DEUXIÈME PARTIE
appelle les justes et éloigne de loi les pécheurs, et leur dénonce par là quMls n'auront jamais de part avec lui. > Id. < Par ce v« il faut entendre un cri terrible répandu dans Tair , qui dénonce le malheur aux hommes.» Id. «L'aruspice, sur le triste aspect des entrailles, dénonça à Galba d'actuelles embûches et un ennemi domestique. »J.J. — D'un autre côté, déclarer regarde plutôt la résolution , la détermination y Taction de prendre parti, et dénoncer (de nuntius, messager ou nouvelle) Taction de fiiire savoir le parti qu'on a pris : une puissance déclare la guerre à une autre (ÂCAD.), on déclare la guerre aux préjugés (Id.); dans l'antiquité , on employait des hérauts pour /dénoncer la guerre (Barth.).
DÉCOMBRES, DÉBRIS, RUINES. Restes d'une chose détruite.
Décombres est un mot vulgaire qui désigne de méchants restes de démolition, des restes sans valeur , sans utilité , ou même embarrassants et confusément entassés, c Des droits de terre, ou équivoques, ou onéreux, ou qui gênent la société, subsistent encore comme des restes du gouvernement féodal qui ne subsiste plus : ce sont des dé^ combres d'un b&timent gothique ruiné. » Volt. « Un Italien qui trouverait dans les décombres de Rome les pots de chambre d'Auguste et de Mécène serait entouré de curieux et d'acheteurs. > Id. c L'oiseau qu'on appelle fourmeîron ne fréquente que les masures et les décombres. » Buff. c En fouillant dans le mont di Cinere , on trouve les pierres calcinées , les cendres , les terres brûlées , le mftchefer, les pierres ponces, tous mêlés et confondus comme dans un monceau de décombres, » Id. — Au figuré , décombres se prend de même en mauvaise part pour signifier quelque chose de vil ou même de gênant et de nuisible. « Ces deux premiers tomes des Annales de l'Empire concernent des temps obscurs qui demandent des recherches pénibles. Il est plus difficile qu'on ne pense de trouver dans les décombres de la barbarie de quoi construire un bâtiment qui plaise. « Volt, c Voilà les matières sans substance des ouvrages de l'écrivain sans génie ; ce sont autant de tas de décombres qu'il faut enlever avant de pouvoir construire. » Buff. c Cet ouvrage sans dessein et sans objet étouffe quelques pensées heureuses sous un monceau de décom^ bres, » D'Al. « Le travail et l'érudition débarrassèrent les beaux siècles de la Grèce et de Rome des décombres qui les couvraient et de la rouille qui les avait noircis. » Lah. a L'antiquité sortit de ses ténèbres comme ces statues qui, ensevelies pendant des siècles sous les décombres amassés par les tremblements de terre et les bouleversements du globe , semblent encore sortir des mains de l'ouvrier. » Id.
Débris et ruines, n'impliquant rien de défavorable dans leur signification, se distihguent suffisamment par cela seul de décombres. Ils diffèrent l'un de l'autre de plusieurs façons.
1* Débris exprime le résultat d'une destruction violente, qui a brisé, fracassé; et ruines, l'effet de l'action successive du temps , qui ruine , qui défait peu à peu , pièce à pièce. On dira plutôt, les débris d'une ville renversée d'assaut ou par un
tremblement de terrât et les niûiet d'une Tille ancienne qui est tombée de vétusté.
2* Débris convient pour toutes sortes d'objets, petits ou grands , susceptibles d'être brisés : des débris de coquillages, de végétaux, de navires; les débris d'un trône , d'un autel. Htitiieff, du latin ruere, s'écrouler, ne s'applique qu'aux édifices, et encore aux édifices considérables, ou, dans tous les cas, à quelque chose de plus étendu. Suivant le docteur Bumet, les montagnes ressemblent aux débris d'une ville que le canon a foudroyée ; ce sont les ruines d'un ancien monde dispersé çà et là (Volt.).
