‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 306 sur 444 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

la délicatesse d'un homme de goût. » Dans sa critique des Mois de Roucher, Laharpe signale un morceau moins mauTais que les autres , mais mauTais encore : « Je m'arrêterai à la complainte de Tauteur sur la destruction de ces bois épais qui couvraient autrefois la fontaine de Budé , à Hières. «

La jérémiade n'en finit pas, ou elle rabâche. Une longue jérémiade (Volt.)« àe longues jérémiades (J. J.). « La jéfémiade sur Lisbonne est actuellement un poëme de deux cent cinquante vers. » Volt. « Ces scènes (du cinquième acte des Guèhres) n'étaient que des jérémiades où Ton ne faisait que répéter ce qui s'était passé, et ce que le spectateur savait déjà. » Id. ce Pardon , prince : voilà trop de jérémiades; mais c'est un peu votre faute si je prends tant de plaisir à m'épancher avec vous. > J. J. « Soyons court, mais pas ennuyeux. Opposons ces lettres aux narrations du libelle que j'attaque , aux jérémiades hypocrites qui en accompagnent les récits, a Beau h.

La doléance est peu grave : c'est une petite plainte , ou une plainte relative à un petit chagrin , par laquelle on cherche à se rendre intéressant. « Il n'y a rien parfois qui soit si touchant qu'un amant qui vient chanter ses doléances aux gonds et aux verrous de la porte de sa maltresse. » Mol. Dans SganareUe , Gorgibus dit à sa fille , qui refuse l'époux qu'il lui destine :

Trêve donc, je voua prie, à vos impertiaences :

Que Je n'entende plus vos loites doléances, lo.

Et , dans une des fables de Lafontaine , un mari ne se croyant point aimé de sa femme, n en faisait sa plainte une nuit. Un voleur Interrompit la doléance,

GÉNIE , GOÛT ; — SAVOIR. Qualités qui ont leur application et sont des conditions de succès en littérature et dans les beaux-arts.

Le génie, de generare, engendrer, est une qualité de la même espèce que l'esprit et l'imagination : il invente, il crée. Le goût, comme le goût physique, est un moyen ou une faculté d'apprécier les choses par les sensations de plaisir ou de peine qu'elles nous causent ; c'est le discernement esthétique. De là vient d'abord que génie se dit toujours par rapport à ceux qui imaginent, qui composent, qui sont auteurs, au lieu que souvent le goût se prend pour la qualité de ceux qui ne font que juger, qui se bornent au rôle d'amateurs ou de critiques. On admire les productions du génie; on se rend aux décisions du goût, c Chapelain, avec une littérature immense, avait du goût , et Û était un des critiques les plus éclairés. Il y a une grande distance de tout cela au génie. > Volt, c Vous avez un goût infini ; je suis charifié de vos judicieuses réflexions sur ma tragédie. Si j'avais autant de génie que vous avez de lumières, on verrait beau jeu. » Id. « Le goût et le génie sont distingués l'un de l'autre en ce que le génie est le sentiment qui crée, et le goût^ le sentiment qui juge. » D'Al. s II y a loin du goût qui analyse avec justesse au génie qui analyse avec chaleur; le plus grand tort de La Motte n'est pas d'avoir critiqué l'Iliade , c'est d'en avoir fait une. » lo. « Le poète est aujourd'hui soumis

à des lois plus sévères : le yoAl, plus froid. plus dédaigneux, ne pardonne rienaag^.i Mark.

Dans un auteur et relativement à li composition , le génie et le goût font deux choses distiDCtes : le génie trouve les idées , et le goùi en fait le triage; celui-là invente , celui-ci règle; parmi les choses que le génie suggère le goât disceroe celles qui doivent produire l'efifet dàiré. cllfaot du génie dans l'invention , et du goSU dans > choix. 9 Marm . « Trouver la vérité relative i l'effet que se propose l'art , c'est l'invention du génie; la choisir ou la composer telle que Tut la demande , c'est l'inspiration du goût et da goût le plus éclairé. » lo. Sans génie on est stérile; et sans goût , plein de défauts. Toutefois une chott faite de génie peut encore être belle, indépeor dainment des règles du goût; mais elle a quelque chose de négligé, d'irrégulier, d'inculte onde sauvage. La beauté que donne û conformité au préceptes du goût est finie, correcte, élêganU « Racine a beaucoup plus de goût et autant de génie que Corneille. » Volt.

