SUBSTANTIEL, SUCCULENT, NOURRISSANT
Ëpithètes dont on se sert pour qualifier des aliments de bonne qualité, c'est-à-dire très-propres à entretenir la vie dans les animaux, « Les aliments sont beaucoup plus substantiels et succulents dans les pays chauds.... Pourquoi manget-on tant de légumes en Italie? parce qu'ils y sont bons, nourrissants, d'excellent goût. » J. J.
Substantiel, plein de substance, riche en matière nourricière, en molécules organiques, annonce quelque chose de solide et de confortant, mais sans aucun rapport au goût. « Après le déluge, les herbes et les fruits n'eurent plus leur première force, et il fallut donner aux hommes une nourriture plus substantielle dans la chair des animaux. » Boss. « L'homme ne pourrait pas se nourrir d'herbe seule ; il périrait d'inanition s'il ne prenait des aliments plus substantiels. » Buff. « Il faut que la nourrice vive un peu plus commodément, qu'elle prenne des aliments un peu plus substantiels. » J. J. « Les mets délicats et \>e\i substantiels, comme les meringues, la crime fouettée, et les fruits fondants, étaient pour l'âme. » Volt.
Succulent, plein de suc, de jus, de graisse, tendre, fondant, onctueux, se dit, au contraire, de quelque chose qui est sensible au goût ou appétissant. Aussi ressemble-t-il davantage à savoureux. « Si la nécessité ne déterminait pas plus souvent que le goût les animaux carnassiers, comment pourraient-ils dévorer la chair infecte et corrompue avec autant d'avidité que la chair succulente et fraîche? » Buff. « Rien n'est plus délicat, plus fin, plus succulent que le bec-figue mangé dans la saison; c'est un petit peloton d'une graisse légère et savoureuse, fondante , aisée à digérer. ^ Id. « L'un dit que la poularde sent la noisette; l'autre vante sa chair succulente. » Volt.
Monsieur votre fils en a fait un portrait
Si beau, si succulent, qu'on en ressent l'effet,
Qu'on ne peut exprimer l'appétit qu'il inspire. Dest.
— « On donne au bœuf pour l'engraisser du son, du grain, des navets, des aliments en un mot plus substantiels que l'herbe; et en très-peu de temps la quantité de la chair de l'animal augmente, les sucs et la graisse abondent, et font d'une chair assez dure et assez sèche par elle-même une viande succulente. » Buïf,
Nourrissant, qui nourrit, dit moins que les deux premiers mots, qui en sont comme les superlatifs. Dans une de ses lettres à Parmentier, Voltaire le remercie de lui avoir envoyé deux mémoires, « l'un sur les pommes de terre, l'autre sur les végétaux nourrissants. » D'où vient toutefois qu'on met bien nourrissant après substantiel et après succulent? « La femelle du renne donne du lait plus substantiel et plus nourrissant que celui de la vache. » Buff. « Les fruits à la fois rafraîchissants , succulents et nourrissants sont au nombre des richesses et des délices de l'Inde. » Lah. C'est que nourrissant marque l'effet, une qualité actuellement développée, au lieu que substantiel et succulent sont relatifs à la cause, n'expriment qu'une puissance inhérente aux choses qu'ils qualifient. Ce qui est subtantiel et succulent est très-nutritif, très-bon pour nourrir; mais ce qui est nourrissant nourrit effectivement, possède une qualité dont on voit présentement la réalisation. « Le manœuvre anglais boit d'une bière aussi nourrissante que dégoûtante qui l'engraisse. » Volt. « Notre âme devient languissante et exténuée, à peu près comme un homme qui ne prendrait que des viandes qui ne seraient pas nourrissantes. » Boss.
SUITE, CONSÉQUENCE, EFFET. On désigne par ces mots des faits qui viennent après d'autres dont ils dépendent et auxquels ils se rattachent par un rapport plus ou moins prochain : tel événement est la suite, la conséquence , Y effet de telautre.
Suite , ce qui suit, est le mot général : toute chose qui arrive après une autre, d'où elle procède, de quelque façon que ce soit, de loin ou de près, en est la suite.
