DEUXIÈME PARTIE
état i cet eiercioe s'appellent plutOt négociante que eommerçarUs ; et c'est pourquoi négociant est bien plus usité que commerçant^ quoique négoce le soit bien moins que commerce, — Au reste , négoce ne . signifie pas seulement en général le commerce par rapport à sa pratique et aux occupations de ceux qui s'y livrent, mais aussi , en particulier , l'espèce de commerce ou d'occupation de certains agents , placés entre le producteur et le consommateur pour moyenner les échanges, et travaillant à les mettre en rapport, à les rapprocher, à faciliter les ventes et les achats. En ce sens le négoce est moins étendu que le commerce^ U y a commerce partout où il y a échange, choses données et reçues, là où, par exemple , le producteur vend immédiatement au consommateur; et le nom de commerçant convient à tout homme qui par état contribue à mettre des produits à la portée des consommateurs, et d'abord au producteur lui-même en tant qu'il fournit et vend des denrées. Hais il n'y a négoce qu*oii il y a calcul, entreprise, spéculation pour le placement des marchandises; et le n^^ociant , comme le courtier, est parmi les commerçants un homme éclairé, laborieux, instruit des moyens des producteurs et des besoins des consommateurs , et cherchant à les accorder ensemble ; c'est l'homme qui proprement fait les affaires du commerce, l'agent le plus utile du commerce.
Trafic , de trafidum , mot de la basse latinité , est composé de tra^ tratis, au delà, il*am endroit à un autre , et de facere , faire , agir , travailler, n exprime une industrie qui consiste à acheter d*un premier vendeur en un endroit , pour revendre au consommateur en un autre, de manière à retirer un certain profit. Le commerce de transport ou de commission est proprement un trafic. « Les Anglais et les Hollandais , ces deux nations commerçantes, seront toujours pour le prince qui favorisera le plus leur trafic. » Volt. — Le revendeur fait aussi le trafic : Mme la Ressource, revendeuse à la toilette, dans le Joueur de Regnard , dit d'elle-même :
On Uche, autant qu'on peut, dans son petit trafic, A gagner tes dépens en servant le public.
•^Ge mot, à cause de la bassesse de son origine, est particulièrement propre à marquer un commerce petit, uniquement inspiré par l'intérêt, a Montrez aux filles de qualité le trafic qu'on peut quelquefois établir en certains pays pour y diminuer la misère.» Fén. « Comme Aristote avait déjà dissipé tout son bien, il était obligé pour subsister, de faire trafic de certains remèdes, qu'il débitait lui-même à Athènes. » lo. ~ Souvent même trafic se prend en mauvaise part pour indiquer un gain trop fort ou résultat dé la vente d'une chose qu'il n'est pas permis de vendre. Un misérable trafic de librairie (Marm.); le trafic des mauvais livres (Lab.). « Les âmes intéressées abandonnent leurs trafics usuraires et consentent à des restitutions. » Boukd. < L'infâme trafic de la simonie. » Pasg. « Le mariage est devenu parmi nous un trafic mercenaire,
donnera à Tyr des facilités pour rétablir ton fi^oce et son crédit, elle retournera à son trafU honteux. » Roll. « Les hypocrites font trafic de la religion. » J. J. « Les Circassiens font trafic de leurs filles. » Volt. « Luther éleva sa voix contre le trafic de tous les objets de la religion. » Id. « Constantin permit aux pères de vendre leurs enfants, mais il ne permit ce trafic qu'aux pauvres. » In. Autrefois , en France , on achetait les emplois de judicature : c'éuit, suivant l'expression de Voltaire, un trafic honteux.
COMMIS, EMPLOYÉ. Ces mots représentent sous le rapport de leur condition des agents, des personnes subordonnées à d'autres et payées par elles pour faire à leur place certaines affaires.
