FOURREAU, GAINE; — ÉTUI, ENVELOPPE
Choses dans lesquelles d'autres sont mises pour être conservées comme nos corps dans nos vêtements. L'Académie définit fourreau par gaine, étui, enveloppe.
Le fourreau et la gaine sont toujours de forme allongée , semblables à des sacs, on y distingue un bout ou des bouts ; mais l'étui et Y enveloppe peuvent avoir, comme les boîtes, des formes de toutes sortes. Ensuite, la chose n'est que fourrée ou engagée dans le fourreau et dans la gaine; au lieu qu'elle est renfermée dans Yétui et dans Y enveloppe. Un couteau dans une gaine n'y est contenu qu'en partie; il est contenu entièrement, le manche comme tout le reste, dans un étui. L'âme étant dans le corps comme dans une maison qui la couvre et l'enferme de toutes parts, le corps peut être dit Yétui ou Yenveloppe de l'âme (Volt.), mais non pas son fourreau ou sa gaine.
Fourreau, gaine. — Le fourreau est plus longque la gaine : le fourreau d'une épée, la gaine d'un poignard, a 11 y a un proverbe qui dit : Le couteau use la gaine, l'épée le fourreau, l'esprit le corps. » Maint. D'ailleurs, fourreau, dont l'origine est certainement vulgaire, le cède en noblesse à gaine, dérivé du latin vagina, dont le sens est le même. On dit bien un fourreau de parapluie , un fourreau de chaise , et on appelle fourreau, surtout dans les villages, une sorte de robe d'enfant. Mais gaine ne s'emploie que quand il est question d'armes ou d'instruments qui y ressemblent; c'est aussi un terme usité dans les sciences et dans les arts, en anatomie, en botanique, en architecture; c'est même le mot qu'on préfère en parlant d'une épée, s'il s'agit d'assigner à cette arme un fourreau distingué : « Un jour Diogène aperçut un beau jeune homme qui parlait de vilenies : N'as-tu pas de honte, dit-il, de tirer une épée de plomb d'une gaine d'ivoire ? »
FÉN
Étui, enveloppe. — Les étuis sont généralement en matière dure et plus ou moins épaisse. Les enveloppes, au contraire, sont en voile (in vélo), en toile, en papier, en quelque chose de mince. Un étui à épingles, un étui de luth (Labr.) ; Yenveloppe d'un paquet ou d'une lettre. Les scarabées ont les ailes revêtues d'étuis écailleux pour les préserver de l'humidité (Bern.) ; la nature fait durer, pendant tout l'hiver, plusieurs espèces de pommes et de poires qui n'ont d'autres enveloppes que des pellicules si minces, qu'on ne peut en déterminer les épaisseurs (Bern.). Une pellicule ne peut être qu'une enveloppe ; mais la peau ou une peau s'appellera bien un étui, si on la considère comme une espèce de revêtement solide et fort : « Avec quel art et quelle industrie Dieu vous a formé cette peau qui couvre si bien le dedans du corps et qui lui sert comme d'un rempart ou comme d'un étui pour le conserver ! » Boss.
FRÉTILLER, TRÉMOUSSER. S'agiter beaucoup et vivement.
Frétiller, quelle qu'en soit l'étymologie, annonce par sa terminaison un diminutif comme sautiller, par exemple. Mais il n'y a rien dans
trémousser, dérivé peut-être de tremere, trembler, qui donne l'idée de petitesse. On dira donc qu'un papillon frétille en battant des ailes, et que les ailes d'un ange trémoussent. « Je n'ai nulle nouvelle du papillon philosophe. Si sa papillonne rie est partie de Paris, elle doit être à Dijon; et si elle est à Dijon, elle viendra frétiller dans quelques jours à Ferney. » Volt. « J'ai bien à parler d'autre chose à mes anges, et voici sur quoi je supplie leurs ailes de trémousser beaucoup. » Id.
Au .lieu de trémousser, on dit plus ordinairement se trémousser. Avec le microscope on voit des animalcules frétiller dans certaines liqueurs, comme on voit des vers fourmiller dans le fromage (Volt.) ; il n'est pas rare de voir des chiens endormis se trémousser (Acad.) comme s'ils avaient des songes. Un petit oiseau frétille : « Cet oiseau ne cesse de se remuer, de se tourner, de frétiller, de hausser et baisser la queue; et c'est de tous ces mouvements qu'il fait d'assez bonne grâce que lui est venu le nom de friquet. » Buff. Mais des hommes se trémoussent : dans le Bourgeois gentilhomme, le second acte s'ouvre par ces paroles de M. Jourdain , qui vient d'être spectateur d'un ballet : « Voilà qui n'est point sot, et ces gens-là se trémoussent bien. » Mol.
