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TERROIR, TERRAIN, SOL, CHAMP, FONDS

Terre considérée sous divers points de vue.

Terroir se dit de la terre en tant qu'elle produit des fruits ou qu'elle exerce des influences. « A Sybaris on abuse de la fertilité du terroir, qui y produit une abondance éternelle. » Montesq. a Elle s'informait de ce que produisait le terroir. »

Les. « Les arts sont nés che£ les Grecs comme des fruits naturels de leur terroir. ■» Volt.

Le bon terroir produit l'excellente moisson. Laf.

Parcours tous les terroirs en oliviers fertiles. Del, a Le mot de vin signifie autant de choses différentes qu'il y a de différents terroirs. » Mal. « La nature du terroir influe sur ces animaux comme £ur tous les autres. » Buff. « Les qualités de l'air et du terroir marquaient de peuple àpeuple les tempéraments, les figures, les mœurs, les caractères. » J. J. « On veut retrouver dans une traduction le caractère de l'écrivain original, le génie de sa langue, l'air du climat et le goût du terroir. » Marm.

Terrain représente la terre, non plus comme productive, mais matériellement, comme un emplacement, comme un espace propre à quelque ouvrage ou à quelque action, à établir des bâtiments, des cours, des jardins, un camp, des fortifications, à faire manœuvrer des troupes ou à donner bataille. On dispute le terrain, on le ménage ; on gagne du terrain ou on en perd. « Je m'accommode de tous les terrains ouverts qui me plaisent; je fais de l'un mon parc, de l'autre ma terrasse.... » J. J. «Depuis l'invasion qui fut si générale sous Gallus, l'empire sembla rétabli , parce qu'il n'avait point perdu de terrain. » Montesq. En géologie, où il s'agit d'étudier la terre par rapport à sa matière et à sa constitution, et non pas comme en agriculture sous le point de vue de ses propriétés et de sa fécondité, terrain est le mot propre. « Les terrains bas et plats ont été tour à tour couverts et dégagés des eaux jusqu'à trente et quarante lieues. » Volt. « Qui est-ce qui ayant un peu de goût pour l'histoire naturelle peut se résoudre à passer un terrain sans l'examiner? » J. J. — Que si toutefois terrain se prend aussi comme terroir pour signifier la terre en tant que propre à donner des fruits, il n'en indique toujours que le côté matériel, que la composition, et non la puissance. Un bon terroir est productif ou fertile ; un bon terrain est formé des éléments qu'il doit avoir. « Virgile recommande ensuite d'étudier la nature du terrain. » Del. « Les médiocres terrains, et surtout les mauvais, ne pourront jamais être amendés par des fermiers. » Volt.

Le sol, latin solum, d'où solidus, solide, est la partie de la terre qui est à la surface, et qui sert de base, de soutien, de plancher, pour ainsi dire, aux personnes et aux choses. Sentir le sol trembler sous ses pieds. « J'use autant que je veux le sol à force d'y marcher. » J. J. « Avant d'élever un grand édifice , l'architecte observe et sonde le sol pour voir s'il en peut soutenir le poids. » J. J. « Si vous frappez sur ce sol, la voûte souterraine retentit. » Staël. — Quand ce mot se rapporte à l'agriculture comme terrain et surtout comme terroir, il ne cesse pas de désigner une partie de terre superficielle : ainsi , après avoir parlé de l'intérieur de la montagne de Potosi, Buffon dit que le sol en est sec et stérile. Ou bien sol se prend de préférence en mauvaise part, comme marquant un terrain pierreux, aride ou ingrat. « L'Ingénu ressemblait à un de ces arbres vigoureux qui, nés dans un sol ingrat , étendent en peu de

temps leurs racines et leurs branches quand ils sont transplantés dans un terrain favorable. » Volt. « Le sol est-il ingrat et stérile? Tournez^ tous du côté de l'industrie et des arts.... Dans un bon terrain, manquez-vous d'habitants? donnez tous vos soins à l'agriculture. » J. J. Par un triomphe utile

Changez ce sol ingrat en un terrain fertile. Del.

Le champ et le fonds ont cela de propre, qu'ils appartiennent à l'ordre humain , pour ainsi due, et non à l'ordre naturel. Au lieu qu'on dit la nature du terroir, du terrain et du sol, on dit particulièrement bien le maître , le propriétaire d'un champ ou d'un fonds. Le champ et le fonds sont une certaine portion de terre possédée et exploitée par quelqu'un à qui elle a été dévolue par succession ou autrement.

