‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 324 sur 444 · B. Rouas · texte numérisé non relu

B. Rouas

Bigot , quelle qu'en soit l'étymologie , annonce un hypocrite dont le caractère est la sottise ou la faiblesse d'esprit, qui est puérilement attaché aux moindres pratiques extérieures du culte. « Que ma nièce choisisse (pour mari) un honnête homme qui surtout ne soit point bigot.,. , qui ne sache pas ce que c'est que la constitution.... Je ne veux point laisser mon bien à un sot. » Volt, a La main des sots et des bigots a voulu m'ècraser. » In. a Traiter la simplicité de sottise,

et la sincère piété de higoteris. » Boss. t L'ahbè Auger avait des mœurs religieuses , quoique hds petitesse et sans bigotisme, » Làh. c Uae bigoterie universelle abattit les courages et eogoordit tout Tempire (d'Orient).... La différence est totale entre une armée fanatique et une amie bigote. On le vit dans nos temps modernes, daos une révolution fameuse, lorsque rarmée de Cromwell était comme celle des Arabes, et lei armées d'Irlande et d'Ecosse comme celle des Grecs. » KoHTBSQ.

Ctkgot et cafard sont des termes injurieiu,doai le second renchérit sur le premier. Le curé de Saint -Sulpice et le cardinal de Noailles refosùot les sacrements à Mme la duchesse de Berry, dangereusement malade , à moins qu'elle ne te séparftt de Riom et de Mme de Mouchy.... li Houchy, indignée, « le prit sur le baut ton,di'. ce qu'il lui plut sur son mérite et sur rifiront que des cagots entreprenaient de lui (un eti Mme la duchesse de Berry. > Mme la daches l'ayant appris elle-même, « se mit en furie, répondit des emportements contre ces co/ardf qci abusaient de son état et de leur caractèie por la déshonorer par un éclat inouï. » S. S.

Mais quelle idée faut-il se faire préciiêmeatdc cagot , et en quoi diffère-t-elle de celle da mfard?

Cagot, dans Rabelais, se dit des ma»

de ceux qui portent la cagoule ou le espace, e: particulièrement des moines mendiants; es an qu'un cagot est, en fait d'hypocrites, oa ^ moine ou un gueux.

L'on dit qn'U ùmï en diligence Aller massacrer les eagotsi L'autre dit qu'il fkat de fagots Les entourer dans leur repaire, Et brûler gens et monastère. l^r-

Tout simplement donc je vous dis Que dans ces jours de Dieu bénis, Od tout moine et tout cagot mange Harengs sanrets et salsifis.... Volt.

« Le duc de Grammont employa des barbes siks de Saint-Sulpice et de ces cagots abrutis de hi:bichets des Missions , pour faire goûter ce gnz^ acte. » S. 3. « On voulut m'envoyer faire pénitence dans le plus crasseux et le plus cago^^ séminaires. > Màrm. Dans Molière, Damis appeH' Tartufe

Un eagot de criliqœ,

et presque attssitdt Dorine le traite De gueux qui, quand il vint, n'avait pu de i«'

liera , Et dont l'habit entier Valait bien six deniers.

Le cafard^ que ce mot vienne de Thébreo taphar, cacher, couyrir, ou du turc ca^i ^ renégat, n'est pas tant vil que fourbe et »«• chant. C'est un personnage sombre , d'une hypocrisie profonde et redoutable. « Dieu fasse ^ à tous les honnêtes cafards qui suivent riQ»-^ rance du prophète de la Mecque , toujours pm ^ massacrer saintement le genre humain!»^-; Voltaire dépeignant des gens de police, t«» chex lui pour Tappréhcnder et le conduire* » Bastille, dit:

L'on près de moi s'approche en sjcopbsote :

SYNONYMES k RADICAUX DIVERS.

Un mainlien doui, nne démarefae lente , Un ton cafard^ nu compliment flattenr, Cachent le fiel qai lai ronge le cœor....

Mlleurs , il înTective en homme qui s'y connaît contre le jésuite Paulian , qui Tarait insulté dans un écrit: c'est, dit- il, un cafard ^ un de ces maroufles d'espèce méchante et sotte qai font des libelles pour gagner du pain , qui crient Dieu , Dtev, Dieu, religion j religion, pour attraper quelque petit bénéfice , et dont le zèle est regardé comme un mélange affreux de friponnerie et de £uiatisme.