D'ailleurs, se trémousser est de ces deux verbes le seul qui se prenne dans une acception figurée et familière pour signifier travailler à quelque chose avec beaucoup d'empressement, se remuer beaucoup pour atteindre un but ou remplir une tâche. « Molière, excédé des mauvaises plaisanteries de Boileau et de Racine sur Lafontaine, dit un jour : « Nos beaux esprits ont beau se trémousser, ils n'effaceront pas le bonhomme. » Ducl.
Allons, enfants, à qui mieux mieux;
Jeunes garçons, jeunes fillettes,
Parez cet autel glorieux ; Trémoussez-vous, paresseux que vous êtes. Volt.
FROID, FLEGMATIQUE. Figurément ces deux mots signifient difficile à émouvoir , à ani -
mer.
Mais froid est relatif, et flegmatique absolu. On est froid à l'égard des autres, flegmatique en soi et pour soi. L'homme froid*est peu accueillant, peu sensible aux maux d'autrui, ou même sévère. « Je l'aime mieux égale et froide qu'accueillante et capricieuse. » J. J. a Je suis si insensible aux maux de mon prochain! je suis si froid à le plaindre, si lent à le secourir! » Boss. a L'humeur du prince d'Orange était froide et sévère. » Volt. L'homme flegmatique est grave et calme. « On conçoit aisément que des peuples graves et flegmatiques, comme les Espagnols et les Portugais peuvent avoir de la vanité; aussi en ont-ils. » Montesq. « Les Suisses sont ordinairement graves et flegmatiques. » J. J. « Quoique flegmatiques, les Arabes le sont moins que leurs voisins les Égyptiens. M. le chevalier Bruce m'assure que les Egyptiens sont beaucoup plus sombres et plus mélancoliques que les Arabes. » Buff. a Je remerciai Dieu de ne m'avoir pas donné de ces tempéraments posés et flegmatiques qui songent à tout, et n'oublient pas le moindre article des commissions dont ils sont chargés. » Les. « Sous un air
flegmatique et froid, le Genevois cache une âme ardente et sensible. » J. J.
Froid est encore relatif et flegmatique absolu sous un autre rapport. On est, on se montre froid dans l'occasion, parce qu'on le veut, par résolution ou par système. « Il croyait nous faire rire, mais tout le monde demeura froid. » Acad. « Dès que le comte voulait seulement approcher de ce sujet, l'air froid et sérieux de Pauline le forçait à s'arrêter. » Staël.
Camille avait déjà quelque soupçon
Que l'on l'aimait....
Il fit le froid.... Laf.
Mais on est flegmatique par tempérament et toujours; c'est une qualité qu'on tient de la nature, et non une qualité qu'on prend ou qu'on se donne accidentellement. « Le caractère naturel est très-varié, comme nous le voyons par le tempérament de chaque homme : être vif ou flegmatique, adroit ou fort, gai ou sérieux, brusque ou patient, sont des différences nécessaires au plan de la nature, n Bern.
En outre, froid se dit bien de l'esprit, la froide raison; au lieu que flegmatique se rapporte toujours à l'humeur ou au caractère. « Avez-vous jamais ouï dire qu'un emporté soit devenu flegmatique, et qu'un esprit méthodique et froid ait acquis de l'imagination? » J. J.
FUIR, S'ENFUIR. Se retirer ou s'éloigner avec vitesse.
Fuir est absolu.
Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie.
{Mithridate). Rac.
S'enfuir est relatif, relatif au lieu qu'on quitte, d'où on s'en va ; s'enfuir, c'est fuir de dedans, du milieu de : s'enfuir de prison, de sa ou de la prison (Acad., Volt.), de sa chambre (J. J.), etc. On fuit devant l'ennemi ; on s'enfuit de la maison paternelle ou de chez soi. A la vue d'un mal quelconque, actuel ou possible, vous fuyez; quand vous êtes dans un endroit plein de mal, au milieu du mal, vous vous enfuyez. Des voyageurs apprenant que la peste règne dans une ville, fuient, au lieu d'entrer; les habitants de cette ville s'enfuient. Le liquide renfermé dans un tonneau mal joint s'enfuit, et on dit aussi par métonymie que le tonneau lui-même s'enfuit; mais par rapport à l'un comme par rapport à l'autre fuir est impropre, parce que l'esprit conçoit nécessairement ici la sortie d'un contenu hors de son contenant.