Entre, l'un et l'autre la différence est aussi simple qu'incontestable. Au champ s'attachent surtout l'idée d'étendue et celle de culture. Au bout du champ, au milieu d'un champ; un champ de tant d'arpents. « Quel est celui d'entre vous qui n'affermera pas son champ et sa vigne à un anabaptiste....? Ce sont des papistes lombards qui labourent les champs des cantons que nous possédons dans le Milanais. » Volt. « Les terrés des grands propriétaires ne sont pas aussi bien cultivées que les champs d'un paysan. » Cond.

Le laboureur en paix coule des jours prospères;

Il cultive le champ que cultivaient ses pères. Del. Mais l'idée distinctive du fonds c'est celle de revenu. « Fais bien attention jusqu'où vont les revenus de l'industrie. Un fonds ne produit annuellement à son maître que la vingtième partie de sa valeur; mais avec une pistole de couleur, un peintre fera un tableau qui lui en vaudra cinquante. » Moxtesq. « Un fermier occupe seul un fonds qui, partagé, nourrirait cent familles. » Marm. Dans Lafontaine, un laboureur, prêt de mourir, recommande à ses enfants de remuer leur champ, de le creuser, fouiller, bêcher en tous sens, leur faisant accroire qu'un trésor est caché dedans; ils lui obéissent, et, quoiqu'ils ne découvrent pas de trésor, ils s'aperçoivent néanmoins par l'amélioration de leur héritage que le travail est le fonds qui manque le moins ou qui rapporte le plus.

TIMIDITÉ, HONTE. Sentiment qui fait qu'on fuit, qu'on se tient à l'écart, qu'on îï ose paraître ou se présenter.

Mais la timidité, à la différence de la honte, peut n'avoir rien de moral. Elle tieut alors à la défiance de soi-même et à la crainte d'un échec ou d'une défaite. « On fait plus de cas du courage que de la, timidité. » Montesq. « Cette conduite de Lysandre , qui montrait de la réserve et de la timidité, augmenta extrêmement la confiance et l'audace des Athéniens. » Roll. « Je me jette aux pieds de votre majesté sans timidité et sans défiance, et je me tiens assuré de lui plaire. » Corn. — « La honte, compagne de la conscience du mal, était venue avec les années; elle avait accru ma timidité naturelle au point de la rendre invincible. » J. J.

Lorsque la timidité, comme la honte, se rapporte à l'honnêteté, elle suppose une faute sim-

plement possible, au lieu que la honte en suppose une certaine, soit passée, soit future. C'est la distinction de Vauvenargues : « La timidité peut être la crainte du blâme, la honte en est la conviction. »

TITRE, CARACTÈRE, QUALITÉ. Distinctions propres à certains hommes ou à certains états : le titre, le caractère, la qualité, d'ambassadeur, d'évêque, de chrétien, etc.

Le titre est purement nominal, c'est comme une étiquette ; aussi dit-on bien un vain titre, un titre d'honneur ou honorifique. « Il se dit duc de tel lieu, mais il n'en' a que le titre. » Acad. Le carac- \ tère et la qualité, au contraire, sont quelque chose d'effectif, quelque chose à quoi sont attachés des droits, des privilèges, ou des devoirs. On honore quelquefois du titre de Grandeur le ministre de Dieu qui a reçu le caractère et qui a la qualité d'évêque. Pour être véritablement ambassadeur il faut en avoir non-seulement le titre, mais encore la réalité, c'est-à-dire le caractère ou la qualité.

Mais, à vos yeux charmés par de plus forts appas,

Ce n'est point être roi que de ne régner pas.

Vous en vouliez en moi l'effet comme le titre. Corx.

Le caractère, au propre l'empreinte ou la marque, est quelque chose de conféré. Mais la qualité, qui indique quel on est, est quelque chose d'essentiel, dont on est doué, et non pas revêtu, qu'on possède naturellement ou qui n'est pas actuellement considéré comme un don reçu. On a plutôt le caractère d'ambassadeur et la qualité de prince ou de sujet. « Quelque grand prince que fût M. le duc d'Orléans par sa naissance et par sa régence, il ne laissait pas d'être sujet du roi, dont la qualité ne comportait pas d'envoyer en son nom des ambassadeurs, pas même des envoyés ayant le caractère et les honneurs qu'ont les envoyés des souverains. » S. S.

