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TRADUCTEUR, TRUCHEMENT, INTERPRÈTE

On appelle ainsi un homme qui fait passer dans une langue des choses exprimées dans une autre.

Entre traducteur et truchement d'abord la différence est si grande, que leur confusion est presque impossible. Ce qui est tourné en une autre langue par le traducteur, ce sont des ouvrages, des livres ; et ce qui est tourné en une autre langue par le truchement, ce sont des paroles. Le traducteur fait que nous pouvons lire dans notre

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langue ce qui a été écrit dans une autre, il nous procure la connaissance des œuvres littéraires et scientifiques des autres nations , anciennes ou modernes; le truchement fait que nous pouvons entendre un interlocuteur qui ne parle pas la même langue que nous, il nous fournit le moyen de nous entretenir avec les étrangers.

Interprète, latin interpres, se prend dans les deux acceptions particulières de traducteur et de truchement; mais il se distingue cependant de l'un et de l'autre par des nuances encore assez remarquables.

1° Vinterprète diffère du traducteur en ce qu'il explique et ne se borne pas à transporter {transducere, traducere, d'où traductor) d'une langue dans une autre; il développe, il expose avec plus de liberté que le traducteur : c'est ainsi que Lucrèce a été Yinterprète d'Épicure (Roll.). Ensuite Yinterprète porte son attention et son travail, non pas comme le traducteur sur tout un ouvrage pour le transmettre tout à ses compatriotes, mais

truchements pour entretenir commerce avec mes voisins. » Roll.

TRAIT, FLÈCHE, DARD, JAVELOT. Armes de jet dont on a abandonné l'usage depuis l'invention des armes à feu.

Trait, écrit autrefois traict, est le seul de ces mots dont Tétymologie soit certaine : il vient du latin tractus, formé de trahere, tirer. Et comme il est le seul qui ait une origine évidemment latine, il se dit particulièrement bien au figuré : les traits de l'envie, de la médisance, de la satire, etc. a Les dames du palais passaient leurs jours à chasser, non pour épuiser les flèches de leurs carquois sur les bêtes de la forêt, mais les traits de leurs yeux sur le cœur de Floris. » Les.

Au propre, trait est un terme générique qui signifie tout ce qu'on tire ou tout ce qu'on lance de quelque façon que ce soit. Aussi , comme on dit armes de jet, on dit d'une manière non moins énérale armes de trait. Les gens de trait étaient

seulement sur les endroits difficiles et obscurs j dans les armées ceux qui tiraient des flèches ou pour en éclaircir le sens. De sorte que Yinterprète est pour le traducteur par rapport à ces endroits un guide, une autorité, un érudit dont l'exégèse lui a préparé la voie. « Il s'y trouve (dans les Caractères de Théopbraste) de différentes leçons, quelques endroits tout à fait interrompus, et qui pouvaient recevoir diverses explications : et pour ne point s'égarer dans ces doutes, on (c'est-à-dire le traducteur) a suivi les meilleurs interprètes. » Labr. « Il peut y avoir (dans cette prophétie) quelques termes obscurs, douteux, difficiles à expliquer, et sur lesquels les interprètes varient. » Roll. « Il y a dans le commencement de cette lettre (de Cicérôn) un endroit fort obscur.... Les deux traducteurs ont suivi la conjecture de quelques habiles interprètes qui corrigent ainsi cet endroit : Abest.... » Id.