D'autre part, fuir signifie le fait d'une manière abstraite, l'énonce simplement : tout fuit (Boss., Mass.) ; on ne lui reprochera jamais d'avoir fui (Acad.) ; un général trop inférieur par le nombre est obligé de fuir (Volt.). Mais s'enfuir exprime le fait d'une manière concrète, le dépeint, représente le sujet en action, faisant effort, prenant soin ou s'empressant de fuir. Ne songer qu'à s'enfuir (FÉn.) ; trouver le moyen de s'enfuir (Volt.); saint Joseph reçut ordre de s'enfuir en Egypte (Bourd.); « Le prince d'Orange eût été bien embarrassé si le roi ne se fût pas enfui; il le sentit, et il lui facilita lui-même les moyens de s'évader.» Cond. Le temps fuit, marque une action instantanée, faite tout d'un coup, et le temps s'enfuit
une action successive, qui commence, se développe et s'achève : l'occasion fuit, les années s'enfuient. •
FUITE, REFUITE; — FAUX-FUYANT, SUB- TERFUGE; — REFUGE; — ÉCHAPPATOIRE, ÉVASION. Mauvaise excuse, vaine raison dont on se sert pour se défendre.
La fuite et la refuite sont antérieures à la lutte et ont pour but de la faire différer. On appelle ainsi les retardements artificieux d'une personne qui recule, qui hésite à entrer en lice, en discussion ou en jugement. « C'est l'ordinaire de ceux qui ont tort et qui connaissent leur faible de chercher des fuites; mais évitez tant que vous voudrez le combat, si faut-il que vous m'avouiez que votre proposition est absurde. » Laf. « Mes parties veulent écrire, et retarder encore le jugement, afin qu'on puisse voir ce qu'ils préparent. Ils tacheront même de le produire à la veille du jugement pour rn'ôter le temps d'y répondre ou pour se plaindre de mes fuites si je demande un terme très-court pour y répondre. » Fén. — Du Teste, la refuite, en vertu de la valeur attachée à la particule initiale re, diffère de la fuite en ce qu'elle suppose un redoublement d'adresse. « Ce raisonnement devrait suffire; mais la chicane, maîtresse des cavillations et féconde en refuites, veut être forcée dans ses retranchements. » S. S.
Le faux-fuyant et le subterfuge se rapportent à la lutte pendant qu'on la soutient : ce sont, pour s'en tirer à son avantage, des ressources qu'on emploie durant le combat même. Mais ils ont aussi chacun, l'un par rapport à l'autre, sa nuance distinctive. —Le faux-fuyant, au propre, est un endroit détourné, écarté, par où l'on peut se sauver adroitement, et, au figuré, c'est comme une sortie par une fausse porte, une mauvaise excuse pleine de subtilité. De subtils faux-fuyants (Mol., Boil.) ; les subtilités et les faux-fuyants des hérétiques (Bouhd., Boss.). Voy. Excuse, défaite, faux-fuyant. — Le subterfuge, du latin svMer fugere, fuir en dessous ou par-dessous, est plus odieux : il ne suppose pas seulement de la subtilité, mais de l'astuce, quelque chose de sourd et d'insidieux. «Vous m'accusez des plus affreuses impiétés et du déguisement le plus hypocrite. C'est là que vous assurez que mes correctifs ne sont pas xles correctifs, mais des subterfuges. » Fén. « Le prétexte manquait pour violer le serment. Amurat avait observé toutes les conditions avec une exactitude qui ne laissait nul subterfuge aux infracteurs. » Volt. « On fit comparaître ces interprètes trop habilgs à trouver des subterfuges pour se dispenser du serment, ces députés frauduleux qui, ayant juré à Annibal qu'ils reviendraient dans son camp , croyaient s'être acquittés de leur parole en y entrant un instant sous un prétexte imaginaire. » Roll.