De plus, les privilèges qui tiennent au caractère sont en quelque sorte passifs, et consistent à être reconnu, considéré, à obtenir les égards auxquels on a droit; au lieu que les privilèges que donne la qualité sont actifs, imposent un rôle, font qu'on peut ou qu'on agit plus ou moins. Le caractère d'un ambassadeur rend sa personne inviolable; un ambassadeur, dans l'occasion, se prévaut de sa qualité pour faire, entreprendre ou exiger telle ou telle chose. Jésus-Christ est venu en ce monde avec le caractère d'ambassadeur que les Juifs ont méconnu ; il y reviendra à la fin des siècles avec la qualité de juge et de vengeur des crimes. Par leur caractère les chrétiens sont consacrés à Dieu, marqués d'un signe divin; par leur qualité ils ont une vocation et des obligations à remplir.

TONNER, FULMINER. C'est-à-dire éclater, en parlant d'un homme fortement ému et animé de quelque passion.

Tonner n'a pas autant de force que fulminer ; aussi se place-t-il avant plutôt qu'après. «A cette justice rigoureuse qui tonne, qui fulmine, qui rompt et qui brise, qui extermine les pécheurs superbes, il lui faut des sacrifices sanglants. » Boss. « Celui-là est naturellement libéral : tonnez, fulmines tant qu'il vous plaira contre les rapines, il applaudira à votre doctrine. » Id. Le tonnerre précède et annonce la foudre (en latin

SUPPLÉMENT

fulmen, d'où fulminare et fulminer). On entend gronder le tonnerre, mais on est frappé de la foudre.

Tonner, relatif au bruit, au son de la voix seulement, se dit particulièrement bien d'un orateur pour en exprimer la véhémence. «A quel propos faire l'agréable dans un sujet si effrayant, et amuser l'auditeur par le récit profane de la douleur d'Artémise, lorsqu'il faudrait tonner, et ne donner que des images terribles de la mort?» Fén.

Montrez-moi cette Athènes

Où méditait Platon, où tonnait Démosthènes. Del. Mais fulminer, qui marque un degré de plus, et qui se rapporte aux regards, aux gestes et à tous les mouvements du corps aussi bien qu'à la voix, est le mot qui convient pour peindre une explosion de colère ou de fureur. * Genseric fulmina de fureur en apprenant cette révélation, et dans l'ardeur de se venger il donna l'ordre d'amener sur-le-champ Théodora en sa présence. » Ham. A la fin d'Attila, Corneille se sert du verbe fulminer ^om représenter les transports frénétiques au milieu desquels expira ce prince.

C'est en vain qu'il fulmine à cette affreuse vue,

Sa rage qui renaît en même temps le tue.

L'impétueuse ardeur de ces transports nouveaux

A son sang prisonnier ouvre tous les canaux.

On tonne d'ordinaire contre les vices ; mais, à cause de sa grande énergie, fulminer s'emploie de préférence quand il est question d'emportements contre les personnes.

TOUJOURS (POUR), POUR JAMAIS, A PER- PÉTUITÉ. Pour un temps qui ne doit pas avoir de terme ou de fin.

Entre pour toujours et pour jamais la différence est aussi simple qu'évidente. Pour toujours a un caractère purement affirmatif*; au lieu que pour jamais, en conséquence de la signification primitive de jamais, convient particulièrement bien pour la négative ou pour exprimer une privation. Des époux s'unissent pour toujours; la mort les sépare ou nous sépare pour jamais. On donne quelque chose à quelqu'un, on est, on se dévoue à lui pour toujours ; on dit à quelqu'un adieu pour jamais, on renonce pour jamais à. une chose ou à une personne. Cette distinction se trouve parfaitement indiquée dans le passage suivant de Bernardin de Saint-Pierre.. « Ma fortune est faite, dit l'un, j'ai de quoi vivre pour toujours ; et il mourra demain. Que je suis misérable, dit un autre! je suis perdu pour jamais; et la mort le délivre de tous ses maux. »

A perpétuité, ad perpetuitatem, se ressent de son origine savante; il n'appartient pas à la langue commune et ne se dit bien qu'en matière de droit privé ou public. « Achab et Jézabel avaient fait mourir Naboth parce qu'il avait refusé, comme l'ordonnait la loi de Moïse, de leur vendre à perpétuité l'héritage de ses pères. »Boss. « L'auteur d'un livre ou de quelque invention utile devrait être fondé à tirer, à perpétuité, un droit sur ceux qui vendent son livre ou se servent de son invention. » Bern. « Le seul prix que j'avais mis à ma pièce en la cédant était mes entrées à perpétuité. » J. J. « Lorsque les rois commencèrent à

donner pour toujours, il était naturel qu'ils commençassent plutôt à donner à perpétuité les fiefs que les comtés. » Montesq. « On assurait qu'il allait se faire un échange de places considérables de Flandre contre les places de Catalogne. Cet échange ne devait pas être à perpétuité. » Delaf. « Les décemvirs tentèrent de retenir à perpétuité leur pouvoir en ne permettant plus aux comices de s'assembler. » J. J.

