D'AL
RAISON, FONDEMENT, PRÉTEXTE. Cause intellectuelle ; ce qui détermine, en l'éclairant, un être intelligent et libre; ce dans quoi il puise le principe de ses résolutions; ce qu'il allègue ou ce qui peut être allégué en leur faveur.
Raison est le mot ordinaire et signifie quelque chose d'ordinaire. Le fondement est une raison fondamentale, solide. Le prétexte est une raison simulée, qu'on met en avant pour en couvrir une autre.
On dit par une raison et sur un fondement. La raison rend raison, explique, fait entendre pourquoi; le fondement appuie, autorise, légitime : sans raison, une chose est inconcevable ; sans fondement, elle est incertaine. — D'ailleurs, fondement, dans cette acception, ne s'emploie qu'au singulier et d'une manière toute objective : on ne dit point à une personne vos fondements comme on lui dit vos raisons.
Le prétexte est un voile qui sert à cacher la raison véritable. « Il m'a annoncé qu'il cesserait de m'écrire, sans m'en dire aucune autre raison, sinon qu'il était vieux, qu'il écrivait avec peine , etc. Vous jugez si mon cœur est la dupe de pareils prétextes.» J. J. «Domine, non sum dt0mts....Dans les pécheurs sincères, cette excuse (pour ne pas communier souvent) est une raison: dans les pécheurs aveugles, cette excuse est un prétexte.» Bourd.
RAISON ; RÉPARATION , SATISFACTION. Ce qu'on fait ou ce qu'on demande pour obtenir ou pour accorder le pardon et l'oubli d'une injure.
La raison, ce qui est de raison, de droit, juste, a cela de propre qu'elle consiste en un recours à la force. Suivant un préjugé barbare, la justice veut, quand on a reçu un affront, qu'on en appelle aux armes pour s'en venger : aussi dit-on tirer raison comme on dit tirer vengeance. «Prince, dit le roi, vous avez offensé don Pompeyo de Castro.... S'il se plaint de mon emportement, répondit le prince, je suis prêt à lui en faire raison par la voie des armes. » Les. « Vous n'avez pas dû être étonné de l'appel que je vous ai fait; vous auriez bien mauvaise opinion de mon courage si je ne vous demandais pas raison de l'offense que vous m'avez faite. » Id. « Changer l'opinion publique sur les occasions où un brave homme est obligé, sous peine d'infamie, de tirer raison d'un affront l'épée à la main. » J. J. « Les Romains résolurent de tirer raison du pillage que les Véiens avaient fait sur le territoire de Rome.... Ils don-
nèrent tous leurs soins pour faire un puissant armement . » Vert.
La réparation et la satisfaction ne supposent ni l'une ni l'autre qu'on en vient ou qu'on en doit venir aux mains. Du reste, elles diffèrent encore l'une de l'autre d'une manière assez frappante.
La réparation se rapporte à la chose, à l'effet produit par l'offense, et la satisfaction à la personne. On fait réparation d'une injure, on fait satisfaction à quelqu'un. «Le pape fut forcé d'envoyer le cardinal Chigi faire satisfaction au roi, et d'élever dans Rome une pyramide avec une inscription qui contenait l'injure et la réparation.» Volt. « Tu as méprisé toutes les suivantes de France en ma personne; je les représente. Il faut une réparation à cette insulte. Je ne puis trahir les intérêts et l'honneur d'un corps aussi respectable pour toi. Fais-lui donc satisfaction; demande-lui à genoux pardon de toutes tes impertinences. » Mariv.
La réparation s'opère en réparant le mal causé, en rétablissant l'honneur par une rétractation ou un désaveu.. « Que coûterait-il a S. Hyacinthe de réparer tant d'injustices par un mot ? Je ne lui demande qu'un désaveu. Je suis content s'il dit qu'il ne m'a point eu en vue , que tout ce qu'avance l'abbé Desfontaines est calomnieux, (.qu'il pense de moi tout le contraire...; en un mot, je me tiens outragé de la manière la plus cruelle par S. Hyacinthe, et je demande une juste réparation. » Volt. « Avouez-le donc, imposteur, et faites-lui une réparation publique de cette injure publique.» Pasc. Dans les Plaideurs, Chicaneau, ayant traité de folle la comtesse, reçoit sommation de l'Intimé de faire à la dame un petit mot de réparation En l'avouant pour sage et point extravagante. Rac. Mais la satisfaction s'opère par tous les moyens qui peuvent être à la satisfaction de la personne, qui sont propres à la calmer et à la contenter, c'est-à-dire en général par des excuses et des soumissions. « Vous ne sauriez expier l'indignité de votre action qu'en présentant vous-même un bâton à votre ennemi et qu'en vous offrant à ses coups.... Je serai seul témoin de cette satisfaction.... Demandez-lui seulement pardon de votre violence. » Les. « Il y eut un de ces prédicateurs qui en pleine chaire osa même prendre à partie les prélats approbateurs (du livre). Il s'emporta contre eux à de tels excès , qu'il fut condamné par une assemblée d'évêques à leur faire satisfaction à genoux. » Rac. — Or, comme la satisfaction emploie ordinairement les excuses, il lui arrive assez souvent d'être frivole, évasive et plus apparente que réelle. « Content de la plus légère satisfaction.... » Cond. « Quant aux satisfactions cérémonieuses dont on a voulu payer l'offensé, ce sont de véritables jeux d'enfants. » J. J. « Le comte de Brème s'amusant à des satisfactions qui ne contentaient pas le marquis de Nesle, celui-ci en voulut lui-même prendre une autre, et lui donna deux coups d'épée sur les oreilles. » Malh. RAISONNEMENT, ARGUMENT. Travail de l'esprit qui infère, conclut, tire une conséquence, fait sortir un jugement d'un autre ou de plusieurs autres.
Raisonnement, qui signifie d'abord la faculté ou l'action de raisonner, conserve toujours un certain rapport au fait, réprésente comme se faisant le travail intellectuel dont il s'agit; mais argument, qui n'a pas une telle signification primitive, fait considérer ce même travail en lui-même, comme un résultat, comme ayant telle ou telle qualité. Le raisonnement se montre plutôt comme une opération, et iïaruument paraît plutôt être un effet de cette opération et en quelque sorte un objet qui en provient. « De cette erreur l'Apôtre tirait toutes ses conclusions par un raisonnement théologique dont il y a peu de personnes qui comprennent toute la force, mais que saint Chrysostôme a très-bien développé. Ce n'était pas contre des hérétiques...; son argument eût été nul. » Bourd. « Tous les raisonnements qu'on fait en faveur des animaux se réduisent à deux. Le premier est...; le second est.... Le premier argument a un défaut manifeste. » Boss. « A quoi aboutissent donc tous ces raisonnements qui reviennent sans cesse par tant de tours nouveaux?... Que si vous refusez d'abandonner ce grand argument qui règne dans vos ouvrages,... » Fén. « Les philosophes ordinaires ne se sont guère appliqués qu'à donner des règles des bons et des mauvais rai-
sonnem nts Ces règles servent quelquefois à
découvrir le défaut de certains arguments embarrassés. » P. R. « Les raisonnem nts de ces savants étaient toujours conduits par la synthèse. Ils disaient.... Il n'y a rien à répliquer à ces arguments. » Volt. « Les hommes libres redoutent tout ce qui pense, et c'est avec un cri de guerre qu'ils combattent tous les arguments ! Le rationnement est suspect . et l'opinion publique s'appelle des intrigues particulières. » Staël. — L'idée d'action est si peu essentielle à arjummt, que quelquefois ce mot ne la rappelle nullement et veut dire, comme le latin argumentum,\me preuve dans un sens tout objectif, et non pas quelque chose qui résulte d'une opération de l'esprit. « Des provinces entières qui demandaient du pain déposent fortement contre l'esprit d'innovation des Economistes.... Le concours des circonstmces est un argument bien fort, surtout dans la bouche des malheureux qui meurent de faim. » Bach. « Le pouvoir qu'a l'âme de se donner différentes inclinations doit être au moins un argument vraisemblable qu'elle a aussi le pouvoir de se donner différentes perceptions. » Arn. « Un des plus grands écarts qu'on ait reprochés à Jean-Jacques, c'est le mal qu'il a dit des lettres; mais par 1 usage sublime auquel il les a consacrées, il est à luimême le plus fort argument qu'on puisse lui opposer. » BbRN.