Conséquence, latin consequentia, est un terme intellectuel, idéal, théorique, qui signifie d'abord en logique la suite d'un principe, ce qui découle de certaines prémisses ou d'une vérité, d'une proposition , d'un système. « Ces conséquences sont des suites nécessaires du système de Spinosa; mais elles se réfutent d'elles-mêmes. » Cond. Dans l'acception où conséquence est lié avec suite et effet par une synonymie plus étroite, il veut dire une suite considérée intellectuellement , c'est-à-dire en tant qu'elle est sue, connue, prévue, pressentie, ou en tant qu'on la fait connaître, qu'on l'expose. « Un rapport échappé témérairement produit souvent des animosités durables et permanentes qui ont de longues et fâcheuses suites.... Il est utile de faire souvent réflexion sur les conséquences terribles des indiscrétions qu'on peut commettre. » Nie. « Comme s'il eût pris vigueur de l'état où l'on voulait le mettre, le peuple de Paris témoigna être préparé à toutes les suites qui le menaçaient; le parlement parut moins ferme en cet accident, parce qu'il en prévoyait mieux les conséquences. » Laroch. — Ce même caractère spéculatif distingue aussi la conséquence de Y effet, «. Vous voyez les funestes conséquences de ce mal, vous en avez peut-être mille fois éprouvé les tristes effets. » Bourd. « Le peuple romain, qui n'avait pas fait attention aux conséquences du changement que le roi Servius Tullius avait introduit, en sentit dans la suite tout Y effet et tout le poids. » Roll.
V effet, d'effectus, fait, exécuté, est la suite d'une cause, une suite immédiate par conséquent, précise, plutôt physique que morale. Une chose fait ou produit des effets; elle a des suites ou des conséquences. On dit les effets, et non les suites ou les conséquences d'un remède. On dit les effets et les suites d'une chose (Bourd. Boll.), c'est-à-dire ce qui en résulte d'abord, et ce qui en provient par la suite, ultérieurement, à la longue, plus tard, a Le fanatisme, quoique plus funeste dans ses effets immédiats que ce qu'on appelle aujourd'hui l'esprit philosophique, l'est beaucoup moins dans ses conséquences. » J. J. a Dire que la corruption et la mortalité de la race humaine, suite du péché d'Adam, est un effet naturel du fruit défendu, et que cet aliment contenait des sucs venimeux. » 1d.
Les suites de l'ivrognerie sont tous les désordres qu'elle entraîne. Ces mêmes désordres, quand on se les représente ou qu'on les représente aux autres, sont les conséquences de ce vice. L'effet de l'ivrognerie, c'est, à parler rigoureusement, l'ivresse.
Un incendie a pour suites tous les maux qu'il occasionne directement ou indirectement, présentement ou ensuite, dans un avenir plus ou moins éloigné. Aperçus d'avance par l'auteur du sinistre, ces maux ont été des conséquences dont la vue ne l'a point arrêté. Un incendie a pour effet l'embrasement d'un certain nombre de maisons.
Une chose est sans suite quand elle n'amène pas toute la série des faits qu'on en attendait, quand elle ne continue pas ou ne se développe pas jusqu'au bout. Une chose sans conséquence est sans suite aux yeux de l'esprit, c'est-à-dire insignifiante, de peu déportée ou peu importante. Une chose est sans effet quand elle ne produit pas tel ou tel fait particulier qu'il est de sa nature de produire.
Les suites d'une maladie, d'une affaire, en sont comme la queue, comme un prolongement, comme un retentissement plus ou moins lointain. Les conséquences d'un parti, d'une entreprise, d'une certaine conduite, en sont les avantages et les inconvénients en tant que l'esprit les conçoit, y pense, y applique son attention. Veffet d'une cause, de quelque chose d'actif, comme la foudre, une mine, la colère, une révolte, en est le produit immédiat, ce qui s'ensuit d'abord.
SUPPLICE, TOURMENT, TORTURE. Grande douleur ou grande peine.