Le génie est un pur don de la nature. Le foit s'acquiert; il est l'ouvrage de l'étude et du temps: il se fortifie et se perfectionne par l'habitude de réfléchir, de considérer et de compm les bons ouvrages , et de fréquenter les personoes de goût. Or, c'est comme contribuant à cet^ formation du goût que le savoir a aussi son prii sous le point de vue esthétique; il donne la coqnaissance exacte des règles suivies par les artistes , et des moyens qu'ils ont employés. En sorte que toutes nos principales facultés spirituelle concourent dans les productions des arts : le »- \ voir y représente l'entendement ou rintelligeoce, le goût le jugement, et le génie l'imagination. Le goût profite des instructions du savoir, et empêche les écarts ou les chutes du génie.

GÉNIE, TALENT. Disposition naturelle à réoss.: dans un art.

Mais avec du génie on a de l'invention, etam du talent de l'industrie. Le génie implique la faculté de concevoir, d* imaginer, de créer, etk talent regarde l'exécution seule. Le génie prodint proprement ; le talent met en œuvre. On a le génie de la poésie, et le talent des vers; àiigf^ pour composer, et du talent pour débiter ou poar écrire. « J. B. Rousseau n'a qu'un talent étiitail; c'est un ouvrier, et je veux unyewe." Volt. Un homme de génie est fécond, originil: un homme de taient est habile ou adroit. < Us singes sont tout au plus des gens à talents q^t nous prenons pour des gens d'esprit. » Borr. A la place à'uprit\ on peut mettre son synonjse génie.

Mais autant le travail de U Ute l'emporte sur celui de la main, l'inspiration sur le savoir-Cure, autant le génie l'emporte sur le talent. A«» VolUire le définit-il un vrai talent, an rite talent, un talent très-supérieur dans lequel " entre de l'invention. • Son père était un pcUiF nie; mais il avait le talent de bien gouverner $» affaires. » Les.

Soyex plutôt maçon, si c'est votre utlent. ^ Un grand auteur a du génie; un écriTiia »•

SYNONYMES À RADICAMi DIY£RS.

timéa du talent. On a du génie pour les scien- <^) et du talent pour écrire : « Du génie pour les sciences , du goût pour la littérature , du taj<»tpour écrire. » Bupp. Avec du toleni on peut ^'^^ QQ bon militaire; avec du génie un bon /2^1iiw^ devient un grand général.

^e uUent n*est pas aussi essentiellement natu- \^^ ^^e le génie. On dit acquérir des talents , et ^^nner des taUntt à ses enfants. « L'étude avait ^^nné à Boileau tout le talent qu'on peut avoir ^;^s la sensibilité et la chaleur de V&me; il lui ^s^anquait ces deux éléments du génie, » Ma air. Considérés par rapport à un même art, génie désigne quelque chose d'intérieur, qui n'est encore qu'à l'état naturel , et en puissance , au lieu que le tdUnl signifie la même chose , mais extérieure , effective , et actuellement appliquée. Un roi doit favoriser le génie , afin qu'il se développe, et exercer les talents, « Envoyez chez vos alliés qui ont la guerre ceux de vos jeunes gens en qui on remarquera \ï génie de la guerre et qui seront les plus propres à profiter de l'expérience. Par là, sans avoir la guerre chez vous et à vos dépens , vous aurez toujours une jeunesse aguerrie et intrépide. Quoique vous ayez la paix chez vous, vous ne laisserez pas de traiter avec de grands honneurs ceux qui auront le talent de la guerre ; car le vrai moyen de conserver une longue paix , c'est d'honorer les hommes qui excellent dans cette profession. » FéN. tç Si une jeune fille a de la voix et du génie pour les beautés de la musique, n'espérez pas de les lui faire toujours ignorer, a In. Une jeune fille qui a du talent pour la musique ou le taXenX de la musique excelle dans cet art, est bonne musicienne, he, génie promet un talent ou du talent, « Le xvi* siècle était grossier , le dernier siècle a amené les talents ^ et celui-ci a de l'esprit. Si par hasard il y avait quelqu'un aujourd'hui qui eût du génie j il faudrait le bien traiter. » Volt.