De plus, raisonnement, aussi bien que raisonner et raison, appartient à la langue commune, quoiqu'en définitive ils aient été formés tous les trois du latin ratio, raison. Argument, au contraire, pris immédiatement du latin argumentum, preuve, est un terme de logique, un terme technique pour ainsi dire et qui sent l'école. On dit, un argument en forme, la majeure, la mineure, la conclusion d'un argument, des arguments théologiques, des arguments de philosophie. « M. Arnauld avait déjà fait ce raisonnement par un ar-
gument en forme. » Mal. « Ce principe est celur qui soutient tout raisonnement, et qui nierait une conséquence d'un argument bien fait , en accordant la majeure et la mineure, serait forcé d'avouer qu'une chose serait et ne serait pas. » Boss. Avec des raisonnements exacts et le talent de les exposer d'une manière ornée et soutenue un philosophe est orateur ; il n'est que philosophe s'il ne sait que prouver sèchement la vérité par des arguments. « Que diriez-vous d'un homme -qui prouverait la vérité d'une manière exacte, sèche, nue, qui mettrait ses arguments en bonne forme, ou qui se servirait de la m thode des géomètres sans y ajouter rien de vif et de figuré ?... Il faut donc, pour faire un orateur, choisir un philosophe, c'est-à-dire un homme qui sache prouver la vérité, et ajouter à l'exictitude de ses raisonnements la beauté et la véhémence d'un discours varié pour en faire un orateur. » Fén.
Le raisonnement n'ayant pas de forme déterminée n'a pas non plus de longueur certaine ; il y a des raisonnements d'une grande étendue, de longs raisonnements (Bourd.), des raisonnements infinis (1d.) ; voir toute la suite d'un raisonnement (Fén.), voir par toute la suite d'un raisonnement que.... (Boss). V argument , au contraire et parla raison contraire, se réduit à un nombre fixe de propositions, et, par exemple, à trois dans le syllogisme et à deux dans l'enthymême. Bossuet dit de ce dernier argument , dans sa logique, que souvent il renferme en quelques mots tout un long raisonement
Les Muses aiment peu de longs raisonnements :
Un récit dira plus que de troids arguments. Del.
Enfin argument se prend plus ordinairement que son synonyme en mauvaise part, précisément parce qu'il est de l'école et qu'il en rappelle les défauts, les subtilités et les sophismes. « H n'y a rien qu'on ne mette en Dieu par un semblable raisonnement , puisque.... Mais tous ces arguments sont de purs sophismes. » Arn. « Je n'ai rien mêlé d'offensant contre la personne de mon adversaire en découvrant les défauts de ses arguments.... Tout ce qu'il y avait à faire était de montrer que ses raisonnements étaient bons. » Id. Après avoir rapporté plusieurs disputes frivoles de la théologie scholastique, Voltaire ajoute : « C'est ainsi qu'on a argumenté parmi les chrétiens ; quand se mettra-on à raisonner ? »
RAMASSÉ, TRAPU. Court et gros, en parlant du corps d'un animal, de celui de l'homme en particulier.
Le corps ramassé ne se répand pas, ne s'étend pas de côté et d'autre, forme un amas, une masse, est massif; mais il peut être lourd. « Le papion aie corps massif et ramass<; , les membres gros et courts. » Buff. « Elle était petite de stature, courte même, et ramassée un peu dans sa. taille, quoique sans difformité. » J. J. « Mlle Beauvoisin, courtisane d'une jolie figure,. mais sans taille, courte et ramassée. » Bach. Boileau dit du prélat, dans le Lutrin,
Que son corps ramassé dans sa courte grosseur
Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur. Trapu, quelle qu'en soit l'étymologie, emporte une idée de force : il exprime une grosseur carrée
SUPPLEMENT
plutôt que ronde, robuste ou vigoureuse plutôt que provenant d'embonpoint. « Les Lapons sont très-petits, trapus, quoique maigres. » Buff. « La marmotte est bien plus trapue que le lièvre, et joint beaucoup de force à beaucoup de souplesse. » Id.
Pour être trapu, un animal doit avoir un corps ramasse' et des membres nerveux : « Le babouin est un animal trapu dont le corps ramassé et les membres nerveux indiquent la force et l'agilité. » Buff. On lit dans le même écrivain que les femmes de l'isthme de Panama sont petites et ramassées, et n'ont pas la vivacité des hommes, leur activité, leur légèreté à la course; mais qu'en Egypte l'habitude de porter des fardeaux sur la tête rend les femmes trapues et plus carrées aux épaules que les- hommes.
RAMASSER, RELEVER. Prendre à terre.
Ramasser, re ou rursus ad massam, c'est remettre à la masse ou au tas ce qui en était tombé. Relever, re ou rursus levare, c'est redonner la situation élevée ou droite, remettre debout ou sur pied, redresser. On ramasse ce qui a été abattu, ce qui a cessé d'être au-dessus du sol et a été porté à terre, des grains, des fruits, des gants, une épée, un chapeau ; mais on relève ce qui a été seulement renversé, c'est-à-dire couché ou étendu par terre, au lieu d'être laissé dans la position verticale qui lui convient, une échelle, une chaise, une statue, une personne. « J'ai trouvé la couronne de France par terre, dit Bonaparte, et je l'ai ramassée; mais c'était la nation française elle-même qu'il fallait relever. » Staël.
D'ailleurs, ramasser, comme ramas et ramassis, est vulgaire, ce qui vient sans doute de ce que ces mots se disent primitivement de choses de peu de prix dont on forme des tas. Relever, au contraire, signifiant rétablir la position élevée d'une chose, et, dans une autre acception, rehausser, se distingue par un caractère de noblesse auquel on a souvent plus d'égard qu'à la valeur propre et rigoureuse du mot. La poule ramasse tout ce qui se perd dans les champs (Bern.); on rapporte que le pape Célestin III poussa d'un coup de pied la couronne dont on devait orner l'empereur Henri VI, et que les cardinaux la relevèrent (Volt.). « Diogène aperçut un homme qui avait laissé tomber du pain, et qui avait honte de le relever; il ramassa une bouteille cassée et la promena par toute la ville, pour lui faire connaître qu'on ne devait pas rougir quand on tâchait à ne rien perdre. » Fén. On ramasse un gant qui est tombé à terre, c'est l'expression communément usitée au propre ; mais au figuré on dit relever plutôt que ramasser le gant, pour signifier accepter un défi : « On jette le gage de bataille, on le relève. » Volt. Un chien ramasse les morceaux de pain qui tombent de la table de son maître; Bollandus raconte que, sainte Eudoxe, vierge et martyre, ayant été dépouillée par des soldats, il tomba de son sein une particule de l'Eucharistie qu'elle y avait cachée, et qui relevée et apportée au président se changea en feu (Boss.). Ètes-vous pauvre, on ne vous ramassera pas dans les rues, on vous laissera dans la boue si vous y tombez (Maint.) ; quand on se bat en duel, l'humanité
SUPPL. SYN. FRANC
veut que, si l'un des deux adversaires tombe, l'autre coure le relever aussitôt (Bos=.).
