chrétienne demande une extrême exactitude : il faut prendre garde aux moindres préceptes, et n'en mépriser aucun. » Boss. « Il est difficile d'être tout à fait régu Hère avec la charge que vous avez; mais la nécessité qui nous oblige quelquefois à manquer aux observances, vous doit obliger à y être exacte quand vous le pourrez. » Maint. Ainsi exact équivaut à tout à fait régulier. EXCELLENT, EXQUIS. Très-bon.
Excellent est objectif, exquis subjectif. La chose excellente se considère en soi; la chose exquise, par rapport à nous : la première est d'une nature ou d'une qualité supérieure, la seconde nous cause beaucoup de plaisir. Aussi diton un arbre excellent, un fruit exquis : « C'est un figuier, un excellent arbre, dont le fruit est des plus exquis. » Boss.
Que si excellent est aussi quelquefois relatif à nous, ce n'est pas à la même partie de nous : c'est à notre intelligence, à notre raison, et non à notre sensibilité. Nous estimons beaucoup ce qui est excellent; nous goûtons beaucoup ce qui est exquis, nous y sommes très-sensibles. Un enfant a d'excellents sentiments, les sentiments les plus' louables; un livre est plein de sentiments exquis, de sentiments délicieux. Un remède est excellent, il n'y en a pas de préférable pour l'efficacité ; des parfums exquis, des plaisirs exquis, surpassent tous les autres en douceur. Un animal a l'oreille excellente, et l'odorat exquis : l'oreille nous instruit, l'odorat nous procure des jouissances. « Le cerf paraît avoir l'œil bon, l'odorat exquis, et l'oreille excellente. » Buff.
Ensuite, quoique d'une grande valeur et fort estimable, la chose excellente {excellere, s'élever au-dessus) peut être commune, à la différence de la chose exquise, qui est recherchée (exquisita), rare et délicate. On dit du pain excellent (Fén.) ; des mets communs, mais excellents (J. J.) . On dit, d'autre part, des sirops exquis (Boil.), ce qu il y a de plus exquis dans le nectar et dans l'ambroisie (Fén.). —Au figuré, de même : un objet d'art
SUPPLÉMENT
excellent n'est rien moins que médiocre, et un objet d'art exquis rien moins que commun : « De là les différences et les gradations du bien au mieux, du commun à Y exquis, du médiocre à Y excellent, en fait de goût comme en fait de génie. » Marm. Il y a plus de grandeur et de solide beauté dans un tableau excellent, un travail plus soigné ainsi que plus de finesse et plus de délicatesse d'agrément dans un tableau exquis.
EXCOMMUNICATION, ANATHÈME. Action ou résultat de l'action par laquelle une personne est retranchée de l'Église ou de toute autre société religieuse.
Dans un recueil de pensées du cardinal Duperron ÇPerroniana) se trouve nettement indiquée la différence suivante sur laquelle il ne saurait rester le moindre doute.
Excommunication, action & excommunier , de mettre hors de la communion, est le terme spécial, celui qui exprime la chose à la rigueur : Y excommunication est un acte en formes, judiciaire, émané de l'autorité compétente. Mais anathème, du grec àvà6Y]p.a, exposition, malédiction, est une expression vague, . désignant une action qui peut être faite par un particulier et se borner à un simple vœu; en sorte que Yanathème est comme une excommunication, une espèce d'excommunication. « S'il se trouve un pasteur de ce caractère dans cette assemblée, que son argent périsse avec lui ! c'est Yanathème, et comme Yexcommunication que nous prononçons contre cet infortuné. » Miss.
Le pape ou un évêque prononce une sentence d'excommunication ; qui que ce soit peut dire anathème à quelqu'un, et, par exemple, quand David fut chassé de Jérusalem, son peuple l'accompagna d'anathèmes et de dérision (Mass.).
C'est parce au'il est vague qxYanathème, à la différence d'excommunication, s'emploie très-bien au pluriel : les anathèmes de l'Église (Bourd., d'Al.), les anathèmes du ciel (Mass.), de terribles anathèmes (Acad.).
EXCUSE, DÉFAITE, FAUX-FUYANT. Ce qu'on allègue pour se justifier ou pour justifier quelqu'un de faire ou de ne pas faire quelque chose, ne l'avoir ou de ne l'avoir pas fait.
Excuse, latin excusatio , justification, ce qui •excuse ou disculpe, est de ces trois mots le seul qui se prenne en bonne part : il y a de bonnes excuses, des excuses valables, des excuses légitimes. « Cette excuse n'est bonne que pour les premières guerres. » Boss.
