DEUXIÈME PARTIE
grand qu'il égale quelquefois Yénormité de plusieurs péchés corporels. » Nie.
Atroce, latin airox, d'o/er, noir, cruel, horriUe, représente un crime comme un monstre, non plus quant à rétendue ou à la quantité, mais quant à la méchanceté ou à la scélératesse. Un vol peut être un crime énorme. Harpagon , qui se croit volé , s'écrie que « il n*y a point de suj^plice assez grand pour Yénormité de ce crime. » Mol. U en est de même d*un crime commis par ignorance : « Dans l'histoire de la Genèse , deux princes idolâtres sont saisis de frayeur et de tremblement à la vue du danger qu'ils avaient couru de commettre un adultère par ignorance; ils reconnaissent qu'un péché si énorme aurait attiré sur eux la malédiction du ciel. » Roll. Mais un crime atrocê est inhumain y fait frémir : tel est celui de Néron faisant assassiner sa mère (Lab. , d'Al.). « M. de Meaux a fait un gros livre plein de tout ce qu'on peut imaginer de plus atroce et de plus horrible. » Fén. « Quand l'homme se venge, il s'emporte , il s'aigrit, il se passionne , il satisfait sa malignité, il s'abandonne à la férocité; pour repousser une légère ofTense, il en fait une atroce. » Bourd. « Le concile de Constance assassina avec des formes juridiques Jean Hus et Jérôme de Prague, malgré le sauf-conduit de l'empereur. Jamais le droit des gens ne fut plus solennellement violé ; jamais on ne commit une action . plus atroce avec plus do cérémonies. » Volt. « ^ P. Tellier me dit tant 'de choses sur le fond et sur la violence pour faire recevoir (la constitution) , si énormes , si atroces , si effroyables, et avec une passion si extrême , que j'en tombai en véritable syncope. » S. S.
GRANDEUR D'ÂME, GÉNÉROSITÉ, MAGNA- NIMITÉ. Qualité d'une personne qui, dans ses sentiments et dans ses actes , n'a rien de commun et de bas , qui se distingue par un caractère de supériorité, de dignité et de noblesse.
Grandeur dôme marque la mesure de l'âme, et générosité en exprime la force. Grandeur d^dme annonce une âme qui n'est ni petite ni étroite : générosité attribue à l'âme du courage , de la vigueur , conformément au sens du latin generosus^ qui s'est dit d'abord des animaux de bonne race , rem^Quables par leur force ou leur ardeur dans l'actlonr. « Il y a dans le ciel des hommes en qui la sainteté n'a* été ni petitesse de génie, puisque en soufrrant, en mourant, en s'immolant pour Dieu ils ont fait voir une gran^ deur d'âme que l'infidélité même a admirée ; ni faiblesse , puisqu'elle leur a fait ))rendre les plus généreuses résolutions. » Boubd.
Mais cette différence primitive des deux mots demande ensuite A être énoncée d'une manière plus précise en ayant égard aux déterminations qu'ils ont reçues de l'usage. La grandeur d*dmê est la qiialité d'une personne qui a de l'élévation, qui est incapable de lâcheté et d'actions honteuses en quelque genre que ce soit. La générosité est la qualité d'une personne forte , c'està-dire assez puissante sur elle-même pour préférer les autres à soi et leur sacrifier ses propres intérêts. Grandeur d'âme est une expression absolue ) qui dépeint l'homme sous tous les points de
vue , aussi bien dans ses rapports avec lui-into» que relativement aux autres; mais ginérwni est une expression toute relative i autrui, qot se rapporte â la manière dont on se comporte à soa égard. A l'homme de bien la grandeur (fdme;i l'honnête homme la générosité. — « La géi/rosité se distingue surtout par ce grand cara^ tère qui nous fait oser de nos avantages, relâcher de nos droits, sacrifier nos intérêts en fiieur des autres; et c'est par cette idée que le mot devient quelquefois synonyme de IxbérdUi.i
ROUB.
