TRÊVE, SUSPENSION D'ARMES, ARMISTICE
Cessation d'hostilités pour un certain temps.
Trêve, dans Nicod treuves, anciennement trive, loups se disputent cruellement la femelle; ils \ trier e, triuwe, paraît dérivé du tudesque triwa grondent, ils frémissent, ils se battent, ils se dé- l triuwa, bonne foi, traité, fioles, fœdas. La trêve chirent. » Buff. « Si tout à coup un de ces es- ■ est un traité; conclue pour un temps assez Ion°claves brise sa chaîne , et fait retentir à leurs ] elle a de plus une assez grande généralité elle oreilles le nom de liberté, ils s'agitent, il frémis- \ s'étend à des, peuples entiers et règle presque tous sent, et, des débris de leurs chaînes rompues, j leurs rapports. C'est une sorte de paix. « Saintaccablent leurs tyrans. » Thom. Le coursier qui Saphorin faisait revenir au régent que les conféfrémit au son du canon pétille , est impatient de j rences pour la paix entre l'empereur et le grancls'élancer contre l'ennemi. On frémit d'horreur, j seigneur s'allaient ouvrir; que si ce n'était pas de colère ou d'indignation. « L'arrêt fut exécuté, j une paix définitive, ce serait une trêve de quatre L'Europe entière frémit d'horreur. » Volt. « Ce ' ou cinq ans. » S. S. « La paix de Nimègue enne fut qu'en' frémissant de colère et d'indigna- i freinte fut changée en une trêve de vingt ans. » tiori que le peuple entendit un discours si inju- T rieux. » Vert. « Télémaque sortit en frémissant de rage. » Fén.
Du prince des enfers que la rage frémisse. L. Rac. Le peuple rassemblé frémit d'impatience. Duc. Tu frémiras d'horreur si je romps le silence. Rac. Et mon cœur, indigné d'une telle amitié, En frémit de colère, et tremble de pitié. Corn.
On tremble qu'une chose n'arrive, c'est-à-dire qu'on le redoute; on frémit de voir une chose arriver, c'est-à-dire qu'on s'en indigne : « Il n'y a pas dans Rome un seul Romain qui ne frémisse de ne pouvoir acheter un seul livre sans la permission d'un jacobin....; soyez sûrs que ce contraste révolte tous les esprits. » Volt.
Frissonner est subjectif : il suppose, comme le frisson, une cause de tremblement venue du sujet ou intérieure. Ce sont nos pensées qui nous font frissonner; nous frissonnons à telle ou telle idée. « Chacun frissonne à cette idée. » Volt, « A ce souvenir, j'ai frissonné. » Staël. A ce penser, je frissonne d'horreur. Corn.
Volt. « Les Polonais conclurent (avec la Russie) une trêve de quatorze ans. La Pologne, par cette trêve, demeura en possession du duché de Smolensko. Les Suédois firent aussi la paix. » Id. La suspension d'armes et l'armistice, au contraire sont le fait de combattants, de gens qui ont les armes à la main, et qui conviennent d'en discontinuer l'usage pour un temps assez court, et pour un objet unique, afin, par exemple, d'enterrer leurs morts, de prendre les ordres de leurs souverains ou de laisser le temps d'ouvrir et de faire des négociations pour la paix. « Méhémet-Baltagi accorda d'abord une suspension d'armes pour six heures pendant laquelle on conviendrait des conditions du traité. » Volt. « Après cette sanglante action, il y eut une heure d'armistice pendant laquelle on agit et on se parla comme si tout le monde avait été du même parti. » In. Et puisque la trêve est un traité et qu'elle équivaut presque à une paix, c'est quelquefois pour arriver à former une trêve qu'on demande ou qu'on accorde une suspension d'armes ou un armistice.
