PREMIÈRE PARTIE
une robe, un fouet; mais on prolonge la vue,
une ligne, etc. , parce que ce sont choses qu'on ne considère que par rapport & leur étendue. On aUonge et on prolonge une galerie : dire qu'on V allonge y c'est appeler l'attention sur la galerie elle-mêipe qui devient plus longue ; dire qu'on la prolonge i c'est appeler l'attention sur son étendue à laquelle on donne une suite. On allonge toutes les choses qui ne sont pas assez longues^ pour leur destination, et, par exemple, une galerie qui ne peut contenir tous les tableaux qu'on veut y placer; on ne doit se servir de prolonger que quand on ne considère dans la chose que son étendue ; on prolonge une galerie , une allée , pour le coup d'œil, suivant le terrain dont on peut disposer. On allonge une ligne à pécher; on prolonge une ligne mathématique.
La différence est autre entre les substantifs allongement et prolongement. Comme pro sigaifîe en avant , au delà , au dehors , le prolongement est plutôt quelque chose d'excédant , un appendice , une excroissance; au lieu que Vallongement «st un simple développement en longueur. L'épine dorsale contient un allongement (Fén.), et la queue , dans les animaux , un prolongement (Acàd.) de la matière cérébrale. « Les huppes ne sont que Vallongement des plumes de la tête ; et les longues queues ne consistent que dans le prolongement des plumes de la queue. > Buff. « Le pédicule de la poire tient à un prolongement du firuit un peu allongé, » J. J. Des animaux sont remarquables par rallongement de leur museau (Buff.). « Ces terres des rivages sont très-escarpées dans les lieux de leurs allongements, » J. J.~ Le prolongement peut être aussi une extension de la chose , mais une extension telle qu'elle sort ou fait saillie. « Ces appendices qui terminent plusieurs des plumes moyennes des ailes du jaseur ne sont autre chose qu'un prolongement de la côte au delà des barbes. » Boff. « La poche du pélican est composée de deux peaux : l'extérieure n'est qu'un prolongement de la peau du cou. » lo. « Les rosiers n'ont pas de vrais stipules , mais seulement un prolongement ou appendice de feuille ou une extension du pétiole, v J. J. « Les ornements du plumage des oiseaux ne sont que des prolongements et des excroissances des mêmes plumes plus petites dans le commun des oiseaux. » Buff.
3* Quand il s'agit de la durée et que les deux verbes signifient le contraire de l'abréger, allonger désigne une action ordinaire qui peut être produite par les choses comme par les personnes, et un effet ordinaire, qui peut n'aller pas au delà d'une juste mesure; mais proZon^er est toujours l'acte d'une personne et un acte volontaire dont l'effet est plus fort, plus marqué, sinon toujours excessif. Les histoires semblent aUonger l'instruction (F£n.); la rime allonge le discours (In.); les conseils sous la régence allotigeaient les affaires (S. S.). Hais un honmie cherche à prolonger une affaire (FâN.), cherche les moyens de prolonger la guerre (S. S.) , ou compte de proloiij^er une négociation (In.). « Je lui représentai combien étaient dangereuses les passions et les altercations qui allongeraient cette 'affaire en l'obscurcissaxit... Et je ne jugeai pas à
propos de prolonger cette audience. > S. S. - Une personne peut aussi faire l'action d'allonger^ mais c'est sans le vouloir : a Je ne puis éviter d'allonger votre purgatoire , et de vous conjurer de demeurer encore à Rome. » Fen. Ou bien onaUonge ^ar laisser-aller , par négligence , par des délais , en ne faisant rien : « Il éludait, allongeait ^ usait le temps.... » Bbaum. Au contraire, on prolonge résolument, par des moyens effectifs et choisis exprès ■.
PROTESTER , ATTESTER. De testis, témoin.
Témoigner, déclarer.
Protester, témoigner devant, en avant, c'est faire connaître hautement, ouvertement, publiquement, à la face du ciel, ne pas craindre d'avancer, démettre au jour ou de produire, de professer , de proclamer. Il se dit surtout en parlant de ce qu'on (ait connaître en le tirant de soi en quelque sorte , c'est-à-dire en parlant des sentiments où l'on est. s Vos adversaires protestent par leurs discours , par leurs livres , et par tout ce qu'ils peuvent produire pour témoigner leurs sentiments, qu'ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur, a Pàsc. « Les calvinistes n'en sont pas plus catholiques pour protester qu'ils ne suivent que la parole de Dieu. » P. R. « Jeproteste que j'ai beaucoup de respect pour quelques ouvrages de Tertullien.» Mal. «Les philosophes protestent et prétendent même d'enseigner la doctrine d'Aristote. » lo.
Attester, témoigner à , c'est faire connaître simplement , sans l'insistance qui caractérise la protestation. Ensuite, on atteste, non pas d'ordinaire ce qu'on tire de soi , ses sentiments , mais ce qu'on apprend à quelqu'un , ce qu'on porte à sa connaissance , c'est-à-dire un fait passé. La protesta" tion est d'un homme qui veut être cru ; Vattestation est la déclaration d*un homme d'une autorité plus ou moins grande, qui dit ce qu'il a fait, yu ou entendu.