FORMALISTE, CÉRÉMONIEUX, FAÇONNIER
Vétilleux dans ce qui regarde les règles des convenances sociales.
« Que diable peut-on dire de formaliste, sinon qu'un homme formaliste est un homme insupportable?» Volt. Ce qu'on en peut dire relativement à ses synonymes cérémonieux et façonnier, c'est que sa terminaison primitivement empruntée du grec en fait un terme plus noble. De là vient d'abord qu'il se prend seul dans un sens théorique ou spéculatif en parlant d'un homme trop attaché à la lettre même des lois ou aux formules des procédures, des actes judiciaires ou autres. « 0 chétive prud'hommie des formalistes, qui se tient aux mots de la loi, et en pense être quitte! »Charr. « On sait que les Romains étaient extrêmement formalistes; et nous avons dit que l'esprit de la république était de suivre la lettre de* la loi. » Montesq. « César, le moins formaliste de tous les hommes, ne fut point blessé du vice qui rendait sa nomination irrégulière. » Roll. Ensuite, dans l'acception où formaliste se rapproche davantage de cérémonieux et de façonnier, il en diffère' en ce qu'il se dit seulement de grands personnages. « Sont-ce ces mêmes princes si pointilleux, si formalistes sur leurs rangs et sur les préséances, qui consument poulies régler les mois entiers dans une diète?» Labr. « Le maréchal de Villeroy, grand formaliste, ne fut pas content de ce rapport à son insu, comme chef du conseil des finances. » S. S. « Je te trouve fort bonne de vouloir qu'une prude grave et formaliste comme moi fasse les avances ! » J. J.
Le cérémonieux, quoique très-voisin du façonnier, s'en distingue néanmoins. L'un exagère en
fait de civilité, l'autre en fait de politesse. «Timon on le misanthrope peut avoir l'âme austère et farouche; mais extérieurement il est civil et cérémonieux... ; semblable en ce sens à une femme qui est en visite chez une autre femme. » Labr. « Le caractère des Neuchâtelois est offusqué de manières : ils se croient polis parce qu'ils sont façonniers. » J. J. — Le cérémonieux s'astreint trop minutieusement à ce que prescrit l'usage envers les personnes selon l'âge, le sexe, le rang, la condition; il est l'esclave du cérémonial, de l'étiquette, comme le sont, dit-on, les Chinois. Le façonnier ne se signale pas par des démonstrations d'égards et de respects communes, convenues, aussi invariablement fixées que des règlements de police ; il est attentif à plaire par des moyens plus spéciaux, à l'aide desquels il relève ou feint de relever le mérite personnel. Dans le cérémonieux on remarque toujours un air de fête et de théâtre, quelque chose deroide et d'apprêté; ce qui déplaît dans le façonnier, ce sont ses manières étudiées, ses minauderies, ses grimaces, ses affectations d'amabilité, ses fadeurs. Celui-là n'est rien moins que familier, celui-ci rien moins que naturel. Nous sommes plus cérémonieux qu'on ne l'était dans l'antiquité où on tutoyait tout le monde, et moins façonniers qu'il y a un siècle ou deux, moins prodigues de compliments et de louanges.
FORME, FORMALITÉ. Manière réglée, établie, consacrée, de procéder en justice, en administration, dans l'exercice d'un culte, pour dresser des actes, etc.
A l'égard de la forme la formalité est comme la callosité à l'égard du cal, quelque chose qui en approche, qui en tient, qui y ressemble, quelque chose par conséquent de moins essentiel. Aussi dit-on bien de simples, de petites formalités. a D'Aguesseau avait un attachement aux formes, et jusqu'aux plus petites, si littérale, si précise, si servile , que toute autre considération disparaissait à ses yeux devant la plus petite formalité. » S. S. « Je suppose que les juges, liés par les formes, condamnent le maréchal de camp à payer ce qu'il ne doit point.... Il se peut, à toute force, que des formalités de chicane que je ne connais pas fassent perdre le procès au maréchal de camp. » Volt. « Quand on entreprenait une guerre, on envoyait avant toutes choses redemander dans les formes (par les féciaux) les choses injustement ravies. Mais que servent les meilleures institutions quand enfin elles dégénèrent en pures cérémonies? Les délibérations des féciaux ne furent bientôt plus qu'une formalité inutile. » Boss. Parle-t-on des formes comme de quelque cho^e qui mérite peu qu'on y ait égard, on les appelle des formalités. « Comme le prince de Condé (à son lit de mort) donnait des ordres, averti qu'il fallait écrire et ordonner dans les formes, il répéta souvent, Monseigneur, qu'il vous connaissait, qu'il n'y avait sans formalités qu'à vous dire ses intentions. » Boss.