« Edouard Ier fut forcé à demander une suspension d'armes, et on fit une trêve de deux ans. » Cond. D'autre part, suspension d'armes et armistice, quoi qu'on en ait dit, ne diffèrent point du tout l'un de l'autre pour le sens. « Le nouveau roi de Suède demanda une suspension d'armes.... Le congrès s'assembla dans Neustadt; mais le czar ne voulut accorder Y armistice que quand on fut sur le point de conclure et de signer. » Volt. « Steinbock demanda un armistice.... Mais ayant reçu de l'argent et fait des recrues, il renonça à toute suspension d'armes, et ne chereba plus qu'à combattre. » Id. Seulement suspension d'armes, composé de deux mots tout français, est du style commun; au lieu qu'armistice, formé du latin arma, et de la terminaison stitium, dérivée de stare, s'arrêter, est un terme spécial de diplomatie ou d'art militaire qui n'a pris place dans le Dictionnaire de l'Académie qu'au commencement de la seconde moitié du dix-huitième siècle. C'est, d'ailleurs, un fait général,'que les circonlocutions, au lieu des noms propres, mouche à miel pour abeille, panier à mouches pour ruche, etc., appartiennent au langage peu précis des gens sans instruction ou à celui des gens qui parlent familièrement. Mme de Sévigné, dans une lettre à sa fille, dit suspension d'armes : « Peut-être qu'on fera une suspension d'armes, comme le pape le demande. » Mais Condillac, dans son Histoire moderne, emploie armistice quand il parle en publiciste des négociations qui eurent lieu entre Louis XIV et ses ennemis peu de temps avant la bataille de Malplaquet. « Les Hollandais demandaient que Louis XIV leur donnât plusieurs places en otage.... Ce n'est qu'à ces conditions quils lui offraient un armistice de deux mois pendant lequel il serait tenu d'engager Philippe V à descendre du trône. » Cond.
TRIOMPHAL, TRIOMPHANT. Adjectifs propres à qualifier en rappelant l'idée de triomphe, de victoire glorieuse et qui attire de grands honneurs.
Triomphal, relatif au triomphe, fait concevoir la cérémonie du triomphe, et se dit de ce qui s'y rapporte ou de ce qui y sert : char, arc, pont, habit triomphal ; couronne, palme, robe, pompe, marche, entrée, porte triomphale. Mais triomphant, qui triomphe, exprime l'idée de triomphe d'une manière plus essentielle ou plus prochaine en quelque sorte, puisqu'il se dit du triomphateur lui-même et de ce qui y tient : le parti triomphant, de belles et triomphantes armées, la Grèce victorieuse et triomphante, bras, front triomphant, tête, voix triomphante. Lorsque Corinne, dans le roman de ce nom, s'avance vers le Capitole, où elle doit être couronnée, une musique très-belle précède l'arrivée de la marche triomphale; et, lorsqu'elle monte l'escalier, le canon retentit, et la sibylle triomphante entre dans le palais préparé pour la recevoir (Staël) .
C'était peu de tracer, de leurs mains triomphantes, Du Tibre au Pont-Euxin ces routes étonnantes -, De transporter les flots des fleuves captivés, Sur cent arcs triomphaux jusqu'au ciel élevés. Volt.
TROMPERIE, FRAUDE, FOURBERIE, SUPER- CHERIE, TRICHERIE. Action, manœuvre, tour,
contraire à la bonne foi, et qui a rour but de nuire.
Tromperie est le terme général. « Notre défiance justifie la tromperie d'autrui. » Laroch, « La mère de cet enfant ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une d'or, il reconnut la tromperie. » Montesq.
Capitaine renard allait de compagnie Avec son ami bouc des plus haut encornés : Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez; L'autre était passé maître en fait de tromperie. Laf. Fraude, fraus, fraudis, le seul de ces mots qui soit directement tiré du latin, désigne la tromperie considérée sous le point dî vue de la morale et du droit. « Vous vous interdissez le dol, la fraude, la rapine, vous faites une haute profession d'honn:uret da probité. » Mass. « L'imposteur (qui se disait B aidouin, empereur de Constantinople) se coupa et fut obligé d'avouer sa fraude. » Boss. — Le satrape Tissapherne était un Perse plein de fraude et de ruse, qui ne faisait nul cas de la simplicité et de la sincérité; un : jour Agésilas s; vengea de sa perfidie par une tromperie juste et permis^, par un stratagème
(ROLL.)
Fourberie vient de fur, voleur qui ravit 1: s choses ;:vec adresse, surtout la nuit, à la différence du latro, brigand, qui les arrache avec violence, à maimarmée; ou bien il dérive de furvus, noir, méchant. Par conséquent, il exprime une tromperie subtile, ou bien basse et odieuse. « Virginius raconti la fourberie qu'Appius avait inventée pour se rendre maître de sa fille. «Vert. « Développons les artifices, les fourberies, les actes de faussaires, que les chrétiens eux-mêmes ont appelées fraudes pieuses. » Volt. « Toute la suite de l'histoire romaine nous fera connaître que les plus grandes affaires de l'État ne se décidaient qu'en conséquence des auspices et des augures où il entrait mille fraudes et mille fourberies. » ROLL.