Il y a de la grandeur d'âme i rester intériiuremeot le même dans l'une et l'autre fortune,! résister à l'entraînement des passions , aux séductions du vice ou à l'effet de la flatterie, à se modérer dans l'usage des plaisirs, à ne jam rien faire contre le devoir par intérêt ou par anbition , à ne faire cas que de ce qui est beau ra honnête. U y a de la générosité à pardonner le injures , à servir un ennemi , à être bienfaisâct ou libéral, & se sacrifier aux autres, à rester fidèle au malheur, à se dévouer au bien public Alexandre fut frappé de la grandeur d'dw^* Dio^ène , qui ne daigna pas l'aller voir et ne fut point ébloui de sa puissance (Roll.). On cmi'» la générosité de Décius qui se déroua pour « patrie (In.). — Scipion ayant refusé le nom ie roi qui lui était offert par les peuples d'Espag^t* ceux-ci «sentirent quelle grandeur d^AiM^) avait à regarder ainsi avec mépris et dédain a titre qui est l'objet de l'admiration et des déin du reste des mortels. » Boll. Ce qui lui irA gagné tous les cœurs , c'était sa ghétmuc'étaient sçs largesses et les rAçons qu'il re:<lil à ceux qui venaient racheter leurs enfants m leurs proches (Id.) — Dans le maniement d*t affaires civiles, «Scipion fit preuve de lumiêrsi supérieures, de constance, de grandewU^ et de mépris des plus grands dangers. ■ Roi Dans sa conduite domestique et privée, « qn^î I générosité l quelle noblesse de sentiments!.. " I fut libéral, bienfaisant, bon fils, bon ^^ \ bon ami, doux sans faiblesse.... > In.
Magnanimité y latin magnanimiuu, est cosB- I posé de magnuSy grand, et ontmii*, âme ou coflrage. Ce mot a plus de magnificence ou d'^* phase que les deux> autres : il ne se dit qae« personnes d'un haut rang ou auxquelles on «■ corde une grandeur d'âme ou une génimi éclatante, glorieuse, extraordinaire. Diogenele Cynique et l'esclave Épictète ont eu de la jf^ deur dame y et tout homme peut avoir de la F \nérositéy parce que tout homme est capable» désintéressement et de sacrifice ; mais la v^^ nimité est le partage des souverains et des her» 1 « Qu'on n'aille point chercher de la magnontmw dans les États despotiques ; le prince n'y àonitrait point une grandeur qu'il n'a pas IuirQ«i'3j chez lui il n'y a pas de gloire. » Montksq. « ^^^ le magnanime et l'héroïque, Condé sut «^ corder tout le brillant et tout le subUne w talents de l'esprit. » Boi/rd. « Vous aveiow belle occasion de commencer cette «P*^.
d'une manière éclatonte et noble,... ^'^ magnanimité des Romaina • ai soigneux, sp^
SYNONYMES k ftAOICAUX DIVERS.
les grandes calamités, de combler des témoignages de leur gratitude les étrangers, les sujets , les esclaves. > J. J. « Alexandre a toujours joint la magnanimité au plus grand courage , il a respecté la femme et les filles de Darius , ses prisonnières. » Volt. « Tubéron, personnage très-vénérable par sa vertu , et celui de tous les Romains qui se maintint dans sa pauvreté arec le plus de magnanimité et de constance. > Koll. BufTon dit de l'aigle et du lion qu'ils ont de la magnanimité, c On dit que Molière donna cent loais à Kacine pour l'encourager à entreprendre une tragédie. Cette générosité de la part d'un comédien , qui n'était pas riche , me touche autant que la magnanimité d'un conquérant qui (loone des villes et des royaumes. » Vauv.
Ah! seigneur I qu'éloigné du malheur qui m'opprime Votre cœur aisément se montre magnanime/ (Affamemnon à Ulysse dans Ipkigénie\ Rac.
GRATITUDE , RECONNAISSANCE. Souvenir des bienfaits reçus.
La gratitude est un sentiment, le souvenir du cœur; la retonnaissanct est en action, c'est le souvenir de la conduite. On dit un sentiment de grflfitude(BooRD., J. J.), et un acte de reconniihance (Fén., Ducl.). On reçoit un bienfait avec gratitude (Boord.. S. S., Bbauu.). c'est-àdire avec telle disposition de l'âme ; on fait telle chose par reconnaissance (Boss. , Volt.) , c'est-àdire en retour, en revanche, par réciprocité.
Cette différence résulte de rétymologie comme de l'usage : gratitude, état ou habitude sensible d'une personne *qui sait gré, qui éprouve du contentement et de l'affection en songeant à une grâce reçue : reconnaissance , action de Yeconnaître, c'est-à-dire d'avouer qu'on est redevable, et même de rendre, de récompenser, de s'acquitter.