2° Vinterprète diffère du truchement en ce qu'il est d'un rang plus élevé. Cela résulte de l'origine des deux mots, dont l'un est latin, et l'autre tiré d'une langue vulgaire, la langue franque, l'arabe ou le turc. Un ambassadeur a des interprètes; saint François Xavier au Japon était obligé de se servir d'un truchement. Vinterprète n'est point un homme du peuple, un homme sans instruction; il est plutôt lettré ; il sait au moins écrire : aussi dit-on un secrétaire interprète, et faire mettre un traité en différentes langues par les interprètes. « J'entrai dans un cabaret pour y dîner : j'y vis un homme à grande barbe avec un habit violet à la grecque.... J'entendais presque tout ce qu'il disait, et j'étais le seul.... La liaison fut bientôt faite, et dès ce moment je lui servis de truchement.... Il me conta qu'il était prélat grec et archimandrite de Jérusalem, qu'il était chargé de faire une quête en Europe. Il me proposa de l'accompagner pour lui servir de secrétaire et d'interprète. » J. J. — Interprète est un nom plus honorable et témoigne d'une plus grande estime. « Un roi des environs du Pont-Euxin demanda à Néron un pantomime qu'il avait vu jouer, pour en faire son interprète en toute langue.. Cet homme, disait-il, se fera entendre de tout le monde, au lieu que je suis obligé de payer un grand nombre de

qui lançaient des dards et des javelots. — D'ailleurs le trait est essentiellement tiré, on se le représente à l'œuvre en quelque sorte, en l'air ou dans la blessure; au lieu que la flèche peut être encore dans le carquois, et le dard ou le javelot dans la main du soldat qui ne s'en sert pas actuellement. De là vient qu'on dit partir comme un trait.

Aussi prompt que le trait dans les airs emporté.

Volt.

L'Amour est armé de flèches, menace de ses flèches; mais quand il a blessé quelqu'un, celui-ci

Porte partout le trait dont il est déchiré. Rac. « Un bouclier percé de mille traits. » Fén. « Accabler de traits les ennemis. » Id. « Faire pleuvoir sur l'ennemi une grêle de traits mortels. » Marm. « Alors une nuée de traits obscurcit l'air et couvrit tous les combattants. » Fén.

Déjà de traits en l'air s'élevait un nuage. Rac.

Leurs traits, lancés en haut, portent des coups certains.

Saurin.

La flèche est un trait qu'on tire avec un arc ou une arbalète. « L'arc et les flèches sont de l'antiquité la plus reculée. » Roll. « Les Phéaciens négligent les flèches et les arcs, mais ils s'occupent à construire des vaisseaux. » Fén. « Cupidon tira de son carquois d'or la plus aiguë de ses flèches, il banda son arc , et elle allait me percer quand Minerve se montra. » Id. « Je vis un carquois enrichi d'or et de quelques pierreries, avec toutes ses flèches. » Ha m. « Guillaume Tell, qui passait pour un archer très-adroit, dut abattre d'un coup de flèche une pomme placée sur la tête de son fils. » Volt.

Le dard et le javelot sont des traits qu'on lance avec la main. On tire proprement une flèche; on lance un dard ou un javelot. « C'était à qui lancerait plus adroitement un dard, à qui tirerait mieux une flèche. » Roll. « On le voit tantôt, pour s'exercer au javelot, le lancer tout un jour contre l'homme de bois, tantôt tirer de l'arc, et disputer avec son valet lequel des deux donnera mieux dans un blanc avec des flèches. » Labr.

Avec la flèche on se battait de plus loin , avec le dard et le javelot de plus près. Dans une description de bataille entre des Indiens d'Amérique on lit : « Bientôt les carquois s'épuisent; et la flèche, dès ce moment, fait place au javelot qui, laneé de plus près, porte des coups plus assurés. » (Les Incas). Marm.