Supplice est le latin supplicium (de supplex, suppliant, qui prie) , dont le sens est le même, mais qui a désigné primitivement une cérémonie religieuse mêlée de prières qu'on faisait avant une exécution. Le supplice est une punition corporelle ordonnée par la justice. Mais le tourment et la torture (tormentum, instrument de question, de torquere, tordre, tordre les membres) n'ont point du tout ce caractère expiatoire : au lieu de s'appliquer à un homme en raison de ce qu'il a fait, il leur arrive quelquefois d'être employés contre un homme pour en obtenir quelque chose. On conduit un criminel au supplice (Bourd.) ; « la question, la torture fut d'abord une invention des brigands qui, venant piller des maisons, faisaient
SUPPLEMENT
souffrir des tourments aux maîtres et aux domestiques, jusqu'à ce qu'ils eussent découvert leur argent caché. » Volt. 11 en est de même au figuré : les supplices de l'ambition sont les suites fâcheuses qu'elle entraîne pour l'ambitieux et qui forment comme son châtiment ; les tourments de l'ambition regardent plutôt l'avenir que le passé, ce sont les inquiétudes et les soucis de l'ambitieux.
Mais une autre différence qui a été plus généralement sentie et observée provient de l'énergie extraordinaire attachée aux mots tourment et torture : ils sont plus forts que supplice; supplice signifie le fait, tourment et torture en expriment l'intensité, la violence. « Jésus-Christ va à la mort, au supplice, au plus cruel de tous les tourments. » Boss. «Le supplice de la mère et des sept enfants dans les Machabées n'est donc qu'une histoire risible, puisque les tourments les plus affreux ne purent les déterminer à se permettre des mets que Moïse avait interdits? » Mass. « Un auteur (en enfer) verra croître son supplice et ses tourments, à mesure que le feu impur qu'ila allumé se répandra sur la terre. » Id. « S'agit-il d'offrir votre corps à la rigueur des feux ou à la torture des supplices?» Id. « Quel supplice, quel tourment égalerait ce qui se passe dans mon sein ! •» Staël. Les supplices des martyrs et des damnés se considèrent comme leur ayant été infligés ; leurs tourments se conçoivent comme très-sensibles ou extrêmement douloureux. Au figuré supplice, mais non pas tourment ni torture, a une signification tellement affaiblie qu'il se dit même d'une simple incommodité ou d'un simple désagrément : C'est un supplice pour moi que d'entendre cet homme-là (Acad.).
Quant à la différence de tourment et de torture, dont la racine est la même, elle se tire toute de la valeur de leurs terminaisons. Le tourment est le résultat d'une action, et la torture le résultat d'une action faite à desein et avec art. Malheur à l'art affreux qui peut à tant de maux Condamner sans pitié d'innocents animaux, Et sur eux prolongeant des tortures savantes, Déchirer de sang-froid leurs entrailles vivantes ! Del.
Ce ne sont pas des tourments que les tyrans ont inventés, mais des tortures (Agaij.), et on a appelé spécialement torture la question, la gêne, institution cruelle ayant pour objet de forcer les accusés par des tourments à faire des aveux. « Supposez que Dieu fit paraître devant vous ces âmes affligées (en enfer) , et que vous fussiez témoins de leurs tourments, vous qui, sans frémir, ne pourriez voir un criminel à la torture. » Bourd. Ceux qui se convertirent au second siècle n'ont pas embrassé sans examen une doctrine qui les exposait àla haine, au mépris, aux tourments, à la mort.... Si on considère la longueur et la cruauté des tortures employées pour faire succomber les Chrétiens, on conviendra que leur foi avait besoin d'être soutenue par des secours extraordinaires. » Cond. — De plus, torture est collectif et veut dire des tourments, plusieurs tourments. « Dieu sépare de lui ses ennemis, et les précipite loin de sa présence dans un lieu de tourments. Que dis-je ? Jusque dans ce lieu de torture, il leur est toujours présent. » Bourd. « Elles veulent sentir la contrition,
et pour cela elles mettent leur esprit à la torture. Enfin après bien des efforts et bien des tourments, croient-elles pouvoir procédera la déclaration de leurs péchés; nouvelle peine. » Id.
SURCROÎT, SURCHARGE. Chose ajoutée sur une autre.