Tartufe est le nom de l'hypocrite mis sur la scène par Molière. Il a été depuis adopté dans toutes les langues de l'Europe pour représenter sous une (àce particulière le vice en question. Il le représente d'abord quand il est fait allusion à la pièce de Molière , qui lui-même s'en sert dans ses placets à Louis XIV en faveur de son immortel ouvrage. « H est très-assuré, sire, qu'il ne faut plus que je songe à faire des comédies , si les tartufes ont l'avantage.... Les tartufes , sous

main , sire , ont eu l'adresse de trouver grâce au« près de Votre Majesté ; et les originaux enfin ont fait supprimer la copie. » « Tous les tartufes se déchaînèrent contre Molière jusqu'à sa mort. » Volt. « Si chaque siècle abonde en tartufes^ chfi- ' que siècle n'a pas un Molière. » D'Al. — Et quant au sens précis du mot , dans le langage commun, entre les hypocrites le tartufe a cela de propre , qu'il prétend diriger les autres dans la voie du bien, c'est l'hypocrite qui proche la vertu, c Je ne vois aucun moraliste parmi nous , aucun de nos loquaces prédicateurs , aucun même de nos tartufes , qui ait fait la moindre réflexion sur cette habitude affreuse. » Volt. « Cette mère , dévote outrée , et dirigée par je ne sais quel abbé tartufe , en usait très-mal avec le cadet de ses enfants. » J. J. « Mes écrits , où le cœur qui les dicte est empreint à chaque page, passeront pour les déclamations d'un tor« tufe y qui ne cherchait qu'à tromper le public. » In. « S'il s'enflamme en parlant de la vertu , c'est un tartufe. > 1d.

ICI , LÀ. Adverbes servant à indiquer un point <le l'espace ou du temps à l'égard de la personne qui parle.

Ici marque le point même où elle est , et là un point plus ou moins éloigné où elle n'est pas. Venez ici^ allez là; approchez, vous serez mieux tet que là; de là il doit revenir id; d'ici là , j'aurai arrangé votre affaire.

f ci signifie un point précis , spécifie l'endroit ou l'époque par l'idée de la personne.

Les bieni sont loin de nous, et les maux sont ici.

Volt.

{À est plus vague ; il a besoin , pour être entendu, d'être accompagné d'un signe de l'œil ou de la main . ou d'avoir été déterminé auparavant dans le discours. Vous dites , en montrant une partie de votre corps : j'ai mal là, « Dans un mémoire imprimé à Cambrai, et qui nous est venu de tô , on lit ces mots sur la fin. » Boss.

IDÉE, TÈTE. Dans Vidée y dans la tête y c'està-dire dans l'esprit.

Idée a rapport à l'intelligence , tête à la volonté. On a dans Vidée ce qu'on pense, et dans la tête ce qu'on projette. C'est parce qu'on a dans Vidée qu'une chose réussira , qu'on se met dans la tête delà faire. — Ce qu'on a dans l'idée est une opinion. « J'ai dans Vidée qu'il ne viendra pas. » Acàd. Ce qu'on a dans la tête est un dessein, un plni, quelque chose qui regarde la pratique ou la conduite. « Tout Tart de la montre est dans la UU d« l'horloger. » Fen. « Ces paroles font voir que Cicéron avait déjà dans la tête tout le plan et tout l'arrangement de la conduite qu'il devait tenir par rapport aux conjurés. » Roll. Une femme ne fait que rêver à l'homme qu'elle a dans l'idée; une jeune fille se propose d'épouser l'homme qu'elle s'est mis dans la tête : « Ma fille est une opiniâtre , qui s'est allée mettre dans la

ITK. FRAKÇ*

tête un certain Cléante ; et elle jure de n'épouser personne que celui-là. » Mol. -~a Les courtisans se mettent aisément dans l'td^e que le prince doit faire leur fortune ; mais il en est peu qui se mettent dans la tête de le mériter par des services marqués au coin de la vertu. > Gir. a Le philosophe curieux , au défaut du vrai , où il ne peut pénétrer, se forme dans Vidée un système , du moins vraisemblable, sur la nature, l'économie et la durée de l'univers. Le politique ambitieux, incapable de goûter le repos, ne cesse d'avoir dans la tête des projets d'agrandissement et d'élévation. » In.

