DEUXIÈME PARTIE
Ce ne sont que des mémoires , et il ne les avait donnés que sur ce pied-là : Commentant. Il les composait à la hâte, sans étude, et dans le temps même de ses expéditions , uniquement > dans la vue de laisser des matériaux aux écri- i vains , pour en composer une histoire, » Roll.
Les Commentaires sont les m^motref de César, c Le dessein de César , en écrivant ses Comment taire* , n'avait été que de fournir des mémoires , des matériaux i ctiux qui voudraient en composer une histoire en forme. » Roll. « Depuis les Commentoirex de César, dit M. TabbéMorellet, que sont tous les mémoires connus, sinon les souvenirs de celui qui les a écrits? » Mark. -^ Par suite, on appelle commentaires les mémoires d*un héros sur ses campagnes et ses exploits. Voltaire dit dans une de ses lettres au roi de Prusse : a Je prévois que Votre Majesté s'amusera quelque jour à faire le récit de ces deux campagnes. C'est aux Césars à Ikire leurs commentaires. » Et dans une autre : ■ César écrivit ses commentaires , et vous 'écrivez les vôtres; mais où sont les acteurs qui puissent ainsi rendre compte du grand rôle qu'ils ont joué? Le maréchal de Broglie était-il homme à faire des commentaires? Au reste, je suis trop loin d'entrer dans cet horrible et ennuyeux détail de journaux de sièges , de marches , de contre-marches , de tranchées relevées , etc. »
La relation ne concerne qu'un événement, comme un siège , un combat naval , une conjuration , une fête , un voyage , le séjour d'une personne en un lieu*, ou bien ellB lait connaître quelque chose d'étranger , car ce mot vient de referre , rapporter , faire venir d'un endroit plus ou moins éloigné dans celui où on est. Les relations des missionnaires (Vauv.). « Ceux qui nous ont donné des relations de la Chine. > Volt. , FÉv. «On f&it la satire de ces gens qui s'engagent dans de longs voyages , et qui ne font ni mémoires ni relations. » Labr. c Les Péruviens avaient l'art de composer avec les plumes des oiseaux-mouches des tableaux dont les anciennes relations ne cessent de vanter la beauté. • Buff. c Les Lestrigons et les Cyclopes sont les premiers habitants de la Sicile aue des relations fabuleuses aient fait connaître aux Grecs. » Cord. «Tibère, sur les relations qui lui venaient de Judée, proposa au aénat d'accorder à Jésus-Christ les honneurs divins. » Boss.
Les anecdotes sont on contiennent de petits faits curieux et peu connus (àvéxSoToç, inédit). Le vingt-cinquième chapitre du Siècle de Louis ZIV a pour titre : Particularités et afieedol«f du règne de Louis XIV ; et il commence ainsi : « Les anecdotes sont un champ resserré où l'on glane après la vaste moisson de Thistoire : ce sont de petits détails longtemps cachés , et de là vient le nom d'anecdotes; ils intéressent le public quand ils concernent des personnages illustres. » Cet intérêt vient de ce qu'ils servent à éclaircir les mystères de la politique et à développer les ressorts cachés des événements les plus considérables, des résolutions ou des révolutions les plus importantes, a L'ouvrage d'Athénée est , ainsi que celui d'£Uen , une espèce d'ana , où l'on trouve sur
l'antiquité des aneedolei curieuses qa'OQcfaerch» rait inutilement ailleurs. » D'Al. — D'ailkon, anecdote signifie plutôt le fait lui-même qoe k récit qu'on en fait ou le recueil qui le contieDL Aussi dit-on bien qu'on trouve des OMcdotti dans les mémoires , dans les relations et daos les vies.
La «te ne concerne qu'un homme. Les vtci dis saints , les vies de Plutarque. « Les Joifi anie&t plusieurs vies de Moïse très-anciennes. > Yolt. « Vous TOUS associez à la gloire d'Erasme et de Grotius, en écrivant si bien leur histoire. Ilyi mille anecdotes dans ces deux vies , qui sont bi« précieuses pour les gens de lettres. •!]).< N«l< avons deux vies de Pythagore : l'une écrite par Porphyre, dans le m' siècle de notre ère, et l'autre par Jamblique , dans le iv*. » Cohd. dt ne m'arrêterai pas au nom d'Amphilocbius, eoitemporain de saint Basile , auquel U ete de « saint est attribuée. » Boss. « La vte que CoraêtiL' Népos a composée de cet illustre chevalier ronii: (Atticus) sent un peu le panégyrique, i» Boll « Rutilius avait composé une histoire romaioe en grec , outre sa propre vie qu'il avait écrite, vraisemblablement, en latin.» In. «Onremarq» la même aigreur (de la part d'Eunapejdansies vies des sophistes, principalement contre les moines. > In.
