‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 181 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce qui est efpnyàble n'est pas tel seulement de fkit, mais par nature, et demeure toujours tel. Un monstre effroyable (Mol.); 1« effroyables cachots où sont tourmentées les ftmes rebelles

(BOSB.)*

Quoique ayant même radical, effroyable n, plus de rai^Knt avec effroi, et effrayant avec frayeur; or, on ne dit pas qu'un tyran est la frayeur, comme on dit qu'il est Veffroi de ses sujets, et c'est parce que le mot /Voyeur et le mot effrayant ne skarquent pas, comme efftoi et tffre^able, une qualité permanente , mais bien une qualité passagère, considérée toute par rapporta soft effet du moment.

TERMINAISONS ÀBIB BT WX.

POoyaUs , pOéus. BaiuabU , odteiuB* DûetiebU,

délidetuh

La terminaison eux est plutôt active que passive , et c'est pourquoi il existe en assez grand nombre des adjectifs en eux, synonymes d'adj ectils en ant. C'est , au contraire , parce que la terminaison eux se prend rarement dans le- sens passif, que fort peu d'adjectifs de cette désinence ont des synonymes parmi les adjectift en able. Tels sont cependant , piteux , odieux et délicieux , par rapport à pitoyable , haiîstable et déleek^le , puisqu'ils signifient comme ceux-ci, qui est ou doit être pris en pitié, ha! , goûté avec délices.

Quant à leur diiSèrence, elle se déduit de la nature de leurs bases et de la valeur précise deleurs terminaicons. Les premiers sont à base nominale : piteux vient de pitié, odieux du latin odntm, haine, et délicieux de déZiee; les autres sont à basé verbale, pitoyable étant formé du verbe inusité pitoyer , le même à peu près que Ofntoyer , haïssable de ha*r , et' délectalAe du latin delectare , agréer. De là il suit que r<id]ectif en eux qualifie la chose en eUe*-méme, aa lieu que l'adjectif en abU la flit considérer d'une manière relative , comme capable d'éprouver un efiet , d'exciter de notre part un sentiment.

Et de la valeur comparée des terminaisons il résulte , d'une part , que l'adjectif en eiio^exprime avec plénitude et en abondance , au superlatif en quelque sorte , la qualité marquée simplement et sans aucun accessoira de cette espèce par l'adjectif en able; et , de Tautre , que le premier présente en fait ce que l'autre suppose simplement en puissance.

nrOTABLE , PITBUl. Qui fkit qu*OBeat un ohjet de pitié. Ëtat, ton piteux o« pitoyable y c'està-dire à faire pitié.

Piteux signifie proprement qui excite , et pitoyable , qui doit exciter la pitié ; ce qui n'empêche pas ces deux mots d'être synonymes , vu la facilité avec laquelle l'esprit passe de la réalité à la possibilité et réciproquement.

Piteux concentre l'attention sur la ohesa qua* lifiie : elle est de nature très^mouvaise ou dans une- serte de bassesse el de dégradatioa. a. Mes yeux sont dans un Xv^Ê-pHeum éut. » Volt. « Quoiqu'il fût Ibrt bien vêtu^ il avait un air piteux qui ne prévenait pas le» yeux en &reur de sa bourse. » Lis.

Le pis (Vit que l'oo mit en jdtemx équipage Le peuvre potager : adieu planches , carreMX. (Le Jardinier et son aeifueur.) L».

Pitoyable est une qualification relative, qui Appelle expressément la propriété qu'a la eboîe d'être prise en pitié, c Ce que je voyais m'inspirait de la compassion : je m'approchai du vieillard et lui demandai pourquoi il restait dans le pitoyable état où il se trouvait. » J!jBS> « PisistratC' se blessft lui-même , se fil porter tout sanglant as milieu de la place publique, et dit que ses ennemis l'avaient mis dans l'état pitoyable où on le voyait : la populace s'émnt.» Fàn. «Hélas! mon cher Citon, te voilà en pitoyable éut. L'horrible plaie! > vGésar à Caton.)— «Hais toi, à qui je fais pitié, d'oé vient que tu m'as suivi de si près? » (Caton à César.) Fkn.

Dans un piteuœ état, on est lom d'être i son aise ; dans un état pitoyable , on est dig&e de compassion. Ainsi , piteute mine , piteuse cbaii, présentent des qualificatic^is solitaires et tout à fait indépendantes de l'effet qp^ sont susceptibles d'éprouver les choses pitoyables* Si pitum se prend toujours familièrement et rarement au sérieux, c'est précisément parce que ce mot est peu propre à marquer que la chose est digne de compassion.