Enfin, génie et talent représentant la même chose, l'un par rapport à l'&me comme faculté, l'autre par rapport au dehors comme puissance d'exécution, il s'ensuit que génie est général, et doit toujours être employé au singulier, au lieu que tcàent est particulier et peut très-bien se dire au pluriel ; car la faculté d'imaginer est une, et, pour se produire, les conceptions des Arts, même celles de chaque art, ont besoin de divers moyens, de plusieurs talents» Un bon poêle doit avoir le génie de la poésie , et ensuite réunir le talent de la versification, le talent du style , et le talent d'observer la nature et de Timiter fidèlement. De là vient qu'on dit , avoir du 9^te, et avoir des talents; homme de (/ente, et boQune de talents, « Les projets et les négociations passent pour étendue de génie et pour su- Pêiîorité de talents. » Mass. « Louis XIV n'avait i'^iit-étre pas le génie de son caractère, ni les ^^ento de son ambition. » Marh .

^BNS, PERSONNES. Des hommes.

. Gensa pour singulier gent^ peu usité, et qui

jj^"^nt du latin gens y gentis, race, espèce, fa-

/^ ille, nation. Personnes est le pluriel de per-

r^f^inne , latin persona , personnage , rôle , indi-

du. Au singulier , gent signifie une sorte, une

espèce, une classe; et personne^ un Individu : la gent moutonnière, la gent trotte-menu; la personne du roi, une personne éclairée.

Au pluriel, les deux mots, par cela seul qu'ils sont -au pluriel, marquent une réunion. Mais alors personnes est distributif et relatif aux inviividus , au lieu que gens est purement collectif et indéfini. C'est pourquoi d'abord personnes est. capable, et gens incapable, de s'unir avec un nombre. On dit trois , quatre , six personnes , et non trois , quatre , six gens. Vous dites indéterminément, il y avait en tel lieu beaucoufi de gens ou bien des gens , et précisément , il y avait plusieurs personnes ou tant de personnes. Que si on exprime aussi quelquefois combien il y a de gens exactement, c'est quand gens est précédé d'un adjectif avec lequel il s'incorpore et se confond de manière à perdre son caractère propre d'indétermination et à prendre celui de l'adjectif qui l'absorbe , pour ainsi parler : on dira donc trois braves gens^ quatre sottes gens^ six pauvres gens , conune on dirait trois braves , quatre sots , six pauvres.

Même différence relativement aux qualités que sous le point de vue du nombre. Gens n'a rapport qu'à l'ensemble , il est synthétique , général et vague ; personnes fait penser aux individus dans l'ensemble , il est analytique ou particulier. Comme gens désigne la quantité indéfinie, de même il n'indique que l'espèce , la qualité gêné* rique ou commune ; et comme personnes signifie des individus qui se comptent , d'un autre côté il porte l'attention sur la personnalité^ sur les qualités propres ou particulières des hommes dont il marque l'assemblage.

Un prédicateur prêche contre les gens de théâtre ou les gens de guerre, et cherche à persuader les personnes qui l'écoutent. Pour ne pas accuser les gens sans preuves , il faut dépeindre les personnes , rapporter fidèlement leurs paroles et signaler toutes les circonstances de temps et de lieu. Ces gensAk , s'applique à des hommes d'une classe , qui ont un caractère commun ; ces personnesAky suppose qu'il s'agit de tels ou tels hommes ayant tels caractères particuliers. Des gens choisis, annonce des hommes du même ordre ou ayant la même espèce de mérite; des personnes choisies, veut dire des honunes de toutes conditions distingués chacun dans son genre et à sa manière. Les honnêtes gens composent comme une ligne ou un corps; les personnes honnêtes sont considérées chacune à part. On remarque en un lieu toutes sortes de gens , et les premières personnes de la ville ou de l'État. Bourdaloue dit d'une manière générale, et en employant le mot gens comme significatif d'une foule, que ceux qui changent trop souvent de domestiques « font un flux et reflux continuel de gens qui entrent et qui sortent. » Mais quelques lignes plus haut, parlant des plaintes que nous formons « contre toutes les personnes engagées à notre service , > il continue en faisant l'énumération des défauts particuliers que nous leur reprochons : l'un est un emporté; l'autre es lent et paresseux , etc. Il faut travailler à rendre les gens de bien agréables aux enfants; mais il

Jésus-Christ est de réunir sous les mêmes régies le Juif et le gentil , le Grec et le barbire. ■ b. Païen est opposé à chrétien , comme folû i Juif. Après rétablissement du christianisme ^ appela patent, payant, c'est-à-dire paysans C3 villageois, les secuteurs de l'ancienne religicr. soit parce qu'ils se réfugièrent dans les caapagnes, dans les villages ou bourgs (pagi). Ki;

