PREMIÈRE PARTIE
n ne nous paraît' pas possible de déterminer la ▼aleur générale de la désinence masculine er dans les substantib , *M^€her , plancher , rocher , et autres semblables. Mais un autre moyen se présente pour distinguer rocfier de ses synonymes , et ces deux derniers entre eux.
Le foe et le rocfcer, par cela seul que leurs noms sont masculins , doirent atoir des caractères spéciaux qui les déterminent relatitement i la roche,
Bn effet , d'une part, roc étant le radical pur, exprime particulièrement la nature de la chose, c'est-à-dire ici la dureté de la pierre et 1& fermeté arec laquelle elle tient au sol. « Boe désigne proprement , dit Roubaud , la nature de la pierre , la qualité de la matière dont il est formé : cette pierre est très-dure ; il est difficile de tailler dans le roc lit. » « Le mot roc , dit Gondillac , marque plus la dureté et la stabilité de la pierre.» Sous ce rapport , roe est bien plus déterminé que roche; car la roche j suirant le dernier auteur, est moins dure et s'en ya par écailles : on taille des roches pour en fiiire du pavé.— D'autre part, rocher^ dans l'usage, signifie incontestablement une roche très-élerée , très-haute , très- escarpée , scabreuse , roide , hérissée de pointes et terminée en pointes , soit que ce sens résulte de son genre seul, soit qu'il lui tienne de sa terminaison, comme le prétend Roubaud , sans le démontrer. La roche est quelquefois plate et toi^urs moins escarpée : on monte sur une roche , on grimpe sur un rocher; dans un port, il y a des rpchet , et non des rocheri sous l'eau.
Ainsi , le roc et le rocher se définissent par la roche : l'un est la roche très-dure et fortement enracinée , l'autre une roche très-élerée. Non pas que la rodie répugne à ces accessoires , mais elle ne les comporte pas spécialement, nécessairement, ni au même degré. En minéralogie, où l'on traite de toutes les espèces de roches sans avoir égard ni à la dureté ni à l'éléyation , on se sert exclusivement du mot roche , à cause de son indétermination même. C'est encore parce qu'il ne marque ni une grande dureté , ni une grande élévation , que ce mot se dit bien des blocs et des fragments détachés dont on se sert pour paver ou pour bâtir. Polyphème détache de la montagne une roche qu'il jette jusqu'au-devant du vaisseau d'Ulysse (FiN.)-, les héros d'Homère lancent aussi des roches : des rocs^ ils n'auraient pu les arracher; des rochers y ils sont énormes. Le genre de roche est si peu indifférent que c'est aussi à cause de cette circonstance que les roches sont regardées comme des sources, des réservoirs, des mines , des laboratoires dans lesquels La nature forme différentes sortes de productions utiles et curieuses: eau de roche, cristal de roche ^ etc.; dans le creux d'une roche (Volt.) ; Moïse tira de l'eau d'une roche (Boss.).
Quant à La différence précise du roc au rocher^ elle n'est ni obscure ni douteuse. On dit bâtir sur le roc , par opposition à bâtir sur le sable. Ce qui est bâti sur le roc ou sur un roc a des fondements solides ; ce qui est bâti sur un rocher se trouve haut placé et plus ou moins inaccessible. Le roc ne peut être entamé: la citadelle de
Port-Mfthon est pavtout un roc «ni; efle est impénétrable au canon (Volt.). Le radier ne peat être ébranlé : ferme comme un rocher. On dit dur comme le roc, tailler dans le roc; on dit le sommet, la cime, la tête d'un rocher, se précipiter du haut d'un rocher : La grotte de Calypso était taillée dans le roc; lé on n'entendait jamais que le chant des oiseaux , ou le bruit d'un ruisseau qui se précipitait du haut d'un rocher (Fin.). L'idée d'élévation au-dessus du sol fait que rocher se prend souvent pour un écueil contre lequel on se brise , pour un rempart , une défense, un asile; on s'y retire, on s'y retranche. « C'est faire des saints autant de dieux, parce que c'est en fiûre des remparts et des rochers où on a une retraite assurée, et que l'Ecriture donne ces noms à Dieu. » Rose. « Je vous aimerai , mon Seigneur, ma force , ma retraite , mon reftige , mon appui , et en un mot , selon l'original , mon rœheri • In.