8* Le mot d^tt est relatif; il se rapporte, ou à un corps dont des parties ont été détachés , ou à un corps nouveau dans la composition duquel entrent ou peuvent entrer ces parties : les dAris sont, ou des fragments, ou des éléments de reconstruction. Buines est absolu; il se considère eo lui-même. « On l'a vu à Rome se promener sur des mines, ou s'asseoir parmi des tombeaux et interroger ces débris, > Vauv.
J*ai lu qu'un orateur voulut voir le séjour Otl subsistaient encor les ruines de Troie. Du dâhris d'Uion s'éult construit un bourg. L*v.
« Tous nos maîtres modernes ont fouillé les mtnés et recueilli les débris de ce siège funeux de Troie , pour y trouver les exemples fM vertus guerrières. » Buff. « Les moines , envoyés par saint Grégoire en Angleterre , y avaient porté, je ne dis pas les sciences , mais quelques débris sauvés de leurs ruines. » Cond»
DÉCOUVERTE, INVENTION. Ces mots expriment quelque chose de nouvellement trouvé dans ce qui importe le plus au savoir ou au pouvoir de l'homme.
Mais la découverte est proprement une conquête de l'esprit humain ; l'inoenlton en est une production. On découvre ce qui est , et c'est l'observation qui joue le principal rôle dans la dé^ couverte; on invente ce qui n'est pas, et c'est à U faculté inventive , à l'imagination, au génie , à la fécondité de l'esprit, qu'est due Vinvenlton. Dans la Théorie de la Terre de Buflbn se trouvent, entre autres, deux articles qui ont pour titre, l'un : « Sur la découverte de l'Amérique;» l'autre : < Sur l'tnventton de la boussàe. » c Que nous a servi la découverte de tant de peuples et Vinvention de la boussole ? » Montbsq- «e A quoi nous ont servi les découvertes en physique et les inventions du génie ? » Voir. < U découverte du feu , Vinveniion de la navette, sont d'une tout autre nécessité que l'imprimerie et la boussole. » Id.
C'est surtout dans les sciences, là où 11 s'agit d'étudier ce qui est, que se font les découvertes; c'est surtout en industrie , en mécanique et dans les arts , là où il s'agit de créer ou d'imaginer dm engins, des instruments ou des procédés nouveaux, que les inventions ont lieu. « Il me se0* ble que l'idée de la découverte tient plus de la science, et que celle de l'tnofnftdn tient pin* de l'art : une découverte étend la sphère de nos connaissances ; une intention igoute aux secours dont nous avons besoin. » Beaux, c Pourquoi dit^n d'une grande découverte en physique >
STNONTIIBS A RADICAUX DIVERS.
d*ane tiioniliofi nouvelle et surprenante en mécanique : cela est beau ? » Marm.
BiiîSn , la découverte a plutôt rapport aux cboses, et Vintention à l'esprit; la dicouverie est quelque chose de rare, d'inaperçu jusque-là*, Vintention est quelque chose d'habilement ou d'heureusement conçu. < Cela me ferait croire que la plupart des plus heureuses inventions, des dicouvertei les plus rares , sont moins des fruits d*une contention d'esprit que de pures saillies. » Les.
DÉCOUVRIR, RÉVÉLER, DÉVOILER, DÉCE- LER , ÉVESITER. Faire connaître quelque chose qui n'est point apparent ou en vue , mais enveloppé , dèiobè aux yeux.
On découvre ce qui est caché ; on révèle ce qui est ténu caché, volontairement éloigné de la vue. En effet, découvrir ^ c'est Oter ce qui coui-re, dégager ce qui se trouve couvert ; et révéler^ c'est retirer de dessous le voile {vélum) ce qui a été mis et est gardé sous le voile , sous quelque chose dont on se sert pour cacher. — Vous déetmvrex votre cœur, vos sentiments, vos pensées, des vérités inconnues jusque-là, choses i 'elles - mêmes couvertes^ soustraites aux regards.