RAME, AVIRON. Long instrument de bois dont on se sert pour conduire les bateaux.
Rame, latin remus, a de l'analogie avec le grec ëpeT[j.6ç, dont le sens est le même et qui vient du verbe epéaaeiv, ramer, mouvoir, agiter : à l'aide de la rame on fait mouvoir et avancer le bateau. Aviron désigne un instrument à virer, à tourner, à détourner, qu'on emploie pour la manœuvre, pour éviter les écueils. Dans un poisson les nageoires sont des rames, la queue est un aviron; on appelle aviron de queue, dans de petits bateaux, une pièce de bois placée à l'endroit du gouvernail et qu'un seul homme manie en la tournant et retournant; le premier gouvernail paraît avoir été un aviron attaché au flanc ou à l'arrière du navire. La rame donne l'impulsion, Y aviron la direction. « Nous allions nous briser contre ces bords escarpés, si je n'avais paré ce malheur en me saisissant d'un aviron pour éviter ce choc furieux et pour gagner la haute mer; mes matelots me secondent : dociles à mes ordres, ils font force de rames. » Fén. Les flotteurs ont des avirons pour maintenir dans le courant les trains que les rivières emportent d'elles-mêmes et sans le secours de rames. Voulez-vous arriver à un but promptement ou avant les autres, faites force de rames. Mais pour échapper aux périls dont est semée la mer de la vie, prenez et sachez manier un aviron ou des avirons.
Pour moi, sur cette mer qu'ici-bas nous courons,
Je songe à me pourvoir d'esquif et d'avirons. Boil. « L'homme, par sa raison, accélère la cure avec des amers et surtout du régime.... Cette raison est un aviron avec lequel il peut courir quelque temps la mer de ce morj.de, quand sa maladie ne l'engloutit pas. » Volt.
Rame se dit plutôt des grands bateaux et des galères. Aviron est plus souvent employé en parlant des petits bateaux de rivières, apparemment parce que, faute de gouvernail, le même instrument sert à les mouvoir et à les diriger.
Rame rappelle toujours l'usage de la chose, qui est de faire aller. Si on s'en sert à quelque autre fin, le mot d'aviron est préférable : Un coup d'aviron (Laf., Mol., J. J.). « Lorsqu'une baleine est morte, les goélands se jettent dessus par milliers. Les pêcheurs s'efforcent de les écarter en les frappant à coups de gaules ou d'avirons. » Buff.
RAPPELER, RETRACER. Faire revenir dans la mémoire.
L'Académie définit se retracer par se rappeler, simplement. Cependant il n'y a pas identité absolue entre les deux mots.
Rappeler est abstrait. Aussi dit-on bien, rappeler ou se rappeler que.... On rappelle et on se rappelle le temps passé, des paroles, des souffrances, ses premières études' et autres choses semblables. Mais retracer est concret; car c'est remettre devant les yeux de l'esprit sous des traits, d'une manière figurée, quelque chose qui peut être représenté ou décrit. On retrace et on se retrace proprement une image ou à l'imagination. « Les images de la volupté retracées avec complaisance. » Mass. « Je m'en .retrace parfaite-
ment bien l'image. » Acad. « Elle se retraçait sa propre demeure, la porte qu'il ouvrait deux fois par jour.» Staèl. «Les édifices gothiques retracent le moyen âge à l'imagination. » Id.
« Oswald se rappelait avec un profond respect et les vertus de sa mère et le caractère timide et réservé de ses vertus : Insensé que je suis! s'écriat-il — ; je puis me retracer l'image de ma mère....»
ID
0 jour que tout ici rappelle à ma mémoire, Lieux terribles, témoins d'un parricide affreux,. Retracez-nous sans cesse un spectacle si triste!
Gréb.
RAPPELER, RÉVOQUER. Oter à quelqu'un par des raisons de mécontentement des pouvoirs qu'on lui avait donnés.
Rappeler, faire revenir, se dit de quelqu'un qu'on a envoyé quelque part, qui est actuellement loin de la personne qui rappelle, a Gernianicus qui se couvrait de gloire en Germanie fut rappelé pour l'enlever aux légions qui le chérissaient. » Cond. « Louville s'était fait renvoyer d'Espagne (de la cour de Philippe V), ou, en termes plus doux, s'était fait rappeler. » S. S. Révoquer, latin revocare, est une expression abstraite applicable à des agents, qui ne sont pas encore partis, en mission, ou dont la charge n'est pas de partir pour une certaine destination, d'aller en mission. « M. d'Usson, qui devait aller en Suède (comme ambassadeur), a été révoqué. » Dudeff. « Ceux mêmes (des pasteurs) qui ont été établis perpétuels peuvent être révoqués, comme les magistrats perpétuels que la république révoque, quand elle ne juge pas utile de laisser continuer leur administration. » Fën.
D'ailleurs révoquer étant le terme spécial et propre, et n'ayant pas d'autre signification, exprime l'idée commune d'une manière plus forte ou moins ménagée. Le rappel, qui consiste quelquefois dans un rétablissement, dans la réparation d'une disgrâce, n'est jamais une destitution aussi décidée, aussi dure que la révocation. « Le consul Marcellus fit (contre César) le premier acte d'hostilité.... Il proposa au sénat assemblé de révoquer César, et de lui ordonner de quitter le commandement des Gaules.... Curion ajouta qu'en même temps que l'on rappelait César il fallait aussi ordonner à Pompée d'abdiquer le gouvernement desEspagnes.... Domitius s'était déclaré l'ennemi personnel de César. Il avait travaillé avec acharnement à le faire révoquer. » Roll.
RAPPORT , RELATION. La signification commune à ces deux mots est extrêmement générale et difficile à exprimer. Ils désignent ce qu'on trouve que deux choses sont l'une à l'égard de l'autre, quand on les porte de l'une à l'autre pour les comparer, quand on les rapproche.
Mais rapport est tout français, comme rapporter ; au lieu que relation est pris du latin relatio, racine re ferre, rapporter. De là une première différence consistant en ce que relation a un air de science, et se dit surtout en termes de métaphysique, de pratique, d'administration, de discussion. « La plupart des ballets forment autant de sujets séparés que d'actes, et ces sujets sont liés entre eux par de certaines relations métaphy-
siques dont le spectateur ne se douterait jamais.... Les saisons, les âges, les sens, les éléments : je demande quel rapport ont tous ces titres à la danse. » J. J.
En second lieu, relation ayant seul une terminaison verbale active, il s'ensuit quïl est subjectif et relatif, qu'il marque ou rappelle une action, ou qu'il indique quelque chose de fait, de contingent, quelque chose qui, au lieu d'être absolu, a trait à nous, à notre manière de voir. Nous avons des rapports; nous formons, nous entretenons des relations. Rapport de parenté; relations d'affaires , Ministre des relations extérieures. Les esprits et les corps ont avec Dieu un rapport nécessaire (Mal.); a Newton entendait par Dieu un maître qui a mis une relation entre lui et ses créatures. » Volt. Un peintre et un poëte ont beaucoup de rapport (Fén.); nous n'osons plus avoir de relation avec une personne qu'on nous a défendu de voir (Id.). « Cet ordre d'idées, cette suite de pensées qui existe au dedans de nousmêmes, quoique fort différente des objets qui les causent, ne laissent pas que de nous donner des relations avec les objets extérieurs, que nous pouvons regarder comme des rapports réels, puisqu'ils sont invariables et toujours les mêmes relativement à nous. » Buff. « Les émotions de l'âme ont leur source dans les rapports inhérents à la nature humaine ; la gaieté n'est souvent que le résultat -des relations diverses et quelquefois bizarres, établies dans la société. » Staël. « Les relations sociales se rapprochent alors davantage des rapports naturels. » Id.