Supercherie, super enchérie, surfaite, est proprement la tromperie d'un marchand qui surfait et survend, et par suite toute tromperie en fait de commerce ou de droits, ou dans les affaires de concurrence, d'intérêts « Pygmalion use de supercherie pour surprendre les marchands, et pour confisquer leurs marchandises. » Fén. « On convint avec Brennus de lui donner mille livres d'or, à condition qu'il se retirerait.... Quand il fut question de peser, les Gaulois se servirent defaux poids. Les Romains se recrièrent contre cette supercherie. » Vert. « Les tribuns dirent qu'il y avait eu infailliblement de la supercherie dans le scrutin, et qu'il en fallait faire rendre compte. » Id. « Dire que le droit de représentation se borne à cela, c'est accuser les médiateurs d'avoir usé avec la bourgeoisie de Genève de la plus indigne supercherie.» J. J. « Les concurrents usaient quelquefois de supercherie : ils se retenaient mutuellement, ou se faisaient tomber. » Id. « Vous devez tenir parole à la garnison ennemie qui se retire d'une ville prise, et n'y faire aucune supercherie sur des termes ambigus. » Fén. « C'est la concupiscence qui a fait une science des chicanes les plus honteuses et de toutes les supercheries. » Bourd.
SUPPLÉMENT
A propos de ce vers de Corneille, Ne laisse pas de place à la supercherie,
Voltaire remarque que jamais ce mot ne doit entrer dans la tragédie. En effet il n'est pas noble, parce qu'il désigne une tromperie d'une espèce commune. Cela est également vrai, et même plus vrai encore de tricherie (de l'allemand triegen, tromper), qui se dit familièrement d'une tromperie aujeu. «Vous aimez le jeu. Delà ces tricheries indignes, ces friponneries que cause l'avidité du gain. » Bourd. « Trouvant occasion (au jeu de cartes) de faire de bons coups sans tricherie, je ne négligeai point d'en profiter. » Les. « Je voudrais être taupe. Je suis si ennuyée de ce qui se passe sur la terre, que j'aimerais mieux ce qui se passe dessous; je n'y verrais pas ce qu'on appelle le dessous des cartes, j'ignorerais toutes les tricheries. » Dudeff. — Par extension et en plaisantant on appelle tricherie une tromperie dans de petites choses. «Trouvant que le vin allait bien vite, je soupçonnai qu'il y avait de la tricherie de ce côté-là (c'est-àdire que le maître d'hôtel en escamotait une partie). » Les.
TROUBLE, CONFUSION, DÉSORDRE. Altération de l'état qui convient ou qui est naturel à une chose.
La confusion diffère du trouble par le degré ; le désordre se distingue et du trouble et de la confusion par l'espèce.
La confusion diffère du trouble par le degré, c'est un grand trouble. Si le trouble rend la chose trouble, fait qu'on y voit trouble, qu'on la reconnaît ou qu'on s'y reconnaît à peine, la confusion, de confundere, mélanger, brouiller, embrouiller la chose, y met tout pêle-mêle et fait qu'on n'y voit goutte, qu'on ne la reconnaît point ou qu'on n'y reconnaît rien. « Si le soleil venait à s'obscurcir tout à coup, et que toute son action fût suspendue, quel trouble et quelle confusion dans l'univers ! » Bourd. « Les hérésiarques ont mieux aimé voir le trouble et la confusion qu'ils causaient dans le monde, que de se relâcher d'un sentiment erroné et nouveau. » Id. « Les esprits s'aigrissent, les disputes s'animent; ce n'est partout que trouble et que confusion. » Mass.
Le désordre est d'un autre genre, d'une autre nature que le trouble et la confusion. En effet, l'idée primitive du trouble et de la confusion est celle d'obscurcissement, d'embarras pour l'intelligence des choses; au lieu que l'idée primitive du désordre est celle de dérèglement, d'écart, d'égarement, c'est-à-dire d'un mauvais effet, non pas intellectuel, mais moral, politique ou esthétique. Le trouble et la confusion empêchent que la chose ne soit claire; le désordre empêche qu'elle ne soit à sa place ou régulière. Ce qui est trouble ou confus est indistinct, difficile à connaître, à démêler ; ce qui est en désordre ou désordonnéest sens dessus dessous, tout de travers, contraire à ce qui est droit, bien, convenable, juste. « Appius Claudius l'aveugle introduisit les affranchis dans les tribus de la campagne. Mais ce désordre, qui jetait le trouble et la confusion dans les assemblées du peuple en donnant du crédit à la populace, fut bientôt réprimé par Q. Fabius
SUPPL. SYN. FRANC
Rullus. » Roll. « Quelque étrange confusion, quelque désordre même ou quelque injustice qui paraisse dans les affaires humaines, mettons bien avant dans notre esprit que tout s'y conduit par ordre, que tout s'y gouverne par maximes. » Boss.