Le roi feignait! Et moi, découvrant ma pensée.... (Monime dans Mithndate.) Rac.
■ Les traits découvrent la complexion et les mœurs, s Labr. « L'univers découvre dans toutes ses parties l'art de l'ouvrier suprême qui l'a formé. » Fin. « Hais pour ce jour où je viendrai juger le monde, personne n'en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. » Boss. « Ce fut sur cela qu'il me découvrit l'esprit de la société , qui n'est pas encore connu de tout le monde, et vous serez peut-être bien aise de l'apprendre. » Pasc. — Vous révélez un secret, une conjuration, iu mariage clandestin , les faites ou les défauts de quelqu'un, toutes choses discrètement tues, volontairement couvertes d'un vot7e et mises hors de la vae.
UlyiM ni Gilcbas n'ont point encore parlé ; Gvdei que ce départ ne leur soit révélé, Caeha bien votre fille. Rac.
« Gardez un secret dangereux que rien ne vous oblige à révéler. » J. J. « Hais pour être vrai (ce que roofl avez dit du prochain), nous est-il permis de le révéler? N'est ce pas assez qu'il fût secret pour devoir être respecté de nous ? » Bourb. « Des gens vous promettent le secret , et ils le févèleiu eux-mêmes et à leur insu. » Labr. < Toujoun , de l'aveu propre de Calvin , il demeurera impliqué dans le crime (la conjuration d'Amboise), puisqu'il l'a su sans le révéler. » S<>SB. « La loi qui ordonne de révéler les conspirations , auxquelles même on n'a pas trempé , n'est guère moins dure. > Houtesq. ^ « Le testament d'£picure découvre une &me tranquille et juste.... La duchesse de Montpensier était outrée contre Henri III , qui avait révélé quelqu'un de *«s défauts secrets. » Volt.
/V^oïler semblerait devoir signifier exactement la même chose que révéler. Mais, étant seul formé du mot français voile , il rappelle mieux l'usage ordinaire du voile , qui est de cacher le
visage et par suite de déguiser. Voltaire dit de Claudien qu'il a révélé les mystères tout au long ; etdeVan-Dale ainsi que de Fontenelle, qu'ils ont dévoilé des siècles de fourberies. On révèle d'une personne des actions ou des qualités quelconques ; on dévoile sa fausseté, comme on la démasque. « Les gens que je peins dans ma comédie (le Tartufe) ne sauraient me pardonner de dévoiler leur« impostures aux yeux de tout le monde. « Mol.— Ensuite, comme on se sert aussi du voile pour cacher, dans les églises, la partie la plus éloignée du chœur , le sanctuaire , dévoiler s'emploie avec justesse en parlant du fond des choses : dévoiler le fond de son cœur (J. J.) , le fond d'une afiaire (lo.). c A quoi aboutit cette vie si pénible, si sordide (d'un prêtre) ? à découvrir l'indignité de la vie d'un pasteur, à dévoiler ce qui ne pouvait être trop enseveli dans les ténèbres. » Hass. « La vérité opprimée ne peut plus se délivrer qu'en d^ixnkifa le fond de votre conduite. » Fin. « Tacite nous dévoile les profondes noirceurs de l'ftme de Tibère. > Mark.
Déceler marque plutôt une action qui va des choses aux personnes, au lieu d'aller des personnes aux choses comme les actions de d^couvrir, de révéler, de dévoiler et A^éventer, Les choses nous décèlent ; nous d^coutTOfw , nous révélons , nous dévoilons , nous éventons des choses. « Son embarras décela son crime, s Acau. « Son action décile une âme corrompue. » Acad. < Leur frayeur peinte sur leurs mornes visages les décelait. » S. S. « Il n'y a rien de si délié , de si simple et de si imperceptible, où il n'entre des manières qui nous décèlent. • Labr.
Votre orgueil a percé.' Vos hauteurs « vos grands
airs Vous décèlent d'abord , malgré la politesse Dont vous les décorez. Dest.
