PREMIÈRE PARTIE
TERMINAISONS ADE et MENT.
Embrassade , enibrassement. Glissade , glissement. Reculadf , reeulement.
Ces deux finales, en s*ajoutant*à des bases verbales , donnent naissance à des substantifs qui marquent une action. Mais ceux qui se terminent en ode sont généralement plus compréhensifs que ceux qui se terminent en ment. Ceux-ci expriment simplement l'action du yerbe; ceux-là y joignent une idée de longueur ou de complication , ou des circonstances qui la rendent plus apparente , plus pittoresque.
EMBRASSADE, EMBRASSEMBNT. Action d*embrasser.
Vembrassade est Vembrassement accompagné de circonstances qui le rendent concret, en quelque sorte; elle marque plus de démonstration, elle consiste plus dans la forme. Aussi Condillac et Laveaux s'accordent à dire que Vembrassade marque une simple démonstration d'amitié , qui exprime plus l'empressement extérieur que la cordialité. « Cet homme-là, avec ses grandes embrassades, est un fourbe. » Mol.
Ces affables donneurs d'embrassades ftri voles. lo. « Ceux qui caressent également tout le monde et courent à tous ceux qu'ils voient avec les mêmes embrassades et les mêmes protestations d'amitiés. » Id. «Au foyer, on joue une comédie particulière : on commence par des révérences; on continue par des embrassades. ^^ Montbsq. «Après une embrassade froide , sans que l'empereur Domitien lui dit un mot , Agricola se confondit dans la foule des courtisans. ' Roll.
Force dehors, force grimace, Embrassade dans la bonace ; Mais, le vent vient-il i changer..,, Adieu la tendresse et Tami. Scaer.
Vembrassement, au contraire, est réellement affectueux et témoigne une véritable tendresse. t Mourir dans les embrckssements de ses enfants. » Volt. « Goûter la douceur des embraasements de sa mère. » Les. « En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements... y la princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres. » Boss. Au lieu de convenir surtout au style comique , embrassement est quelquefois employé dans la haute poésie. La Henriade en offre un exemple et peutêtre plusieurs :
Trois fuis il tend les bras â celte ombro sacrée ;
Trois fois son père échappe i ses embrassements ,
Tel qu'un léger nuage emporté par les vents.
J. J. Rousseau dit à la fin d'une de ses lettres : « Recevez les embrassements de votre ami. » Et madame de Se vigne : « Jetez mes amitiés , mes compliments, mes embrtusades^ comme vous le jugerez à propos. »
GLISSADE, GLISSEMENT. Action de glisser.
Glissade est un glissement assez long fait par une personne ou par un animal : pendant l'hiver les enfants font des glissades sur des glissoires; « Son cheval avait fait une grande glissade. » S. S. Ce mot , d'ailleurs , est concret , pittoresque , représentatif. On ne dirait pas en physique que les corps ne sont liquides que par la glissade conti-
nuelle , mais bien par le glissement continuel de leurs parties les unes sur les autres.
RECULADE , REGULBHENT. Action des voitures qui reculent.
Reeulement se dit toujours en parlant d'une seule voiture, et reculade ordinairement en parlant de plusieurs. Ce dernier mot fait image et emporte une idée d'embarras et de confusion qui est étrangère au premier. « Le reeulement d'un carrosse, d'une charrette. » Acad. « C'était le plus grand embarras du monde : c'étaient des reculades de deux mille carrosses en trois files, des cris de deux ou trois cent mille hommes, des ivrognes, des combats à coups de poing. > Volt.— De son côté , reeulement n'étant point représentatif se dit seul au figuré : «Le reeulement des frontières par la conquête de nouvelles provinces. > Labr.
On dit de même étouffement en parlant d'une seule personne, et étouffade pour Vétouffernent de plusieurs personnes dans une presse : < Les massacres et les étouffades du feu de la ville. >
DUDEFF.