PREMIÈRE PARTIE
et en français , l'une des plus communes ; ce qui fait que sa valeur générale est très-difficile à déterminer. Nous nous bornerons à dire qu'elle rend abstraits les substantifs à la fin desquels elle se trouve , et leur imprime un sens analogue à celui des substantifs en té, Butet les appelle dbitractifs-absolutifs , parce qu'ils présentent l'abstraction poussée jusqu'au plus baut point, parce qu'à force d'abstraction ils deviennent absolus et ressemblent fort aux substantifs sans terminaison significative. Mais parmi eux il en est dont on peut réduire la terminaison à celle du participe passé: tels sont, bouillie, saisie^ repartie, rôtie. Or, cette observation nous paraît suffire pour mener à caractériser précisément les quelques noms de cette désinence qui ont pour synonymes des substantifs sans terminaison significative.
PART, PARTIE. Ce qui entre dans la composition d'un tout.
Part vient du latin pars, gén. partis, qui correspond au mot français pour le sens comme pour la forme. Partie dérive du participe passé , partitus , du jerhe partire , diviser, partager; partie, partita, sous-entendu res, c'est-à-dire, cbose divisée , ou plutôt cbose qui résulte d'une division , ce qui provient d'un partage. En conséquence , partie rappellera toujours spécialement qu'il y a eu division , soit effective , soit mentale , et que la chose a été détachée d'un tout. De son côté, part étant un radical pur, sera absolu : il signifiera , non pas quelque chose d'efiectif ou de concret , comme partie , mais quelque chose d'idéal ou d'abstrait ; non pas quelque chose qui est de fait , mais quelque chose qui doit être. Avoir part se dit à priori et suppose iin partage à faire ; mais qu*un objet ait des parties , c'est quelque chose d'actuel et de réel. On fait les parts , en attribuant à chacun selon son droit ; on ne fait pas les parties, elles existent de soi dans les choses.
« La partie , dit Girard , est ce qu'on détache du tout ; la part est ce qui en doit revenir. Le premier de ces mots a rapport à l'assemblage : le second, au droit de propriété. On dit, une partie d'un livre et une partie du corps humain ; une part de gâteau , et une part d'enfant dans la succession. 9
Repm, employé par Molière pour repartie, doit se dire aussi dans un sens général , absolu , à priori, pour caractériser, et non pour raconter.
Il a le repart brusque et raocueil loup-garon.
Mais on citera de quelqu'un une repartie brusque , ou fine , plaisante , spirituelle.
GARANT, GARANTIE. Ces mots se disent des choses qui en rendent d'autres sûres , qui les font attendre avec confiance :.sa conduite passée est un garant , ou une garantie de sa sagesse à l'avenir.
Garant , dans les ancienne» langues du nord toarrant , signifie d'abord la personne qui répond d'une chose ; c'est le radical pur du verbe garantir, d'où dérive garantie. Garantie désigne proprement ce qui résulte de l'action de garantir et rappelle expressément cette action. < Bois de l'eau, Gil Bias, me dit le docteur, tu guériras; Celse même t'en sera garant.,.» Je continuai
donc à boire de l'eau sur la garantie de Celse. • Les.
De là il suit que garant exprimera une chose qui a par elle-même ou à qui l'on trouve la vertu de garantir, tandis que garantie signifiera ud garant donné à dessein. On dira donc mieai: sa conduite passée est un garant de sa sagesse i l'avenir; et : 11 donne sa conduite passée pour une garantie de sa sagesse à l'avenir. On a ou l'on prend pour garant; on donne une garantie ou pour garantie.
