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DEUXIÈME PARTIE

le monde ne sait pas apprieiif , et les objets de Vaippréciation sont considérables; mais il n'est pas besoin d'être fort expert pour TprUer^ et ce qu'on TprUe peut n'avoir qu'une valeur médiocre. Apprécier semble aussi être plus rigoureux : c'est taxer, mettre un prix qui fait loi. s II y a plus de rétribution pour un mariage que pour un baptême ; on dirait que ce soit un taux sur les sacrements , qui semblent par là être appréeié8.j>LABTL. sEutipbron trouve que vous êtes beureux avec dix mille livres de rente , pendant que lui a cinquante mille livres de revenu , et croit n'avoir pas la moitié de ce qu'il mérite : il vous taxe , il vous apprécie , il fixe votre dépense. 9 In. s Les fonctions ecclésiastiques les mieux payées sont les plus courues : on apprécie les fonctions sublimes du sacerdoce comme des ouvrages vils et mécaniques. » Mass. Priser «ignifie plutôt une décision d'arbitre qui indique à peu près le prix de la cbose, mais sans en faire une règle. « Je dis au maquignon que je m'en rapportais à sa bonne foi; qu'il n'avait qu'à priser la bête en conscience , et que je m'en tiendrais à la prisée. » Las. » Le fripier me proposa un autre habillement qu'il prisa dix pistoles. » lo. a Qu'on ne juge du travail d'Bmile , devenu menuisier, qu'en le comparant à celui des bons maîtres.... Que son travail soit prisé par le travail même, et non parce qu'il est de lui. • J. J.

Au figuré , on estime ce qui a une valeur essentielle , principalement une valeur morale ; on apprécie et on prise ce qui a une valeur d'opinion. On estime la vertu ou un homme vertueux ; en apprécie et on prise les choses et les personnes susceptibles de bonne et de mauvaise réputation, de vogue ou de décri, un écrivain, par exemple ou ses ouvrages. Une personne estimée est jugée avoir du mérite et on la respecte ; une personne appréciée ou prisée est en renom , à la mode , et on la recherche.

Thaïa veut qu'on Y estime, i parier frânobemenl :

Peu voudront toulefoia qu'elle entre en leur famille;

Veuve, on la doit priser un peu moins qu'une flUe.

Lav.

Quant à apprécier et à priser , l'un est plus usité que l'autre. Néanmoins Voltaire a tort d'affirmer absolument à propos de ce vers de Corneille,

Voab me faites priser ce qui me déshonore, que prûer n'est plus d'usage. Voltaire lui même en use quelquefois, comme d'autres bons écrivains, pour dire attribuer une petite valeur. « Ces coquins de convulsionnaires n'auront pas grand crédit au parlement, où ils sont prisés ce qu'ils valent, s Volt. « De tous ceux qui prisent ces bagatelles (pièces de théâtre] ce qu'elles valent, je suis peut-être celui qui y met le plus bas prix. > lo.

Qne me serrent cet vers arec soin composés?

N'en attends^e autre fruit que de les Toir prisés?

Lav.

Mais monsieur Trfasotin n'a pu doper personne....

Hors céans on le priss en tous liens ce qu'il vaat.

« On prétendait que la poésie avait un vice essentiel qui devait la faire réprouver ou du moins priser fort peu par les gens sensés. » Lah. « Au-

tant les art» qui sont proprement de Fespritom été peu prisés en Italie , autant ils ont été honorés en France. » lo. « Des histoires peaprù^.> Boss. Hais apprécier se dit plutôt en booite put, et en parlant de choses dont on lait grtnd cas. En outre , ce qui le distingue éminemment, è'et qu'il suppose de l'habileté , de la finesse. < Ily i peu de gens qui sachent apprécier la métapk)fsque. 9 BoFF. c Où est l'homme qui sache apprécier le temps? » Lab. « Le mérite de la difScoKé vaincue (dans cette ode de Lefranc de Pompigoan) ne peut être apprécié que par ceux qii connaissent également notre poésie et celle de l'Ecriture, t Id. « Corneille et Racine D'aTwtt peut-être jamais été appréciés avec tant de sagacité et de justesse que dans les RélUiiw critiques de Vauvenargues. » In. « Il est aisé de critiquer un ouvrage ; mais il est difficile de l'sfprécier. » Vaov.

