XL INTRODUCTION
D*un autre c6té » comme plusiem*s termes complexes , se trouvant avoir en
commun la même idée élémentaire, semblent par cette raison synonymes entre
eux, ou tout à fait équivalents, de même un terme complexe ayant une compré-
^'^ '• hension qui embrasse plusieurs idées élémentaires,
est souvent en rapport de synonymie avec plusieurs autres termes qui les contiennent aussi. Le mot délicat , par exemple , a une sphère d'acception telle , qu'il entre en conjonction , pour ainsi dire, avec ceux de /En, de friand ^ de dangereux^ et en parlant des personnes, avec ceux de faible y de difficile y de scrupuleux et de susceptible; ce qu'on peut représenter de la sorte (flg. 7). Voilà pourquoi un même mot peut entrer à la fois dans plusieurs séries de synonymes. Il est alors comme la chauve-souris, oiseau d'une part, souris de Fautre.
Ainsi, les mots synonymes devront être des termes complexes, parce qu'ils doivent avoir une compréhension, et ils doivent avoir une compréhension pour être capables d'embrasser, outre l'idée d'un genre qui leur est commune, certaines idées accessoires qui , dans chacun , donnent à ce genre les caractères d'une espèce.
Maintenant, quand est-ce que la synonymie est très-grande ou très-petite entre les mots? Elle est très-grande quand le genre exprimé en commun est prochain, et près de s'étendre à toute la compréhension ; de telle sorte , qu'il faut une grande attention pour discerner dans chaque mot la partie de son domaine qui ^:^ reste en dehors (fig. 8). Elle est très-petite dans le cas contraire. II y a une synonymie étroite entre Yéloignement et YaversiaHy parce qu'elles impliquent un genre prochain qui les rapproche, ou plutôt fait presque coïncider leur compréhension : c'est l'idée d'une passion immanente , purement subjective , oit d'un sentiment de désafTection qui ne porte point l'Ame au dehors , et qui a pour objet des personnes ou des choses. Le genre conjointement signifié par aversion et par inimitié y l'idée vague d'une désaffection, est moins prochain, et laisse lieu dans chacun des deux mots à plus de particularités ou à une particularité plus étendue, ce qui fait que les deux mots sont moins synonymes (voy. fig. 4 , p. xxxix). Ou bien encore , comme la notion du genre commun , quelque simple qu'elle soit , ne l'est jamais tout à fait , les mots sont d'autant plus synonymes , que leur idée commune est moins simple t ou que leurs idées élémentaires communes sont plus nombreuses ou plus grandes , et leurs idées élémentaires distinctives plus rares ou plus petites , et par conséquent si ditficiles à apercevoir, qu'elles ont peine à empêcher la coïncidence des cercles de compréhension. D'après la théorie précédente, les termes synonymes représentent les diverses ^ espèces d'un genre contenu dans tous. Mais il arrive quelquefois à un ou plusieurs termes, significatifs d'une ou de plusieurs espèces, d'être synonymes du
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teime exprimant le genre qu'ils impliquent. Ainsi , irmifuge est synonyme de
déserteur^ à Fidée duquel il ajoute celle de passer au service des ennemis ; ce
^- •• '*«• "• qu*on peut figurer de cette façon (fig, 9). Ainsi,
rosse et coursier sont synonymes de cheval (fig. lOj, qui désigne sans accessoire leur idée générale commune. Cependant» il y a peu de synonymes de cette sorte, et leur affinité n'est jamais bien grande. On en comprend la raison. Comme le mot» signe du genre» en rend ridée simplement » on n'a rien à y démêler de particulier; son synonyme demande seul qu'on s'applique à y découvrir une ou plusieurs nuances » qui ordinairement se montrent sans peine. Que si on a affaire à des mots » tous synonymes par participation à une même idée générale » il sera plus difficile d'apercevoir ce que le sens de chacun renferme de plus que cette idée » et en quoi diffère ce qu'il y ajoute de ce qu'y ajoutent les autres.
Mais il ne sufSt pas de ces conditions pour rendre des mots synonymes. Il s'en faut bien qu'on doive prendre pour tds tous ceux qui enferment dans leur spbère d*acception l'idée d'un genre commun» dont chacun fait une espèce en y joignant une certaine idée accessoire. Il y en a qui se rencontrent ainsi en une idée générale » même très-prochaine » sans pourtant mériter la qualification de synonymes. C'est que» malgré toute l'étendue de leur ressemblance» leur différence saute aux yeux» leur partie non commune» si restreinte qu'elle soit » se montre d'elle-même. Or» il faut un moyen de juger que des mots , liés par la communauté d'une idée générale très-prochaine » demandent ou ne demandent pas » pour que leur différence apparaisse » le secours de la science et de l'analyse. Sur ce point on devra consulter le dictionnaire ordinaire. Si les mois qui remplissent les conditions requises pour être synonymes le sont en effet » ou il les déclarera tels expressément » ou il les supposera tels en les faisant servir de définitions les un» aux autres. Puisque c'est à son insuffisance qn'on prétend remédier par ces travaux » il faut d'abord savoir où le besoin de remède se fait sentir. Obligation d'autant plus étroite » quand le dictionnaire qu'on a en vue jouit» comme celui de l'Académie en France et celui de la Crusca en Italie » d'une grande autorité. C'est la considération qui a déterminé Romani à ne traiter comme synonymes que les mots donnés pour tels par le dictionnaire de la Crusca.
Au moyen du dictionnaire ordinaire » on peut s'assurer que des mots impliquant une idée générale très-prochaine sont synonymes » non-seulement s'il les dédare ou les suppose tels dans ses définitions» mais s'il leur fait jouer évidemment le même rôle dans les phrases usuelles où il les place. On accordera donc ce titi'e» par exemple» à passer et à dépasser^ d'une part» à courir et à parcourir^ de l'autre» parce que l'on dit également, selon l'Académie, passer et dépasser le iNit, les bornes» les ordres; courir ei parcourir une carrière. Il convient aussi de constater si les termes significatifs d'une idée générale prochaine sont tous opposés à un même terme , soit par le dictionnaire » soit par les bons écrivains »