Formalité, on le voit par ces exemples, se prend
forme, une pure cérémonie, a C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités et dans les cérémonies. » Pasc. « Sachez-moi gré de vous avoir épargné quelques formalités ennuyeuses. » Staël.
Un chrétien effroyable Pourra, marchant toujours dans des sentiers maudits, Par des formalités gagner le paradis ! Boil.
FORTIFIER, RENFORCER, ENFORCIR, CON- FORTER, RECONFORTER. Donner de la puissance ou de l'énergie ; soutenir ou relever ce qui est, devient ou peut devenir faible.
Fortifier vient du latin fortificare [fortis, fort, et facere, faire), comme amplifier d'amplificare, purifier de purificare, justifier de justificare, etc. Mais renforcer, de re en force, remettre en force, a évidemment une origine et une physionomie françaises, c'est-à-dire vulgaires.
Fortifier s'emploie plus volontiers au moral : fortifier la vertu, le vice, des passions, le goût de l'étude, des espérances, l'amitié, le courage, des soupçons. « Si la voix du sang n'est fortifiée par l'habitude et les soins, elle s'éteint dans les premières années. » J. J. Mais en physique , surtout en parlant de choses peu relevées, on devra en général se servir de renforcer par préférence : renforcer le quartier d'un soulier, un mur, une poutre ou d'autres choses semblables; un canon renforcé, une étoffe renforcée. « Les rossignols, presque à la fin de leur ramage, semblaient se plaire à le renforcer. » J. J.
Lorsque les deux mots se disent l'un et l'autre au propre et au physique , ce qui arrive quelquefois, ils diffèrent encore, quoiqu'à un moindre degré. Fortifier, comme purifi£r, par exemple, exprime une action intime, dérobée aux regards, qui s'opère au dedans de la chose et se fait sentir à toute la masse ; au lieu que l'action de renforcer est plutôt extérieure, concrète et partielle. Dans un enfant qui se fortifie on voit les membres se renforcer peu à peu. « Quand l'enfant commence à se fortifier, laissez-le ramper par la chambre; laissez-lui développer, étendre ses petits membres; vous les verrez se renforcer de jour en jour. » J. J. Comme la poitrine est quelque chose dont l'état est tout intérieur, invisible, on dira bien qu'on la fortifie ou qu'elle se fortifie; mais, par la raison contraire, renforcer sera le mot propre quand il sera question, par exemple, des jambes, a La vérité est que le bain m'a renforcé les jambes et fortifié la poitrine. » Boil. On fortifie une place en renforçant la garnison, c'està-dire qu'on produit une sorte de qualité ou de vertu secrète, un accroissement de puissance défensive, en augmentant matériellement le nombre des défenseurs.
Que si, d'un autre côté, renforcer prend quelquefois l'acception morale, c'est abusivement, et dans le discours commun, pour ne pas dire familier, ou bien pour exprimer quelque chose de mauvais ou de blâmable. « Douze ans d'études, sans compter les années que de bons parents font doubler à leurs enfants, pour les renforcer, disent-ils ! »
plus volontiers que son synonyme dans le sens de Bern. « Cette Église, à peine établie (sous Constat formaliste, c'est-à-dire pour exprimer quelque tin), était déchirée par les disputes de ses prêtres chose de frivole, de tout extérieur, une espèce de | devenus presque tous sophistes, depuis que le pla-
tonisme avait renforcé le christianisme. » Volt. Ce qui prouve combien renforcer est inférieur à son synonyme par le rang, c'est l'usage qu'on en fait au participe, pour signifier toujours, figurément et familièrement, quelque chose de mauvais, de méprisable ou de ridicule. Un âne (Laf.), un pédant (Lah. ), un fat (Acad. ) renforcé. « L'Opéra-Comique n'est autre chose que la Foire renforcée. Je sais que ce spectacle est aujourd'hui le favori de la nation ; mais je sais aussi à quel point la nation s'est dégradée. » Volt.
Enforcir n'est pas français. On en trouverait difficilement un seul exemple ailleurs que dans les dictionnaires.