Enfin, non-seulement apprécier indique on travail difficile et qui demande du savoir, oiii il est tout relatif à ce travail; au lieu que prôer et estimer regardent le sentiment de rime p s'ensuit, le cas qu'on fait de la chose oa de la personne. Celui qui apprécie cherche à fixer sa croyance ; celui qui prise ou estime a use opioiH faite , une opinion favorable , et éprouve de k bienveillance. On oppr^ct e bien ou mal ; on pnir, on estime beaucoup ou peu. On a ou on n*a pis le talent d'appr^cter certaines choses; on a oo on n'a pas tort de priser ou d'estiffler certaine choses.

ÉTABLIR, INSTITUER, FONDER, ÉBIGQ Créer ou donner l'être à une chose nouvelle.

Entre établir et instituer il y a d'abord cette difiërence , que instituer , venant du latin oa pistôt étant le latin instituere, établir, est untefoe plus noble ou une expression consacrée dass quelque science : instituer des magistrats^ vb ordre religieiu, tnsliltier un héritier; ^toô/ïVdes commis, un gardien, etc. Ensuite établir, c'e^à-dire mettre, installer, asseoir, se dit des objets ou des choses considérées comme telles, eti rapport au lieu; instituer, régler, disposer, coavient davantage en parlant de pratiques, de coutumes , et se rapporte au temps : on établit w impôt, une société, un corps, une s*^**'^f on institue des fêtes, des juridictions, des offices. « 11 fallut un prodige sans doute pour «tfWj^ l'oracle de Dodone.... Un« colombe s'étant posa sur un chêne , prononça ces mots : Étabhsttf * ces lieux un oracle en l'honneur de JuP***Jj^ Barth. On choisit tel lieu pour y établir un oiff« religieux qu'on vient d*instituer. .

Fonder fait concevoir quelque choM (fi^ commence à bâtir, dont on pose les /<^rj^ ou pour quoi on fournit des fonds : on f^ ^ ville, un empire, un système, ou bien des p^ dans une académie , une messe , un ^^P'^ '.-J Ériger, latin erigere, dresser, se dit de que'J»^ chose qu'on élève : on érige des statues, ûw tels, des tombeaux, ou bien on érige on en duché , une église en cathédrale, «*' *" L un autre tombeau éngé à U »ine Brun^ au XV siècle , dans l'abbaye de Saint-* d'Autun qu'elle avait fondée. » Volt*

STNONYIBS À RADICAUX DIVERS.

Le dirîstîanisine â été élMi à diverses époques dans les différents pays de l'Europe; les sacrezoents, ou au moins quelques-uns, ont été ttutitué9 par J. C. , par celui-lA même qui a fcndé la religion ehrétienne, et au nom duquel ont été partout érigéei des chaires, d'où découle la parole dmne.

Le ciar Pierre I"* établit des manofactures dans ses Euts, y imtiiua différentes cérémonies, y fonda des villes, y ^ri^ea des monn-

ÉTAT, CONDITION. Position d'un homme.

État, latin status^ participe passé de ffare, être , se tenir, a un sens ahsoîu. Condttton , de condere, fonder, établir, est un substantif verbal à terminaison active , qui a , par conséquent, un sens relatif. LV(at d'un homme se considère en lui-même; la condtte'on d*un homme se considère par rapport à celle des autres ou par rapport & une autre. Chacun est mécontent de son état; chacun tronte sa condition pire que celle d'au- Inii , aspire à une condition supérieure. « Les pécheurs sentent tout le dégoût de leur état, et tout le bonheur de la condition du juste. » Hass. « Plus un pécheur examine la condition des gens de bien , plus son état lui parait insupportable. » In. L'homme, déchu de son état naturel, s'est précipité dans la condition des bêtes (Pasc).

Dans tel état on est bien ou mal; dans telle condtfton on est mieux ou pis qu'ailleurs ou que les autres, au-dessus ou au-dessous. État marque plutôt la manière d'être ou le genre de vie ; et coiwKttofi, le rang, c'est*à«dire une position relatiye, de convention ou d'institution. Vétat est heureux ou malheureux, pauvre ou aisé, à envier on à plaindre, sûr ou chancelant; la oondtf ton est basse , vile , obscure , médiocre , ou bien grande , élevée , brillante. « Les diverses condi" fiona des hommes , qui sont reconnues dans une nation, établissent des différences dahs leur étai. » D*Ao. On est dans un état de maladie ou de santé, de pauvreté on d'opulence ; on cherche à s'élever aundessus de sa condition. Le mariage, le célibat, le veuvage , la jeunesse, la vieillesse, les diverses professions sont des états ; la robe et l'épée , la noblesse et la roture , la bourgeoisie , la domesticité , l'esclavage , sont des condtitonf . Vétat est plus général, la condition plus partiedière. « Soit que nous ayons égard aux obligations générales que la loi de Dieu impose i tous les éliu ; soit que nous considérions les règles particulières qu'elle trace à chaque condition, eUe est partout *80uverainement raisonnable. » Bouu).

