DEUXIÈME PARTIE
et conducteur d'une diligence; la direction des beaux-arts , la conduite d'un bâtiment , d'un poème, d'une fête; la direction d'un établissement , la conduite d'un travail. -^ D'ailleurs , la direction se borne souvent k la théorie y à de pures indications : sous la direction d'une personne, vous choisissez votre carrière , c'est un conseiller que vous écoutez. Mais la conduite est pratique : sous la conduite d'une personne, vous avancez plus ou moins dans une carrière , c'est un chef que vous suivez. « La loi de Dieu dirige nos conseils et conduit nos pas. » Bourd. Dieu dirigeait les Hébreux que conduisait Moïse.
Gestion , de gerere , porter , exprime une charge y une commission, et a rapport à la manière dont on t'en acquitte ou au compte qu'on en doit rendre, c Turménies, garde du trésor royal , autrefois maître des requêtes et intendant de province , fut regretté même pour les affaires de sa gestion. » S. S. « Monastérol , envoyé de l'électeur de Bavière, et chargé aussi des affaires pécuniaires , reçut ordre d'aller rendre compte à Munich de toute sa gestion, » Id. a Pontchartrain reçut des affronts sur sa gestion de la marine. » Id. « Démosthènes était chargé de l'administration des spectacles, et l'avait été de la réparation des murs d'Athènes. Mais le décret ne le couronnait que pour la gestion qui concernait la réparation des murs. » Lau . « Les gens de lettres nous demandent une assemblée pour jeudi prochain , dans laquelle ils exigent que nous leur rendions un compte exact de notre ^e<lion jusqu'à ce jour. » Bbaum.
Intendance y du latin intendere, s'appliquer, être attentif, marque l'action de soigner, de veiUer et de pourvoir. «Allez trouver votre fidèle Eumée, à qui vous avez donné l'inlendance d'une partie de vos troupeaux. » Vàjx. « Il n'y a aucune impossibilité dans l'existence de plusieurs êtres prodigieusement supérieurs à nous , lesquels auraient chacun l'intendance d'un globe céleste. > Volt. < On pourrait conjecturer que les édiles ont eu, dès les commencements, quelque inspection sur les édifices.... Dans la suite ils veilleront à l'entretien des bâtiments publics et auront l'intendance des jeux. » Gond, c II aime une piété fastueuse, qui lui attire Vintendance des besoins des pauvres , et fait de sa maison un dépôt public. » Labr.
Jf aniemenf , action de manier , a un sens concret : il se dit de l'argent, des fonds, des finances , et est propre à indiquer qu'on reste'ou qu'on se retire les mains plus ou moins nettes. « C'est un homme parfaitement irréprochable dans le maniement des deniers publics, et qpi sorties mains nettes de certains emplois. > Bourd. c Désintéressement d'Aristide dans le maniement des deniers publics. » RotL. « On crut que , le maniement des deniers publics enrichissant toujours ceux qui les touchent,...» Id. «Ma probité et mon désintéressement, chose si capitale au maniement des finances. > S. S. « N'auriez-vous point quelque homme sage et discret, à la probité de qui je pusse confier le maniement de mes affaires et l'emballage de mes meubles? » Volt. — Toutefois, montemenl des affaires s'entend aussi de
toutes sortes d'affaires et annonce de la dextèrilè dans la manière dont on les traite. « Les maîtres de l'art et les plus habiles dans le mattnMU des affaires du siècle , ne considèrent poiot ks choses par rapport à la conscience. > Bom. « Périclès avait le mérite de grand politique pa: sa dextérité dans le maniement des affaires, i RotL. « La grande habileté d'Alcibiade daos k maniement des affaires. » Id.
Manutention, action de maintenir^ de conserver^ désigne une administration on une r^ exempte de gaspillage , qui sait éviter ou empêcher toute dissipation. On répond de sa getiioa; on est désintéressé dans le maniemeni; o& est sage et économe dans la manutention, « voulait augmenter la paye des troupes. Q se bien de représenter la sagesse de la tRamUaid» de Louvois, transmise par son exemple à ses successeurs, jusqu'à Voysin exclusivement. ■& S « Cet établissement ( pour l'exploitation d'sa mine) pourrait rapporter environ dix pour ccst, si la manutention en était administrée par le prepriétaire lui-même. » Boff.