Surcroît ne s'emploie qu'au figuré et d'une manière abstraite ; au lieu que surcharge est également usité au propre et pour le concret. Buffon dit des oiseaux nommés combattants qu'au printemps ils ont un surcroît de vie; mais il appelle surcharge l'espèce d'excroissance monstrueuse que les calaos portent sur le bec, et il remarque, au sujet des chiens, que, dans nos maisons, ces animaux, par la surcharge de la nourriture, deviennent pesants et paresseux.
De plus, surcroît peut servir à exprimer quelque chose de bon ou d'avantageux, mais jamais surcharge, qui naturellement ne convient qu'en parlant de quelque chose qui est à charge, onéreux, accablant ou tout au moins pénible : un surcroît de bonheur (Acad.), de gloire (Corn.) ; une surcharge d'affaires, d'afflictions (Cond.), une surcharge d'impositions illégale (Lah.).
SURTOUT, PRINCIPALEMENT. Ces deux mots servent à tirer une chose du milieu des autre? pour lui appliquer de préférence une idée ou une assertion.
Surtout se dit bien d'une manière absolue :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée,
Dans vos plus grands excès, vous soit toujours sacrée.
Boil.
Mais principalement ne s'emploie qu'en rapport avec un verbe exprimé : je vous recommande ou respectez principalement la langue.
Surtout est absolu pour le fond comme pour la forme, et il dit plus que principalement, qui est relatif. Principalement n'emporte qu'une excellente générale, convenable à toute une espèce. « Je suis libre, dit Fénelon : c'est en cela principalement que je suis l'image de Dieu. » C'est-àdire que ma liberté est un des traits principaux, les plus considérables, qui constituent ma ressemblance avec Dieu; surtout voudrait dire que ma liberté est, non pas l'un des traits les plus essentiels de cette ressemblance, mais le plus essentiel de tous, un trait hors ligne, hors de pair. Il faut principalement et surtout se garder de faire une chose, c'est-à-dire, dans le premier cas, donner une très-grande attention, et, dans le second, donner sa plus grande attention, en négligeant tout le reste, si besoin est, à ne la point faire. — « Je m'arrêterai principalement à ce qui regarde les Carthaginois, et je m'appliquerai surtout à faire connaître le génie et le caractère d'Annibal.» Roll.
D'ailleurs, surtout est objectif, et se met ordinairement avec les substantifs, avec les mots significatifs des choses qui se comptent, après une énumération explicite ou implicite.
J'ai bon air, bonne mine,
Les dents belles surtout, et la taille fort fine. Mol. « Selon la prudence et les conseils des gens sages, et surtout de ceux à la conduite de qui Dieu vous a soumise. » Boss. Principalement, d'une manière principale, est subjectif, a plus de tendance
à se joindre au verte, au mot qui exprime Faction, ses circonstances et ses degrés. « Auguste et Tibère songèrent principalement à punir les débauches de leurs parentes. » Montesq. « C'est là principalement ce qu'on improuva dans sa doctrine. » Boss. — «La comédie émeut les passions et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l'amour, principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnête. » Pasc. « Les personnages de Virgile sont également remarquables par cette heureuse combinaison, par la beauté de l'invention et de l'exécution, et surtout par le mérite de la variété : c'est principalement cette dernière qualité qui distingue la seconde partie de son poëme. » Del. Tous les écrivains, les poètes surtout, sont avides de gloire ; c'est ce qu'ils se proposent et ce qu ils célèbrent principalement.
SYNTAXE, CONSTRUCTION. Rapport des mots entre eux dans la phrase.