G34 DEUXIEME PARTIE

ne laut point 8*opiniAtrer à leur faire goûter c^r- pas connu , ni le Christ attendu et promis. « b. taines personnes pieuses dont l'extérieur est a Les mystères de la religion étaient scandale dégoûtant (FÉ^i.). Se moquer des gensy se prend , aux Juifs et folie aux gentUs. » lo. « Les ioils, comme se moquer du monde, dans un sens large quoiqpie ce fût le peuple réprouvé, entraient dau et vague, qui n'emporte rien d'offensant pour qui . l'Ëglise par milliers.... Combien plus se mnitique ce soit; mais se moquer des personnes, ' pliaient les fidèles parmi les yenftis qui étaiet c'est déterminément et directement lancer des le peuple appelé ! > In. « Les premiers fidèles traits de raillerie contre tels ou tels hommes en étaient regardés comme les balayures dn moi^de, particulier. Gens est tellement impropre à parti- l'opprobre des Juifs, et la risée des ^ntHu culariser , qu'il ne fait jamais entendre s'il s'agit Mass. « Le caractère le plus essentiel de la loi de d'hommes ou de femmes : les jeunes gens. C'est, au contraire , ce qu'on détermine très-bien avec le mot de persoisnef, qui, seul, se dit quelquefois singulièrement des femmes : des personnes de l'un et de l'autre sexe, de jeunes personnes.

Une dernière différence , extrêmement importante pour l'application , résulte de ce qui précède. Fait pour exprimer la multitude et la foule , ; parce que les gens de la campagne persistera; l'espèce et la sorte , c'est-à-dire quelque chose plus longtemps que ceux des villes dans Faocia de conunun tout au moins , gens se prend volon- culte. Les patent sont d'une autre religioD qi;e tiers en mauvaise part , tandis que personnes , | la chrétienne, comme les gentils étaient a xs par la raison contraire , convient mieux en par- ' religion différente de la juive. « Est-ce dos lant d'hommes pour lesquels on veut témoigner que la morale de Jésus-Christ est pins cnieik de l'estime. De petites ^erts , des gens de néant, et moins ennemie du meurtre que c^^^ des gens de sac et de corde; des personnes païens?:» Pasc. « Les Français étaient eocu* comme il faut, des personnes constituées en di- paiens, et la Gaule était chrétienne, s Boss.<Ii gnité. a Les personnes d'esprit peuvent toujours dessein du saint prêtre d'Alexandrie est d'aUne tirer quelque instruction des gens les moins les patenta la religion chrétienne.* Id. «M. jbéclairés. » Fén. « J'ai affaire à des gens pas- rieu fait rejeter aux chrétiens des trois pmsie.'^ sionnés, et à quelques personnes de bonne inten- siècles ce que les païens n'ont pu méconnaître tion qui se sont livrées à ceux qui agissent par , l'immutabilité de l'être divin. > In. < la faiee: passion. » Id. « J'examinais toutes les personnes des païens se rallumait , et tout l'empire misqui entraient dans la salle , et quand par mal- selait du sang des martyrs. > In. • Quoiqa heur il y venait des gens de mauvaise mine, je infidèle, quoique paten , le père du grand O frissonnais de peur. » Les. | stantin avait des officiers et des soldats chre

Oo ne peut trop louer trois sortes de personm^s : i ^>'«°s- » BouRD. « Les païen* eux-mêmes . en qs Les dieux, sa maîtresse et son roi.... I toute vérité n'était pas encore éteinte, reodiiat

Simonide avait entrepris j cette gloire i la morale des chrétiens. > Mi&

L'éloge d'un aililète; et, la chose essayée, I a Notre religion purifia beaucoup d'instituts

Il trouva son sujet plein de récHs tout nus. | païens en les adoptant. » Volt. « Les pa**

Les parents de l'athlète étaient ^m# inconnus. Laf. chargeaient les mystères chrétiens d'impnteîi® GENTILS, PAÏENS, IDOLATRES, INFIDÈLES, abominables. > In. -^ Accessoirement, il es! i Ces mots nous servent à dénommer ou à quali- 1 remarquer que paien signifie vulgairement sa fier les peuples auxquels nous attribuons une religion , ou qui admet plusieurs dieux : i^ fausse religion. {yeux d'un chrétien apparenmient, c'est o'ivQif