Entre le dard et le javelot la différence, pour être moins sensible, n'en est pas moins incontestable. Elle consiste en ce que le dard est plus petit, et surtout plus court. « Aussitôt Adraste lui lance un second dard fort court, qu'il tenait caché. » Fén. C'est pourquoi on appelle dards, et non pas javelots, les piquants d'un porc- épie (Buff.) et d'un hérisson (Laf.), même les aiguillons de certains insectes , les langues des serpents, etc. (Acad.), même les pistils des fleurs (Id.). C'est pourquoi on dit bien d'un sanglier Que son poil hérissé semble de toutes parts Présenter au chasseur une forêt de dards-. Laf. C'est pourquoi à la chasse on se servait de dards, et non pas de javelots. A la guerre, les soldats qui portaient des dards étaient comme les archers armés à la légère; le javelot, au contraire, était rangé parmi les armes pesantes. On donne plutôt un dard à une femme, surtout à une femme qui n'est pas guerrière, et un javelot à un homme, à un homme qui fait métier de se battre. « Semblable à une Bacchante, Calypso court au travers des bois avec un dard en main. » Fén. « Vous trouverez encore chez moi, dit Sylla, le javelot que j'avais à Orchomène, et le bouclier que je portais sur les murailles d'Athènes. » Montesq. « Dans Virgile, un roi malheureux, le père de Camille, l'emporte en fuyant. Un fleuve débordé l'arrête : il attache sa fille à un javelot, d'un bras vigoureux lance le javelot au delà du fleuve, le passe à la nage, et reprend à l'autre rive son javelot et son enfant. » Dël. Enfin la gradation sera plus naturelle quand on dira des dards et des javelots que si on disait des javelots et des dards.

Un autel hérissé de dards, de javelots. Rac.

Je reprends mon carquois, Mes dards, mes javelots, dont ma main tant de fois Moissonna dans nos champs leur troupe fugitive.

Volt.

TRAITÉ, DISSERTATION. Ouvrages de l'esprit, écrits méthodiques sur un objet de connaissance, sinon toujours scientifique, au moins toujours sérieux et qui demande examen.

Le traité est plus étendu ou plus général; la dissertation, plus restreinte ou plus particulière. Le traité roule sur telle ou telle science, telle ou telle matière, et il est plus ou moins complet; la dissertation roule sur tel ou tel sujet, telle ou telle question, tel ou tel point, et, de sa nature, elle est toujours partielle. Dans la classe de philosophie, les élèves analysent des traités de Cicéron, de Descartes, de Malebranche, de Fénelon ou de Bossuet, et ils font des dissertations pour devoirs. Dans le Traité des études, de Roilin, il y a un chapitre consacré aune dissertation sur les différentes sortes de gouvernements d'après Polybe. a Cette petite dissertation ne sera point un traité de philosophie, mais une simple

exhortation aux jeunes gens à l'étudier avecsoin. » Roll. « Il est à désirer, pour la gloire de l'Académie, qu'elle nous procure un traité sur l'histoire... Le bon historien retranche toute dissertation où l'érudition d'un savant veut être étalée. * Fén. « Quel est l'auteur de cet ouvrage (le Songe du Verger) et dans quel temps a-t-il vécu? C'est sur quoi nos critiques ne sont pas d'accord. On peut lire la dissertation qui. a été imprimée sur ce sujet dans la nouvelle édition des Libertés de VÉglise gallicane, où le Songe du Verger a été compris parmi les traités qui remplissent les deux premiers volumes de cette édition. » D'Ag. Parmi les ouvrages de Balzac, Peïlisson cite le Socrate chrétien, « avec lequel sont divers autres petits traités qu dissertations, en un volume in-octavo. »

De plus , et cela résulte déjà des derniers exemples, c'est surtout en termes de sciences proprement dites que le mot de traité convient, et en parlant de questions de critique ou de recherches érudites que celui de dissertation est préférable. Cn dit un traité de mathématiques, de physique, d'agriculture, de morale, de politique, de théologie, de législation, de rhétorique, etc. Mais on dit une dissertation sur Montaigne (Sév.), des dissertations sur un concile (Boss.); on joint à une traduction des notes et des dissertations instructives (Lah.), et Rollin prétend qu'on se passerait bien du travail que Piutarque prodigue un peu en dissertations mythologiques, géographiques, généalogiques, critiques qui seraient mieux dans Pausanias que chez lui. « Les Lettres à Lucilius sont de petits sermons de morale ou de petits traités de stoïcisme, ou de petites dissertations sur des matières de philosophie et d'érudition. » Lah. « En Angleterre, la première classe de la société se livre autant à l'étude que la seconde : M. Windham a laissé divers traités intéressants sur les mathématiques et sur la littérature; M. Fox écrivait de savantes dissertations sur le grec. » Staël.