La syntaxe regarde tous les rapports que les mots peuvent ou doivent avoir ensemble, et, par exemple, les rapports essentiels de concordance et de dépendance ; au lieu que la construction ne consiste que dans le rapport extérieur de la place, dans l'arrangement. La syntaxe enseigne comment on doit faire accorder des mots avec d'autres en genre, en nombre, et en cas dans les langues qui ont des cas , et comment certains mots en modifient d'autres, les régissent, les obligent à prendre telle ou telle forme suivant les vues de l'esprit ; mais la construction indique précisément et uniquement la manière de disposer les difiérentes parties de la phrase. Silvestre de Sacy, dans ses Principes de grammaire générale, après avoir établi cette distinction, la consacre en traitant de la syntaxe dans un chapitre et cte la construction dans un autre. M. Egger n'est pas moins précis sur ce point dans l'endroit de sa Grammaire comparée qui s'y rapporte. Cette même distinction avait déjà été faite par Dumarsais, Condillac et l'Encyclopédie. D'Alenibert avait dit : « La syntaxe est l'art d'appliquer les signes aux différentes vues
de l'esprit; et la construction, la connaissance de l'ordre qu'ils doivent avoir dans le discours. » Les anciens rhéteurs grecs et romains eux-mêmes ne confondaient point du tout les deux choses signifiées par ces deux mots, et ils prescrivaient des règles différentes pour l'une et pour l'autre.
Si telle est la différence entre syntaxe et construction, la syntaxe peut rester invariable pendant que la construction change. Cicéron a dit, selon trois combinaisons différentes, accepi lifteras tuas, tuas accepi litteras, et litteras accepi tuas. Il y a là trois constructions, puisqu'il y a trois arrangements de mots; mais il n'y a qu'une syntaxe, puisque dans chacune de ces constructions litteras est dans le même rapport de concordance avec tuas et de dépendance avec accepi.
Quelquefois pourtant la synonymie est plus étroite entre ces deux termes de grammaire : c'est quand syntaxe se prend dans le sens particulier de construction, est également relatif à l'arrangement des mots. — Alors ils diffèrent en ce que syntaxe, sans terminaison significative, désigne quelque chose de fixe, de général, d'idéal, d'à priori, et construction, à cause de sa désinence verbale, quelque chose de particulier et d'effectif. La syntaxe est proprement l'ordre à suivre, et la construction un ordre suivi. Condillac, ayant cité deux vers de Boileau d'une tournure un peu louche, ajoute : « La syntaxe de notre langue ne permet pas de pareilles constructions. » Laharpe dit du style marotique : « Il permet une espèce d'inversion, et quelques constructions anciennes que notre langue empruntait du latin avant qu'elle eût une syntaxe régulière. » Un enfant apprend d'abord les règles absolues et abstraites de la syntaxe dans une grammaire ; puis il les applique en faisant la construction (et non la syntaxe) des phrases réelles, qu'on lui présente dans les auteurs afin qu'il s'en rende compte et qu'il s'accoutume à ne faire lui-même que des constructions nettes et élégantes. Observez les règles de la syntaxe, si vous voulez apprendre à éviter les constructions vicieuses.
TAMBOUR, CAISSE. Instrument de percussion au son duquel s'assemblent, marchent et vont au combat nos soldats d'infanterie.
Tambour, dont l'étymologie est incertaine et que Voltaire regarde comme un terme imitatif, a surtout rapport au bruit ou au son rendu par l'objet. « Si à la société dont j'ai parlé on ne donnait que des tambours et des airs de trompette, n'est-il pas vrai que l'on parviendrait moins à son but que si l'on donnait une musique tendre? » Montesq. « En fait de musique, il n'y a que le tambour qui me fasse plaisir. » Mariv. « La voix de ces singes retentit comme un tambour et se fait entendre à une très-grande distance. » Buff.
La voix veut le téorbe, et non pas la trompette ;
Et la viole, propre aux plus tendres amours,
N'a jamais, jusqu'ici, pu, se joindre aux tambours. Laf.
Je suis discret, ma princesse, Comme le bruit d'un tambour. Regn.
Tambours, trompettes et tonnerre, Dieux et Titans, que faites-vous?
Vous confondez, par vos terribles coups, Les enfers, le ciel et la terre. Volt. Caisse signifie primitivement et proprement une des parties du tambour, savoir la caisse, de forme cylindrique, le fût creux, que ferment païen haut et par en bas des peaux bien tendues. Mais l'usage veut .que dans certains cas le nom de la partie soit donné au tout.
C'est d'abord pour éviter l'équivoque , quand le mot tambour est employé par extension à désigner le soldat dont la fonction est de porter cet instrument et de s'en servir. « Le czar voulut servir dans cette compagnie ; et ayant été fait tambour, il en prit l'habit et battit la caisse. » Coud.