Gentils, latin gentiles, est le mot qui répond à point de religion que de n'avoir pas la sieaM< celui par lequel les Juifs désignaient les étran- ; et le trait le plus distinctif du christianisoe i gers, les nations qui n'adoraient pas le même j l'égard du paganisme, c'est que celui-ci est (! Dieu qu'eux. Les gentils sont donc tous ceux qui, que celui-là n'est pas polythéiste. « Ils ««s^ dans l'antiquité , en opposition aux Juifs , ne : comme des païens , et sans auoun sentiment ^ connaissaient pas le vrai Dieu , et le nom de i religion et de piété. » Mass. « Jamais peuple se gentil ne doit jamais être donné que dans les cas . fut plus éloigné (que les mahométans) de ce (pe où cette opposition est exprimée ou facile à sous- j noos appelons improprement le paganistm, ets^ entendre. «11 est prédit que Jésus-Christ serait le fut plus fortement attaché sans aucun mêlasgei roi des Juifs et des gentils. » Pasc. «Jésus-Christ ' Tunité de Dieu. » Volt. devait être jugé par les Juifs et les gentils. » In. Les idolâtres, ou adorateurs d'idoles, «wW « Le peuple juif tout entier prédit Jésus-Christ les honneurs divins à autre chose qu'à Die«-*

s'imaginent que Tessence divine peut être coiwd* liée à des temples, à des statues, à la niati^< aux éléments ou à des am'maux; ils l'y x^' . et se prosternent devant leur idole cofflŒew- Dieu; c'est un sacrifice qui doit être offert parmi i vaut un dieu présent. • Les païens croy««* les gentils et dans toutes les nations de la terre.» , représenter la divinité par des traits et p»f *? Boss. « Les mages viennent du pays de l'igno* j couleurs. Ils croyaient pouvoir renfermer la fi'?' rance, du milieu de la gentilité où Dieu n'était ' nité dans leurs idoles; selon eux, lesecooiK^^

avant sa venue. Le peuple gentil l'adore après qu'il est venu. » In. «Ce n'est plus ce sacrifice qui ne devait être offert que dans le temple de Jérusalem et en un lieu particulier choisi de

était attaché à leurs statues , qui contenaient en eUes-mêmes la ^ertu de leurs dieux : touchés de ces sentiments, il y mettaient leur confiance; ils leur adressaient leurs Tœux , et ils leur offraient leurs sacrifices.*» Boss. »Ces caractères serrent à nous faire distinguer des idotâires; ]misque, bien loin de croire comme eux que quelque divinité habite dans les images, nous ne leur attribuons aucune yertu que celle d*exciter en nons le souvenir des originaux. » In. Les Juifs ont appelé les gentils, et les chrétiens ont appelé et appellent les paiem, des tdoMlrei; ce qui d'ordinaire est moins Texpression d'un fait cer* tain qu'une imputation mal fondée. De même , les Juifs et les chrétiens, à leur tour, ont été accusés d*tdoIdlne avec qiielque apparence. « Les paient^ qui nous verront, catholiques et protestants, lever les yeux au ciel, pourront croire que nous adorons le soleil et les astres. Une semblable raison persuadait aux genlUi que les Juifs adoraient le ciel ou les nues. » Boss. Après qu*un concile eut condamné Terreur des iconoclastes et autorisé le culte relatif des images , «les Français , environnés àHdolàtres , hésitèrent longtemps. Parmi toutes les images ils ne voulaient rendre d'honneur qu*à celle de la croôx. » Boss.

Les infidèles, de fn, négatif, et fldês, foi, n'ont pas la foi , la vraie foi ; ils vivent dans Terreur, plongés dans les ténèbres de Tignorance- Au lieu quMl faudrait faire quitter aux idolàtret leurs pratiques , leurs idoles ou leurs fétiches , il faudrait éclairer, convaincre ou convertir les infidèles; ce sont des mécréants; ils ne croient point à la loi de Dieu, peut«être même ne la connaissent-ils pas. « Il serait bien aisé de convaincre les infidèles. » Pasc. « Saint Ignace était désespéré de ne pouvoir aller convertir des infidèles : le diable lui apparut, et lui jura que, s'il voulait se donner à lui , il le rendrait le plus savant homme de TÊglise de Dieu. » Volt. « Ces téméraires chrétiens ne sont pas moins opposés à l'autorité de TËcriture que les infidèles déclarés. 9 Boss. « Si les protestants se veulent ranger parmi les infidèles et refuser leur croyance aux miracles , nous ne voulons pas les imiter. » Id. « Oter aux infidèles , qui n'ont jamais ouï parler de TËvangile, la grâce immédiatement nécessaire à croire. > In. « Il faudrait se promettre la conversion de ces infidèles qui ne connaissent point le Seigneur. » Mass.