RAPPORT, TÉMOIGNAGE. Exposition orale ou écrite de quelque chose qu'on a vu ou entendu.
Le rapport rappelle ce qui s'est passé, le reproduit ou le fait revivre par le récit. Le témoignage est un rapport de témoin , un rapport qui se fait ou tel que ceux qui se font en justice, c'est-à-dire particulièrement considéré quant à sa valeur, comme étant plus ou moins digne de foi, plus ou moins propre à établir ou à infirmer quelque chose; ou bien c'est un rapport circonstancié et tellement précis, qu'il est indubitable; ou bien même enfin c'est une sorte de rapport qu'on oppose au simple rapport comme quelque chose de vrai à quelque chose de faux. « Tout portait saint Thomas à croire que Jésus-Christ était ressuscité : le rapport des femmes qui l'avaient vu , le témoignage de Madeleine qui lui avait parlé, celui des deux disciples qui avaient mangé avec lui dans la bourgade d'Émmaus. » Bourd. « Je ne connais la matière (disait un idéaliste) que par le rapport équivoque de mes sens, et je connais la pensée par le témoignage infaillible du sentiment intérieur. » d'Al. « On crut que, si on appuyait ce rapport par quelque témoignage qui ne fût pas suspect, ce serait assez pour empêcher le roi de recevoir jamais sa femme en particulier. » S. Real. Dans ses instructions au duc de Bourgogne, Fénelon lui recommande expressément de se défier des rapports mais de consulter les témoignages des hommes de la cour sur les talents des sujets qui peuvent recevoir de l'avancement dans les emplois.
SUPPLEMENT
Quand il est spécialement question de ce que tai votre petite terre de Tourney à vie sur le pied nous apprennent les sens, rapport et témoignage j que vous voulûtes. Je m'en remis à votre hon-
diffèrent encore en ce que l'un est plutôt parti culier et l'autre général. Si on n'a soin de rec tifîer les uns par les autres les divers rapports des sens, on est exposé à n'obtenir par le témoignage des sens que des idées incertaines ou fausses. La nouvelle Académie rejetait tout rapport des sens; l'entreprise de rejeter le témoignage des sens est la plus hardie qu'on puisse former (Roll.).
RAPPORTER (S'EN), S'EN REMETTRE. On s'en rapporte et on s'en remet à quelqu'un de quelque chose qu'on fait dépendre de lui avec confiance.
neur, à votre probité. » Id. « Philippe dit qu'il exécuterait, tout ce que les Romains lui avaient prescrit, et que pour le reste il s'en remettait entièrement à la discrétion du sénat. » Roll. « Soit que vous vous en remettiez absolument à sa conduite.... » Mol.
Soit que, instruit des complots qui menaçaient sa vie, Sur ma fidélité César s'en soit remis.
(Narcisse). Rag.
Si l'on nous fait quelque injustice, Seigneur, notre devoir s'en remet à vos soins. Corn.
S'en rapporter est donc proprement spéculatif, et il suppose l'attente d'une décision; mais s'en Mais s'en rapporter à une personne, c'est ac- remettre est pratique, et c'est une détermination cepter son rapport, son témoignage, la prendre i qu'il a pour objet.
pour juge de ce qu'il faut croire; au lieu que s'en j RARE, CURIEUX. Qui n'est pas commun. remettre à quelqu'un, c'est se soumettre ou s'aban- j C'est ce que rare signifie exactement, ni plus donner à sa direction, l'établir maître de ce qui ni moins. Curieux, digne de curiosité, qui excite arrivera ou juge de ce qu'on doit faire. j ou doit exciter l'envie de le connaître, exprime
S'agit-il de l'opinion qu'il faut avoir, d'une question à résoudre, d'un point douteux à éclaircir, on s'en rapporte à quelqu'un, à son avis, à son jugement, à son sentiment, à ses lumières. « C'est à la foi seule que je suis obligé de m'en rapporter touchant ce mystère. » Bourd. « J'ai peine à rien décider sur les austérités, et je m'en rapporterais volontiers à un confesseur discret. » Boss. « Il n'a plus qu'une faible ressource (pour se faire reconnaître comme étant le véritable Ibrahim) , c'est de s'en rapporter au jugement de ses femmes. » Montesq. « C'était un plat lieu commun (que cette pièce). Je m'en rapporte à ceux qui pourront la lire. » Lah. « Je n'ai pas ouï dire aux savants, à qui je dois m'en rapporter [sur ce que je n'ai pas étudié, que la dynamique de d'Alembert soit une si belle chose. » Id. «Concluez donc; je m'en rapporte aveuglément à vos lumières. » Volt. « Je vous demande en grâce de ne point écouter les fausses délicatesses de tant de mauvais critiques, et de vous en rapporter à votre propre sentiment. » Id. Mais si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux, "Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître.
CORN
Je vous crois grand latin, et grand docteur juré; Je m'en rapporte à ceux qui m'en ont assuré. Mol.
Que s'il est question d'affaires ou d'événements, de ce qu'on doit faire ou éprouver, d'un succès ou de succès à obtenir, on s'en remet à quelqu'un, à sa conduite, à sa discrétion, à sa prudence, à ses soins, à ses ordres. « De tout le reste , mon Dieu , je m'en remets aux soins paternels de votre Providence. » Bourd. « Quoiqu'il y ait un ministre habile, les affaires vont •toujours mal quand le prince s'en remet aux autres. » Boss. « Changerai-je mon nom? Vous déciderez de cela; là-dessus comme sur tout le reste, je m'en remets à votre prudence et à votre amitié. » J. J. « Brutus apprend aux conjurés qu'il est fils de César, et s'en remet à eux pour prononcer sur ce qu'il doit faire. » Lah. « Je m'en remets à votre prudence. » Volt. « Je m'en remets, sur tous les futurs contingents, aux ordres de sa sacrée majesté le Hasard. «Id. « J'ache-
une des impressions que fait sur nous ce qui est rare. De ce qu'une chose est rare, de ce qu'on n'a pas coutume de la voir , il s'ensuit d'ordinaire qu'elle est curieuse. C'est pourquoi .curieux se met volontiers après rare. « C'est un attrait pour faire lire ces livres qu'ils soient recherchés ,- qu'ils soient rares, qu'ils soient curieux. » Boss. « Je ne suis pas fâché que Mlle Clairon n'ait pas repris Olywpie; il faut la laisser désirer un peu au public. Cette pièce forme un spectacle si singulier, qu'on la reverra toujours avec plaisir, à peu près comme on va voir la rareté, la curiosité. » Volt.
Mais s'il arrive souvent que ce qui est rare est curieux, cela n'arrive pas toujours : la cause se trouve quelquefois séparée de l'effet. « Il ne paraît rien actuellement qui soit marqué au bon coin. J'ai acquis depuis peu des livres très-rares ; mais ils ne sont que rares. » Volt.