Le refuge, à son tour, a cela de particulier qu'il est relatif à la fin de la lutte ; car le mot refuge signifie un asile, c'est-à-dire, non pas, comme le faux-fuyant et le subterfuge, un lieu par où l'on s'enfuit, mais un lieu où on s'enfuit, où on se retire afin d'y être en sûreté. Le refuge est un dernier retranchement, un dernier recours. Aussi
dit-on particulièrement bien un dernier refuge. « Le dernier refuge de M. de Cambrai et de ses amis contre la Relation est que....» Boss. « Malheureux refuge d'une cause déplorée. » Id.
L'échappatoire et Y évasion 'sont postérieures à la lutte : elles supposent qu'on est pris, convaincu, au pouvoir de l'adversaire, et qu'on cherche à s'y soustraire. On se prépare, on se ménage une échappatoire (Boss. , S. S.) ou une évasion (Boss., VoLT.)/c'est-à-dire un moyen de sortir des mains de celui par qui on aura été pris, s'il arrive qu'on soit pris. Les deux mots d'ailleurs ne sont pas équivalents l'un à l'autre. Échappatoire, lieu par où on échappe, paraît avoir une origine vulgaire ; au lieu que évasion , formé du verbe latin evadere, s'évader, est plus noble. Par conséquent échappatoire ne se dit guère que familièrement1, et évasion est de tous les styles, même du plus relevé. A quoi il faut ajouter qu'échappatoire suppose moins de secret et moins de ruse ; s'évader, c'est s'échapper furtivement, à la dérobée. — « On a mis l'auteur de ce livre à la Bastille, où il fait le fou, croyant que cette échappatoire le garantisse. » Malh. « M. Simon s'est contenté de se préparer une misérable échappatoire en faisant prétendre à saint Jérôme que....» Boss. « Pymante lui baille quelque échappatoire.» Corn. « Il n'y a friponnerie si avérée (des officiers de justice) qui, par la forme dont d'Aguesseau est esclave, ne trouve des échappatoires qui méritent toute sa protection. » S. S. — « Ils craignent toujours (à Rome) que ma soumission n'ait quelque évasion, et que je ne les joue après qu'ils m'auront loué. » Fén. « Qu'a repondu ce ministre (M. Claude) si fécond en évasions, si adroit à éluder les difficultés ? » Boss. « La Samaritaine n'oppose à la bonté et à la sagesse des précautions de Jésus-Christ que des évasions et des artifices. » Mass. « Elisée répondit que le roi pourrait guérir, mais qu'il mourrait. S'il n'avait pas été un prophète du vrai Dieu, on aurait pu le soupçonner de se ménager une évasion à tout événement. » Volt.
FURIBOND, FORCENÉ. Emporté par la passion.
Le furibond est' agité par la fureur, par une grande colère; le forcené, italien forsennato, c'est-à-dire hors de sens, a l'esprit égaré, est en délire. Le furibond n'est plus maître de ses mouvements; le forcené, de sa raison.
Ce qui caractérise le furibond, c'est l'excès de la violence.
Ah! monsieur, évitez sa rage furibonde.
Sauvez-vous, sauvez-vous. Regn.
« Le furibond chevalier ne revenait point de sa frénésie : il se démenait dans la chambre comme un possédé. » Les. « Boisseuil était fort brutal, gros joueur et fort emporté, faisant des sorties et
i. Un autre mot familier signifiant une mauvaise excuse est escobarderie. Mais Yescobarderie ressemble plus au faux-fuyant et au subterfuge qu'à Yévasion. C'est un moyen pour éviter d'être pris et non pas un moyen pour se délivrer quand on sera ou en cas qu'on soit pris. On ne se prépare pas une escobarderie comme on se prépare une échappatoire ; on use à'escobarderie,on se permet une escobarderie.
jurant.... Sa physionomie toujours furibonde en tout temps faisait peur, avec de gros yeux rouges qui lui sortaient de la tête. » S. S. « Le dieu que la pythonisse n'a pu chasser, la possède et l'agite encore. Elle roule des yeux furibonds. » Marm.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans le forcené, c'est l'aveuglement, l'aliénation. Il ressemble au frénétique, dont il diffère cependant en ce que son état n'est pas une maladie ou l'effet d'une maladie. « Cet homme, furieux de me voir fêter, perdit tout à fait la tête et se comporta comme un forcené. » J. J. « Dans l'ardeur forcenée qui les transporte (les Juifs qui demandent la mort de Jésus-Christ) , ils. sont incapables d'entendre aucune raison et de s'y rendre. » Bourd. « Ici ,1e jugement de Voltaire est en lui-même suspect, comme tout jugement ab irato, parce que sa haine forcenée contre la religion l'a jeté dans des écarts qui ont fait rire jusqu'à ses amis. » Lah. « Sylla agissait alors en forcené qui ne se connaissait plus, et qui se laissait absolument dominer par la passion. » Roll. Bossuet dit des paysans qui composaient la Jacquerie : « Ils ne savaient la plupart ce qu'ils demandaient, et suivaient à l'aveugle une troupe d'environ cent hommes; le roi de Na-
varre aida beaucoup à réprimer et à dissiper cette canaille forcenée. »
D'un autre côté, furibond fait plus image, frappe davantage les yeux : air, visage, regard furibond (Acad.). Mais on dit des cris forcenés (Laf., Volt., Buff.), une ambition forcenée (Fén., Marm.), être forcené des échecs (J. J.).
