‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 110 sur 444 · PRÉFIXE EN · texte numérisé non relu

PRÉFIXE EN

Durcir^ endurcir. Brouiller, embrouiller. Traîner, entraîner. Fermer, enfermer. Lever, enlever.

Il y a identité entre cette prépositive et la précédente. Seulement elle ne se prend jamais , comme in, dans le sens négatif, elle est française au lieu d'être latine , et les mots qu'elle conunence sont t radical français ou francisé. Lorsque ceux-ci se trouvent unis à leur radical même par une syncmie plus ou moins étroite, il faut, pour les en distinguer , avoir égard non-seulement à la valeur propre de leur syllabe initiale , mais et plus encore à la modification de sens éprouvée par tout mot qui de simple devient composé , ou , ce qui est la même chose , à la différence qui existe toujours entre deux mots dont l'un est et par cela seul qu'il est simple , l'autre étant composé. Cette ' différence ayant été établie ailleurs avec détail ' n'a pas besoin d'être exposée de nouveau sous une | forme générale: il suffira de l'avoir rappelée avant d'en montrer tout à la fois Tapplication et la vérification dans les exemples qui vont suivre.

IHJRaR, ENDURaR. Rendre dur.

Durcir est le terme simple , ordinaire , rigoureux , et à cause de sa rigueur même il ne se dit qu'au propre. Endurcir annonce quelque chose de remarquable qui détermine à ne pas se con- . tenter de l'expression commune. La grande chaleur durcit la terre, ou le soleil la boue; phénomène très-simple et de tous les jours. Mais le grand air endurcit certaines pierres et on endurcie le fer par la trempe.

D'autre part , le simple énonce le genre d'effet produit sans l'exprimer, sans le décrire, sans en marquer les progrès et les phases , ainsi que le fait le composé. « Durcir signifie proprement rendre dur , et endurcir faire devenir dur; car celuici marque plus particulièrement le passage à un état de dureté. Gomme il est ordinairement difficile de remarquer le passage dans les choses physiques, il faut d'ordinaire se servir de durcir dans le sens propre : durcir le fer , le bois , etc. Ce n'est que dans le cas où ce passage peut s'observer que endurcir est préférable : la plante des pieds s'endurcit à force de marcher. »Cono. «S'endurcir les genoux devant la Notre-Dame de Lo-

rette.» Volt. — La brique (Làf.) et les pieux (FÉN.) se durcissent au feu, c'est l'effet d'un instant. Mais < le bois d'un cerf commence par deux dagues qui croissent , s'allongent et s'endurcissent à mesure que l'animal prend de la nourriture.* BUFF.

BROUILLER, EMBROUILLER. Mettre pêle-mêle.

Brouiller est seul d'usage au propre , il exprime l'idée commune d'une manière toute générale, et sans indiquer si le mélange est ou n'est pas avantageux : on brouille des œufs , des drogues , plusieurs vins ensemble.

Au figuré , les deux mots signifient mettre une confusion fâcheuse dans les affaires ou dans les idées. Mais d'abord brouiller s'emploie bien seul et sans complément. « Bucer ne fait que brouil - 1er, 9 Boss. « Ce terme de prochain n'avait été inventé que pour brouiller, » Pasc.

Il (le distrait) cherche, il trouve, il brouille , il regarde sans voir. Rsav.

EvpJbrouillef , au contraire, doit toujours être suivi du nom de la chose qui reçoit l'action.

Ensuite brouiller est absolu, et emiyrouiUer relatif. L'un exprime le désordre en soi , objectivement, dans les choses; l'autre l'exprime par rapport à notre esprit qui ne peut plus distinguer, démêler les choses. Brout(^, c'est déranger simplement; em&routiler , c'est obscurcir les choses en les dérangeant, ou en les disposant d'une autre manière. On einJbrouille des questions , on ne les brouille pas. « Ewbrouiller les questions par des termes d'école. » Pasg.

c On brouille des personnes , des papiers ; et on ne les em&routile pas. On brouille et on em5roui7/c des affaires, des idées, un discours, ce qu'il s'agit de comprendre et de savoir : on les brouille en y mettant le désordre ; on les ewbrouiUe en y jetant de l'obscurité. Les affaires sont brouillées par la mésintelligence et la discorde ; elles sont emSbrouillées à cause de la difficulté de les entendre et de les expliquer. Ce qui est brouillé n'est pas en ordre et d'accord; ce qui est ewiirouiUé n'est pas net et clair. La confusion des choses brouiiUes est dans les rapports qu'elles ont entre elles; la confusion des choses emAtrouiUées est dans la manière dont elles se présentent à notre esprit comme dans un brouillard, » Roub.