HISTORIEN , mSTORIOGRAPHE. Celui qui (cn^ l'histoire.
Historien , historieus , est le nom qu'on donne à l'auteur d'un ouvrage historique. H»torio|TSphe , toTopioYP^oc , est un titre conféré par m souverain à un homme qu'il pensionne poor écrire l'histoire. On dit les qualités on le styk d'un historien, et les appointements, la cbugt ou la fonction d'historiographe.
c Peut-être , dit Voltaire , à qui nous emproDtons presque tout cet article , le propre d'iukûtoriographe est de rassembler les matèriaox.tf on est historien quand on les.meten(2UTre.b premier peut amasser; le second choisir et u* ranger. Vhistoriographe tient plus de l'annalsK simple; et Vhistorien semble avoir us cbaa? plus libre pour l'éloquence. « Lui-même fathii; toriographe de France, et ayant été rempiici par Dudos, il écrivit, de Potsdam, au coiott d'Argental : « Mon /it/lortojrrapfcerte est donnée; Mme de Pompadour, qui me l'écrit, memanoe en même temps que le roi a la bonté de mecaserver une ancienne pension de deux niill^ li' vres. Je n'ai que des gr&ces à rendre. Le bien (pe je dis de ma patrie en sera moins suspect; &'^ tant plus historio^aphe , je n'en serai que meilleur historien. »
Il n'y a plus d'fctilortojfraphe de France. I* premier qu'on cite comme l'ayant été est AliiB Chartier, sous Charles VII. Depuis, il y eut soivent des historiographes de France eo titre; et l'usage fut de leur donner des brevets de conseulers d'État avec les provisions de leur charge, m étaient commensaux de la maison du roi. Cha<p* souverain choisissait son historiographe. Pelli^*» fut d'abord choisi par Louis XIV, qui Im saiiS'^^ tua ensuite Racine, le plus élégant des poétest^ Boilsauy le plus correct.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
A Venise , c'était toujours un noble du sénat qui ATait ce titre et cette fonction. A la Chine , les historiographes sont chargés de recueillir tous les événements et tous les titres originaux sous une dynastie.
HOMME DE BIEN , HONNÊTE HOMME , HOMBIE D*HONNEDR , GALANT HOMME ; — BRAVE HOMME , BON HOMME. Celui qui tient une conduite louable ou conforme au devoir.
« Je Tenx qu'on ait une idée particulière de ce qu'on nomme le galant homme^ l'homme de bien^ Vhommé S honneur, Vhonnite homme. » Voilà en quels termes Corbiuelli écrivit un jour tous le couvert de Mme de Sévigné , son amie , & Bussy- Kabutin , pour savoir quelles différences il mettait entre ces expressions synonymes. Bussy lui répondit , après avoir consulté Mme de Coligny , sa fille , et révèque d'Autun : « Vhonnête homme est un homme poli et qui sait vivre ; V homme de bien regarde la religion; le galant homme est one quidite particulière qui regarde la franchise et la générosité ; Yhomme d'honneur est un homme de parole, et cela regarde la probité; le bravê homme y dont vous ne parlez pas, ne regarde que le courage ; le bon homme , que tous avez encore oublié , veut dire un sot. »
Ces distinctions ont besoin de rectification ou de développement.
D'abord homme de btén, homme qui fait le bien , est Texpressioa générale et la seule qui soit absolue , c'est-i-dire qui ne suppose pas l'homme en relation avec autrui , qui ne se rapporte point aux devoirs de la vie civile. Il est bien vrai qu'autrefois on le disait spécialement de l'homme pieux. Dans le Tartufe , Orgon apostrophe ainsi Tartufe, qui se précipite pour embrasser £1mire :
Tout doux ! vous Bolvex trop votre amoureuse envie, Et vous ne devez pas vous tant passionner. Abl ah! V homme de bien^ vous m'en vouUes donner ! Mol.