GIBET, POTENCE. L'idée du supplice qui consiste à être pendu est commune à ces deux mots.

Gibet signifie ou a signifié d*abord le lieu où on pend, c Jésus-Christ fut contraint de porter luimême au gibet l'instrument de sa mort (c'est^dire sa croix , qui était une véritable potence , quoique d'une espèce particulière). » Boss. «L'Église voyait dans tous les gibets, et dans toutes les places publiques, de ses enfants immolés pour la gloire de TEvaogile.» In. Potence est inusité dans cette acception; c'est l'instrument même du supplice , le poteau ou la pièce de bois qu'on dresse, afin d'y suspendre le patient. « Nous arrivons au pied de cette (ktale colonne qui devait être le non plus uUra de ma vie , et

quHm appelle vulgairement la potence. « Rbor. « Tel est le fruit de l'arbre de la croix, de la po^ tenee qu'on a divinisée. » Volt. On dira bien, avec Bossuet, dans les gibets , mais non pas dans les potences; il faut dire , avec Voltaire et Mme de Sévigné» au pied de lapofsnee.

On le menace ; on lui dit que , sous peine D'être pendu , d'être mis haut et court En un gibet, il faut que sa puissance Se manifeste avant la fin du jour....

On vous le happe et mène à la potenté. Laf.

Mais gibet, de son côté, se prend très-bien dans le sens particulier de potence, pour désigner l'instrument qui sert à pendre. Il en diffère alors de la manière suivante : il exprime quelq«^e chose de permanent et de fixe, destiné à tous ceux qui se mettront dans le cas d'être pendus. « Le gibet de Montfaucon. » Volt. « Charles II .fit exhumer depuis et porter au gibet le cadavre de Cromwell. » lo. • Les juges seraient presque réduits à la triste fonction d'envoyer au gibet les voleurs et les incendiaires, v Labr. Potence , au contraire , est très-propre à marquer un instrument de supplice préparé pour une occasion unique. « On dresse des potences dans les carre* fours pour faire peur à des séditieux. > Tutv. « Ce Jacob , qui avait trahi le czar Pierre , était mené dans un chariot sur lequel on avait dressé une potence, à laquelle il fut ensuite attaché.» Volt. a Leurs effigies furent traînées dans un tombereau et pendues à une potence. » In. — On dit mieux le gibet , et une potence. — On bâtit un gibet (Taév.); on dresse (Volt.), on plante (Mol.) une polenee.

Ensuite, et en conséquence, gibet, venu, diton , de l'arabe gibel , montagne , élévation , d'o& gibbeuac , gibbosité , est tellement éloigné de son primitif, qu'il convient très-bien pour exprimer le genre de supplice d'une manière abstraite et idéale; au lieu que potence, qui rappelle polMu , et désigne dans plusieurs arts un assemblage de pièces de bois qui sert d'appui à différentes choses, est plus particulièrement déterminé à indiquer l'objet physique. On dira donc : condamner au gibet (âcao.), faire périr par le gibet (Volt.), mériter le gibet (Labr.). Hors de ces locutions absolues, gibet ne s'emploie guère. Il n'en est pas de même de potence; ce mot comporte toutes sortes de déterminatifs. « Le marquis de Montrose fut condamné à être pendu à une potence haute de trente pieds. » Volt. « Papistes, suspendez les hérétiques à des potences hautes de trente pieds. » Id. « François I*' faisait suspendre les hérétiques à une haute potence dont on les faisait tomber à plusieurs reprises sur le bûcher. > In. , Le procét fait, une belle peuncê A trois cêléft Tut mise en plein marché. Lap.

Pour faire fuir M. de Pourceaugnac, on lui conte qu*on fait déjà planter à la place de Grève une grande potence toute neuve pour l'y accrocher (MoL.). —Celui qui est condamné au gibet subit sa peine sur une potence.