D'un autre cêté , brouiller , comme faire croire , marque moins d'action de la part du s^jet , ou une action moins volontaire , moins expresse, une action qui peut même venir des choses. «Les termes enveloppés brouillent les idées différentes.» Bqss. « Un si grand nombre d'objets ne peut manquer de blesser et de brouiller l'imagina tion des enfants. » Mal. « Ce faible ménagement brouille en nous toute l'idée de première cause. » Boss. « La raison était faible et corrompue; et à mesure qu'on s'éloignait de l'origine des choses, les hommes brouillaient les idées qu'ils avaient reçues de leurs ancêtres. » In. — Mais embrouiller , comme faire accroire , indique une action faite par une personne, à dessein; il suppose presque toujours de l'invention et de l'artifice , et par suite plus de confusion ou une plus grande complication produite dans l'objet. « Les subtilités des hézéiiques ont embrouillé le

STNONTKES QUI ONT L£ MÊME RADICAL

Téritable de cette parole. » Boss. « Est-ce ûMi quil &ut parler dans un catéchisme à un afrnt, afin de lui embrimitter toutes ses idées?» Ib. cU cherche danâ ces passages de quoi em- (nwiUer les esprits, et il n'épargne rien pour TOUS sorpradre. » In. « Les plaideurs ne manquent pas de fiHmer des contestations et des accusatioss inutiles, et d*embrouiUer leur procès d^une ÎDfinjlé d'accessoires qui confondent le priocipel. 9 Mal.

T&inEK, ElîTRAIIŒR. Mener ou faire venir de force.

TroUter exprime l'action ordinaire et à la manière ordinaire : des choTauz traînent une voiture, c'est-à-dire la tirent après eux. Entraîner éèà^ une action remarquable par reffort du si/et et la résistance de l'objet , comme est celle d'anfleare qui emporte quelque chose, non pas aprë soi , mais en soi , avec soi , dans son cours.

cOnlratne en prison l'homme que l'on contniot; (m y entraine celui qu'on y emporte, poar ainsi dire, malgré tous ses efforts. L'action de irefiier demande sans doute souvent une force qoi triomphe d'une résistance ; elle est lente quelqoclois. L'action d*entraîner demande une grande force qui triomphe de toute résistance; elle a un prompt oa un grand effet. Le ruisseau traîne du sbk; k torrent entraine tout ce qu'il rencontre. Bescheraoi traînent un char; le char entraine kseheraux dans une pente rapide. Vous vous Mms pour arriver à une haute fortune , et d'un Mte gliâant le poids de votre fortune vous en- Mw. » ROVB.

On fralNe ce qu'on ne peut pas porter ; le sûn- ]^ indique donc le genre d'action. On entraine oe qui ne veut pas aller; il y a donc bien dans le coaiposé une circonstance remarquable , celle de TeSort, de la violence. — Il y a des rivières qui tnênent de l'or (Roll.); les pluies violentes en- Maeiit la bonne terre (lo.). — Socrate n'allait jaaiais au théâtre que quand Alcibiade ou Critias Tj traînait malgré lui (Id.) ; Arsinoé , reine d'Egypte, après avoir vu massacrer dans ses bras ses deux fib sur l'ordre de Ptolémée Céraunus , fut eatradiâ hors de la ville et reléguée dans la Samothr*ce(Ia.).— Le Tigre traîne de grosses pierres, et les soldats d'Alexandre ayant voulu le traverser ne pouvaient se soutenir qu'à grand'peine à cause de rimpétuosité du courant qui les entrai" mU (lo.).

FBUBR, ENFERMER. Entourer d'une barniit. On ferme et on, enferme un parc , un jardia, par exemple, de haies, de murailles ou de tassés.

Mais on les ferme , afin que l'accès n'en soit pas permis au public, afin qu'on n'y passe point; on Itteefenne, afin qu'ils soient fermés dedans, en >^beié , et à l'abri des voleurs et des animaux dévastaieoii. Dans le premier cas , c'est comme si on liOQâaît tme ouverture au moyen d'une porte ; et , dans le second , comme si on serrait les objets <& question dans un meuble que l'on ferme pour kl mieax conserver. On ferme proprement un F^asage, on enferme des ennemis. « Les Carthaginois n'espéraient pas qu'on pût faire entrer de ooBTeau vivres dans la ville où ils étaient en-

fermés y tant les Romains faisaient bonne garde pour fermer tous les passages. » Roll.