En termes de jurisprudence , on ne se sert que du mot garantie, parce qu'en matière d'affaires et de procès il ne s'agit que de garants volontaires , formellement donnés , qui reçoivent expressément la destination de garantir. De sorte qu'entre garant et garantie la différence est analogue à celle qui existe entre indice et indication. ■ On peut ajouter à ces deux exemples chapelle et chapeUenie, traités comme synonymes par Beauzée, et qui signifient, l'un et l'autre, un édifice sacré avec un autel où l'on dit la messe. Ils ne sont synonymes que dans la jurisprudence canonique ; hors de là , le mot chapeUenie est inconnu , on se sert toujours de celui de chajp^-
Or, dans le langage des canonistes, chapçUea un sens absolu , et chapellenie en a un relatif: le premier donne l'idée d'une église particulière et indépendante, d'un édifice isolé, entièrement détaché et séparé de toute autre église ; le second désigne une partie d'église qui a été faite chapelk, qui a reçu la destination d'une chapelle : telle est, dans l'église paroissiale de Saint-Sulpice, iierrière le chœur, la chapelle de la Vierge; c'est proprement une chapellenie. — Ensuite, chapeiienie se prend seul , à cause de sa signification passive , pour ce qui est donné ou attribué à un chapelain comme bénéfice attaché à la chapelk. En quoi il ressemble à chanùinie , chàkUenit ei baronnie.
TERMINAISONS IB BT ISKE.
Néologie, néologisme.
NÉOLOGIE, NÉOLOGISME. Invention ou empbi de termes nouveaux , ou nouvelle application de termes usuels. Deux mots grecs, vloc? nouveau , et Xoyo; , discours , servent à composer le radical conmiun.
Dansn^oloyte la terminaison simple if ^^* peu significative par elle-même , c'est à la terminaison composée logie qu'il faut s'adresser pour avoir la valeur précise du mot entier. Or, « log^* dit Roubaud , sert ordinairement à désigner un genre de science, de connaissances, de traité, comme dans théologie, chronologie, astrologie y et souvent une qualité du discours, comme dans amphibologie, battologie. Ce mot, par lui-même, ne se présente pas sous un mauvais aspect, v^ qu'il signifie parole. » Dans néologisme la terminaison simple isme est assez significative poû indiquer à elle seule le caractère qui distingue le mot entier de son synonyme. Isme exprime u système, une doctrine que Ton professe, «^ JV quefois l'affectation, l'abus, l'excès de la chose, comme dans fanatisme , sophismiS , purisme»
SYNONYMES QUI ONT LE MÛfE RADICAL.
De U là distinetÎMi établie p&r Roubaud entre •éoicgie et néologinne. « La néologie ^ dit-il ^ tsaoïice hd genre nouveau de langage , des ma- Bières nouvelles de parler, Tinvention' ou Xap- ^kation nourelle des termes. Le néologisvM marquera Vabns ou TalTeetation à se servir de mots nouveaux, d'expressions et de mots ridiculement détournés de leur sens naturel ou de leur emploi ordînaîre. li y a une néologie louable , utile ,'néoeKaîre, apposée au néologisme. »
Cette diâiictioQ observée , du reste , par TAcadéme dan la définition des deux mots dont il s'agit ki, s'est pas d'une grande fécondité. On ne peut guère s'en servir qu'à l'égard des mots phihnpUeéipkHoeophisme^ dont le second signifie , cflDBielout le monde sait , l'abus de la chose margaéepar le premier*.
1V»5 Conterons une remarque, c'est que néobfie denait donner néohgue, lequel se prendrait ea bonne part, comme philologie donne philologue; tandis que néologisme donnerait néologiste , asqnel serait réservé le sens défavorable : c'est lina que de purisme on a lait puriste. Il n'en est point ainsL Nous n'employons guère que le mot aëologitf, et presque toi;gours nous le prenons en manTsise part.
A ce propos, nous signalerons une inconséfiaeûce de notre langue. Elle appelle, et avec nisoo . ptgehologues les savants qui cultivent la psychologie , et physiologistes ceux qui s'occupent éi physiologie. Il faudrait évidemment donner au second mot la même terminaison qu'au premier , unf à appeler des noms de psychologiste^ et de fkpiologistes les pjydiolo^uef et les physioloftu qui feraient àbua de leur science , qui s'en préoccuperaient excessivement. Ainsi le veut l'aulogie. ~ Il faudrait de même ne prendre qu'en bofine part mythologiie et ornithologue, et en Bu*iTaise mythologiste et ornithologiste : un ha- Ue mythologue ou ornithologue; un ennuyeux •jftkologiste ou ornithologiste,