TOUR A TOUR, ALTERNATIVEMENT. L'un d'abord, puis l'autre.

Tour à tour, avec sa forme toute substantive, convient particulièrement bien pour exprimer un état ou en parlant de choses qui sont. Mais alternativement, étant un adverbe, tient du verbe, et s'emploie de préférence quand il est question d'action, de quelque chose qui se fait. Une personne est tour à tour gaie et triste ; elle rit et pleure alternativement. Le duc de Noailles était toujours à la mode, dévot, débauché, mesuré, impie tour à tour, selon qu'il convenait (S. S.) ; le flux et le reflux de la mer est causé par une puissance qui soulève et abaisse alternativement les flots (Buff.) . Autrefois la Russie fut en proie tour à tour aux Tartares, aux Suédois, aux Polonais (Volt.); chez les Romains,' deux chœurs, | l'un de jeunes garçons et l'autre de jeunes filles, chantaient alternative ment les strophes du Poëme séculaire d'Horace (Bern.). Mme de Staël a dit avec une merveilleuse justesse : « L'archevêque de Toulouse, arbitraire et constitutionnel tour à tour, était maladroit dans les deux systèmes qu'il essayait alternativement. »

Que si tour à tour se dit aussi quelquefois quand il s'agit de quelque chose qui se lait, il lui reste toujours ceci de distinctif, qu'il se rapporte spécialement à l'effet, et non pas, comme alternativement, à la cause. « Les factions qui divisent le peuple sont tôt ou tard funestes à l'État, quand les souverains passent alternativement d'un parti dans un autre ; car, en les affaiblissant et fortifiant tour à tour, ils ruinent insensiblement leur royaume. » Cond.

TOUT À FAIT, ARSOLUMENT, À FOND, PLEINEMENT , PARFAITEMENT , ENTIÈRE- MENT, COMPLETEMENT, TOTALEMENT. Adverbes de quantité au superlatif servant à marquer quelque chose à un degré si éminent qu'on ne peut plus y rien ajouter.

Tout à fait est un adverbe de quantité dans la qualité : il veut dire on ne peut pas plus, extrêmement, jusqu'au dernier point. Cela est tout à fait judicieux (Pasc), obligeant (Mol.), imperceptible (Mal.), étrange (Laf.), digne de compassion (In.), extraordinaire (Boss.), vain (Id.), mal fondé (Bourd.), nouveau, merveilleux, inexplicable (Staël); hommes tout à fait incorrigibles (Bourd. j, d'une naissance tout à fait basse (Roll.).

Absolument est un adverbe de quantité dans les points de vue ou les rapports : il veut dire non relativement, mais de toutes manières, à tous égards , sans exception ni condition ni restriction. « On peut par honnêteté approuver généralement et à certains égards ce qa absolument on impiouve. » Ecss. « Il ne s'agit point en cet

endroit si on y est obligé (à l'aumône) par justice ou par charité, mais si on y est obligé absolument. » Pasc. « Quoique les personnes n'aient point d'intérêt à ce qu'ils disent, il ne faut pas conclure de là absolument qu'ils ne mentent point. » Id. « Il ne faut pas mépriser absolument les vraisemblances. » Mal. Des créanciers se trouvent absolument hors d'état de s'acquitter (Roll.). Il faut absolument que.... (Fén.). Absolument nécessaire (Pasc, Fén.)., ou indispensable (Mal.). « C'est absolument la même chose. » J. J.

A fond est un adverbe de quantité qui regarde la profondeur : il veut dire non superficiellement, et s'applique spécialement à la manière de connaître ou de faire connaître les choses. Connaître (Mal.), examiner (Pasc, Laf.), savoir, entendre ou traiter (Boss.), expliquer (Fén.), discuter (Del.) les choses, ou en causer (Boss.) à fond, c'est le faire de la manière la plus approfondie, de telle sorte qu'on ne saurait pénétrer plus avant. «N'entrera fond dans aucune étude.» Staël. Pleinement est un adverbe de quantité qui regarde la capacité et la fait concevoir comme comble ou remplie. C'est un terme métaphorique usité surtout en parlant d'une satisfaction du cœur, d'une adhésion ou d'une conviction de l'esprit qui ne peut augmenter. Pleinement content (Rac, Sév.), satisfait (Rac, J. J.), heureux (Fén.). Résoudre des difficultés d'une façon pleinement satisfaisante (J. J.). Goûter pleinement son bonheur (Mal., Corn.). Posséder pleinement le bien (Mal.). Consentir pleinement à quelque chose (Boss.) ; se soumettre pleinement à quelqu'un (Roll.). Être pleinement convaincu (Id.). « Cela me persuade pleinement ce que je refusais de croire. » (Mol.)