SUPPLEMENT
C'est ensuite quand on considère l'objet indépendamment du son qu'on en tire : bander la caisse (Agad.) ; cette caisse est crevée (Acad.) ; s'asseoir sur une caisse; la grosse caisse. « Les dernières paroles de Jean Ziska furent d'ordonner qu on l'écorcherait pour faire une caisse de sa peau. » Cond. On dit bien sans doute battre la caisse comme on dit battre le tambour, mais c'est qu'il ne s'agit encore que d'une action antérieure au son, et non d'une action qui suppose le son déjà produit. La preuve en est qu'on dit entendre le tambour, et point du tout entendre la caisse. « Tel entend un tambour et se croit général. » J. J. « On entend des tambours, des trompettes. » Sév.
On n'entendait ni tambours ni trompettes.
Volt.
TANDIS QUE, AU LIEU QUE. Locutions adverbiales servant à marquer une opposition. Vous jouez tandis que votre frère travaille; vous jouez au lieu que vous devriez travailler.
Mais tandis que, et non pas au lieu me, a toujours rapport au temps : il a pour accessoire et ajoute à l'idée commune celle de simultanéité. « Cette année la sécheresse fut très-grande, de manière que les terres qui étaient dans les lieux élevés manquèrent absolument, tandis que celles qui purent être arrosées furent très-fertiles. » Montesq. « Je partis accompagné et fêté de tout le monde, tandis que l'ambassadeur, seul et abandonné dans son palais, y rongeait son frein. » J. J. « Les gentils ont pris la place des juifs , tandis que les enfants de la promesse sont tombés dans l'aveuglement le plus profond. » Bourd. On le voit par ces exemples, tandis que peut se traduire par dans le même temps que, et dans ce même temps.
Au lieu que signifie, mais au contraire, abstraction faite de toute circonstance de temps. « Les fatigues pour les soldats Romains étaient continuelles, au lieu que nos soldats passent sans cesse d'un travail extrême à une extrême oisiveté. » Montesq. « On s'imaginait que je pouvais écrire par métier, au lieu que je ne sus jamais écrire que par passion. » J. J. « Les gens du monde rapportent tout à eux, au lieu que tout doit être rapporté à Dieu. » Bourd. Au lieu que convient surtout dans les propositions et dans les comparaisons absolues , où on n'a aucun égard au temps. « Le divorce se fait par un consentement mutuel, au lieu que la répudiation se fait par la volonté d'une des deux parties. » Montesq. « Il n'y a que le salut qui subsiste et qui soit éternel, au lieu que tout le reste est passager. » Bourd.
1° TAPAGE, TINTAMARRE; — 2° CARIL- LON, CHARIVARI; — 3° SABBAT; — 4° VA- CARME, BACCHANAL, TRAIN. Tous ces mots signifient dans le langage familier un grand bruit. 1° Tapage, tintamarre. Grands bruits produits par des coups , en battant, en frappant, en renversant, en causant du désordre ou du dégât. On dit très-bien, en ayant égard aux effets de cette action particulière, perturbatrice ou destructive en même temps que bruyante, voir du tapage et voir du tintamarre.
Mais ce sont proprement les personnes qui font du tapage. « La princesse d'Harcourt prit une femme de chambre à qui, dès les premières journées, elle distribua force tapes et soufflets C'étaient tous les jours (avec ses domestiques) des combats et des aventures nouvelles. Ses voisines à .Marly disaient qu'elles ne pouvaient dormir au tapage de toutes les nuits. » S. S. s Un ivrogne, dans une pièce anglaise qu'on joue tous les jours, se masque en prêtre, fait du tapage, est arrêté par le guet. » Volt. «■ C'est un gaillard qui ne s'embarrasserait non plus de jeter votre cousin par les fenêtres que de boire un verre de vin.... Le diable m'emporte s'il ne fait du tapage. » Dest. a Plus on augmente le nombre des pigeons mondains dans un espace donné, plus il y a de combats, de tapage et d'œufs cassés. » Buff.