FUYARD, FUGITIF, FUYANT. L'idée commune à ces trois mots est celle de fuite, celle de l'action d'une personne qui s'éloigne d'un mal ou de ce qu'elle regarde comme tel.
Fuyant. ne se dit jamais dans le sens substantif, comme fugitif et fuyard. Mais ceux-ci pouvant avoir le sens adjectif, ils sont en ce cas synonymes de fuyant. La différence est facile à établir.
Fuyard signifie qui fuit à chaque instant; fugitif, qui a fui, ou toujours prêt à" fuir, tourmenté du besoin de fuir; et fuyant, qui fuit actuellement, dans une seule occasion particulière. « On entend tout à coup un bruit effroyable de chariots et de cris d'hommes, les uns vainqueurs, les autres ou fuyants ou mourants ou blessés. » Fén. « Le Pasteur trouve et atteint sa brebis fuyante. » Boss.
Quand aux bois Le bruit des cors, celui des voix, N'a donné nul relâche à la fuyante proie. Laf.
GAGE, NANTISSEMENT. L'Académie définit ces deux mots l'un par l'autre et l'un comme l'autre : ce qu'on donne à quelqu'un pour sûreté de ce qui lui est dû. Ils paraissent être étroitement synonymes. Dans le Joueur de Regnard, Valère ayant dit à Mme la Ressource qu'il avait cru qu'elle prêtait sur des gages sûrs, elle répond :
Sur des gages, monsieur? C'est une médisance*, Je sais que ce serait blesser ma conscience. Pour des nantissements qui valent bien leur prix, De la vieille vaisselle au poinçon de Paris, Des diamants usés et qu'on ne saurait vendre, Sans risquer mon honneur , je crois que j'en puis prendre.
Quelle est, au vrai, la différence, et résultet-elle de la distinction établie ici par la scrupuleuse Mme la Ressource ?
Gage se rapporte à celui qui s'engage, au débiteur; et nantissement, à celui qui est nanti, pourvu du gage et garanti, au créancier. On dit bien le gage d'un débiteur : « Etant un jour dans la nécessité d'emprunter de l'argent d'un usurier, je trouvai deux crucifix sur sa table ; je lui demandai si c'étaient des gages de ses débiteurs. » Volt. Mais quand on parle d'un créancier, eu égard à ce qu'il a entre les mains, on dit son nantissement : « Elle n'ignore pas qu'un homme qui prête ne se dessaisit pas pour rien de son nantissement. » Les. On retire un gage (Acad.), et non pas un nantissement; on reçoit telle chose pour son nantissement (Acad.), et non pas pour son gage. Avec un bon gage on obtient beaucoup ou aisément ; avec un bon nantissement on ne court point de risque. Ce sont des gages qu'on porte aux monts-
de-piété pour avoir de l'argent ; mais ce sont des nantissements que les monts-de- piété mettent en vente. « Cette femme dit au maître de l'auberge qu'à l'égard des gages, elle n'en avait point à lui laisser qu'un peu de linge.... ; mais il l'avait déjà forcée de sortir de sa chambre et de fermer une cassette qu'il voulait retenir pour nantissement. » Mariv.
D'ailleurs gage, souche d'une famille assez nombreuse, engager, dégager, etc., a une grande extension et appartient à la langue commune ; au lieu que nantissement, comme nantir, son seul analogue, est un terme spécial, sans acception dérivée ou figurée, et qui se dit rarement, même au propre.
GALÉRIEN, FORÇAT. Criminel condamné à travailler pour le service de l'État dans un port de mer.
