TERMINAISONS AMD ST IF
Fuyard f fugitif.
rCTJLU), FUGITIF. Qui est en fuite. Us se forfflOBl en ajoutant . d'un côté, t/à un radical latin,/^fere, tUim; de l'autre, ard au même radical francisé , fuir.
Tous deux s'emploient d'abord comme sub- comme la manie de crier , de brailler et de pleu-
stantifs: des ou les fuyards^ des ou les fugitifs; rer à tout propos. Ce qui distingue les trois att-
2sqaei cas ils diffèrent en ce qM& fugitif n*est pas très , c'est le bruit , la manifestation actuelle du
on terme de guerre comme fuyard : dans une défaut. Un braillard ennuie , parce qu'il revient
bataille le vainqueur poursuit les fuyards. Une sans cesse à la charge , parce qu'il ne fait que
autre différence bien essentielle, c'est que les brailler; un brailleur importune, étourdit par
fuifards fuient actuellement, au lieu que les fu- son ramage du moment. Dans le prologue de la
pti(s oui fui, sont dans l'état de gens qui ont Princesse d*Élide de Molière, le valet Lyciscas
plis la fuite , ou du moins les fugitifs ne sont réveillé par d'autres valets les qualifie d'une ma-
pas appelés ainsi en raison de l'action de fuir, niëre générale de braillards: « Par la morbleu t
mais en raison du caractère que cette action leur vous êtes de grands braillards , vous autres. » En-
doime. Les Romains furent d'abord un peuple suite, tourmenté de nouveau par leurs cris, il
composé de fugitifs , d'esclaves et de brigands s'emporte contre ces brailleurs , contre ces mau-
(MojiTESQ.). La désinence t/ ne marque pas, dits importuns qui braillent présentement autour
comme la désinence ard, la réalisation actuelle de lui : «Diable soient les brailleurs ! Je voudrais
de la qualité. ' que vous eussiez la gueule pleine de bouillie bien
Ces mots se prennent aussi adjectivement l'un ' chaude. » et l'autre: des animaux fuyards ou fugitifs. Mais | D'ailleurs, criard, braillard et pleurard sont
ftyard signifie qui ne fait que fuir , et fugitif y qui des termes familiers qui ne se disent guère qu'en
afni, ou qui ne peut se tenir de fuir: l'un ex- parlant des enfants, et pour marquer un défaut
prime quelque chose d'effectif, l'habitude, l'au- plus petit, plus vilain, plus chétif, d'un ordre
tre quelque chose de postérieur à l'effet , une tout à fait inférieur.
fiiite passée, ou quelque chose d'antérieur, l'in- VÉTILLARD, VÉTILLEUR. Qui s'amusa à des
dination à fuir. < Je trouvais & M. Lebrun les vétilles ou à de petites difficultés.
yeux un peu fuyards , la parole allongée , et la | Le premier montre le défaut sous le rapport de
^oiz incertaine. » Beaum. < Le petit nombre des sa continuité et dans ce qu'il a de petit, de mes-
«stors échappés aux chasseurs se disperse; ils quin; le second le fait voir agissant et produisant
"Wiennent fuyards. » Bufp. Dans ces exemples présentement son effet. Le véiillard est toujours
Nfardn'a point du tout le sens qu'on peut re- prêt à vétiller, et il se prend aux plus petites
comuître à fugitif dans les suivants. « Tout chré- choses; on le dirait incessamment tourmenté du
tien, disait Oonzale, est^ de droit divin, le juge besoin de trouver à exercer sa manie. « J'ai lu
«le bourreau d'un infidèle /iitfi(i/.»MARM.« Des les critiques de mon aîné d'Olivet sur Racine;
®uû de canards sauvages , donnés à couver à une mon aîné est un peu vétillard. • Volt. Vous direz
Poule, ont d'abord produit des individus sauva- d'un homme qui vétille dans une affaire : Laissez
^, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver là ce vétilleur.
PILLARD , PILLEUR. Qui pille et aime à piller.
Le premier se prend bien adjectivement et
présente toujours l'habitude dans le sujet : cet
^ séjour de liberté. > Buff.
TERMINAISONS ARD et EUR.