GRAND , CONSIDÉRABLE , EHPORTikRT. ^ surpasse la plupart des autres choses da isèet genre.
L'objet grand. Test par le nombre de ses {arties , son étendue , son degré de force oa di tensité. L'objet considérable, l'est par l'estiag qu'on en doit faire , par l'idée qu'on en (kii avoir. L'objet important , l'est par les suites, pu les influences qu'il peut exercer.
On dit des choses naturelles ou prises eo elle mêmes , qu'elles sont grandes ; des ùt^ d'opinion ou d'appréciation , qu'elles sont m sidérahles; et des choses d'intérêt, qu'elles sis: importantes.
L'éléphant est le plus grand des aniiftaai; et. si on a égard à son intelligence en même tepp; qu'à sa grandeur , c'est , après l'homme, l'aiiiEtl le plus considérables il jouait autrefois dans h combats un rôle important.
Polybe observe que Persée aurait pu soscte à l'anôbition romaine de grands embarras, s^ eût voulu sacrifier quelques sommes assez p considérables , dans des conjonctures imporiukj et décisives , pour engager dans son parti desRpubliques et des souverains (Rolx..).
De grands emplois rendent un homme a»
déraJble ou lui procurent des revenus ewsiiéfiblés , et lui font prendre part aux aflaires les plB^ importantes.
Corneille était un grand honune, & peu ^ comme Dieu est grande c'est-à-dire en lui-œ^' indépendamment du cas qu'on en pouvait iîw^un homme est considérable, quand il attire ie^ regards par son rang, son crédit, sesdigniJ^^* ses richesses ; Richelieu était un homme i^' tant , de lui dépendait le sort de l'fitat.
GRAND, GROS, VASTE, SPAOEOI, i*^ D'une étendue ou d'une dimension qui P*^ l'ordinaire.
Grand et gros d'abord diffèrent beaucoup.
Ce qui est grand l'est dans quelque sens qu«« soit, en hauteur, profondeur, longueur oo^^geur ; ce qui est gros se distingue spéaalew*
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
>tr le volume. Un grand arbre, une grande allée, iQ grand trou ; un gros arbre , une grosse boule , m gros paquet. — Cependant gros se prend quel- [uefois dans une acception aussi générale que rand : grosse armée, grosse dépense, gros )éché. La différence consiste alors en ce que jros , Tenu de l'allemand gross , est moins noble [ue grand , tiré du latin grandis. En effet , gros le s'emploie pas , comme grand , au moral : a On lit de gros biens, pour de grandes richesses; me grosse pluie , pour grande pluie ;* mais non )as gros capitaine , pour grand capitaine ; grand inancier signifie un homme très-intelligent dans es finances de Tfitat , gros financier ne veut dire ni*un homme enrichi dans la finance. » Volt. ^os entre dans une foule de locutions familières )à grand serait déplacé. Boileau rapporte que la lélicatesse de Louis XIY était choquée de la folie le ceux qui suppléaient partout le mot de gros ï celui de grand. On dit , en ayant égard à la lature plus ou moins releyée des choses, une frande charge , et un gros revenu, c II montre in gros revenu , une grande charge , de belles alliances , et , pour être noble , il ne lui manque Tue des titres. » Labr.