Le commis a une eommttnon, Vemployé de Vemploi; le commis a un commeuant dont il suit les instructions, Vemployé un chef dont il exécute les ordres. Commis annonce quelque chose de plus relevé et de plus important : le commis a la confiance de celui qui lui commet le soin de ses affaires, et, pour s'en acquitter, il jouit d'une certaine indépendance , et peut fûre preuve de beaucoup de talent ; mais Yempîoyé n'est guère qu'un instrument, quelque chose dont on fait usage , qui a trouvé une application. On parle de la fortune des commis puissants \ on plaint le sort des pauvres employée.
Les commis reçoivent des appointements, c Avez-vous donné à tous les commis des bnreaux de vos ministres des appointements raisonnables?» Fén. — Mais ce sont proprement des gages qu'on donne axa employés, « Ce nombre monstrueux d*empîoyés (à la gabelle) mourraient de faim, 8*ils s'en tenaient à leurs gages. » S. S.
Voltaire dit de Pellîsson qu'Q fut premier commis et confident du surintendant Fouquet; il se dépeint lui-même comme un commis de ministre , qui extrait les archives des malheurs de son siècle. Mais , pour (ffener une idée de la bassesse d'extraction de Rouillé , secrétaire d'fitat des affaires étrangères, il rapporte qu'il éuit fils d'un employé dans les postes; et ailleurs 0 se moque d'un nommé du Jonquay , qu'on prétendait docteur es lois et destiné à devenir conseiller au parlement, et qui « n'avait pu seulement demeurer garde dans une brigade d'emj^ciyés des fermes. »
ce II faut aux compagnies , dans la capitale , des administrateurs, des directeurs, des commis, des employés. 9 Cond. « Ceux qui prétendent que l'acte par lequel un peuple se soumet à des chefs n'est point un contrat, ont grande raison. Ce n'est absolument qu^une commission , un emiphi dans lequel, simples officiers du souverain , ils exercent en son nom le pouvoir dont il les a fihits dépositaires. » J. J.
COMMUN , — GÉNÉRAL , UNIVERSEL. Qui convient ou est propre à plusieurs.
Commun a visiblement moins d'étendue que set deux synonymes : ce qui est commun convient ou ■ est propre au plus grand nombre, à la plupart
où l'on se donne l*un à Tàutre selon ses revenus seulement; au lieu que ce qui est général ou «etet ses héritages.» Boum. « A proportion que Dieu versel convient ou est propre à tous. Aussi n'est-
SYNONYMES K RADICAUX DIVERS
0 pa» nre de troorer général et unioenél mis après commun par gradation, c Un jeune homme ajoutait ainsi au devoir commun et général une obligation particulière. » Roll. « N'est-ii pas étrange que la médisance soit le Tice le plus iommun et le plus universel ? » Bodbd.
Générai et universel sont plus difficiles à distinguer TuB de Tautre.
Ce qui est général est commun à tous , collectif «ment considérés, en gros,. en n'ayant égard qu'an genre ; ce qui est umversél est commun à tous,indiTîdueUement considérés, en détail, avec relation à chaque particulier. Un prince a, des intérêts de ses sujets , un soin général ; mais la providence de Dieu est unitereelle. Les lois peuvent être Teipreseion de la volonté générale, sans qu'il aoit besoin, pour connaître celle-ci, de con- Âilter chaque citoyen par le suffrage universel.
Général, ne rappelant l'idée d'une totalité que d'une manière sonmiaire, n*est point incompatible avec des exceptions. Aussi dit-on proverbialement : il n'y a pmnt de règle si générale qui n'ait aon eiception. « Les exceptions ne servent qu*à confirmer la règle générale» > Bourd. « Ces dioses générales ne sont pas toujours sans quelque exception. » Boss. < Malgré la corruption générale, il reste encore des gens de bien répandus partout. » Mass. « Les uns voulaient que Ton se bomit au supplice des chefs ; les autres croyaient qu'une sédition si criminelle demandait une punition plus générale, » Roll. — Universel , au contraire, portant la pensée sur les individus ou les particuliers, ne souffre l'exclusion d'aucun. « La nûsèricorde de J. C. , qui remplit toute la terre, est universeUe, Pas un seul pour qui ses bras et son sein ne soient ouverts. » Bourd. « Le suprême domaine de Dieu est universel .• sans exception et sans bornes , il s'étend à tous. > Id. < C'est un lait constant, public, universel et ans exception. » Boss.