Qn n'avait jeté Cette immondice, et la dame gâté Qu'afln qu'elle eût quelque valable excuse Pour éloigner son dragon quelque temps. Laf.
Ulysse dit à Agamemnon dans Iphigénie : • Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime; Les dieux ont à Calchas amené leur victime. Rac. -Et même, employé seul, le mot excuse signifie quelque chose de raisonnable ou de fondé. « Si l'ennemi d'un sauvage lui dit : — mes parqles vous ont blessé; ma langue est comme lare qui décoche la flèche ; si la flèche est mortelle, et si elle vous atteint, l'arc n'en est pas moins innocent; — prend-il cela pour une excuse? » Marm.
Défaite et faux- fuyant, au contraire, ne se disent jamais qu'en mauvaise part : ils expriment des raisons vaines, frivoles ou fausses, des excuses de nulle valeur. Ils diffèrent néanmoins l'un de l'autre d'une manière assez notable encore.
On emploie la défaite pour se défaire des personnes ou des choses, pour s'en débarrasser; elle suppose un simple embarras, une simple difficulté, d'où il s'agit de se tirer. Mais on emploie le fauxfuyant pour fuir, pour échapper à des ennemis qui attaquent ou poursuivent; il suppose un danger dont il s'agit de se sauver.
Est-on, par exemple, importuné de certaines demandes auxquelles on ne veut pas ou on ne peut pas satisfaire, on a recours à des défaites, a M. le Duc et M. le prince de Conti déclarèrent qu'ils n'iraient point au jugement du duc de Richelieu comme étant ses parents trop proches. Ce fut une défaite que le régent leur suggéra pour éviter noise. » S. S. a Comme nous étions encore sous ma porte : Arrête! arrête! C'était l'abbé Dubois. Force fut de reculer et de descendre. Je. lui dis que nous avions bien affaire pour quelque chose qui regardait Mme de Lauzun. Cela devint ma défaite ordinaire. » Id. Richelieu dit à Mazarin dans un des Dialogues des morts de Fénelon : a C'est ce qui vous faisait promettre trop facilement, et éluder ensuite toutes vos paroles par cent défaites captieuses. » s De quelle défaite vous paya-t-il? Il fit le fier sans doute, et rejeta la proposition avec hauteur? » J. J. Dans le Distrait deRegnard, Mme Grognac ne voulant pas marier sa fille, refuse tel prétendant parce qu'il est trop riche, tel autre parce qu'il est trop pauvre. Sur quoi Valère remarque ce qui suit :
La réponse est honnête, Et vous avez toujours quelque défaite prête.
Mais si vous avez à vous défendre contre un adversaire, contre un accusateur et particulièrement devant les tribunaux, c'est de faux-fuyants que vous vous servez. « Il ne faut laisser aucun faux-fuyant à ce méchant adversaire. » Beaum. « Plus on l'attaque vivement, plus il devient ardent à se défendre; plus on multiplie les difficultés, plus de sa part il multiplie les subtilités et les faux-fuyants. » Bourd. « Le dictateur fit citer Manlius par un licteur, et l'interrogea sur le seul fait des trésors qu'il accusait les sénateurs de cacher. La question était embarrassante pour Manlius. Il y répondit d'une manière très-artificieuse, cherchant des faux-fuyants pour en éluder la force. » Roll. Boileau reproche à l'Équivoque, attaquée par un pape,
Ses détours burlesquement pieux, Ses subtils faux-fuyants pour sauver la mollesse.... Afin que pour nier, en cas de quelque enquête, J'eusse d'un faux-fuyant la faveur toujours prête.
Mol.
L'auteur en vos cantons peut soutenir la chose, Et près des tribunaux que la Garonne arrose Se sauver par ce faux-fuyant. Laf.
EXCUSER, DISCULPER, JUSTIFIER. Tâcher ou parvenir à empêcher qu'une accusation, un reproche ou chose semblable ne subsiste ou n'ait des suites.
Condillac a très-bien distingué ces trois termes.
« On excuse quelqu'un, dit-il, lorsqu'en reconnaissant la faute qu'il a faite on prouve qu'il mérite d'être pardonné ; on le disculpe en faisant voir qu'il n'a pas commis la faute dont il est accusé ; on le justifie en montrant que ce qu'on lui reproche comme une faute n'en est pas une ou que même il n'a fait que ce qu'il a dû faire. »
Ainsi excuser dit moins que ses synonymes. C'est ce qu'il est facile de confirmer par des exemples. « C'est ainsi que le charité de saint Etienne cherche à excuser et à disculper ses ennemis. » Bourd.