D'ailleurs, l'effet produit sur nous par ce qui est rare peut être autre que celui qui est marqué par curieux. Une chose étant rare, il en résulte quelquefois qu'elle est, non pas curieuse, mais belle, admirable ou d'un grand prix, en un mot intéressante à un autre point de vue que le poirt de vue spéculatif. — Les raretés ou les objets rares nous éblouissent et nous enchantent, c'est dans les trésors qu'il s'en trouve, et les palais des rois en sont pleins. « Pompée admira la richesse et la grandeur des habillements et des armes de Mithridate. Il y manquait néanmoins deux pièces rares et précieuses, un fourreau d'épée qui avait coûté quatre cents talents, et un bonnet royal à la persienne d'un ouvrage admirable.... Pompée recueiUit beaucoup de meubles précieux et de bijoux rares. » Roll. « Nous n'admirons que ce qui est rare. » Bern. « Quand Bohémond vint rendre hommage à l'empereur Alexis à Constantinople, et qu'on lui fit voir les raretés du palais, Alexis ordonna qu'on remplît un cabinet de meubles précieux, d'ouvrages d'or et d'argent, de bijoux de toute espèce. » Volt. « La sacristie (de l'église de Tolède), pleine de richesses immenses, .est vaste.... On m'y ouvrit une armoire remplie des raretés les plus précieuses. » S. S. Mais les curiosités ou les objets curieux ont pour
nous cette sorte particulière d'attrait qui provoque notre attention et excite notre désir de voir, d'apprendre, de nous instruire; il s'en trouve surtout dans les musées, dans les cabinets qui renferment des collections, dans les bibliothèques. « S. A. E. a une suite de médailles de monnaies papales. Nous n'avons pas de telles curiosités à Genève. » Volt. « J'ai un grand nombre de plantes sèches, et communes pour la plupart, mais dont cependant quelques-unes sont' plus curieuses. » J. J. « Je m'amusais à fureter et feuilleter les livres et papiers que mon oncle avait laissés. J'y trouvai beaucoup de pièces curieuses. » Id. — Un bijou, un excellent tableau, une beauté sont plutôt quelque chose de rare; curieux se dit proprement d'un objet à voir, à connaître ou à étudier, spectacle, invention, nouvelle, phénomène, livre, médaille, plante ou choses semblables. « Voilà pourquoi les galeries de tableaux les plus rares, les jardins remplis des plantes les plus curieuses, finissent par nous ennuyer. » Bern. — Un homme rare est d'un mérite extraordinaire ; un homme curieux est un homme à voir, à entendre, à connaître.
RATATINÉ, RABOUGRI. Ces deux mots se disent également d'une personne dont le corps chétif est comme contracté, retiré sur lui-même, arrêté dans son développement.
Ratatiné sert proprement à qualifier les personnes et rabougri les arbres ou les plantes. Mais ensuite rabougri s'applique aussi aux personnes par extension.
Une personne ratatinée a été réduite à cet état par l'âge qui l'a flétrie, ridée, comme un parchemin qu'on met trop près du feu ou comme une pomme qui se dessèche. « Une petite vieille ratatinée. » S. S. « Une petite vieille ratatinée et dégoûtante. » Volt. « Qu'il me serait doux, avant ce moment (de la mort), de venir tout courbé, tout ratatiné, sans dents et sans oreilles, vous revoir encore avec mes faibles yeux ! » Une personne rabougrie est ainsi appelée sans égard à son âge et seulement parce qu'elle est d'une vilaine venue, rachitique, et parmi les hommes comme est un avorton parmi les plantes. « J'ai soupçonné sa mère d'avoir été une habile femme; car le jeune candidat est d'une taille fine et élancée, et son père est tout rabougri. » Volt. « Lanoue (acteur) a l'air d'un fils rabougri de Baubourg, mais aussi il joue d'une manière plus forte, plus vraie et plus tragique que Dufresne. » Id.
REBATTU, USÉ, TRIVIAL. Mots qui servent à qualifier en matière de pensées et d'expressions quelque chose d'extrêmement commun.
Rebattu, répété, dont on a les oreilles rebattues, est le moins significatif. La pensée ou l'expression rebattue n'a plus l'attrait de la nouveauté; mais elle peut être bonne encore. « L'auteur traite avec mépris les causes finales, parce que c'est un argument rebattu; mais cet argument si méprisé est de Cicéron et de Newton. » Volt. « Pour peu qu'il y ait dans leurs pièces deux ou trois situations intéressantes, quoique rebattues, ils sont contents. » Id.
La pensée ou l'expression usée est si rebattue.
qu'elle n'est plus bonne à rien; semblable à un vêtement à tel point détérioré par l'usage, qu'on ne peut plus s'en servir. « Il ne faudrait pas trop répéter ces idées ; elles deviennent alors des lieux communs. Le premier qui les emploie avec succès est un maître; mais quand elles sont usées, celui qui les emploie encore court risque de passer pour un écolier déclamateur. » Volt. « Il est vrai que le fréquent usage qu'on a fait des idées et des images de la Fable prescrit au talent de ne plus s'en servir que très-sobrement et de chercher d'autres ressources, parce qu'il est dangereux de revenir sur ce qui est épuisé. Mais cette observation est aussi trop usée. » Lah.
La pensée ou l'expression triviale est si rebattue. qu'elle n'a plus cours que dans les' rues, dans les carrefours (trivia), parmi le peuple; qu'elle est vulgaire ou grossière. « J'entre dans une longue digression sur un sujet si rebattu, qu'il en est trivial. » J. J. « Des scènes de valets remplies de plaisanteries triviales. » Volt. « Quelques plaisanteries triviales et grossières. » Bach. « Il y a des figures qui sont devenues si communes et si triviales, qu'elles ont perdu leur grâce. » Roll.
La chose rebattue a déjà été dite bien des fois; la chose usée a été dite tant de fois, qu'elle ne peut plus l'être, qu'elle a été comme mise hors de service; la chose triviale a été dite tant de fois, qu'elle est tombée dans le langage de la dernière classe de la société, qu'elle a été avilie, qu'elle est devenue basse ou ignoble.
REBELLE, RÉFRACTAIRE. Qui s'est soustrait ou a manqué à l'autorité.
Rebelle, latin rebellis, de re bellum, signifie étymologiquement qui recommence la guerre, ou qui répond par la guerre, qui se révolte : il suppose prise d'armes, soulèvement, et non pas seulement refus d'obéir. L'idée de réfractaire est, au contraire, purement négative, le mot n'exprimant rien de plus qu'une désobéissance, une infraction [à"infr ingère, de la même famille que refringere , d'où vient réfractaire). On dit une armée de rebelles (Roll.), et on parle en droit naturel des peines dont le législateur menace les réfractaires (D'Ag.). Catilina fut tué à la tête des rebelles qui avaient embrassé son parti (Vert.) ; quand les plébéiens romains refusaient de s'enrôler, les consuls faisaient punir les réfractaires (Roll.). Charles Ier d'Angleterre fut mis à mort par ses sujets rebelles (D'Al.) ; Dioclétien ayant ordonné aux chrétiens d'apporter aux juges tous leurs livres, plusieurs réfractaires furent punis du dernier supplice (Volt.).
Ensuite, rebelle est un mot très-communément usité même dans le sens de réfractaire, qui, lui, ne se prend jamais dans l'acception particulière à rebelle. Celui-ci s'est complètement naturalisé chez nous et il y forme avec rébellion et se rebeller une famille bien connue. Il n'en est pas de même de réfractaire, en latin refractarius : il n'a pas en français de substantif abstrait et de verbe correspondants de même signification , et il conserve quelque chose d'étranger et de savant qui fait qu'on l'emploie peu, même dans les cas où il conviendrait le mieux pour le sens. Il se dit surtout dans le langage de l'Église et en termes de
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jurisprudence, c'est-à-dire là où on a continué à parler latin pendant qu'ailleurs on parlait le français ou l'idiome qui est devenu notre français. « Les jésuites disaient que les jansénistes étaient une secte d'indépendants qui n'en youlaient pas moins à l'autorité royale qu'ils se montraient réfractaires à celle du pape. » S. S. « L'évêque de Luçon regardait les ennemis de la constitution Unigenitus comme réfraclaires à l'autorité de l'Eglise. » D'Al. <c Ces deux messieurs refusent de se soumettre aux décisions du concile de Trente. Le mandarin se tournant vers les deux réfractaires, leur dit.... » Volt. « Cette commission autorisait Esdras à rétablir des magistrats et des juges pour punir les réfractaires. » Roll. « Ingo IV, roi de Suède, voulut faire régner la justice et les lois, et punir les réfractaires. » Vert. « La nation française a pu supprimer ses ordres ecclésiastiques réfractaires à ses lois. » Bern. De nos jours réfractaire est particulièrement un terme de législation militaire par lequel on désigne un homme qui se soustrait à la loi du recrutement et refuse de se ranger sous les drapeaux. — Une substance minérale infusible ou presque infusible est appelée rebelle dans l'art de la métallurgie et réfractaire dans le vocabulaire plus relevé des chimistes. Delille parle la langue commune quand il représente le bismuth comme étant « peu ductile et peu rebelle aux flammes ; » mais il emprunte le langage des savants quand il dit que le cobalt
Garde dans le creuset sa roideur réfractaire.