Général peut regarder un genre subordonné, lue totalité spéciale; universel, comme univers «t unwereaUté, regarde toujours le genre le plus large. Procession générale; déluge universel. Une histoire générale peut n'être relative qu'à un seul peuple; l'histoire universelle embrasse les événements qui se sont passés chez tous les peuples. • Ces exemples confirment dans l'esprit des gens du monde le préjugé universel sur l'avarice des prêtres; car le monde fait au sacerdoce une tache générale, et comme incurable, de ce vice.» Mass.
Une dernière différence , très-importante , consiste en ce que génial est abstrait , et universel concret. On dit l'agitation générale de l'âme (Mal.), et avoir le corps frappé d'une plaie uni- «ericUe(RoLL ); consentement général{KcAi>,), et peste ymiverselle (Acad.). Général n'implique pas, comme le plus souvent universel, un rapport à respace on à l'étendue. « Cette idée générale de religion , gravée dans l'esprit de tous les peuples , et rëiMndue par toute la terre , est trop univer- MUe pour être une idée chimérique. » Bouro. « Un usage univerUl est une preuve manifeste qu'une tradition générale vient de la première famille d'où sont sortis tous les hommes. » Roll.
SIH. VRAHÇ.
« La fin générale de l'Église dans le jubilé universel , est d'exciter les fidèles i prier pour tous ses besoins. » Boss.
1* COMMUN, OBDINAIIIE; — 3* YULGAlltB, TRIVIAL. Qui n'est pas rare.
Commun et ordtnatre ont une plus grande étendue de signification : ils se disent des choses de l'ordre naturel aussi bien que de celles de l'ordre intellectuel et moral : les plantes communes d'un pays, l'effet ordinaire d'une cause. Maisvti^ gaire et îrivicil ne s'emploient qu'en parlant des personnes ou de ce qui s'y rapporte , et toujours en mauvaise part , pour désigner quelque chose de peu rare , c'est-à-dire de peu estimable , considérable ou admirable^ : des pensées , des expressions vulgaires ou triviales, « Il faut que je corrige un endroit de ma lettre sur le mot vulgaire: vous entendez par là des sentiments bas ; en effets c'est sa signification : c'est moi qui ai eu tort en le prenant pour des sentiments ordinaires. >
DUDBFF.
agrées de mon art les présents ordinaires; Ne les reeeves point en hommàgeê. vulgaires , Dans la foule de ceux qu'attire ee séjour.. (Dédicace de l'opéra de RoUnd, pour LuUj, au roi.)
Lap.
Un homme commun ou ordtnatre n'a rien de brillant, est moyen ou tient le milieu dans la classe des hommes sous quelque rapport que ce soit , pour la taille , la force, la beauté , Tintelligence, etc. ; un homme vulgaire ou trivial manque positivement de noblesse dans les sentiments ou dans les idées. Ce qui est commun ou ordinaire n'est rien moins que singulier, se voit souvent; ce qui est vulgaire ou trivial n'a aucun caractère de distinction.
1* Commun, ordinaire.
Commun , qui appartient à plusieurs , se dit des objets, des états, des choses qui sont; au lieu qu'ordtnaif e , qui se produit par ordre, règlement , à diverses reprises , se dit des actions , des usages , des choses qui se font ou qui arrivent Les monstres sont communs en Afrique ; les tremblements de terre sont ordinaires aux Antilles. L'homme frugal, se nourrissant d'aliments communs , évite ainsi la plupart des maladies ordinaires. Dire d'une manière singulière des choses communes a pour effet ordinaire de soutenir des ouvrages en vers , assez peu remarquables d'ailleurs. « Dans le cours de la vie et des révolutions qui y sont si ordinaires, i> n'est rien de plus commun que ces sortes d'états.»