Il vaut mieux dire enfermer que fermer une ville de murailles, à moins que ces murailles ne la couvrent qu'en partie et d'un seul côté, a Le roi de Prusse, habile en plus d'un genre, enferma de tous côtés la ville de Dresde. » Volt. c Une grande muraille ferme la Chine au nord. »

ACAD

Enfermer est encore préférable quand il s'agit d'une manière extraordinaire de fermer. « Les ennemis se sont laissé enfermer entre deux rivières.» ACAO.

LEVER, ENLEVER. Us expriment tous deux l'action de faire qu'une chose soit portée en haut.

Enlever se distingue de lever tout comme en^ trainer de tratner , c'est-à-dire par une idée accessoire de force ou de violence , ou bien quelquefois en ce qu'il signifie ne pas faire aller, mais faire venir en haut , emporter en haut avec soi : il y a des oiseaux de proie qui sont de force à enlever des moutons.

lever et enlever veulent dire aussi Ôter une chose qui est sur une autre ; mais ce qu'on lève ne tient pas comme ce qu'on enlève: le chirurgien lève un appareil; on lève le couvercle d'une marmite; un rude froissement enlève la peau d'une partie du corps ; enlever l'écorce d'un arbre.

PREFIXES EN bt É.

Enlever, élever^

EFOEVER, ÉLEVER. Lever, hausser avec «effort et de manière à faire quitter la place.

Le second a rapport au point de départ et à la distance où on en est. Ce n'est pas proprement porter en haut , mais porter plus haut. On élève , mais on n'enlève pas plus ou moins.

PREFIXES EN bt àD.

Ennoblir, anoblir.

ENNOBLIR, ANOBLIR. Donner la noblesse ou de la noblesse.

Ce qui est ennobli est devenu noble en luimême , a acquis une noblesse tout intérieure , intrinsèque, essentielle, a gagné en valeur; celui qui est cmobli a été ajouté ou agrégé à la classe des nobles , a reçu ufle distinction tout extérieure qui n'augmente pas la considération due à sa personne elle-même. « Ennoblir exprime un changement d'état moral; anoblir im changement d'état social. Une belle action ennoblit; il y a des charges qui anbblissent. » Gaiz.

«Ces sentiments vous ennoblissent à mes yeux.» ACÀD. « Nous enrichissons les autres animaux des biens naturels , et les leur renonçons , pour nous honorer et ennoblir des biens acquis. bHontaign. « N'est-il pas juste que le Verbe de Dieu ayant pris la qualité de serviteur , que l'ayant ennoblie , l'ayant comme divinisée dans sa personne, elle soit honorée parmi nous? > Bourd. « La chair a été ennolbUe (en J. C), et non la divinité dégradée. 9 Boss. « L'Egypte n'oubliait rien pour polir l'esprit , ennoWir le cœur et fortifier le corps. >Id.

IKO

PmifltKE tAMIE

c Qa9'9rinîn&biisH%-^oum Titre ^seotmnoa ftx la Tertu qui les orne toutes?» 91 oiitb6Qv«Ia Reyiiie quitta «ta si pénible emph»! (celui ée Ueutenant de'^police de Part^ , qu'il avait le prenier enmoèli par riquité, la medcstie et le désinléresse* méat.» S. S. « Les ternes les plus bas ,^eiH>lafés Ji propos, é*tfmMinmt. «Volt.

<Si «s roi époose una llfie désosse ailraetton , elle devient reine; elle est anoblie par le xaariage d« prince, et sa noblesse passe i sa xaeiseti. » Boss. « Les ofBciers de la garnison durent dignement récompensés , et les soldats -furent one^fû leur vie durant. »Io.c Je compte iiien sur Thonfwar d'être un jeur agrégé -à 4a noblesse. Mais M. Dorimon, un de nos piis -riches financiers, Tient d*être anobli d'une façon très-singulière. » I/B& « Sur deux ou trois citoyens qui s'illustrent par des moyens honnêtes, mille coquins tmoblment tous les jours leur Tamilk. » J. J. « Philippe Il fut' très- content de l^assassinat {du prince d'Omnge^ : il récompensa la ftunille de Gérard : il lui accorda des lettres de noblesse pareilles à celles que Charles VII donna à la famille de la Scelle d'Orléans, lettres par lesquelles IsTentre widhlisêait, vVolt.

Snne^tr se dit M»^nLraBeBt îles ywoiuwa; oiioMtr ne se dit que des penoniKS.

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