D'un autre côté , ce qu'on a dans la tête y est plus ferme, on y tient davantage, en homme têtu ou enti^f^. On a. dans l'td^e des idées ^ des i naagi nations , des fantaisies, quelque chose à quoi on n'adhère pas très fortement ; mais on a dans la tête des sentiments bien arrêtés auxquels on s'attache avec obstination : « Dès que notre vice-roi s'était mis une opinion dans la tête, c'était en quelque façon battre l'eau que de vouloir la lui ôter. » Las. Bourdaloue parle d*une femme qui n'aime que le jeu , qui du matin au soir n'a dans l'td^ que son jeu; et le chevalier de Grammont dit de lui-même : « J'avais tellement le jeu dans la tête , que le précepteur et les régents perdaient leur latin en me le voulant apprendre. » Haii.

f IDÉE , NOTION , CONNAISSANCE ; — 2» MA- GINATION, CONCEPTION, RÉFLEXION, PENSÉE.

Résultat de l'action de notre intelligence.

Vidée , la notion et la connaissance s'acquièrent et sont d'un être capable de se représenter les choses et de savoir; V imagination, la conception^ la réflexion et la pensée sont formées en nous et par nous, elles sont plutôt d'un être qui combine, crée , invente , tire de son propre fonds

DEUXlÊlifi PARTIE:

Les .])remière9 supposent diR relation «ctuellement établie entre notre intelligence et les objets sixr lesquels elle a prise ; les dernières la supposent fécondée sans doute antérieurement, mais actuellement renfermée en elle-même et combi* nant on produisant en Tertu d'une énergie qui lui est propre. Les unes appartienneiit à tous ceux qui veulent s'en emparer; les autres nous sont plus personnelles, on ne peut nous les ravir sans plagiat, c Vous derez plus à Dieu qu'un autre, vous qui avez acquis beaucoup de eonnaiisanees très-utiles , et qui avez l'esprit exercé anx réflexions les plus sérieuses, -à fêm. « Alors les hommes ne peuvent mutuellement se faire connaître leurs pensées que par le moyen des idéa qui sont communes A tous. » Gond. .

!• Idée , notion , connaissance:

Idée , de loslv , voir , Wa , image , esttine représentation pure et simple des choses . une appréhension dénuée d'affirmation et de négation. Ainsi, quand nous assistons à un spectacle et que nous ne songeoDs point à juger de la vérité ou de la fausseté de ce qui se passe sous nos yeux, nous recevons par la vue un grand nombre d*idées. Les idées ont encore cet aulre caractère de nous advenir sans travail , sans application de notre part; souvent même elles nous obsèdent. Or, comme c'est principalement pendant le rôve et la rêverie que nous nous abstenons de juger expressément et volontairement de la vérité et de la fausseté des choses qui nous préoccupent , et que nous abandonnons notre intelligence à ellemême, l'idée est surtout d'un rêveur : la rêverie se repaît d^idées riantes, légères, capricieuses. Vidée a même étéprise pour la rêverie elle-même, pour un rien , une chimère. Maître Jacques dit à Harpagon, sur les chevaux que celui-ci laisse mourir de faim : « Ce ne sont plus rien que des idées ou des fantômes , des façons de chevaux. » Mol.

Mais, direz-vous, ee triomphe héroïque N'est qu'one idée , un songe platonique.

J. B. Ronii.

Le roi n'est qu'une idée, et n'a de son pouvoir Que ce que par pillé vous lui laissez avoir. Cork. Dieu , doDt jusqu'au tombeau leur ame possédée Fit son seul aliment, n'est-ce rien qu'âne idée?

LAXAaTXRB.

c On me dira que ces prétentions , ces espérances , ces désirs n'ont rien de réel , que ce sont de simples idées ^ et communément de vaines chimères. » Bouan. « Cette sentence n'est donc qu'une pure idée^ le songe d'un homme qui veille , le jeu ou l'égarement d'un esprit qui bâtit en l'air. » Boss.

La notion et la connaissance . outre une simple appréhension, impliquent une croyance ou un jugement. Nous les acquérons plutôt qu'elles ne nous adviennent, et ai le mot idée se dit surtout quand il s'agit d'images et de rêveries , notion et eonfiawance se disent en matière de science et d'érudition. Vidée ^ c'est ce qu'on se représente : elle est claire ou obscure , distincte ou confuse, et s'exprime par un mot. La notion et la connaissance , c'est ce qu'on sait : elles sont nombreuses, superficielles , étendues , etc. , et s'expriment par des propositions.