faste , du latin vastus , qui signifie aussi vide , désert , est un superlatif de grand. < Le soleil se lève et parcourt régulièrement tout ce vaste anivers. s Hass. « Que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que le soleil décrit. » Pasc. « Que fait-il en moi , ce soleil si grand et si vaste ? » Boss.^De très-grand à trop grand , à extrêmement grand, la transition est facile , d'autant plus facile qu'en latin vastus s'employait déjà pour marquer un défaut : vastus homo, homme d'une taille énorme, excessivement grand ; vastiu animiis , esprit immodéré , d'une ambition sans bornes. Ce que démesuré exprime absolument et toujours , vaste est propre à le faire entendre par la place qu'on lui donne dans le discours, et les circonstances où on s'en sert. « Voulez-vous être capable de connaître les grandeurs de Jésus-Christ? Quittez toutes ces idées, plutôt vastes que grandes ^ plutôt poDppeuses que riches , que la gloire inspire, dont la gloire remplit les esprits, ou plutôt dont elle les enfle , car l'esprit ne se remplit pas de choses si vaines. » Boss. « Si votre État est un État qui n'ait point de bornes, un État qui ne soit fondé que sur les vastes idées de votre orgueil, un Êt^t dont le faste immodéré soit le scandale du ch ristianisme.... » Bourd. « Le plan de ces nou- ^Qles fortifications était immense , et il a été w^cuté en partie. De si vastes fortifications ren- ^*ienl nécessaire une grossb garnison. » J. J. ■ Le maréchal duc de Luxembourg avait un esprit avide de connaissances , mais vaste et peu ^églé. > Volt. « C'était (Catilina) un esprit vaste, ?«» tendait toujours à l'excessif, à l'incroyable, J ce qui s'élevait au-dessus de sa portée. » J°^L. « Prenons garde en visant au grand de ^^^Herdans le vaste, ou, en nous contentant ^ Hiédiocre, de tomber dans le bas. » P. A. '"^int-Svremond a fait une dissertation pour P"^\er contre l'Académie que tel est bien le ^^ttère équivoque de vaste; qu'il se prend en
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bonne ou en mauvaise part, suivant les circonstances, et même plutôt en mauvaise qu'en bonne; qu'en parlant des esprits en particulier, il indique un vice plutôt qu'une perfection. Cet écrivain était dans le vrai; l'Académie devrait bien enfin le reconnaître.
Spacieux et ample signifient aussi très-grand; mais, au lieu de représenter, comme vaste , la grandeur en elle-même, ils la font considérer relativement à l'usage. Ce qui est s^^aeieux a une grandeur plus que suffisante pour contenir ; et ce qui est ample a une grandeur plus que suffisante pour fournir à l'emploi qu'on en fait : une salle fpaeteitfe, une ample provision. Dans la chose spacieuse on est ou on se meut à l'aise ; dans la chose ample il y a de quoi prendre. Fort spacieux, chemin spacieux; ample matière, ample magasin de bardes (Mol.).
« Les salles les plus spacieuses ne suffisaient plus pour les prêches; les hugueinots s'assemblaient en pleine campagne. » Boss.
Mars nous fait reeueilUr à^'amples moissons de gloire. Laf.
GRATO), ÉNCHIME, ATBOCE. Ces épithètes, toutes trois applicables aux crimes , en marquent le haut degré : elles se disent des crimes les plut criminels^ les moine pardonnables, de ceux qu'on appelle proprement des forfaits.
Grand est une expression générique sur laquelle renchérissent, chacun à sa manière, énorme et atroce. Le grand crime appartient à telle classe de crimes, aux crimes qui ont de la gravité , mais sans excéder les mesures ou les proportions connues. « On allait condamner Astarbé au supplice qui est destiné à punir les grands crimes dans la Pbénicie : c'est d'être brûlé à petit feu. » Fân . « Quels sont les nooyens d'intéresser et de plaire dans la tragédie ? Des actions célèbres, de grands noms, de grands crimes et de grandes vertus. » J. J. « Les grandes passions ne justifient pas les grands crimes; il ne faut pas tirer ce résultat de la morale du théâtre. » Lah. c L'hospitalité est un droit sacré parmi les Francs, et ils regardent oomme un grand crime de fermer sa porte & un étranger. » Vert.
Punis ces attentais et ces crimcy si grands^ Pe sortir d'esclavage ^ et de fuir ses tyrans.
Volt.
Énorme y e norma,, hors de la règle, signifie quelque chose d'excessif, qui va au delà de toute mesure. Le crime énorme est d'une grandeur énorme; c'est un monstre quant au degré. « Les outrages que nous faisons à Dieu, quelque légers qu'ils nous paraissent, ont une. énormité qui nous est inconnue. • Mass. c Au Japon on punit de mort presque tous les crimes , parce que la désobéissance à un si grand empereur que celui du Japon est un crime énorme. > Hoktbsq. « On voit tous les jours , dit Sénèque , les plus petits brigandages punis selon la sévérité des lois , pen« dant que les plus grands, que les plus scanda-' leux , que les plus énormes se soutiennent nonseulement avec impunité, mais avec honneur. » BouRn. « Le seul crime d'ingratitude pour les grâces qu'on a reçues de Dieu, peut être si