‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 22 sur 444 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

auquel cas on peut les tenir pour synonymes. Ainsi , imaginaire , chimérique et fantastique passeront à bon droit pour tels , parce que , signifiant tous trois , qui n'a point d'être hors de Tentendement, qui n'a qu'une existence de raison, ils se trouvent opposés à réel dans les trois exemples suivants. « Il ne faut point prendre an peuple sur ses besoins rieU pour des besoins de l'État imagimaires. » Montbsq. « Exempts de maux réels , ils s'en forment même de ehimé-riques. > Mass. « Tja Fable, en créant des monstres fantastiques , a aidé l'imagination à peindre des monstres réels, « Lâh.

Ouant aux termes qui ne doivent point entrer dans les cadres de la science du synonymiste, malgré leur participation à une môme idée générale prochaine, il ne faut pas seulement qu'ils soient bien définis dans le dictionnaire ordinaire , car même alors il se pourrait que leurs différences échappassent, faute de rapprochement et de détails ; il &ut de plus quHs aient certains caractères, parlésquels ils se rapportent à quelqu'une des classes suivantes.

V On n'admettra pas au nombre des synonymes les mots dont la composition indique au premier coup d'œil ce qu'ils ont de semblable et de différent pour le sens. C*est pourquoi nous croyons tout à feit inutile de reproduire dans notre dictionnaire des synonymes les articles de Girard intitulés : Appeler y évoquer^ invoquer; Porter y apporter y transporter y emporter. Autrement , il faudrait aussi donner place à celui-ci , de Ménage , de FËncyclopédie et de Condillac : Mener y remenery amenery ramenery emmener y remmener y et à plusieurs autres du même genre. La nuance que donne à chacun de ces mots la préposition qui le commence se trouve nettement marquée dans le dictionnaire ordinaire , et ensuite elle apparaît trop clairement , à la moindre tentative d'analyse , pour qu'il soit besoin d'une détermination expresse. On en peut dire autant des mots, Aubade et sérénade; Compilateur y copiste et plagiaire : quoiqu'ils figurent dans la liste | des synonymes dressée par Girard et dans les ouvrages de La veaux et de Leroy, ce ne sont pas de véritables synonymes : la moindre connaissance de Tusage, le moindre sentiment de la valeur radicale des mots suffit pour faire apercevoir ce qui distingue ceux dont il s'agit ici ; il n*y a qu'à les rapprocher pour en voir reluire les différences. Astronome et astrologie sont dans le même cas. Tous les dictionnaires en donnent et tous les gens instruits en ont une idée parfaitement nette. (Test donc un soin superflu que celui qu*a pris Girard de les mettre en parallèle.

2* On exclura pareillement les mots significatifs d'objets individuels qui ont des propriétés caractéristiques perceptibles aux sens et impossibles à confondre avec d'autres , ou bien une destination fixe qu'il suffit d'énoncer pour la faire comprendre. Girard a donc eu tort d'indiquer et Leroy de traiter comme synonymes Dais et poêle; Table y comptoir et bureau; Armoire y buffet et garde-rohe, CâblCy corde ei ficelle y quoique chacun de ces groupes de mots corresponde à une même idée générale assez prochaine. Autant vaudrait s'arrêter à distinguer BanCyChaisCy fauteuil et tabouret; Tonneau y bouteille et verre, Cest au dictionnaire ordinaire à marquer en quelques mots leurs traits distinctifs , car tout le

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monde te reccnnattra à Finsfant. Les termes ne rédameut les secours du synonymiste que quand 3s expriment des notions abetraites» des complications d*idées difficiles à démêler, perccptiMes à Fesprit seulement et entre lesquelles on ne peut faire saisir telle ou telle nuance qu'à l'aide d'une fine analyse. Gela est â ^rrai qu'aussitôt que des termes destinés à l'indication d'objets réels distincts paient du propre au figuré et à l'abstrait , ils deviennent susceptibles de sjDQDymie ; c'est ce qui arrhe à Fe» et à flamme ' désignant la passion de Famonr, à Bouclier et à rempart ' quand ils se disent en général pour ce qui sert de défense. Le synonymiste pourra encore soumettre à son examen les i&ots représentatifs d'objets incfiTiduellement perceptibles, quand ils feront considérer un même objet sous divers points de vue. Tels sont Noisetier^ eoun drier et wiidre. Ils servent tous trois à désigner l'arbrisseau qui porte des noisettes, mais le premier en rappelant spécialement l'idée de ce fruit et les deux mtres sans la rappeler; puis le second diffère du troisième, eu ce qu'il fait peoser à l'arbrisseau comme plante , à toutes les particularités de sa croissance ^ de sa culture , tan£s que le troisième ne le fisiit concevoir que comme une soUe de bois » ayant certaines propriétés et susceptible d'être travaillé de telle on tdk façon'.

3* Non-seulement la différence peut se lire d^eOe-mème dans les mots , ou consister en quelque cbose de fixe et d*arrèté dont la simple indication suffise , mais encore elle ipeut se trouver assignée avec précision dans une science qudeonqae; auquel cas le synonymiste doH encore s'abstenir. H ne s'occupera VoVol des termes techniques , parce qu'ils n'ont cours que dans les sciences où Us reçoÎTenl des explications qui ne laissent rien à désirer. Les savants , qu'ils intéressent seuls, ne sauraient les confondre, et souvent ceux qui ne le sont pas ne sauraient en comprendre les différences , s'ils n'apprennent la science dle-même. Toutefois il faut faire ici une réserve semblable à la précédente : c^est que des mots appartenant à une science où ils sont bien distingués , peuvent tomber dans le domaine des synonymes, en devenant d'un usage commun. Ainsi, en termes d'art militaire, la distance est assurément très-grande entre cepUttineei général; mais dans le langage ordinaire, nous disons à peu près indififéremmenl d'un chef de guerre recommandabîe par sa valeur ou son habileté que c'est un grand capitaine ou un grand générale

i ces signes et par ces moyens se reconnaîtront les mots à la distinction desquels le Dictionnaire des synonymes doit être exclusivement consacré. Une fois recueillis, il faudra prendre som de les distribuer en familles. Tous ceux qui se l'easemblent par la communauté d'une même idée générale seront réunis en un même groupe , et l'on mettra la plus grande attention à n'en laisser échapper aucun. Car que deviendraient ceux qu'on aurait omis? Ou on les négligerait

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