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XUV INTRODUCTION.

totalement, ils ne se trouveraient point dans le dictionnaire , ou on les traiterait deux à deux, trois à trois, dans des articles séparés. Mais, d'une part, déterminer les valeurs respectives de certains mots d'une famille sans tenir compte des autres, c'est se condamner, non pas seulement à faire un travail incontiplet» qu'il faudra recommencer tôt ou tard, mais encore à établir entre les seuls mots considérés des différences hasardées. En effet , il se peut qu'on attribue à ces derniers des caractères qui appartiennent visiblement aux autres, et que, faute d'avoir ceux-ci en même temps que ceux-là sous les yeux, on ne s'aperçoive point de la méprise; il se peut aussi qu'un des mots négligés, marqué d'une certaine nuance, eût éveillé l'idée d'une autre nuance analogue ou opposée dans l'un des mots examinés, où elle n'apparatt point à cause de l'absence du premier. Inconvénient non moins inévitable, si, voulant être complet, on se décide à comparer tous les mots d'une famille, mais deux à deux, trois à trois séparément. Dans les deux cas, on se prive volontairement de la lumière que ces mots se renvoient les uns aux autres et on tient éloignés des éléments dont l'esprit ne saisit bien les rapports qu'autant qu'il les voit ensemble.

De là le devoir du sjnonymiste à l'égard des travaux de ses prédécesseurs. S'il veut les mettre tous à profit, et qu'ils soient nombreux, partiels, divers, ceux-ci relatifs à certains mots d'une famille, ceux-là à d'autres ; ceux-ci d'un philologue, ceux-là d'un autre, qui n'a point connu les premiers, qui n'y a point eu égard ou même s'est proposé de les contredire , il ne lui reste à prendre qu'un seul parti, c'est de rassembler tous ces fragments, pour en former un tout, après les avoir soumis à un remaniement général sous la direction d*une pensée unique qui les concOie et les coordonne. Sans doute, il serait plus commode et moins hasardeux pour le succès d'entasser péle-mèle dans une compilation tous ces essais disparates, et de s'en faire l'éditeur irresponsable ; mais que gagnerait le public à cet assemblage, si ce n'est de trouver l'incohérence, la confusion et le désordre au lieu de l'ordre , de la distinction et de la clarté qu'il est en droit d'attendre? Pour nous, nous avons mieux aimé travailler à une œuvre de combinaison et de fusion , en disposant par familles les mots synonymes , à l'exemple de Condillac , et en utilisant d'une manière indépendante toutes les observations éparses de nos devanciers. Que cette classification par familles fût pour la deuxième partie du dictionnaire des synonymes, tout comme la classification systématique des synonymes granunaticaux pour la première, une nécessité; que les travaux antérieurs dussent aboutir à l'une et à l'autre in* novation; que cette double innovation, en donnant à la science une face tout autre, assure à sa méthode plus de certitude , à ses résultats plus de vérité et d'utilité, c'est ce que prouve évidemment, comme on a pu le voir plus haut, le simple historique des travaux qui ont eu pour objet la synonymie française.

Nous avons donné des règles pour aider à reconnaître les mots vraiment synonymes. Nous avons insisté sur l'obligation de coordonner ceux-ci, d'en former autant de familles qu'il y a d'idées générales où ils se rencontrent. Il est ensuite un troisième point qui mérite d'être signalé avec un égal soin et à l'égard du-

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qad le synonymisle ne saurait se permettre la moindre négligence : c'est que (Âaqne &mUle doit être définie d'abord par l'indication de ri.dée générale, cornjnane à tons les mots qui en font partie*

Sans cette précaution, c'est-à-dire, si on ne commence par indiquer la ressemblance des mots, par s'en pénétrer, on s'expose à s'égarer dans leur distinction, à perdre de Yue la Traie difficulté , à oublier le rapport sous lequel les mots donnés se rapprochent et demandent à être distingués, et insensiblement on en fient à les considérer sous un rapport sous lequel ils ne se ressemblent point do tout et sous lequel il n'est pas à craindre que personne les confonde. On appelle égalonent matière et sujet ce dont on traite ou dont on parle , ce dont on s'occupe ou dont il est question dans un écrit, dans un ouvrage, dans une dispute, dans un discours ou une conversation. Si, pour expliquer la différence, vous foos contentiez, avec Girard, de remarquer ce que tout le monde voit de reste, que la wuUière est ce qu'on emploie dans le travail, et le sujet ce sur quoi on traite, au lien de montrer, comme le fait Roubaud, en quoi diffèrent les deux mots, même quand celui de ma^t^e signifie comme celui de sujet ce sur quoi on travaille, vous vous méprendriez étrangement sur la tâche du synonymiste, et il en rtsolterait pour le lecteur une mystification des plus désagréables. Avec la belette, omemie des souris, la chauve-souris soutient qu'elle n'est point souris, et elle prétend n'être point oiseau devant la belette irritée contre les oiseaux. Cestune rusée. Le synonymiste ne doit point limiter, s'il veut être de bonne foi avec luirmème et avec le lecteur. Qu'il fasse voir que la chauve-souris, étant sooris, se distingue néanmoins des animaux de la même famille, et qu'étant Quean, cUeapanni les oiseaux des caractères particuliers. Deux mots synonymes étant donnés se trouvent entre eux dans le rapport de deux cercles conjoints (fig.3, p. xxxa). Gardez-vous de supposer dans votre explication que leur rapport est celiu de deai cercles séparés (fig. 2, p. xxxix), car personne n'aurait besoin de votre distîoclion, vous vous donneriez une peine inutile.