HAÏSSABLE, ODIEDX. Qui est ou reodun4>bjet de haine.

Du latin o4s, je hais, s été fait odtm, ïmt. d'où vient odtotiit, odieux, plein de haine, qui en excite beaucoup. Du même oài, oiirej oa a formé hoftr; d'^ù haitdobUy à haïr, proipre Utst haï.

A le prendre ligoureosement, odieux exprio* plutôt comme un fait ce que haistable ptésente comme une capacité ou un devoir. Ce qui est ocU'eii» excite eflbctiveilient beaucoup de baioc: ce qui est kaittable esl bon ou propre à eue haL

Ce qui est J^oûia^Ie est à haïr, digne de bainei méprisable; ce mot est. pour la théorie, peer» conception ou la possibilité. • Nous scmniw haïssables: la raison nous en convainc. Or, nul» autre religion que la chrétienne ne propose de se haïr.» Pasc. a Je ne hais point les homipes p»r inhumanité; je ne les hais que parce qu'ils sont haïssables (Timon). » Fén. « Il est bien, fait, ses manières sont agréables et polies; et à le Dica examiner ce n'est pas un mortel haïssable' » if^ - Ce qui est odietis est effectivement cbsrpiW haine, très-haï, méprisé. «Ma ▼!«?«?**' *L gneur, vous a été très-odi«ae par sa negUgeDce

continuelle. » Pabc. ^

Bile m'est odUuse , et l'horreur est si forte.... ■ «Qu'y a-t-il de plus odieux dans le monde (pou homme intéressé?... Qu'y a-t-il , encore upeïo^ non-seulement de pVoM^iuÊÏssable dans li»« monde, maie mène de pkia hai.» Bovbd.

Mais ces mois s'emploient aussi tees j^| tantôt pour manfuer le fixit: «i la «•^j**» ^^ pour exprimer la eapacità om la possibihlé. Ai»" ils diflkrent par leur «ftagré de feroe.

C'estcequ'ont bien sAti Cendillae et *^*f*:

« On «it hâissahlê^ dh J« P««"^r I*Î|J1^ûb un caractère désagréable ; on est odieu* parcrp*

SYNONYMES QUI ONT LE MËlfB RADICAL.

itt

a on cazsctère méprisable , Ticieuz. » Roubaud cxprÔM la même pensée en d'autres termes. « Si l'objet haïssable est digne de haine , dit-il , l'objet o^eiu est digne de toute Totre haine. Avec certains défauts, on est haïssable; ayec certains vices , on est odieux. » — « Pour ne se répandre que sur les dehors , l'incivilité n'en est que plus haissaWe, puœ que c'est toujours un défaut visible et maniftste. » Labh. «C'est un noir attentat, c'est use sale et odietae entreprise que celle que le succès ne saurait justifier. » Id.

Ifiifin, ajoutons que odieux est plus relatif à la natee de la chose qualifiée , et hai'ssabU à l'effet qv'eik produit sur nous, au sentiment qu'elle profoque.

AÉLBCTABUS, DiUGIEUX. Tria-agréable.

Gaqiii est détectable paraît devoir être ce qu'est

«a réalité l'objet délicieux; car délectable veut

dire capable de délices, capable d'en produire, au

lieu que delicimtx signifie, qui en est plein, c Le

pUiitr des sens est le perpétuel séducteur de la vie

humaine : l'attention au beau et au déleUahle a

commeDcé la séduction du genre humain. » Boss.

< Si U concupiscence n'est pas de Dieu , la délee-

CoUszaprésenUtion (du théâtre) qui en étale tous

Jesaftiaits, n'est pas non plus de lui.slD. « Adam

s'afpmliB d'un arbre fleuri et délectable. » In.

•La Aame donc vit que le fruit de ce bois était

bon à manger» et beau aux yeux , d'un aspect dé-

2etfflUt.« YoLT. c La vigne du Seigneur est la

BttsoQ dlsraêl et les hommes de Juda en sont le

feaûêdéUaable; y ai attendu qu'iU fissent des

actions de justice et ils ne produisent qu'ini

9ùté.»PAic.