Une autre différence tient au sens étymologique de gibet. Gibel signifie élévation. On plaçait effectivement les gibets sur des élévations, afin de mettre en vue les suppliciés et d'effrayer par

DEUXIËME PARTIE

l'exemple. C'est pourquoi , au lieu que la potence est seulement destinée à donner la mort , le gibet sert aussi et quelquefois uniquement à exposer l«s coupables aux regards. Lorsque le supplice rappelé par ces deux mots était en usage , il arrivait souvent qu'on ne portait au gibet que les cadavres des malheureux qui avaient été exécutés ailleurs ; on les détachait alors de la potence pour les porter au gibet. Il paraît même qu*àMontfaucon on pendait sous le gibet , et qu'on plaçait ensuite le corps sur le gibel. Voltaire parle d'un homme qui, ayant été condamné à la potence, « fut exécuté sous le gibet de Montfaucon. » Les fourches patibulaires où l'on ne faisait qu'exposer les cadavres étaient donc des gibets , mais non pas des potences.

Il est à remarquer enfin que gibet étant plus général est aussi d'un style plus noble. On trouve ce mot , mais non pas celui de potence , dans Bossuet et dans Massillon.

GIGOT , ÉCLANGHE. Membre de mouton , séparé du corps de l'animal pour ôtre mangé.

L'Académie définissait d'abord le gigot et IVclanche , la cuisse du mouton , et ne mettait ebtre ces deux mots d'autre différence , sinon que gigot se dit plus ordinairement qn^éclanche. Mais dans son édition de 1835 , elle décide q\x*éclanche estim terme de boucherie et de cuisine , et qu'il signifie , non pas une cuisse, mais une épaule de mouton. C'est effectivement en ce sens qu'^cianc^ se trouve employé dans Brillât-Savarin. « Nous n'avons rien que de bon , dit l'hôte : bon bouilli , bonne soupe aux pommes de terre , bonne épaule de mouton, bons haricots.— Un frisson de désappointement parcourut tout mon corps. On sait que je ne mange point de bouilli ; les pommes de terre et les haricots sont obésigènes; je ne me sentais pas des dents d'acier pour déchirer Véclanehe. »

Ce qu'il y a de certain , c'est qn^édanche est presque inusité , et qu'il n'a pas, comme gigot , une étymologie incontestable qui le détermine à exprimer spécialement une partie de l'animal plutôt qu'une autre. Gigot vient de gigue , qui veut dire jambe, et, dans l'animal, jambe de derrière. On ne sait à quel mot primitif rapporter éclanche, écrit dans Nicod, dans Régnier, et même dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie , esclanche. Pour justifier tout à fait la distinction donnée par l'Académie en 1835, il faudrait que le mot éclanche fût tiré d'un autre qui signifiât épaule , en latin scapula, en allemand ochseL

GLOIRE, HONNEUR. Ces mots signifient, dans une acception abstraite et figurée, ornement, beauté, grandeur, résultant des actions, du mérite, des qualités, et ayant pour effet de distinguer, d'élever, d'ennoblir, d'attirer l'estime, la considération, les hommages. Acquérir de la gloire ou de Vhonneur, Travailler pour la gloire ou pour r/u>nneur de la religion, de sa patrie. Être la gloire ou Vhonnenr de son pays. Avoir la gloire ou Vhonneur d'une action , d'une découverte. On doit dire à la gloire ou à Vhonneur de ce prince que.... Jésus-Christ sortit du sépulcre couronné d* honneur et de gloire (Boss.).

Quant au degré d'abord, gloire enchérit sur

honneur y il exprime plus d'éclat, connieonli voit par le dernier exemple. On poumit en citer bien d'autres. « A Jésus-Christ appartient tcat honneur et gloire. » Boss. « Le premier hossoe était dans Vhonneur et dans la gloire où Di» l'avait élevé par la création. » Bourd. • yo.a deux petits versets ou couplets que j'ai compoie à votre honneur et gloire. > (M. Tibudier i Mme la comtesse ^Escarbagnas.) Uoi. tCfA dans toutes ces observances que la piété troaT-, la gloire de Dieu et. Vhonneur de la religin. • Bourd. « Le jour que M. le prince me vint entendre, je parlais du mépris de rfconnettf dumoodt Je lui dis que j'appréhendais de condamner devant lui la gloire du monde dont je le voyais s environné. » Boss. « Nous n'avons de zèle q» pour les ministères éclatants; nous fayonscs soins obscurs et pénibles , qui laissent aux aat» la gloire publique du succès , et tout l'ftouff de l'ouvrage. » Mass.

Je vous ouvre à tous deux, et vous deraod

croire , Une source éternelle et (Vhonneur et de gloirt.

Yar.