« Si rhomme , dit Épictète , avait quelque sentiment d'honneur et de gratitude, tout ce qu'il voit dans la nature , tout ce qu'il éprouve en lui-même serait pour lui un sujet continuel de louange, àe reconnaissance , d'action de gr&ces.s BoLL. «Naaman, guéri/ de sa lèpre, dit à Elisée, pour lui témoigner sa gratitude y qu'il adorera le Dieu des Juifs par recomiaissance. » Volt, c Moins nous avons mérité l'indulgence du jubilé , plus nous doit-elle être un motif puissant pour redoubler notre gratitude et notre amour ; si on annonçait à un réprouvé qu'une telle rémission lui est accordée , quels seraient |es transports de sa reconnaissance et de sa joie! » BouRD. « Une âme pleine du souvenir des bienfaits de Dieu , prend le calice du salut , et pleine de confiance en le présentant , elle se croit auprès de Dieu quitte de tout du côté delà reconnaissance. De quels sentiments , au reste , accompagne-t-elle cette offrande, de quelle gratitude €l de quel zèle pour la gloire d'un Dieu si libé- Yil I » iD. t Les bienfaits de Dieu considérés par la "vertu de grcUitude , ou désirés par celle de l'es- T^rance, nous aident à l'aimer pour lui-même. ^ans le plus parfait état , les actes d'espérance et de rec(mnaissance deviennent de plus en plus fréqueQts. m Fix. Dieu veut ({ue nous ressentions
de la gratitude pour les hommes, qui ont été les instruments de ses bienfaits envers nous; «et il veut aussi qu'ils tiennent sa place pour recevoir extérieurement de nous les effets de la reconnaissance que BOUS lui devons. » Nie.
Ainsi, la gratitude est intérieure et oonsiste dans un sentiment de tendresse : on inspire de la gratitude (Labr. , Mass.), on substitue dans un cœur la gratitude à l'indignation (J. J.), ou bien on y éteint la gratitude par la manière dont on re::d service (Nie). « Tout devient sentiment dans un cœur sensible. Julie ne trouve dans l'univers entier que des sujets d'attendrissement et de gratitude. » J. J. La reeonnaissanee ^ au contraire, est extérieure et consiste dans des démarches, des actions, des démonstrations : l'empressement (Boss.), les transports (Bouan.) de la reconnaissance ; rendre le public témoin de sa reconnaissance (n'Ao.). < David considérant les immenses profusions de Dieu envers lui, se sentit obligé par recon^iaissance de faire de magnifiques préparatifs pour orner son temple. » Boss.
La gratitude est due à la bienfaisance, la rs* connaissance au bienfait. Nous devons toute notre gratitude à celui qui ne veut pas de reconnaissance. Comptez sur ma gratitude , c'est-à-dire sur mon souvenir affectueux; comptez sur ma reconnaissance, fait espérer, en récompense, des secours ou des services.
GRAVE, GRtfiF.
Du latin gravis la langue française a f^it deux mots , ^race et grief, comme de hrevis , bref et 6 nef. Or, grave et grief représentent chacun un sens particulier de leur primitif. On qualifie de grave ce qu'on appelle autrement sérieux, important, considérable; et grief est à peu près l'équivalent de fâcheux, funeste ou à charge. Jusque-là point de synonymie entre les deux termes , malgré leur communauté d*origine. Une affaire grave, une peine griève; la gravité à*uùè matière , la grièveté d'un péché.
Mais, comme ce qui est grave , digne de considération , peut rétre à cause d'un mal qui y est / attaché ou en résulte, grave, dans ce cas, se rapproche beaucoup de grief. Par exemple , nous disons également une faute , une maladie grave ou grt6i;e, c'est>à-dt^e non médiocre. En quoi ces deux épithètes diffèrent -elles alors ?
La faute grave est de conséquence , ou fâcheuse par ses conséquences, auxquelles il faut regarder. « Les plaintes publiques de la czarine , femme de Pierre le Grand , encourageaient les factieux. Sa conduite , d'ailleurs , ne réparait pas des fautes si grctves. » Volt. La fhute griève est fâcheuse en soi, d'une nature criminelle, digne d'être punie grièvement ou par des peines grièves. « Romulus regardait ces deux fautes (l'adultère et l'ivresse) comme les plus grièves dont les femmes fussent capables. » Roll.
De même une maladie grrore (Acad.) est comme une affaire grave , elle peut avoir des suites redoutables, et demande qu'on y songe, qu'on ne la traite pas légèrement et avec négligence; une maladie griève (S. S.) est essentiellement mauvaise, comme un griefs un tort, un dommage,