Dans la langue commune , toute relative au passé pour ce qui concerne ces deux mots, galérien, habitant des galères, appartenant à la classe de ceux qui rament sur les galères , se rapporte à l'état ; et forçat, forcé, qui a pour peine les travaux forcés, se rapporte à l'emploi.
S'agit-il du condamné eu égard à sa condition, à l'habit, aux mœurs, au caractère et au sort des gens de sa catégorie, galérien convient mieux que son synonyme, a 11 a oublié de vous parler de l'histoire de votre Protée, tantôt galérien et tantôt capucin. * SÉv. « L'intendant de M. de Luxembourg est condamné, on vous l'envoie à Marseille; ce sera une chose bien nouvelle pour lui que l'habit dégingandé de galérien. » Sév. « J'envie votre bonheur, mes pères, et je me repens bien de
n'avoir pas embrassé votre état plutôt que de m'être fait galérien; car c'est ainsi que j'appelle un pauvre diable de précepteur. »Les. « Je ne tardai guère à me faire aimer du chevalier; et même estimer, tout galérien que j'étais. » Id. « Oui vraiment, j'ai lu le Galérien (Y Honnête criminel de Fenouillot de Falbaire) ; il y a des vers trèsheureux.... La bourse donnée par le galérien à la dame ressemble trop à Nanine. » Volt, ce On dit que les galériens peuvent voler impunément. » Id. a Dans la ridicule affaire du galérien Thévenin, digne instrument des gens qui l'ont employé.» J. J. — Mais forçat doit être préféré toutes les fois qu'on considère le condamné précisément par rapport au travail contraint auquel il est soumis. « Lorsqu'on punit les déserteurs, c'est par une peine qui les enchaîne au service de la patrie qu'ils ont abandonnée. Ils sont forçats. » Volt. a Nous portons la croix; mais nous la portons comme des forçats qu'on tient enchaînés, et qu'on soumet au joug et au travail à force de coups. » Bourd. « C'est un travail de forçat. » J. J.
On dit souffrir comme un galérien, mener une vie de galérien, et travailler comme un forçat. Que si on trouve quelquefois travailler comme un galérien (Acad., 183b), cela indique un travail pénible, qui fait penser au sort des condamnés aux galères, plutôt qu'un travail qui n'est pas libre, auquel on est forcé. Ainsi dans le passage suivant de Rollin, forçat est le mot de rigueur. « L'étude dépend de la volonté, qui ne souffre point de contrainte. On peut bien contraindre le corps, faire demeurer un écolier à sa table malgré lui, doubler son travail par punition.... Est-ce étudier que de travailler ainsi comme un forçat? »
Relativement à ce qui se pratique de nos jours en France, cette distinction n'a plus lieu. Comme les condamnés de l'espèce dont il s'agit ne subissent plus leurs peines sur des galères où on les emploie à ramer, ils s'appellent tous et dans tous les cas des forçats.
GALETAS, GRENIER. Mauvais logement au dernier étage et immédiatement sous le comble d'une maison.
Galetas paraît signifier quelque chose de plus chétif et de plus vil. Ce n'est pas sans vraisemblance que Ménage le dérive de valestasium , le v latin se changeant volontiers en g dans notre langue comme on le voit dans Gascon de Vasco , dans gâter de vastare, etc. ; en sorte que galetas serait pour valetas, demeure de valet ou de valetaille. Grenier, lieu où l'on met les grains afin de les préserver de l'humidité, n'indique en fait d'habitation rien dont on fasse si peu de cas, qui soit si digne de mépris.
Le galetas est un taudis, une chambre en désordre et malpropre occupée d'ordinaire par tout ce qu'il y a de plus misérable. « Qui sait si le tableau de l'indigence et de la mendicité n'aura pas quelque attrait? Si le pathétique des galetas, des prisons et des hôpitaux n'aura pas ses succès comme de viles bouffonneries? » Marm. « Le monde a vu le rebut de toutes les classes de la société, et surtout de la dernière, s'échappant des galetas, des tavernes, des cachots, des bagnes et des gibets.... » Lah. Mais ie grenier est le sé-
jour de la pauvreté, rien de plus, a Ces pauvres gens étaient logés dans un grenier. » Acad. « J'ai une impatience bien vive de venir habiter les murailles ébranlées de mon grenier, que je préfère de tout mon cœur au palais doré où je suis. » Volt, a Que de choses vous apprendriez dans les greniers d'un cinquième étage, qu'on ensevelit dans un profond secret dans les hôtels du faubourg Saint-Germain ! » J. J.
