AVOIR BON ESPRIT, AVOIR UN BON ESPRIT
tandis que de ne la définit pas , ou ne la définit pas si bien. Pour la quantité, s'il l'indique plus vaguement que de, c'est qu'il n'est pas comme de destiné uniquement à exprimer ce rapport. La justesse de la règle n'exige pas que l'article donne de la précision , non-seulement à l'idée que représente le nom devant lequel il se place, mais encore à toutes les idées accessoires spécialement marquées par des prépositions auxquelles U se trouve mêlé,
§YN, FÏIAKÇ,
Avoir bon esprit est une expression purement formelle : elle annonce une capacité générale , vague et plutôt spéculative que pratique. « Votre fille se porte bien , elle est à Paris au milieu de tous les secours ; j'ai eu bon esprit de la laisser là. » Sév. « De mon avis sera tout philosophe sans préjugé , tout homme de bon esprit qui voudra lire avec attention ce que j'ai écrit sur ce sujet. » Buff. « A cet extravagant discours de don Quichotte, don Alvar, qui avait bon esprit , donna dans le vrai de la chose. » Les. « Il y a des opinions très-fausses , qui ont été approuvées par des personnes de fort bon esprit. » P.R. Avoir un bon esprit a plus de rapport à la réalité et marque de la solidité , du bon sens , un talent qui va plus aux affaires et à la conduite. «■ Le coadjuteur a tout ce qui est nécessaire pour vous bien conseiller ; car il a un grand sens , un bon esprit , un courage digne du nom qu'il porte. » Sév. « Il faut lui laisser passer ce voyage comme il l'entendra : il a un bon esprit , et sait bien ce qu'il fait. » Id.
A-t-elle un bon esprit ? Est-elle douce, sage ? Dest. ce On essaya de les brouiller ; mais ils avaient un si bon esprit , que jamais leur bonne intelligence ne put être troublée. » Les. — Cette distinction, proposée d'abord par Bouhours, s'applique également aux expressions avoir bon cœur et avoir un bon cœur. La première se dit en général, sans qu'on insiste , sans rigueur , sans conséquence : ce On sait bien que je t'aime, que j'ai bon cœur , que je désire de te voir tranquille et contente. » Marm. La seconde exprime une bonté plus positive : ce Elle a un très-bon cœur et une véritable générosité. » Sév. — Même différence entre avoir bon jugement et avoir un bon jugement.
§ III. Article défini comparé à l'article numérique.
Tous deux font connaître les substantifs qu'ils précèdent dans leur sens, précis et rigoureux; tous deux les mettent en relief, et appellent sur eux l'attention. Mais souvent il arrive que l'un détermine le genre , tandis que l'autre détermine toujours l'individu , ou tout au plus l'espèce ; le premier alors empêche de confondre la chose , dont il rappelle les caractères propres, avec toute autre , le second empêche de la confondre avec une autre de la même espèce ou du même genre. Ainsi , la naïveté indique un genre qui diffère de tout autre , la simplicité , le naturel , etc. , qui a ses qualités constitutives, ses règles. Une naïveté signifie individuellement ou distributivementun trait de naïveté qui diffère de tout autre. La naïveté est d'un homme naïf : une naïveté vient d'un homme qui , parmi les choses naïves , en a dit une ; on ne la définit pas , on n'en donne pas les règles ; on la raconte , on n'en dit point les caractères généraux , elle n'en a pas , mais seulement les qualités individuelles, les particularités. — Cependant l'article défini ne détermine pas toujours nécessairement le genre , mais parfois aussi l'espèce ou l'individu , tout comme l'article numérique ; c'est alors que leur distinction devient difficile. Cherchons néanmoins à l'établir en pre-