Dans l'autre nid, toujours querelle, Œufs cassés, tapage et rumeur. Flor.
« Toutes les compositions de Boucher font aux yeux un tapage insupportable. » Did.
Le tintamarre, au contraire, est plutôt fait par les choses. « L'esprit du plus grand homme du monde n'est pas si indépendant, qu'il ne soit sujet à être troublé par le moindre tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit du canon pour empêcher ses pensées : il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. » Pasc. a Vous ne savez pas tout le tintamarre qu'a fait ici le tonnerre. Il a frappé deux hauts chênes dans la forêt; il a grillé et séché un poirier chez mon curé.... » Boss. Dans le Bourgeois gentilhomme, le maître de philosophie ayant dit que <c la physique est celle qui nous enseigne les causes de tous les météores, les feux volants, les comètes, les éclairs, le tonnerre, la foudre, la pluie, la neige, la grêle, les vents et les tourbillons...., » M. Jourdain ne veut pas de cette science, et répond : « H y a trop de tintamarre là dedans, trop de brouillamini. » Mol. J'ai voyagé, j'ai vu du tintamarre :
Je n'ai jamais vu semblable bagarre. Vqlt. 2° Carillon, charivari. Grand bruit causé par des sons, perceptible à l'ouïe seulement, et non accompagné comme le tapage et le tintamarre, de scènes de trouble ou de désordre propres à tomber sous la vue.
Le carillon est causé par des sons de cloches. « Avant le lever du soleil j'entendis sonner toutes les cloches de la vilîe; et l'on faisait ce carillon pour avertir le peuple qu'on allait commencer l'auto-da-fé. » Les. « Les carillonneurs (genre merle) forment parfaitement entre eux un carillon pareil à celui de trois cloches d'un ton différent.... Ils continuent leur singulier carillon pendant des heures entières sans la moindre interruption. » Buff. — Au figuré, ce qui distingue nettement carillon, c'est l'idée d'une continuité importune. « Les alouates (sorte cle sapajous) ne cessent de hurler : leur carillon lugubre dure souvent quelques heures de suite. » Buff. « Un petit chien s'est mis à japper de toutes ses forces, et « m'a poursuivi, en faisant toujours le même carillon, pendant deux ou trois rues. » Bouffl. On appellera carillon les rabàcheries d'un homme qui ne cesse de gronder.
Le charivari est un bruit d ustensiles de cuisine accompagné de huées et qu'on faisait la nuit devant la maison des femmes du petit peuple, veuves et âgées qui se remariaient. « Entendezvous dans la rue un charivari? Une femme de soixante ans a épousé ce matin un cavalier de dix-sept. Tous les rieurs du quartier se sont ameutés pour célébrer ses noces par un concert bruyant de bassins, de poêles et de chaudrons. » Les. Il se dit particulièrement bien d'une mauvaise musique. « La musique de M. Gluck n'est qu'un chariviari, tantôt bruyant, tantôt plat, et toujours ennuyeux.» Dudeff. « Chacun peut entendre à quels abominables charivaris on donne en France le nom de musique. » J. J.
Mon démon de musique
M'agite, me saisit
— Nous entendrons bientôt de beaux charivaris.
Regn.
Dans l'acception la plus étendue, charivari sert à exprimer une avanie, ce S'il ne me donne pas mes cinq quartiers, j'irai chez ses maîtresses faire un charivari. » Les.
3° Sabbat. Grand bruit produit par des cris ou des chants de sorciers assemblés pour adorer le diable. Ce mot désigne par extension le bruit que font des chats réunis et qui miaulent ensemble. « On conta hier qu'à Bruxelles la comtesse de Soissons a été contrainte de sortir doucement de Téglise, et que l'on avait fait une danse de chats liés ensemble et un sabbat si épouvantable, qu'ayant crié en même temps que c'étaient des diables et des sorciers qui la suivaient, elle avait été obligée de quitter la place. » Sév. « Si on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur saoul, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, ne diriezvous pas : voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler?» Labr. Enfin sabbat convient spécialement pour exprimer le bruit fait par un esprit, par un être surnaturel ou mystérieux, ou pour désigner un bruit qui a quelque chose de diabolique. « C'est dans cet endroit-ci que l'esprit bat le tambour ordinairement, et je veux y boire à sa santé, afin qu'il ne vienne point faire le sabbat dans ma chambre. » Dest. Je croyais que ces brusques manières
Venaient de quelque esprit qui voulait des prières-,
Et, pour mieux m'éclaircir, dans ce fâcheux état,
Si c'était âme ou corps qui faisait ce sabbat...., Regn.
a Faire un sabbat. du diable. » Acad. « Quel diable de sabbat! » J. J.