RÉCAPITULER, RÉSUMER (RÉCAPITULA- TION, RÉSUMÉ). Exposer quelque chose d'une manière succincte.
Récapituler est d'une application plus étendue. — Au lieu qu'on ne résume jamais que de vive voix ou par écrit, on récapitule quelquefois mentalement, au dedans de soi, et c'est se retracer les choses ou s'en faire comme un tableau en raccourci. « Je m'attendrissais sur ces réflexions ; je récapitulais les mouvements de mon âme dès ma jeunesse.... Mon après-midi se passa dans ces paisibles méditations. » J. J. « Vous possédez cette même facilité (de style) dans la conversation , et vous entrez pouf beaucoup dans la récapitulation que je fais des bonheurs de la grand'maman. » Dudeff. — D'un autre côté, on dit très-bien récapituler des faits, et en cela ce verbe se distingue nettement encore de résumer qui ne s'emploie jamais qu'en parlant de discours ou d'écrits et signifie exclusivement redire en abrégé. « La Narration succincte, très-mal composée par l'abbé de Bourzéis, récapitule assez mal ce qu'on avait fait sous le ministère du cardinal. » Volt. « Beaucoup de lecteurs réprouvent ce long monologue (d'Antiochus dans Bérénice). Il n'est pas naturel qu'on fasse ainsi tout seul l'histoire de ses amours.... On pardonne un monologue qui est un combat du cœur , mais non une récapitulation historique.» Id. « Elle fit une courte récapitulation de sa vie entière pour montrer qu'à tout prendre elle avait été douce et fortunée. » J. J. « La lettre contenait une récapitulation de ce qui était arrivé depuis l'année précédente. » S. S.
Que si récapituler ne se prend pas toujours dans l'acception qui est particulière à résumer,
c'est-à-dire pour signifier reproduire en abrégé de vive voix ou par écrit ce qui a déjà été dit, cela lui arrive au moins quelquefois. Comment en diffère-t- il alors ?
Récapituler convient plutôt à la langue commune, ce qui tient sans doute à ce qu'il a été seulement formé du latin, et non pas copié d'un verbe latin correspondant, car recapitulare est un mot d'une mauvaise latinité. « Lisez les gazettes ; tout y est surprenant comme dans un roman. On y voit.... Une récapitulation de tout cela pourrait composer un volume qui ne serait pas gai, mais qui occuperait l'imagination. » Volt. « Faites part de ces confidences à qui de droit, afin que, si mes lettres ont le malheur de se perdre de quelque côté , l'on puisse de l'autre en récapituler le contenu.» J. J. Résumer, au contraire, représente exactement resumere, verbe latin de la meilleure époque, et c'est pourquoi son plus grand usage, comme le disait avec raison l'Académie avant 1835s, est dans le dogmatique et dans la jurisprudence. «On dirait, à entendre le critique, que l'auteur (de l'Esprit des lois) vient de faire un traité de théologie ou un droit canon, et qu'il résume ensuite ce traité de théologie et de droit canon. » Montesq. « Il est vraisemblable que le discours de l'avocat du roi fut un résumé des allégations des deux parties. » Volt. Dans son Emile, qui est proprement un traité d'éducation, J. J. Rousseau dit quelque part: « Je crois pouvoir résumer toutes les réflexions précédentes en deux ou trois maximes précises. » De même Mme de Staël, dans un endroit de son traité sur l'Influence des passions : « Je termine ici cette première partie; mais, avant de commencer celle qui va suivre, je veux résumer ce que je viens de développer. » Et dans son livre de la Littérature : « Il manquait aux philosophes grecs ce qu'on ne doit qu'aux sciences exactes, la méthode, c'est-à-dire l'art de résumer. x>
RECEVOIR, SOUFFRIR, ESSUYER, SURIR, ÉPROUVER. Tous ces verbes se disent de quelque chose de fâcheux qui arrive à quelqu'un ou dont quelqu'un est frappé.
Recevoir est le plus général sans contredit; car il s'emploie même pour exprimer quelque chose d'heureux : on reçoit un bon comme un mauvais accueil, de bons comme de mauvais traitements. Ensuite ce même verbe convient seul en parlant de certains objets physiques, comme une tuile, un seau d'eau qu'on reçoit sur la tête, ou de choses dont on dit bien qu'on les donne, des coups, des soufflets, par exemple.
Souffrir indique toujours quelque chose de mauvais ou de malheureux , et de plus il est particulièrement relatif à la peine qu'on en ressent. Il a cela de spécial, qu'il est subjectif, qu'il fait penser à l'état de l'âme désagréablement affectée. On souffre proprement des maux, ou, dans tous les cas, quelque chose à quoi on est très-sensible. « Le souvenir profond de la première injustice que j'ai soufferte. » J. J. « Suivons la nature qui a donné aux hommes la honte comme leur fléau; et que la plus grande partie de la peine soit l'infamie de la souffrir. » Montesq. — D'autres fois souffrir est subjectif en ce sens qu'il a rapport à
la disposition avec laquelle le sujet reçoit le mal, disposition passive ou patiente, qui tend à endurer, à laisser faire, à permettre. « Milord Maréchal n'était fait, ni par sa naissance pour essuyer ces hauteurs , ni par son caractère pour les souffrir. » d'Al.
Essuyer se dit, au propre, de l'eau et de la poussière qui sont tombées sur les meubles et qu'on ôte. Dans l'acception figurée où il se prend ici, il doit être préféré à ses synonymes toutes les fois qu'il est question de choses qui semblent tomber sur nous et nous assaillir, telles que des tempêtes ou le feu d'une place (Acad.), l'inclémence du ciel et des saisons (Labr.). des malheurs (Montesq.), des dangers ou des périls (Acad., Montesq.) ; ou bien encore telles que des brusqueries (Bourd.), des caprices (Id.), des rebuts ou des dégoûts (Mass.), de mauvais traitements (J. J.), des persécutions (J. J., Labr.),' des refus (J. J., Regn.), des réprimandes (J. J.), des affronts (Acad.). Dans toutes ces expressions se retrouve la même idée essentielle, celle d'une attaque dont on est l'objet.
Subir, du latin subire, aller ou se mettre sous, annonce, non plus un assaillant, un ennemi, ou un homme de mauvais vouloir et rude, mais un supérieur. On subit le joug, et tout ce qui est imposé par une autorité dont on dépend, la loi du vainqueur, l'arrêt du destin, un jugement, un châtiment, la mort. « Recevez un pouvoir sans bornes sur tout le sérail; commandez avec autant d'autorité que moi-même...; que tout subisse votre tribunal redoutable. » Montesq.
Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée :
Par un charme fatal vous fûtes entraînée....
Mortelle, subissez le sort d'une mortelle.
Vous vous plaignez d'un joug imposé dès longtemps.
Rac.
On essuie des mépris (Mass.) de la part de tout le monde; mais on subit le mépris (Acad.) d'un homme auquel on est subordonné.
Éprouver, expérimenter, faire connaissance avee, c'est souffrir pour la première fois, prendre par expérience idée d'un mal qu'on n'avait pas encore senti.
Bientôt le riche même, après de vains efforts, Éprouva la famine au milieu des trésors. Volt.