-^.. . V -ff j 1. .»! » j homme est d'humeur pillarde. Le second ne
«iwd, erieur; brataard, brailleur; pleurard, g.gnjpioie que comme substantif pour exprimer
jJwreur. Vétillard, vmieur. FiUard, pilleur: ^^ ^J^^^ d'action , en tant qu'il fait ou a fait cette
IVttifiard, traineur. ^^^^^^ ^ ^^11^ ^^ p^gj ^n grand p»7tord éprouve
Ces deux terminaisons se construisent quelque- continuellement le besoin de piller et s'y sent
K«istvec une même base verbale, de manière à comme entraîné; un grand pilleur a pillé ou
fîûrmer deux expressions à peu près équivalentes, pille beaucoup. — Ensuite , c'est aux pille ries que
^« elles marquent l'une et l'autre que le sujet a s'adonne le pillard , et le pillage qu'exerce lepiU
y propriété active de faire telle ou telle chose leur; l'un fait en petit ce que l'autre fait en
^Sèe parle radical commun, et qu'il la ma- grand.
nifesie actuellement. La difl'érence alors ne peut TRAÎNARD, TRAÎNEUR. Soldat qui reste en ar-
^ trouvée , à moins de déterminer comparât!- rière de la troupe avec laquelle il doit marcher.
^nt la valeur des désinences. Traînard porte un air de dédain qui annonce
^d indique plus spécialement Thabitude , et un faux semblant de manque de force , et Thabi -
PHSIflfiRE PARTIE :
t«<}e , la Tolonté de se loiiatraire ainsi à la fatigue cpmmune. Ce mot qualifie donc eu égard au sentiment, à la disposition du sujet, si bien même que , par extension , traînard se dit d'un homme lent, négligent. Trainêur qualifie en raison du Ikit. Le traînard aime à tratner, a Thabitude mauvaise, basse, méprisable, de tratner; le trainmr traîne efTectivement. Tout régiment a ses traînards que les officiers doivent gourmander, en même temps qu'ils doiveiU ayoir des 49inU pour .les .traîneurs.
TRHiNiisoN ^rr.
Considérée dans les qualificatifs qu'elle sert à fernnr, oelte terminaison toute française, et partant familière , semble avoir phis de rapport avec l'état qu'avec l'action. D'abord elle a plus d'affinité pour les bases nominales que pour les bases verbales; et les verbes qui correspondent aux adjectifs en on, au lieu 'de leur être antérieurs et d'entrer dans leur composition , en dérivent , au contraire , assez souvent : de maeon on a fait fnaçonnër; de tnaquignon^tmaquignanner; de /Wpon, friponmer; degriton, grisonner; de polisson ^ polissoimer. Qu'on compare cette désinence à une désinence vninunt «active , on sentim aussitôt la difKrence.
Dans contrtfaetion ^ exhalation^ inclination, ooetion, par exemple., se trouve un caractère non équivoque d'activité qui disparaît dans confrefkçon, exhalaison, indinaison, cuisson, ces derniers -mots exprimant le résultat ou l'effet de l'action marquée par les premiers. Bt cette passivité ou cette objectivité des substantifs en on est commune à la plupart de ceux qui ne sont pas des diminutifs, comme moisson , boûion, le-> fon , foison , toison , maison , ranfon. Il en est de même des qualificatifs qui ont cette terminaison. J^ nourrisson est nourri, reçoit la nourriture; le rejetmi , c'est ce qui est rejeté , produit par une ^plante et à côté d'une plante : l'homme que vous t|ualifiez de fifmon, a été fait, est devenu gris: c'est là sa qualité et comme sa façon.
Toutefois , un fait semble démentir cette conjecture , c'est que plusieurs qualificatifs ainsi terminés désignent certains hommes relativement à leurs occupations habituelles : maçon , charron , forgeron , marmiton y champion^ espion. Mais ile les désignent, en faisant connaître leur état plutôt que leur profession ou le genre d'actions auxquelles ils se livrent d'ordinaire ; et c'est pourquoi ils sont aussi souvent à base nominale qu'à base verbale. Le maçon , le charron ont été faits tels, ainsi que le compagnon; ils appartiennent dms la société à telle classe; ils ont reçu telle fnme , telle manière d'ètie.
TERMINAISOIfS ON bt jUB>.
JfÎBMon , mignard. Poupon , povpatd.