Pour qu'il y ait trouble ou des troubles dans une famille ou dans un État, il suffit qu'on ne s'y entende pas, qu'il y règne de la mésintelligence ; s'il y a de la confusion, on ne s'y entend point du tout, il s'y trouve un tel mélange d'intrigues, une telle complication d'intérêts opposés, qu'on dirait un chaos. Mais c'est autre chose si une famille ou un Etat est en proie au désordre : l'ordre y est violé, il s'y commet des infractions, des .excès, des actes de destruction.
La présence subite d'une personne dans une assemblée y cause quelque trouble ou une grande confusion, c'est-à-dire que les esprits et la délibération en sont légèrement ou gravement déconcertés; quand elle y cause du désordre, elle met aux prises, occasionne des violences, fait cesser la tranquillité ou la paix.
Qu'il y ait dans un livre du trouble ou de la confusion, cela le rend plus ou moins inintelligible; qu'il y ait du désordre, cela le rend irrégulier, c'est un autre défaut, et dans certains cas, mais exceptionnels, ce n'est pas un défaut.
Chez l'Ode un beau désordre est un effet de l'art.
TUER, ASSASSINER, POIGNARDER, ÉGOR- GER, MASSACRER. Frapper de mort. .
Tuer est l'expression générique , celle qui signifie le fait simplement et de quelque manière qu'il ait lieu. On tue de bien des façons, et, par exemple, sans le vouloir, par accident, par inattention, maladresse ou ignorance, ou bien à son corps défendant comme il arrive dans une bataille. « La plaintive Philomèle pleure sans cesse son cher Ityle, qu'elle a tué par une cruelle méprise. » Fén. « Un oracle d'Apollon prédit à Œdipe qu'il tuerait son père. » Volt. « On tua aux ennemis quatre mille hommes (dans cette bataille) , on leur en prit deux mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit. » Id. « Adraste, croyant lancer son javelot contre le sanglier, tua Atys. » Roll. Celui qui tue peut n'être qu'homicide, c'est-à-dire que dans certains cas son action est excusable. « Si je dis Brutus a tué un tyran, cela veut dire que Brutus a tué quelqu'un, et que celui qu'il a tué était tyran. » P. R. Voltaire dit en parlant du massacre des habitants de Thessalonique par Théodose : « Certes il eût mieux valu que ces soldats eussent tué l'empereur, comme ils en avaient tué tant d'autres. » Charlotte Corday a tué Marat.
Mais assassiner, poignarder, égorger et massacrer expriment toujours un meurtre , une action de tuer volontaire et criminelle, laquelle est présentée par chacun d'eux en particulier sous un point de vue distinct.
Assassiner, c'est commettre un meurtre de la manière la plus noire, la plus lâche, en trahison, avec préméditation ou de guet-apens, en cachant son dessein de telle sorte que la victime ne puisse
ni s'en douter ni s'en échapper. « Hérode fit tout cela pour couvrir le noir dessein d'assassiner le Sauveur. » Boss. « Les parents et les amis des ambassadeurs qu'on avait assassinés (c'est-à-dire surpris et tués pendant qu'ils étaient endormis) fondirent sur Tatius. » Roll. « La marquise fit plusieurs fois attaquer Edouard sortant du couvent de Laure; elle lui tendit des pièges à ellemême.... Il retournait le lendemain chez celle qui l'avait voulu- faire assassiner la veille. » J. J. Dans un des Dialogues des morts de Fénelon, Tatius reproche à Romulus de l'avoir fait assassiner , c'est-à-dire tuer en trahison, suivant l'explication formelle donnée par l'auteur. Dans un autre, le duc de Bourgogne dit à Charles VII : « Pourquoi me faire assassiner? Un dauphin faire cette trahison à son propre sang!.... Mais, quoi! assassiner? cela est infâme.... quoi! dans un lieu où vous m'aviez attiré par les promesses les plus solennelles ! »
Ainsi donc, sans cet avis fidèle, Deux traîtres dans son lit assassinaient leur roi?