Parfaitement est un adverbe de quantité dans le bien ou relatif au bien : parfaitement, c'est-àdire on ne peut pas mieux. On s'en sert en parlant d'actions ou d'états qui ont toute perfection, auxquels il ne manque rien pour avoir toute l'excellence possible. Un cheval parfaitement beau (Laf.); une parfaitement belle fille (Id.); le roi est parfaitement guéri (Id.) ; ils sont parfaitement d'accord (Pasc, Fén.); un concert parfaitement unanime (J. J.); un ciel parfaitement serein (Staèl) ; Dieu est un être parfaitement bon (Id.). « Marie était juste par excellence, et parfaitement détachée de toutes les choses de la terre. » Bourd. Ecrire, jouer du violon parfaitement, s acquitter parfaitement bien de son devoir (Acad.).

Entièrement, complètement et totalement sont des adverbes de quantité, tous les trois relatifs aux parties dont sont composées les choses : ils sont opposés à en partie; ils indiquent qu'il ne manque aucune partie, qu'on ne saurait en mettre une de plus.

Entièrement suppose un tout à parties naturellement et indi visiblement réunies. L'hiver est entièrement passé (Laf.); une personne est entièrement à votre dévotion (Id.); vous vous livrez entièrement à l'étude (Acad.) ; un roi entièrement tourné à la guerre (Fén.) ; le fanatisme est-il entièrement extirpé (Volt.)?

Complètement, mot à peu près inusité avant la fin du dix-huitième siècle et dont on a fait un grand abus depuis, suppose un tout à parties distinctes, rassemblées de manière à faire quelque chose de complet, d'accompli, d'achevé. «L'ouvrage est complètement achevé. » Acad. « Ici la pièce est finie, l'action (d'une tragédie) est complètement terminée. » Volt. « Des gens de goût ont complètement justifié Virgile à cet égard. » Del. Remonter complètement une compagnie de cavalerie. Un homme complètement fou (Acad.. Volt.. J. J.) réunit en lui tous les traits de la folie, c'en est un modèle et comme une peinture achevée.

Totalement, d'une manière totale, est un terme abstrait qui ne rappelle pas l'idée de parties aussi expressément que ses deux synonymes : oublier totalement (Pasc, J. J., Cond.). En conséquence il est volontiers négatif ou privatif et se dit de préférence quand il s'agit du manque, de l'anéantissement, d'une ruine ou d'une dispersion de toutes les parties. Quitter ou abandonner totalement quelque chose (J. J.). « Je me détruisis totalement l'estomac. » Id. « Qualités dont les végétaux sont totalement privés. » Bern. Chose totalement interdite (Staël) : manquer totalement son coup (Id.). «. Je ne crois pas avoir totalement manqué' de génie. » Montesq. « Les secours manquent ici totalement. » Volt. « En ce moment ils changèrent totalement de disposition à l'égard des Romains. » Roll. (Voy., pour ces trois derniers mots, Entier, complet et total).

On ne saurait être davantage ce qu'on est tout à fait, on l'est au suprême degré. — On ne peut rien ajouter en généralité à la chose qui est telle ou telle absolument; car elle l'est de toute façon, sous quelque aspect et dans quelque cas qu'on la considère. — On ne peut rien ajouter en profondeur à ce qui est su ou expliqué à fond. — Pleinement annonce que l'àme est remplie de quelque chose, de joie, par exemple, ou de persuasion, autant que possible, et qu'on ne saurait y en verser davantage. — On ne peut rien ajouter en mieux à ce qui est tel ou tel parfaitement ou à ce qu'on fait parfaitement. — On ne peut ajouter aucune partie à ce qui est fait ou donné entièrement ; — à la chose qui est faite complètement on ne peut ajouter aucune partie essentielle, aucune partie pour la mettre au complet, pour l'achever, pour la rendre accomplie ou comme il faut qu" elle soit ; — à totalement s'attache d'ordinaire l'idée d'un manque, d'une perte, d'une destruction, d'un changement en moins ou en pis qui s'étend à toutes les parties sans réserve d'aucune.

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