« Ce médisant vient à mourir; on dit : c'était un homme de bien , un grand serviteur de Dieu. 11 est mort dans des sentiments de piété. » Bourd. « La conversion de Condé consola les gens de bien , et confondit les impies. • In. Mais homme de bien a toujours signifié pour Tordinaire et signifie exclusivement aujourd'hui l'homme moralement estimable, l'homme vertueux sous tous les rapports, c L'homme de bien est incapable de mollir sur l'article du devoir. » Booro. « Les gens de bien plaignent ceux qui ont de la grandeur ou de l'esprit, sans nulle yertu. « Labr. a Protésilas ne pouvait souffrir un homme de bien , dont la seule vue était un reproche secret de ses crimes. » Fér. « La bonté , la droiture, les mœurs, l'honnêteté, la vertu, voilà ce que le ciel exige et qu'il récompense. Si Dieu juge la foi par les œuvres, c'est croire en lui que d'être homme de bien, » J. J.
Vhonnête homme ^ du latin honot^ ornement, beauté , d'où honestum , ce qui convient , ce qui est bienséant, est l'homme comme il faut, l'homme qui est bien relativement aux autres, au monde t à la société ; il se distingue non-seulement par la politesse , mais encore par la pro-
bité. « Cléante est un iThs-honnête homme, il s'est choisi une femme qui est la meilleure personne du monde, et la plus raisonnable; chacun de sa part fait tout le plaisir et tout Tagrément des sociétés oii il se trouve ; Ton ne peut voir ailleurs plus de probité , plus de politesse. » Labr. ■ Il serait désirable , pour le plaisir des honnêtes gens^ qu'un coquin ne le fût pas au point d'être privé de tout gentiment. » In. « Avec le tabac, on apprend à devenir honnête homme. Ne voyez* vous pas bien, dès qu*on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche ? » Mol. « Ne trouves-tu pas que cette action d'embrasser ma défense sans me connaître est tout à fait d'un honnête homme ? > Id. Dans les FoUes amoureuset, Crispin se dit,
Selon l'occasion, Quelquefois honnête homme , et quelquerois fripon.
Riov.
« Tout est coterie : Vhonnête homme d'une maison est un fripon dans la maison voisine. » J. J. « Le monde croit qu'on peut être fidèle aux hommes sans être fidèle à Dieu; être orné de toutes les vertus que demande la société , sans avoir celles qu'exige l'Evangile; et, en un mot, être honnête homme sans être chrétien. > Mass.
Vhomme d^honneur est la fleur des honnêtes gens, l'homme qui observe l'honnêteté même alors qu'il lui en coûte le plus ou qu'il n'y est point strictement obligé. Pour qu'un honnête homme puisse être appelé homme d^honneur, il faut, suivant Charron, qu'il y ait difficulté, peine ou danger, et que l'action ne soit ppint d'obligation, mais de surérogation. Vhomme d^honneur ne se contente pas d'éviter ce qui est incivil ou injuste ; il ne se permet rien de bas ou de honteux, et surtout il ne consent jamais à mentir ou à se parjurer. Il n'est pas seulement irréprochable dans sa conduite , mais encore irrépréhensible dans ses sentiments. « Des hommes d'une probité et d'une vertu qui se soutient contre tout intérêt , des hommes d'honneur quand il en doit tout coûter pour l'être , des hommes équitables contre eux-mêmes. » Boord. c Comme sénateur, Socrate avait prêté le serment de dire son avis selon les lois. II refusa de souscrire à l'arrêt par lequel le peuple avait condamné i mort neur capitaines , ne croyant pas qu'il convint à un homme d^honneur d'aller contre son serment pour complaire au peuple. » Fén. « Artaxerae , voyant qu'il ne pouvait vaincre Datame par la force et par les armes , ne rougit point d'employer l'artifice et la trahison pour s'en défaire; moyens indignes de tout homme (f/ioftneur; combien plus d'un prifacel » Roll.
La parole surfit (sans qu'il soit besoin de signature) entre des gens d'honneur, Dbst.
c n faut que je vous dise cette histoire. C'était une personne d'honneur qui la contait l'autre jour en un lieu où j'étais. > Pasc
Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme tThonneur On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.
Alceste. Mol.
Le galant homme a dans les pro:édés le carac • l tftre de noblesse que l'homme d'honneur a dans