Conforter et réconforter, dans l'acception figurée, sont des archaïsmes. Au propre, s'ils se disent encore, c'est bien rarement , et seulement quand il s'agit de soins donnés au corps. Conforter est usité uniquement ou presque uniquement en médecine. Les Lapons se servent d'une espèce d'huile de fromage pour se frotter à l'endroit où ils souffrent, « et le remède est toujours suivi d'un succès et d'un effet merveilleux; il conforte la poitrine, emporte la toux, et est bon pour toutes les contusions. » Regn. Réconforter, qui marque une action plus forte ou une action venant après un affaiblissement qu'elle répare, ne s'emploie guère plus que conforter dans la langue commune si ce n'est en plaisantant ou en badinant. « Je me réconforte dans mes disgrâces en buvant de meilleur vin que le bon homme Loth. » Volt. Vert-Vert partageait Tous les sirops dont le cher père en Dieu, Grâce aux bienfaitsdcs nonnettes sucrées, Réconfortait ses entrailles sacrées. Gress.
FOUILLER, FURETER. Ces verbes signifient l'un et l'autre, au figuré, rechercher curieusement.
Maison fouille en creusant, en pénétrant vers le fond : « Dieu entre jusque dans les replis les plus intérieurs de l'âme , il sonde jusques aux plus profonds abîmes du cœur, il examine, il fouille, il recherche. » Bourd. On furette en allant dans tous les sens, de tous les côtés, comme le furet, qui visite un terrier de lapin : « Allons , tâchons à trouver ce Géronte, cherchons partout. Courons toute la ville. N'oublions aucun lieu. Visitons tout. Furetons de tous les côtés. » Mol.
Une autre différence, d'une application plus' générale, et déjà indiquée par le rapprochement des deux exemples qui précèdent, c'est que fouiller est de tous les styles, et fureter, du familier seulement. Celui qui fouille creuse la terre pour y chercher et en tirer quelque chose, action qui n'a rien de bas, et c'est pourquoi fouiller dans le sens dont il s'agit se dit de Dieu lui-même. Mais celui qui furette est un furet ou imite le furet, petit animal carnassier qui chasse et dont on se sert pour chasser les lapins :' ce qui donne à l'esprit l'idée d'une action animale commune, qui ne peut être attribuée à un homme que familièrement ou par*badinage.
Fouiller suppose quelque chose d'important à découvrir ; c'est un mot qui convient particulièrement bien à la police : « Denys le Tyran n'allait jamais de nuit dans la chambre de ses femmes sans avoir fait fouiller partout auparavant avec
grand soin. » Roll. Mais il arrive souvent de fureter par pure curiosité, pour le seul plaisir de savoir, en simple nouvelliste :
Don Lope venant dans mon appartement,
Par une liberté qu'on lui voit se permettre,
A fureté partout, et trouvé cette lettre. Moi..
On fouille plutôt par autorité, parce qu'on en a le droit ou qu'on en est chargé. « Il répondit qu'il avait ordre de fouiller dans ses papiers. » Roll. « M. Le Peletier avait eu commission de visiter la haute Auvergne, et fouillait les greffes de toutes les montagnes avec plus d'exactitude qu'on ne saurait imaginer. » Fléch. L'action de fureter, au contraire, est presque toujours arbitraire ou indiscrète. « Saumery était du naturel des rats qui se hâtent de sortir d'un logis, lorsqu'il est prêt de crouler. Il furetait tout et en tant de sortes de lieux qu'il ne lui fut pas difficile de voir la décadence de M. de Beauvilliers. » S. S. a J'imputai ce vol à d'Alembert qui avait pu trouver le moyen de fureter ces papiers et d'en enlever ce qui lui avait plu. » J. J. — «■ Dans V Avare, Harpagon fouille bien partout pour voir si on l'a volé, et son domestique, Là Flèche, est accusé par lui d'être un espion dont les yeux maudits furettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler (Mol.) .
Quand il s'agit de recherches faites ou à faire dans des papiers, des livres ou des bibliothèques, fouiller exprime un travail sérieux, et fureter un amusement. « Pour composer un livre utile sur cet objet, il faut avoir fouillé, pendant une année entière au moins, dans les registres. » Volt. « Quand j'allais à Genève, je logeais chez eUe, et je m'amusais à fureter et feuilleter les livres que mon oncle avait laissés. » J. J.