La noiiof» , k son tour , ee distiogae ûtément de la connaistanee. C'est un simple sperça, une m générale et sommaire . une cemiaissimn eanloppée , élémentaire , anper&cieUe et qui par ooiséquent demande pour être acquise pea detnvail. Les sciences donnent des nottoni prèlim* naires avant de donner dés eonnaiiisiMei. Od n'a qu'une légère notion d'une afiaire avant d'ea prendre eonnaissanee. « Je n'ai pas une tomsasanté parfaite de cela , je n'en ai qu'une ùa^ notion y qu'une faible notion. » Acad.cUiB»mains ne nous donnent des Gaulois et des Gemaias que des sMttons trè»4ffiparfiaites. > Bau. On a quelquee naUone en chimie, en philoMphii, en matbématiqoes. Les noftoiM du bien et t beau , les notions du sens commun sont des faites générales relatives au bien, au beau, etc. auxquelles «toutes les intelligences arrivent, (t desquelles le travail et le raisonnement peoir» faire sortir des eonnaitsances.

La eonnaissance en effet est en germe dass » notion, et il fiant, pour l'en tirer, édainirA développer Idi notion par l'étude. Nul n'a de cnnaissances qui n'ait cherché expressément îles acquérir, qui ne se soit familiarisé avec leur oljet. Les connaissances sont d'ailleurs systénatisées ou susceptibles de l'être. Toute science et un système de connaitsances. Enfin, les comisanees «ont considérées comme fixées dans ïatendement d'une manière durable et y fonsaai un recueil. On enrichit son esprit de amteanees. Les connaicroncef d'un homme, c'eîi tout ce qu'il a appris , tout ce qu'il sait. Efflp^Jdane certaines phrases en un sens absolu, le ibc< connaissoneê exprime toujours ce que Toa sbien , dans tous les détails : prendre «wusuh^' d'une al&ire , Juger en connaissanùs de aiise. ^ trouver en pays de connaissance.

2* /maj/inolion, oonceplion, — in^^^''^)^'' sée.

VimaginaUon et la caneej^ian sont le pn^v: du travail de Tintelligence sur les idées, t'^ dire des combinaisons telles que celles dunsio^ naire ou du peintre, de l'artiste* de rhoDoef compose dans nn genre quelconque; ^^^T et la pensée sont le produit du travail de Iw ligence sur les notions et les connaiffancef,c^^ à-dire des combinaisons telles que celief «s penseurs, des philosophes et des lavanls.^ plus, il n'y a pas dans la production despr^ mières, bien qu'émanant aussi du travail ifitiB^ de l'esprit, autant d'attention expre8ie,d'a|# cation volontaire; elles peuvent avoir qoel^ chose de spontané , d'inspiré.

Imagination ^conception,

Vimagination est la conception du f^^^' a toujours quelque chose d'irrégulier, de »zarre, de fortuit; c'est une fantasmigowjj^ effet, on dit des imaginations étranges, foue; vaines, creuses, grotesques, extravagante;* repaître d*imagiwaions, La eoncq^tio» est itj*' gination du poète, c'est-à-dire une imasiw»»^ conforme aux règles du goût. Nous ne g^j nous pas nos imaginations : elles ne ""ff^ en nous que des idées et la capacité ^« *f ^ cicr involontairement. Mais nous sunreillon»» *»

SYNONYMES À RADICAUX Î)IVERS.

AOiis ne gouvernons pas, nos consepliofu : elles supposent que nous pouvons combiner des idées de manière à produire certains efiets. Vliiaàe et V Enéide sont de belles coneeptiona. On dit de Tves , de brillantes , de riches concepltoiic. « Ces philosophes ont cru concwoir des choses qui n'étaient que dans leur imagvMUon. » Coud.

Atf/leston, p$n$ée,

La réflexion est beaucoup plus relative que la poutfs. Elle marque le résultat d'un examen de certaines connaissances déterminées. On fait des réflggiom sur un sujet donné ou sur une action qu'on va foire. On dit bien les pensas de Pascal ; CD ne dirait guère 1^ réfiêxions de Pascal à moins d'ajouter sur quoi elles roulent. « If. Nicole a donné an public deux tomes de r^exiong sur les épitres et sur les évangiles. » Bac. a C'est ce que l'ai dit dans quelques petites réflexions sur Pascal. « Volt. « Louis Racine dit dans ses réflexions sur la poésie qu'Horace et Virgile g&tèrent Auguste.» lo. ~ Les réflexions d'ailleurs semblent étro plus amenées par le sujet, et partant moins originales; ce sont des résultats de oomparaisonâ, des combinaisons plutôt que des créations; la pensée est plus nôtre, parce qu'elle est plus indépendante^ « Que ces paroles sont dignes d'être méditées , et qu'elles peuvent servir de matière à de belles réflexions I • Boss. ^