Il doit son innocence à l'amour paternel;
C'est lui seul qui l'excuse et qui le justifie. Corn. « Il faut considérer combien de circonstances peuvent, non pas justifier, mais du moins excuser la conduite de César. » Lah. « Si rien ne peut te justifier, songe au moins à ce qui t'excuse. » J. J. Entre excuser d'une part, disculper et justifier de l'autre il y a cette grande différence, que, quand on excuse, on se borne à diminuer par des considérations atténuantes un tort dont ou convient, au lieu que, quand on disculpe ou qu'on justifie, on ne convient d'aucun tort, on soutient l'entière innocence. Celui qui excuse demande pardon ou grâce; celui qui disculpe ou justifie demande justice et acquittement. Excuser, c'est réclamer l'indulgence par des excuses, par des raisons qui tendent , non pas à détruire la culpabilité, mais à disposer en faveur du coupable, en alléguant sa faiblesse, son ignorance, sa légèreté, son exaltation, ses illusions ou son repentir. « Jésus-Christ a excusé le crime de ses bourreaux : et quoique leur ignorance fût inexcusable, il l'a employée pour diminuer la grandeur et l'énormité de leur attentat. » Bourd. «On voit comme M. de Cambrai exténue et comme il excuse les excès de Mme Guyon. » Boss. « Il oublie tous les endroits de la Relation où l'excuse Mme Guyon par le repentir qu'elle témoignait, et les temps passés par son ignorance.... Loin qu'on charge sur les ingorants, on excuse même les savants qui ont été éblouis. » In.
Disculper et justifier établissent l'innocence en faisant voir, l'un que le sujet n'a pas commis l'action qu'on lui impute, l'autre que cette action est juste, légitime, et non pas mauvaise ou criminelle. Disculper écarte l'inculpation, nie le fait; justifier admet le fait, mais l'explique favorablement, le rend plausible, le présente comme étant de ceux qui sont moralement permis ou même commandés. On se disculpe de révolte en prouvant qu'on ne s'est point révolté, qu'on n'a point pris de part à la révolte ; on se justifie d'une révolte en montrant qu'on a pu raisonnablement ou que même on a dû se révolter. — D'ailleurs disculper se dit surtout des personnes et les représente comme déchargées d'une accusation, au lieu que justifier se dit surtout de la conduite et des ac tions dont la justification fait connaître la raison I ou la droiture. « Je ne prétends pas disculper ici | pleinement les Romains, m justifier en tout leur conduite. » Roll. « Daniel fait des efforts pardonnables pour disculper le jésuite Varade; les curés n'en font aucun pour justifier les fureurs des curés de ce temps-là. » Volt.
EXHALER (S), S'ÉVAPORER. S'élever ou s'en aller dans l'air. •
S'exhaler, exhalari, c'est passer dans l'air et s'y étendre à la manière du souffle qui sort de la bouche. S'évaporer, c'est se réduire en vapeur, chose vaine, sans qualités, sans consistance au prix de l'exhalaison, c'est par conséquent s'en aller en fumée.
L'odeur ou le parfum qui s'exhale se répand de tous côtés. « Votre nom est comme un parfum délicieux, qui s'exhale de pays en pays chez les peuples les plus reculés. » Fén. Mais l'odeur ou le parfum qui s'évapore se perd. « Ces essences précieuses ne peuvent se conserver et s'évaporent dès qu'on les produit au jour. » Bourd. « Ce qu'il y a de délicat dans ces auteurs se perd quand on veut mettre leurs pensées dans une autre langue : à peu près comme ces essences exquises, dont le parfum subtil s'évapore quand on le verse d'un vase dans un autre. » Bouh.
Ce qui s'exhale ne s'anéantit point. « Ce canton n'a ni plantes ni minières pernicieuses, dont les parles s'exhalent continuellement dans les corps des animaux. » Volt. « Il n'y a pas le moindre atome qui périsse. Il n'arrive dans ce qu'on appelle la mort qu'un simple dérangement d'organes; les corpuscules les plus subtils s'exhalent; la machine se dissout....; mais aucune parcelle ne cesse jamais d'exister. » Fén. « Votre âme, ô sublime Fénelon! serait exhalée en air inflammable! » Bern. Mais ce qui s'évapore se dissipe et périt. « Vous m'avez vu bien maigre; je suis devenu squelette; je m'évapore comme du bois sec enflammé , et je serai bientôt réduit à rien. » Volt. « La contemplation de ces philosophes (pythagoriciens) s'évaporait en vaines pensées. » Boss. « Cette religieuse est persuadée que, si elle prenait l'air un moment, cette grâce si divine s'évaporerait. » Sév. « Au milieu de ces vaines subtilités , la raison , le bon sens s'évapore. » Acad.
Son âme s'évapore, et tout l'homme est passé.