« Dans le travail , le général , exposé en spectai:!^ aux yeux de toute l'armée , y trouve Vhonmrè la ghire. » Roll. — La gloire suppose des u tions, des qualités, des efforts, des talents atraordinaires , et c'est proprement l'admiratiis qu'elle excite; Vhonneur ne demande pas tu'd'excellence , et il produit dans les autres on sentiment plus commun , celui de l'estime oa di respect. La gloire est plus grande encore, en a qu'elle n'est pas resserrée en un cercle m étroit, en ce qu'elle a plus d'étendue dans l'tf^ pace et dans le temps. De tout cela il soit qai^ est plus difficile et plus rare d'acquérir de b gloire que de Vhonneur,

Quant à la nature de ces deux choses, TMneur a un caractère moral qui est moins esseolib à la gloire. Ce qui est glorieux nous illastn nous fait connaître partout; ce qui est hoMwW' témoigne en faveur de notre honnêteté, de notre probité , de notre délicatesse , nous fait conniiln comme hommes de bien. Aux grandes actions li gloire; aux bonnes actions Vhonneur. Oa^ être indifférent pour la gloire; il n'est pas per* mis de l'être pour Vhonneur, Le contraire de ii gloire, c'est l'obscurité; le contraire de l'*»neur, c'est la honte. Sans gloire (inglorvis),^vit inconnu ou ignoré; sans honneur, on estoc infime, a La seule gloire qui ait jamais iom mon cœur, c'est Vhonneur que j'attends de U postérité, et qu'elle me rendra parce qu'il m^^ dû. » J. J.

Enfin , honneur a plus de rapport à reflet, va marques d'estime données à c$ qui est hofffr»ble : rendre des honneurs.

Un antre eu a la gloire (de ee triompbe),^^)*' part à Vhonneur. Cotf.

L'excès de nos malheurs parait un Doirabtoie,

Où la gloire est sans nom, la vertu §«« A*»*'*'' (Anliochus à Séleucus dans Bpdog*^)' ">■

GLOSE , COMMENTAIRE. Ce par quoi ottêcUircit ou on interprète un texte. ^^

La glose est au commentaire coxnms la ttif^

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

à la traduetiim , elle est plus littérale : elle ne consiste guère qu'à mettre à côté des mots rares , peu usités ou obscurs (en grec Y^^ff«t), des mots plus connus et plus intelligibles de la même laogue. Le commentaire (de eommentari , discuter, disserter) est plus libre , il développe davantage , il paraphrase : c'est une suite de notes ou de remarques sur tout ce qui peut paraître diffîcile à comprendre. On dit une glose ^ et non un commentaire i interlinéaire ; le commentotre est trop étendu pour pouvoir tenir entre les lignes du texte. D*un autre côté, commentaire se place bien et se trouve souvent après glose , parce qu'il suppose plus de détails et marque plus d'indépendance relativement à ce qu'on veut rendre clair. « ICalheur à tout grammairien dont les productions auront besoin de glose et de comment4iire ; d'autant plus obligé à la clarté qu'il doit l'enseigner aux autres , il.... » D'Al. « Le dessein de l'Exposition n'a rien de commun avec les ^lo^ef et les eommeniaires que ce pape a défendus. » Boss. « Quelque sublimes que soient les ouvrages d'Homère , ils lui font moins d'honneur que les productions de ses descendants , qui n'en sont que les gloses brillantes ou de beaux comvMnUiires* * Buff.

Il semble aussi que la glose , apparemment à cause de son caractère de servilité et du peu de connaissances qu'elle exige, se prenne plus volontiers en mauvaise part. « Les lois ont été si équivoques, que mille interprètes se sont empressés de les commenter; et comme la plupart n'ont fait leur glose que comme on fait un métier pour gagner de l'argent , ils ont rendu le cornmenlaire plus obscur que le texte. » Volt. On a toujours dit, et on dit a^iourd'hui plus que jamais, glose et gloser , de préférence à commentaire et à commenter , pour indiquer figurément et familièrement une interprétation maligne, un6 critique. « Tous les habitants furent choqués de mon ostentation, et firent là-dessus des gloses peu honorables pour moi. » Les. « Les complices de Nymphidius glosaient sur la vieillesse et l'avarice de Galba. 9 J. J. « Yçilà M. de Metz à s'impatienter, à gloser sur l'inutilité de ce qui se débitait. 9 S. S.

A quels discours malins le mariage expose!

Je sais que c'est un texte où chacun fait sa glose.

Bon..

Plus on crut pénétrer, moins on Uii éclairci , Le texte tUt souvent par la glose obscurci, Id.

Page 1