TREMBLER, FRÉMIR , FRISSONNER. Être ému par de fréquentes secousses, éprouver une sorte d'agitation, un mouvement en sens opposés très-rapide.

Trembler désigne un mouvement plus fort et plus sensible que frémir; c'est une oscillation. un ébranlement alternatif dont on peut distinguer les parties ou les divers moments. Frémir exprime proprement une vibration , une trépidation, un ébranlement alternatif dans lequel les allées et les venues se succèdent si vite qu'on les aperçoit à peine, qu'on n'en a même quelquefois connaissance que par le son qui les accompagne. L'arbre qu'on appelle tremble a des feuilles qu'on voit trembler au moindre vent ; une corde frémit quand elle est tendue subitement, et un timbre frémit assez longtemps encore après qu'il a sonné. Que la terre tremble, les maisons seront renversées; mais qu'elle frémisse, par l'effet d'une décharge d'artillerie, par exemple, il s'ensuivra simplement que les vitres des fenêtres seront agitées avec bruit. Quant à frissonner, de frigûs, froid, il ne se dit que de la peau du corps de

SUPPLÉMENT

l'homme quand elle éprouve le léger tremblement causé par le froid qui précède la fièvre.

Au figuré, ces trois mots signifient des mouvements de l'âme analogues entre eux et dont il semble assez difficile d'assigner les caractères distinctifs.

Pour ce qui concerne d'abord trembler, il marque accablement, un état de l'âme qui fuit et se retire en elle-même : on tremble de peur, on tremble pour les jours de quelqu'un. Ce mot vient du latin tremere, grec rp^ieiv, trembler, craindre. « Que celui qui est debout tremble, de peur de tomber. » Fén. « Trembler pour sa vie. » Volt. « Dans les fortunes médiocres, l'ambition

encore tremblante se tient si cachée qu'à peine J Et, d'un autre côté, comme le frisson naît

dans le corps d'une manière inexplicable, sans qu'on sache pourquoi, frissonner, au figuré s'emploie particulièrement bien quand ce qui produit le tremblement est obscur ou mystérieux. « Je n'imagine qu'un spectacle plus simple et plus terrible encore, c'est celui de la main sortant du mur et traçant des mots inconnus au festin de Balthasar. Cette seule idée fait frissonner. » J. J.

« Je serai cause de votre perte (en vous faisant trop écrire). Ma très-chère, cette pensée me fait frissonner. » Sév. « Vous que le sentiment de votre indignité devrait faire pâlir et frissonner de tous vos membres, à l'approche de ce sanctuaire » Mass. En proie au remords, Caïn Sombre, tout frissonnant, et les bras étendus Roulait autour de lui ses regards éperdus, g'ilb. Ne concevez-vous point ce que, dès qu'on l'entend Un tel mot (celui de mariage; à l'esprit offre de dégoûtant,

De quelle étrange image on est par lui blessée, Sur quelle sale vue il traîne la pensée? N'en frissonnez-vous point? Mol.

se connaît-elle elle-même. » Boss.

J'en tremble encor de peur. Corn.

Je vous parle en tremblant; si j'étais ici vue, Votre péril croîtrait, et je serais perdue. Id. Je n'adore qu'un Dieu, maître de l'univers, Sous qui tremblent le ciel, la terre et les enfers. In. Trembler pour l'avenir, y réfléchir sans cesse, C'est mourir à tous les instants. Gilb. Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne de moi; Le cruel dieu des juifs l'emporte aussi sur toi. Je te plains de tomber dans ses mains redoutables.

Rac.

Frémir, latin fremere, dérive du grec (3p£jxetv, gronder. Par conséquent ce mot, en cela bien opposé à trembler, indique de la part de l'âme un soulèvement, un état d'irritation qui fait qu'elle se porte contre ce qui Fa émue. « Les

D'une secrète horreur je me sens frissonner. Rac.

Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne?

De quel côté sortir? D'où vient que je frissonne?

Quelle horreur me saisit?

(Oreste dans Andromaque). Id.

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