Cest faute d'indiquer expressément l'idée commune aux mots synonymes, que DOS philologues les plus éminents en cette matière n'ont pas su éviter le danger dont il est question. Moyennant cette précaution, Girard se serait aperçu qu'il D'est aucunement besoin de faire voir ce qui sépare les mots affecter et se piquer y car ils sont trop différents pour que personne coure risque de les employer l'un poor l'autre, affecter exprimant une action extérieure, celle de manifester une prétention par des manières recherchées, étudiées, singulières, habituelles, choquantes, tandis que se piquer désigne quelque chose d'intérieur, veut dire avoir fort à cœur une prétention , avoir au dedans de soi la confiance qu'on possède qadque avantage, qualité ou talent. Ailleurs, ayant à distinguer les verbes appeler et Roamer, au lieu de les considérer dans le sens où ils sont synonymes, c'est-àdire où tous deux s'emploient pour dire ou donner un nom , il se borne à marqœr ce qui les caractérise quand ils ne sont point synonymes, quand l'un sgnifie, dire le nom pour faire venir à soi , ou même inviter à venir à soi sans dire le nom, tandis que l'autre s'entend de l'action d'imposer un nom, de dési-

xLvi vnmmscnasL

gner par le nom. Ge n'est pas là instraire le lecteur; c'est lui donner le cliang^o ^ ce n'est point résoudre la question, mais l'éluder, parce qu'on n'a pas pris soin de la poser d'abord. Le même synonymiste commet la même faute aux aitkdes décider Qi juger ^ décision et résolution^ lourd et pesant.

En négligeant de déterminer les traits de ressemblance des mots synonyme!?, on tombe aussi d'ordinaire dans un inconvénient qui tf est guère moins fàchercc et qui consiste à mettre dans les explications quelque chose de louche et de vague. Les explications sont trop étendues, elles embrassent toute la compréhension des mots donnés, au lieu d'arrêter l'esprit sur le seul point de vue où ils semblent se confondre. U en résulte pour le lecteur une idée confiise, plus canfnse quelquefois qu'avant la distinction ; ne sachant pas dans quel sens les mots sont synonymes, peut-il comprendre nettement comment ils diffèrent néanmoins dans le sens même où ils sont synonymes? Et pour empnuiter un exemple à. l'homme le plus éminent qui se soit occupé de ces recherches, c'est k cause pour laquelle l'article Illusion et chivCre de M. Guizot laisse à désirer sous le rap* port de la clarté.

Parmi les synonymistes français, Girard, Roubaud et Gondillac Signalent rarement l'idée commune aux termes à comparer. Loin de se soumettre pour sa part à cette exigence, il arrive souvent à M. Guizot de retrancher, comiHe inutiles sans doute, les définitions de Beauzée. Beauzée, esprit logiden et pratique avant tout, meUant au-dessus de tout l'ordre et l'utilité, est le seul avec Leroy qui ait senti combien il importe de fixer tout d'abord l'état de la question en déterminant précisément en quoi et sous quel rapport se ressemUent et vont être considérés les mots qu'on enti*eprend de distinguer : tous les articles signés de hii commencent par une définition. Be même le Dictionilaire allemand d'Ëberhard ne contient pas un seul groii^ de termes synonymes qui ne porte en tête et ne présente d'abord au lecteur leur titre commun de parentes

Au res'te, Beauzée, Leroy et Ebeiiiard n'ont fait en cela que suivre, le sachant ou à leur insu, une des idées du fin et judicieux d'Alembert. Après sa réception à l'Académie française, Girard se proposa de donner de ses Synonymes une édition perfectionnée ; et, selon d'Alembert, son savant panégyriste, « si la mort ne l'avait empêché d'exécuter un projet si utile, il eût sans doute exposé d'abord à la tête de chaque article, comme il l'a fût dans quelques^^ms, le sens général commun à tous les mots qui paraissent synonymes, et qu'il est assez difficile de bien fixer. »

Les familles une fois formées et déflœes, il s'agit de savoir dans qnd ordre il faudra les ranger. La perfection consisterait à les disposer de manière que chacune se trouvât entre les deux avec lesquelles elle aurait k plus d'analogie, c'està-dire, dont les termes ressembleraient assez aux àesxs quaiâ au sens pour qu'on fût tenté de les regarder comme synonymes. L'affinité qui lie ainsi essentielle* ment les familles les unes aux autres s'apercevrait sans peine, grâce à leur rapprochement; et il suffirait, pour en saisir les différoices, de jelcr un coup d'oeil sur les définitions placées à leur tête. Ici encore c'est Beauzée qui a donné

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