Ces désinences déterminent la manière d'être : rnne simplement, l'autre en y ajoutant l'idée d'action , laquelle varie suivant les exemples.
JI161I0N. HlGNAIU). De mt'ttor, minus, plus
petit. Ils qualifient des choses qui pUiaent pir leur petitesse et leur délicatesse.
Le mignon est tel, le mignard se (ait tel. «U mignon platt , et il plaît par sa petitesse même. Le mignard montre l'intention de plaire; et il platt , s'il est naturel , par quelque chose d'affoctueux et de flatteur. » Roub. « La marguerite, cette fleur ti petite et slmignonne, » J. J. < Quand les Parisiennes ouvrent la bouche , ce n'est point la voix douce et int<;iiarde de nos Vaudoises : c'est un certain aiscent dur, aigre, inierrogatif, impérieux. » In.
Hais le mignard^ se faisant ou s*eflbrçant d'être ce qu'est naturellement le mt^non, l'adjectif tai- Omard marque presque toujours de l'aflRsctatlon. de l'afléterie , de la fadeur ; aussi à mignard seul correspond un substantif abstrait {mignardise), qui signifie une manière par laquelle on aflectela délicatesse.
L'honneur Vous apprend-il ces mignardes doueears Par qui vous débauchez ainsi les Jeunes cœurs? M*.
POUPON, PODPARD. Jeune enfant au maillot de la grandeur d'une poupée.
Poupon, formé eflectivement de poup^, doitt on a changé le genre , a le caractère d'un grand nombre de diminutifs semblables : il nuirque la grosseur dans la petitesse , un petit gros. C'est on jeune enfant quia le visage plein et potelé, comnie le dit fort bien l'Académie. Mais le poupoa ert dans un état d'inertie , au lieu que le pwpaA remue davantage , commence à rire , a une figure qui. veut être expressive, bouffonne et gaillarde.
Potfpon semble indiquer un ^ros en&nt, tovt court , tout rembourré , peu mobile , et dont ûes yeux disparaissent presque , tant il est joufflu et bouffi; on dirait une boule de chair. Tout commence à intéresser dans le poupard, son petit geste, son petit rire gai et quelquefois^grotesqtie, les mouvements de son corps qui toujours sautille et s'efforce d'échapper aux langes qui l'emprisonnent. La nourrice apporte et présente l'enfant, en disant, voilà le poupon; cooame qu dirait, le voilà tel qu'il est, telle que la nature l'a fait; c'est une chose, un produit, un rgrtwi. Regardez le poupard conviendra mieux qoand on voudra attirer l'attention sur les petites manières du poupon.
Du reste , poupard est un terme extrêmement » vulgaire qui ne se trouve dans aucun de nos écrivains , même les plus familiers.
TERMINAISONS ON, AIU) BT XVJi.
Grognon , ^grognard ^.grpgneur.
«ROGifoir, «RoanàBD, GMH3raniii.i)v^ 9^
gne.
Le grognon est tel, est ainsi fait, a tel défaut, et ce défaut chez lui se considère en lui-même- Le grognard et le grogneur ont la qualité d'agir de telle manière^ de produire tel effet sur les autres; c'est-à-dire que grogtMrd et grognn^^ au lieu de qualifier le sujet eu égard à ^ 9^^ est , le qualifient eu égard à ce quil fait- ^ grognon est un esprjt mal fait , un esprit de travers qu'on plaint et qu'on laisse à l'écart; lej^ gnard et le grogneur sont des importuns qai <**
STNomnfES nm ûnt le Hfims radical.
t pir leon snnimiBres. jP»ar oorriger le i , il ftwirait le changer totalement, le
refiôm, en ((aelqQe torte; il ne s'agit pas de cornger k ^ngnard «t le jr^nyainr, nais de leur
i diiliQgaer ^ngiutfd et grogmmr. Le grogmwr grsg&e; le {^rpt^nard ne fait que grogner, gniDei tout propos, pour les plus petits sajBis. Ce^fli tiéplalt dans Vaa, c'est le &it de grogner, et dans l'autre, c'est la fréquente répétition de oe&it. Le gfogneur pootae grogner que raremesti on même n'avoir grogné qu'une fois , et ponr on sujet assez sérieni; le grognard a la BHBie de grogner, i^fogna.àohegoe instant et à propsidfliieB.