a Peut-être ne faut-il qu'ordonner aux convulsionnaires de représenter leurs farces dégoûtantes, non dans un galetas, mais à la foire pour de l'argent; et au gazetier janséniste, d'imprimer son libelle ennuyeux, non dans son grenier, mais chez un libraire autorisé. » D'Al. « On nous fourra tous dans une espèce d'hôtellerie, à la porte de laquelle furent postés douze soldats; on en mit quatre autres dans ma chambre, quatre dans un grenier où l'on, avait conduit ma nièce , quatre dans un galetas ouvert à tous les vents où l'on fit coucher mon secrétaire sur de la paille. » Volt.
GAZETTE, JOURNAL. Feuille publique, écrit périodique sur les choses du temps.
Les deux mots ont été très-distincts à l'origine. Gazette, de l'italien gazetta, petite monnaie valant deux liards, qu'on donnait à Venise pour lire le premier écrit de cette sorte qui ait paru dans l'Europe moderne, a désigné d'abord une publication toute politique , recueillant et donnant des nouvelles principalement sur ce qui se passe dans et entre les États. Une gazette, suivant la définition de Voltaire, est une relation des affaires publiques. La première qu'ait eue la France fut établie en 1631 par le médecin Renaudot, grand nouvelliste, qui par cette invention se proposa d'amuser ses malades. Mais le journal (relation jour par jour) a commencé par être exclusivement scientifique et littéraire; témoin le Journal des savants, le père de tous les ouvrages de ce genre et qui fut fondé en 16fi5 par un conseiller au parlement de Paris, Denys Sallo, afin de donner au public des extraits des livres nouveaux et de lui rendre compte de ce qui arrivait de plus mémorable dans la république des lettres. « Si le Mercure n'avait été qu'un simple journal littéraire....; mais il fallait que, selon les goûts des abonnés, il tînt lieu des gazettes aux nouvellistes.... » Marm.
La gazette est donc inférieure au journal par son objet : elle cherche à satisfaire une curiosité d'une nature moins relevée. Aussi quelques-uns ont-ils pensé que le mot gazette, gazetta, avait été formé de gaza, pie, caquet-bon-bec, les gazettes ramassant et répandant des bruits, des caquets, comme sont supposées le faire les pies, et comme le font les commères, qu'on appelle en effet des gazettes. Quoi qu'il en soit de cette étymologie, il est certain qu'à gazette ne s'attache pas dans l'estime, publique une aussi bonne idée qu'à journal. « On emploie des expressions poétiques dans ce qui doit être écrit du style le plus simple. Des auteurs de journaux et même de quelques gazettes parlent des forfaits d'un coupeur de bourse. » Volt. « Il fait l'éloge d'une ancienne gazette, intitulée le Nouvelliste du Parnasse, et il la compare mo-
SUPPLEMENT
destement aux premiers journaux des savants, parce qu'elle est de lui. » Id. Laharpe rabaisse singulièrement le poëme de Silius Italicus en disant : « Comme tout cela ne produit que quelques discours inutiles, la présence de Junon n'empêche pas que l'ouvrage ne soit une gazette en vers ; la diction passe pour être assez pure, mais elle est faible et habituellement médiocre. » Que si un ouvrage est traité de journal, c'est une qualification moins dédaigneuse : « Un excellent historien est peut-être encore plus rare qu'un grand poëte....: Xénophon n'a fait qu'un journal dans sa Retraite des dix mille; tout y est précis et exact, mais uniforme. » Fén.
Cela étant, et personne ne se souciant de don- ■ ner et de laisser donner à son œuvre un nom peu avantageux, gazette a partout cédé la place à journal, et journaliste a été créé pour être substitué à gazetier, désormais terme d'injure. Gazette ne s'emploie plus en bonne part que comme nom propre servant de titre à certains journaux plus ou moins anciens : Gazette de France, Gazette des tribunaux, Gazette médicale. De son côté, journal, pour devenir le terme unique et particulièrement le remplaçant de gazette, a dû perdre et a effectivement perdu sa signification primitive. Le journal, tel que nous l'entendons aujourd'hui , ne s'occupe plus de sciences et de littérature , objet spécial des Revues , ou s'il en traite encore, ce n'est que par accident et dans un endroit séparé, à la fin de la feuille, sous le titre de Variétés, ou au bas, dans ce qu'on appelle le feuilleton.