On dit particulièrement bien éprouver un changement, parce qu'un changement consiste en quelque chose de nouveau, en un état autre que l'état habituel d'auparavant. Que si subir un changement s'emploie aussi, c'est quand le nouvel état est produit par l'autorité ou par Dieu. « Il se peut que notre monde ait subi autant de changements que les États ont éprouvé de révolutions. » Volt. — Mais quelquefois éprouver signifie souffrir soi aussi un certain mal , et ce mot emporte alors l'idée d'une opposition, non pas avec ce qu'on avait souffert soi-même précédemment, mais avec ce qu'un autre ou d'autres avaient souffert de leur côté. « Si Mithridate avait l'art de solliciter les peuples et de faire révolter les villes, il éprouvait à son tour des perfidies de la part de ses capitaines, de ses enfants et de ses femmes. » Montesq. « Je laissai, par mégarde," dit Philoctète, tomber la flèche de l'arc sur mon pied. Aussitôt
j'éprouvai les mêmes douleurs qu'Hercule avait souffertes. » Fën.
RECHERCHE, INVESTIGATION. La synonymie de ces deux mots se fonde sur ce qu'ils signifient, l'un et l'autre, les efforts et tentatives de l'esprit pour parvenir à savoir, à découvrir la vérité, à réussir dans les sciences.
Recherche vient probablement du latin; mais cela n'est pas tellement certain, qu'on puisse assigner sans conteste le mot latin d'où il a été tiré. C'est l'expression commune, générale, représentative et de l'action de l'esprit et des résultats qu'il obtient dans quelque science que ce soit, particulièrement en philosophie, en histoire et en matières d'érudition. « Les impies ont voulu, par leurs recherches orgueilleuses, s'élever à des connaissances inconnues au reste du genre humain. » Mass. « Ne croyez pas que je veuille faire en ce lieu une recherche philosophique sur cette cruelle passion (la haine), ni vous rapporter dans cette chaire ce qu'Aristote nous a dit de son naturel malin. » Boss. « Nous trouvons, après une exacte recherche de tout ce qui est dans l'homme, que la raison est ce qu'il a de plus propre et de plus divin. » Id. « Les historiens grecs étaient plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recherches. » Id. « Il a fait de profondes recherches sur ce point de chronologie. » Acad. « Ce livre est plein de recherches savantes, est intitulé : Recherches sur.... » Acad.
Investigation, latin investigatio, d'investigare , suivre les vestiges ou la piste , est nouveau dans notre langue; il y a été introduit ou naturalisé au dix-huitième siècle par J. J. Rousseau, et le Dictionnaire de l'Académie n'en faisait pas mention avant 1835. C'est par rapport à recherche un terme distingué, et qui doit cette distinction moins encore à sa jeunesse qu'à sa dérivation manifestement latine. Quant au sens, il exprime quelque chose de suivi, la marche plutôt qu'une démarche de la raison, le travail plutôt que le fruit qu'il produit, et il semble se rapporter spécialement aux sciences physiques, aux sciences dans lesquelles on va pour ainsi dire à la chasse des faits. « Que de dangers, que de fausses routes dans V investigation des sciences! » J. J. « La vue et le toucher sont les deux sens qui nous servent le plus à Y investigation de la vérité. » Id. « Pour réduire en règles Y investigation des vérités physiques, le critique devrait tenir le milieu et les extrémités de la chaîne. » Marm.
Personne n'ignore cruelle gloire s'est acquise Aristote par ses recherches en toutes sortes de sciences; Thaïes est célèbre par l'esprit et l'ardeur d'investigation qu'il inspira à toute l'école philosophique ou plutôt physicienne de l'Ionie.
RECHERCHE, PERQUISITION, ENQUÊTE, IN- FORMATION. L'idée commune à tous ces mots est celle de soins et de moyens qu'on prend, die mouvements qu'on se donne pour parvenir à connaître, non plus dans les sciences (Voy. l'article précédent), mais en justice. Ce qu'on se propose par les recherches ainsi entendues, par les perquisitions, les enquêtes et les informations, ce n'est pas de s'instruire en satisfaisant une curiosité toute spéculative, mais de se procurer des
SUPPLÉMENT
indices, des révélations, toutes sortes de connaissances relatives aux affaires et aux intérêts de la vie.
Recherche appartient à la langue commune; il ne rappelle pas comme ses synonymes les usages de la justice, ses allures mesurées et conformes à des règles constantes et les mêmes pour tous; ce qu'il exprime le mieux, ce sont des entreprises ou des poursuites faites sans formalités et le plus souvent arbitraires. «. Narbal ne jugea point à propos, pendant la vie de Pygmalion, de faire venir Baléazar; il aurait tout hasardé pour la vie du prince et pour la sienne propre : tant il était difficile de se garantir des recherches rigoureuses de Pygmalion. » Fén. « Allez, informez-vous soigneusement de cet enfant. Voyez comme Hérode les engage à une exacte recherche et à un fidèle rapport. » Boss. « Pour que le citoyen paye, il faut des recherches perpétuelles dans sa maison. Rien n'est plus contraire à la liberté. » Montesq. « Le peuple voulait poursuivre les complices des vexations commises sous les Trente : Thrasybule, jugeant que ces recherches occasionneraient de nouveaux désordres, inspira d'autres sentiments. » Cond. « Rien n'a été omis pour l'exécution de cette noble entreprise : tous les talents d'un ministre intrigant, toutes les ruses de ses satellites , toute la vigilance de ses espions....; les malignes recherches sur ma vie pour la souiller, sur mes propos pour les empoisonner.... » J. J.
Les perquisitions ont un caractère légal comme les réquisitions, ce sont des recherches auxquelles on procède par autorité et selon certaines formes. Au reste, elles ont cela de tout à fait propre, qu'elles tendent à découvrir des personnes ou des choses, à faire mettre la main dessus. « Le prévôt de Paris eut ordre de faire dans tous les hôtels des princes une exacte perquisition des meurtriers. » Boss. « On dit qu'il dépeignit à peu près ma figure aux huissiers, et qu'ils me cherchaient avec leurs archers. Pendant qu'ils faisaient des perquisitions inutiles.... » Les. « H ne faut pas en faire perquisition (des chrétiens) ; mais s'ils sont accusés et convaincus, il faut les punir. » (Lettre de l'empereur Trajan à Pline). Roll. « Le commissaire de police a dressé un procès-verbal de perquisition. » Acâd. « La Dauphine dit à Mme de Levy de lui aller chercher cette boîte dans son cabinet où elle la trouverait sur la table.... Toute espèce de perquisitions faites, jamais on ne la revit. » S. S. — D'autre part, la perquisition étant l'action de chercher à travers ou d'une manière persévérante et achevée, per quœrere, ce mot, toutes les fois qu'on s'en sert dans la langue commune, et non plus en termes de palais, emporte l'idée de beaucoup de pénétration, de beaucoup de finesse, ou d'une grande exactitude. « Comment accorder la charité avec ces tours d'adresse, avec ces perquisitions, ces questions subtiles et captieuses; avec ces longs circuits pour amener une personne dans le piège, pour lui tirer ce qu'elle a de plus caché dans l'âme? » Bourd. « Pour être informé de la vérité, il les fît suivre par un laquais qui avait de l'esprit, et ce laquais ayant tout découvert par ses perquisitions, lui en fit un fidèle rapport. » Les. « Afin que nous comprenions quelle
exactitude nous est commandée pour nous informer des choses au milieu de nos ignorances, puisque celui qui sait tout fait une si soigneuse perquisition et vient en personne pour voir. »Boss.