V^ est aussi plus relevé que la condtlton. Si, dans l'application delà loi du jeûne, l'Eglise émit avoir des égards , ce serait plutôt pour les penonnes qui sont nées dans une condition obseore et dans une fortune médiocre , que pour celles qui vivent dans un état brillant et dans fopalence (Mass.). < Certains prêtres ont du zèle et quelquefois du cèle le plus violent pour certiinei condtf iofl# , et en manquent pour d'autres ijgU plus relevés. » Bouan. < Je veux tirer la ^ère de cette condition trop malheureuse et trop indigne d'elle.... Hais, hélas 1 ces dons qui

ne lui sont qu'inutiles feraient peut-être son malheur dans un état plus élevé. > M arm . « Il y a , en France , trois sortes d'états , l'Église , l'épée et la robe. » Montesq. Trois sortes d'états, c'est-à-dire évidemment de eondtltofu considé* râbles.

Vétat est plutôt idéal « et la condtlton réelle. Suivant Pascal, plusieurs jeunes seigneurs se laissent emporter dans des voies brutales « faute de bien connaître Y état véritable de leur condition, 9 On dit les devoirs des différents états, et l'inégalité des oondtttofw. Tel est votre état^ c'està-dire tel il est essentiellement, voilà ce que vous devez faire : « Laissez les dévots mentir, médire, cabaler, nuire; c'est ieur ^(af. » Labr. Telle est votre condition, c'est-à-dire telle elle est de fait ou effectivement, voilà à quel degré de la hiérarchie sociale vous vous trouvez.

Enfin , l'état se conçoit comme étant , la condition comme donnée et obtenue. « Les premiers chrétiens, mécontents de leur état^ r^ pensaient qu'à s'assurer une meilleure condition dans la patrie céleste. » Mass. La eondttton humaine est la destinée assignée par Dieu aux hommes. « Nous passons par trois états, la naissance, le cours de la vie, et sa conclusion par la mort. Plus je remarque de près la condition de ces trois états , plus je suis convaincu que la nature n'a pas voulu qu'il y eût grande différence d'un homme à un autre. » Boss. La condition de ces trois états , c'est-à-dire le sort relatif fait à chacun d'eux par la nature.

ÉTERNEL, PERPÉTUEL, CONTINUEL, IMMOR- TEL, SEMPITERNEL. Sans fin.

Éternel est le latin xtemus , contraction d'a?pîtemus, qui a été formé d'âsvum, la durée infinie , et de la désinence temporelle ternus ou mus. L'être ou l'objet étemel est absolument sans fin , et par conséquent subsiste par delà même le temps ou les siècles; aussi cppose-t*on bien éternel à temporel : apprendre à souffrir des supplices temporels pour éviter les étemels (Boss.) ; préférer les choses visibles et passagères aux invisibles et aux éternelles (Id.). Étemel, étemité, réveillent seuls cette grande et effrayante idée d'un toujours ou d'un avenir tout à fait illimité. « Tout arrive par les ordres immuables ^e X éternel souverain de la nature. » Volt. « Un miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, étemelles. » In. c Les dieux lui ont voué sans doute une haine étemelle. » FAïf . Que si éternel se prend parfois dans un sens affaibli, on conçoit aussitôt et sans peine que c'est une exagération et qu'à la rigueur il n'y a d'étemel que Dieu et ce qui s'y rapporte .: reconnaissance éternelle, par exemple, est comme reconnaissance infinie, une expression sensiblement hyperbolique sur laquelle personne ne se trompe.

Perpétuel, perpetuus, de perpeti, endurer ou durer jusqu'au bout , signifie sans fin , relativement, c'est-à-dire par rspport à un but fixé, à une époque déterminée, dans un certain espace de temps. « Qu'estHse qu'un esclavage perpétuel? N'est-ce pas une espèce d'éternité P» Boord. c Que ne tait point la médisance , lorsque pour se

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