— D'ailleurs, déceler se distingue par une autre idée accessoire , celle du soin qu'on a de se cacher , de la crainte qu'on éprouve d'être vu ou aperçu. < Psyché (allant tuer son mari) retenait jusqu'à son haleine , et craignait presque que ses pensées ne la décelassent. » Laf. « Un criminel, s'étant échappé , se fie à peine à soi-même : fugitif, errant, vagabond, il croit que tout ce qui luit le décèle , que tout ce qui parle Taccuse , que tout ce qui remue machine sa perte, v Boss. < Le plus grand soin de l'imposture , son plus grand art est de se dérober & nos regards ; mais cet art même la décèle, b J. J. — Et quand l'action de déceler est faite par une personne , elle est telle que l'action des choses , involontaire. < Sophie retire brusquement sa main avec un mot de monsieur si singulièrement prononcé , que ce mouvement involontaire la décèle à l'instant aux yeux d'Emile.» J. J. « César , traversant un pauvre village , et causant avec ses amis , décèle sans y penser le fourbe qui disait ne vouloir qu'être l'égal de Pompée. » In. « Par leur sollicitude, les gobemouches décèlent eux-mêmes leur nichée, que sans cela il ne serait pas facile de découvrir. »
BOFF.
Éventer se dit primitivement d'une mine qu'on découvre avant que le feu y soit mis , et dont on empêche l'effet. On l'applique par extension aux
DEUXlEHE PARTS
entreprises secrètes qu'on a Fadresse dt pénétrer et de fiiire échouer. Éventer un dessein (Hoi.. , Volt.) , un projet (J. J. , Mahic .).
Un secret évenû rompt nos prétentions. Moi.. « Gatilina apprend que Tentreprise sur Préneste a été manquèe et n'a servi qu'à éventer ses complots. » Lah. a Les confédérés n'osaient s'envoyer mutuellement des otages , de peur à* éventer leur complot. ' Boll. « Le chancelier éventa le projet de Patkul, et obtint qu'on se saisît de sa personne. » Volt.
DÉDIRE (SE) , SB RirBACIER. DéttVOuer ce qu'on avait dit.
Se dédire est l'aveu d'une erreur i on se dédit de ses opinions. « Je suis fout honteux de décider ici (sur l'éloquence) ; mais je suis tout pcftt à me dédire, si on me fait apercevoir que- je ma soistrompé, s FÂK. « L'erreur de 1701 (sur 1& formede la terre) f^t reconnue ; on se dédite et la terra fut allongée, s Volt, c U est vraisemblable que le- Vl« livre de VÉnéide n'est point une description des mystères. Si je l'ai dit, je n» dédit. » In. Le cerf se voyant dans l'eau louait la beauté de son bois, et ne pouvait qu'avec peine souffrir ses maigres Jambes. Hais, quand on lisnev la fit partir,
Il te dédit alors , et maudit les présents
Que le eiel loi ftdt tous les aash La».
— 9e réfracter est l'aveu d'une fimseté : on se rétracte de ses assertions, de ses dnctrines, de ses imputations. < Si le pape juge que le fbnd de la doctrine de mon livre est mauvais. Je me rétros terai ouvertement. » Féir. « Une fille qui avait servi de faux témoin se rétracte ; elle avoue son crime. » Volt, «e L'éditeur sait en conscience qu'aucune de ces lettres n'a été écrite comme il les a imprimées. Il serait digne de votre probité de lui remontrer son crime , et de l'engager à se rétracter, s Id. « Si je pouvais, l'instant d'après , retirer le mensonge qui m'excuse, et dire la vérité qui me charge , sans me foire un nouvel affront en me rétractant , je le ferais de tout mon cœur, s J. J. Orgon reproche à Damie d'avoir dit une ftiusseté contre Tartufe , et ajoute :
Allons , qu*on a rétracte; et ou'i rinstant , fripon. On se Jette i ses pied» pour demander pardon.