Vais si ce q«i est délectable est apparent et promet d'agréer , ce qui est délicieux agrée actuellemoBl: on respire ici un air délideux (Reon.); il bit ici na temps délicieux (Sév.) ; nous faisons deslflctiires d^Ztctetues (In.)» ^^^ ^ i>no contrée déUeieuMê (Volt.).

Ba second lieu , quand délectable se prend aussi ccuM ééUeiemc pour signifier une qualité, non plus virtuelle, mais effective, il est moins fort. c Mit pfotstr , c'est produire dans notre âme une mofifiation délectable , touchante , satisfaisante. » P. à. cLa vérité plaît à un géomètre par l'éclat doateUe brille avant que de lai plaire par la satislKtioB Micieuee qui en suit tovyoursla pleine dteostntioii. » lo.

TERMINAISON IBLE.

&i latin, ibilis équivaut à abilis; de même, en fiaaç&îs, tble à able. Ce sont deux manières de teraiiner les adjectifs à base verbale, qui expri- DÇBt qu'une chose peut subir telle action, être BÔM dans tel état, qui marquent la possibilité, la capacité d'être fait ou de devenir ce qui est siga^ par le radical; ce sont, pour le dire en moins de mots, les désinences ordinaires et indiS&remment employées des iacultatifs -passifs. C^mprehensibiUs , compréhensible , qui peut être compris; sentOrilis , sensible , qui peut être senti ; P^ttutbOif, plausible, qui peut être approuvé, agréé.

TERKINAISONS IBUB sr JtT.

Sensiblêy, sensitif»

SENSIBLE, 8E!fSrnF. Capable de sentetions, qui peut en éprouver , qui a la faculté de sentir.

IblCy comme abîe\ est opposé à t/, celui-ci signifiant la Ikculté, la puissance, l'aptitude à faire, l'actif, tandis que celui-là désigne la capacité , la possibilité , l'aptitiide à recevoir une détermination, le passif. Ce doit donc être un (ait rare que leur rencontre en un sens commun; il n'en existe probablement pas d'autre exemple.

Sensible , c'est primitivement ce qui peut être senti; les objets, les qualités, un fhoid, un mal, sensibles; et sensitif, c'est ce qui peut sentir, ce quia la fbrce, la vertu, la faculté de sentir.

Mais ensuite, sens^le, comme terrible^ nuisible, dommageable, capable, se prend exceptionnellement, et contre l'aiïalôgie, dans une acception active; de là vient sa synonymie avec sensitif.

Cependant, parce que sensible ne signifie pas dans le principe et par sa valeur propre la faculté de sentir, il ne la représente pas d'une manière aussi pure , aussi indépendante , aussi absolue , que sensitif; il n'est pas comme ce dernier exclusivement potentiel. Les êtres sensibles sont les éXreg stnsitift , sentant effectivement. Aussi est-^:e un mot du langage commun et qui comporte tous les degrés: peu, très-fens<b?e; aussi fait-il considérer la sensibilité objectivement, en rapport avec les objets qui l'excttent : sensible à la douleur, au chaud, au froid, anî impressions de l'air. Si la plante appelée sensitive sentait réellement , nous la qualifierions de sensible. SensiHf n'exprime que la faculté, abstraction faite de toute manifestation et subjectivement, sans rapport avec l'extérieur et sans degré. On n'emploie guère ce mot que dans des traités scientifiques sur l'âme. Aristote reconnaît dans l'homme une âme végétative, une âme sensitive et une âme raisonnable; vertu, faculté sensitive, « Les opérations de l'âme sont de deux sortes : les opérations sensitines et les opérations intellectuelles. » Boss. « L'âme est sensitive en même temps qu'intellectuelle. » In.

A peine est-il besoin d'ajouter que sensible et letwitt/" présentent la sensibilité dans l'âme, l'un plutôt comme une modification , une impression , et l'autre comme une manière d'agir. Si les psychologues modernes se servent rarement du mot sensitif, ce n'est pas tant parce qu'ils regardent la sensibilité comme passive, que parce qu'ils font profession de n'admettre de facultés qu'en raison de faits qui en prouvent l'existence; c'est une expression qu'ils renvoient à la scolastique comme signifiant une puissance virtuellement , en soi , à priori, indépendamment de ses effets et de toute application.

TBRtflNAISONS mx et àBLÏÏ.

Vitreeeible y fritrifiàble.

A la rigueur , il ne saurait y avoir deux adjectifs de même base et terminés, l'un par ible, l'autre par able; car ils seraient entièrement sy-

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