V enquête et V information ont pour fin particu- ' lière, non pas, comme la perquisition, de faire trouver des personnes ou des choses, mais d'éclaircir des faits. Sans la perquisition ou si elle échoue, les hommes restent cachés ou les objets perdus; sans Y enquête et sans Yinformation ou si elles sont infructueuses, les faits restent incertains, indécis, et on demeure dans le doute, on ne sait ■quel jugement porter.
Enquête est seul usité en matière civile, et information en matière criminelle.
L'enquête porte directement sur les choses ou les objets et se propose d'en déterminer la nature, l'état, l'étendue, le maître, l'utilité ou les inconvénients : une enquête (et non pas, comme on disait autrefois, une information) de commodo et incommodo. Les Carthaginois s'étant plaints d'usurpations de Masinissa, « on ordonna une nouvelle députation pour aller sur les lieux faire de nouvelles enquêtes. » Roll. « Où sont les âmes délicates jusqu'à ce point qu'une chose trouvée leur soit un fardeau? Je dis un fardeau, parce qu'il leur impose devant Dieu l'obligation d'une enquête exacte et d'une fidèle restitution. » Bourd.
Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent : Des frelons les réclamèrent ; Des abeilles s'opposant, Devant certaine guêpe on traduisit la cause.... La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons, Fit enquête nouvelle, et, pour plus de lumière, Entendit une fourmilière. Laf.
Mais Yinformation est destinée à faire connaître les personnes, leurs actions et leur caractère : une information de vie et mœurs. « Langei fit voir quels étaient les assassins (des ambassadeurs)....; il mit en évidence toute la suite du crime, et afin que Yinformation ne fût pas suspecte, il la fit faire à Plaisance, qui était une ville neutre. »Boss. « Quand on veut juger un criminel, on commence par Yinformation, on appelle les témoins, on reçoit les dépositions.... » Bourd. « Saint Louis faisait faire de temps en temps des informations juridiques de la vie et des mœurs de tous les officiers de sa cour. » Id. « La chambre ne travaillera de vingt jours (dans une affaire d'empoisonnements), soit pour tâcher de se racquitter en faisant des informations nouvelles, soit en faisant venir de loin des gens accusés, comme par exemple cette Polignac qui a un décret ainsi que la comtesse de Soissons. » Sév.
Une remarque accessoire, qui ne laisse pourtant pas d'avoir son importance, c'est qu'enquête se prend plutôt au singulier et signifie le travail, l'examen, l'audition des témoins, au lieu qu'information se met et se trouve plus souvent au pluriel et marque ce qu'on se procure par Y enquête, à savoir les renseignements, les témoignages qu'on recueille. On fait proprement une enquête. « Il se trouva, par Yenquête exacte que l'on fit, que depuis le commencement de la guerre on avait tiré du temple plus de dix mille talents. » Roll. Faire une information, procéder à une information sont
aussi des locutions usitées; mais on dit prendre, recevoir, avoir, conserver des informations, et non pas des enquêtes. « Le prélat Mezzabarba avait tout pouvoir pour prendre toutes les plus juridiques informations sur ce qui s'était passé (en Chine) entre les jésuites et le cardinal de Tournon. » S. S. « J'ai écrit en Suisse pour avoir des informations sur le compte de ce misérable.... Vous pourriez passer chez MM.... Vous en tireriez peut-être des informations qui me seraient utiles pour confondre mon coquin. » J. J. « La cour vémique déléguait secrètement des commissaires qui allaient, sans être connus, dans toutes les villes d'Allemagne, prenaient des informations sans les dénoncer aux accusés, les jugeaient sans les entendre » Volt. « Voilà, disent les informations conservées jusqu'à nos jours, ce qu'avouèrent soixante et douze templiers au pape même. » Id.
RECOIN, REPLI. Au figuré, ces deux mots signifient l'endroit le plus retiré d'une chose, ce qu'il y a en elle de plus secret, de plus difficilement aperçu ou de plus difficile à apercevoir.
Leur différence est ^analogue à celle qui les sépare au propre. Or, au propre, recoin se dit de lieux ou de choses considérées localement, abstraction faite de toute idée d'action ; au lieu que repli s'emploie en parlant de choses qui se replient, qui agissent ou qui se meuvent, qui font des tours et des détours. Psyché visita tous les recoins d'une grotte où elle avait été conduite en suivant les replis d'un ruisseau qui y aboutissait (Laf.). Il en résulte qu'au figuré recoin ne suppose pas et que repli suppose une action ou des efforts pour tenir cachées les choses dont il s'agit. « Les sciences spéculatives ont des recoins et des enfoncements fort peu utiles. » P. R. « Avec tant et de si grandes parties, ce prince si admirable (le duc de Bourgogne) ne laissait pas de laisser voir un recoin d'homme, c'est-à-dire quelques défauts. » S. S. « Dans l'entreprise que j'ai faite de me montrer tout entier au public, il faut que rien de moi ne lui reste obscur ou caché ; il faut qu'il me suive dans tous les égarements de mon cœur, dans tous les recoins de ma vie. » J. J. Les replis sont proprement des effets de la duplicité, quelque chose d'artificieux, des détours. « On n'avait pas pénétré d'abord tous les secrets d'une secte qui avait tant de replis et tant de détours.» Boss. « Suivre scrupuleusement les détours artificieux et les profonds replis d'une procédure embarrassée. » D'Ag.
Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs.... Celui-ci n'était pas pour le pouvoir surprendre, Et de pièges plus Ans on le voit se défendre. D'abord il a percé, par ses vives clartés, Des replis de son cœur toutes les lâchetés. Mol.
RÉCOMPENSE (EN), EN REVANCHE. Par
compensation.
En récompense annonce une récompense, sert à exprimer qu'on rend le bien pour le bien. « Si vous me faites voir le petit-fils de mon maître, puissent les dieux en récompense vous faire voir sar vos genoux les enfants de vos enfants jusqu'à la cinquième génération ! » Fén. « Il y a un paquet pour vous chez M. Bouret. En récompense
instruisez-moi un peu de l'état de notre littérature. » Volt. « Des rois d'Afrique se sont adressés plusieurs fois aux chefs de nos comptoirs pour avoir des femmes blanches, leur promettant en récompense des privilèges considérables. » Bern. — En revanche, au contraire, donne l'idée d'une revanche, fait entendre qu'on rend la pareille d'un mal ou le mal pour le mal. « Ces millouins écartaient les autres canards à coups de bec sur l'eau; mais ceux-ci en revanche les battaient lorsqu'ils étaient à terre. » Buff.
Qui rit d'autrui Doit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui. MOL. Tu me fais penser....
Qu'elle ne m'aime point, et qu'elle me méprise. — Oui ; mais, par son portrait que je te fais ici, En revanche tu peux la mépriser aussi.
Dest.
Quand un époux a fait quelque intrigue nouvelle, La femme a beau crier, le mari va son train. Quand la dame, en revanche, a formé le dessein De se dédommager d'un époux infidèle, L'époux a beau gronder.... Regn.
Dans une acception très-générale les deux locutions marquent une compensation à quoi que ce soit de bon ou de mauvais. Mais alors en récompense indique une compensation quelconque, et en revanche une compensation exacte. En effet se revancher , ce n'est pas seulement comme récompenser faire quelque chose en retour, mais rendre la pareille. Des oiseaux ont le vol pesant, mais en récompense ils courent très-vite (Buff.), ils ont au moins cette consolation, cet avantage qui supplée à cet inconvénient d'une manière telle quelle ; les femmes n'ont pas la force, mais en revanche elles ont l'adresse (Fén.), elles possèdent une qualité qui vaut tout autant. Une personne m'a fait telle ou telle chose; en récompense je l'aime ou je la hais. Une personne m'aime beaucoup; en revanche je l'aime beaucoup aussi.
L'amour qu'il a pour moi ne s'imagine pas;
Mais en revanche aussi je l'aime à la folie. Regn.