4U Vacarme, bacchanal. train. Grands bruits caractérisés par les différents états des personnes d'où ils proviennent.
Le vacarme est causé par une personne mécontente et courroucée qui querelle et tempête, qui éclate en reproches, en injures ou en menaces. Le bacchanal est fait par des gens qui se comportent comme dans l'antiquité ceux qui célébraient les bacchanales ou les fêtes de Bacchus, par des gens en goguettes, qui se réjouissent ou se divertissent surtout en buvant. Le train, suivant une ancienne acception de ce mot, suppose des gens de mauvaise vie, de la canaille, des vauriens de toutes
sortes. « Que*font là ces ivrognes?.... Est-il temps, messieurs les coquins, de faire ce train-lh7 » Dest. Faire un train de coquin.
TEMPS (AVEC LE), A LA LONGUE. Après un intervalle d'une certaine durée. L'Académie définit simplement à la longue par avec le temps.
Avec le temps suppose un intervalle de moindre durée. Avec le temps, c'est-à-dire' avec du temps, peu ou beaucoup, tôt ou tard; à la longue, c'està-dire avec un long temps, avec beaucoup de temps, à la fin.— Arec le temps on se forme (Volt .) , on apprend à parler aux enfants (Mal.) • « si ce n'est d'abord, ce sera, s'il plaît à Dieu, avec le temps, v Boss. a La semence que le laboureur jette en terre, il ne la voit pas paraître tout d'un coup ; cependant elle pousse avec le temps. » Maint. — A la longue on vient à bout des choses (Acad.) ; « Grimaldo avait bien envie de devenir chevalier de la Toison d'or, et il y parvint enfin à la longue. » S. S. « En Angleterre, la familiarité ne s'établit que fort à la longue. » Staël.
D'ailleurs avec le temps, le temps aidant, à la faveur du temps, annonce plutôt un événement heureux, oc L'avenir est incertain; mille événements peuvent, avec le temps, offrir des ressources inespérées. » J. J. « Ces livres ont je ne sais quoi d'étrange et de rebutant qui effarouche et fait peine ; mais en les goûte avec le temps. » Mal. « Cette ville devint avec le temps fort peuplée et fort puissante. » Boll. « Avec le temps les dettes s'acquitteront, le remords s'apaisera, et j'aurai une jouissance pure. » Did. « La calomnie se détruit avec le temps et se dissipe. » Mass. (c Tout se perfectionne avec le temps. » Maint. <c II faut espérer qu'avec le temps le monde sera débarrassé de l'esprit courtisan, le plus fade de tous. » Staël.
Un si juste intérêt s'accrut avec le temps. Volt. — Mais on emploie à la longue aussi bien pour exprimer quelque chose de fâcheux que pour marquer quelque chose de bon ou de favorable. «< Tout fatigue à la longue, et surtout les grands plaisirs. » Montesq. « Borne, pressée de si près par un tel ennemi (Annibal), aurait succombé à la longue. » Fén. « Soins séducteurs, insidieux, puérils, qui, à la longue, rapetissent l'âme et corrompent le cœur. » J. J. « Si le mensonge peut servir un moment, il est nécessairement nuisible à la longue. » Dm. « Le czar jugea bien que l'armée suédoise périrait entièrement à la longue, puisqu'elle ne pouvait être recrutée. » Volt. « On ne meurt pas pour manquer quelques repas , mais on s'en trouverait mal à la longue. » Maint. « C'était le cri de la douleur, cri monotone à la longue, comme celui des oiseaux de la nuit. » Staël.