Le metpstK^e, de pensare, peser, est donc le terme qui exprime de la façon la plus générale Vœuvre de notre intelligence sous la direction expresse de notre volonté. VoilÀ pourquoi de tons les actes de l'esprit ou de l'intelligence la pénale seule nous est imputable; pourquoi on la dit bonne ou mauvaise, noble, sublime ou basse, vertueuse ou coupable. C'est aussi pourquoi ce met s'emploie généralement pour exprimer tout acte de T intelligence qui demande attention , méditation , grand examen , comme nos projets, nos desseins, nos résolutions. Voilà pourquoi enfin dans les systèmes philosophiques qui, comme celui de Descartes, rapportent à la seule puissance de l'esprit i peu prèi tout ce que nous savons, le mot pensés se dit de tous les actes et de tous les produi|s de notre intelligence; au lieu que dans ceux qui, comme celui de Condillac, font venir de l'extérieur tout ce que possède notre intelligence , c'est le mot idée qui jouit de ce privilège. Mais , quoique conservant encore des traces de cette grande généralité attribuée par les philosophes aux deux mo^ td^e et pensée^ le langage commun dans les cas où il est besoin d'une grande précision , maintient entre eux et entre tous ceux qui les accompagnent dans cet article les distinctions que nous avons signalées.

Il sulfit d'avoir un entendement pour acquérir des t'dte, et de pouvoir les lier pour former des tnuM^tnaltofu. Les animaux paraissent capables de l'un et de l'autre. L'homme le plus ordîinaire est apte A recevoir des notions , et , pourvu qu'il travaille, un grand nombre de oownaissanees scientifiques. Il faut avoir reçu de la nature qneique souffle inspirateur pour former des conespftofis brillantes f un esprit doué de justesse et de rectitude pour faire de bonnes ré^

flexions ^ et du geiiie pour produire des pensées neuves.

ILLUSION, CHIMÈRE. Idées fausses, erronées, sans fondement, dont l'esprit est pénétré, et provenant d'apparences trompeuses ou de vaines imaginations. On se repaît d'illusions et de chimères; un homme est plein d'illusions ^ et il a la tête remplie de chimères.

Illusion , du verbe latin illudere , se jouer , se moquer, marque l'action des objets sur nous, et l'effet qui en résulte. Villusion a un double caractère : d'abord elle n'est pas toute gratuite, elle suppose au dehors des objets qui agissent sur nous de manière à nous tromper , qui se font voir autrement qu'ils ne sont; et ensuite elle est subjective, c'est-à-dire qu'elle fait consid'érer l'erreur par r^)port à son eflet sur nous. La chimère^ au contraire, est tout entière le produit de l'ima- ^nation, comme le monstre fabuleux qu'elle signifie primitivement, et, de plus, elle se considère objectivement, en soi, comme étant belle, extravagante , réalisable , possible ou impossible. <- Deuat différences qui demandent à être développées.

Villusion suppose des choses existantes , et se rapporte A la manière dont elles se montrent à nous ou à la manière dont nous les voyons; elle est le fait de l'esprit qui se laisse abuser ou qui embellit, exagère; elle est contraire à la vérité et tombe dans le domaine de la logique. « Les sophistes n'éblouissaient que la multitude; les sages se garantissaient de Villusion, » Bartb. La chimère est une pure invention , une pure création; elle représente des choses qui n'existent pas et ne sauraient exister; elle se rapporte à l'existence et non aux couleurs , à la forme de la chose ; elle est contraire à la réalité et tombe dans le domaine de l'ontologie. « Ceux qui ont la fièvre chaude , ceux qui dorment ne voienVils pas des chimères de toutes façons qui ne furent jamais? » Mal. Un homme à illusions est un homme prévenu , passionné , qui est le jouet des choses ou de son imagination : il ne voit pas ce qui est comme il est. Mais un homme à chimères est un homme à projets extravagants , qui a un grain de folie , qui se crée des fantômes , qui voit ce qui n'est pas. Chimère enchérit donc sur illusion. C'est ainsi que l'entendent nos meilleurs écrivains, a Les vérités abstraites n'agissant presque jamais sur nos sens, on les prend pour des trustons et pour des chimères, » Mal. « Sciences imaginaires qui laissent à ceux qui les embrassent ce caractère de folie qui fait qu'on prend plaisir à se repaître d'illusions et de chimères, » In. « Quoique tout cela^fAt autant d'illusions et de chimères,,., » Bouan. < Voilà dans quel esprit on jouit; tout le reste n'est qu'illusion ^ chimère, sotte vanité. » J. J«

ii^tiston , d'origine verbale , exprime un fait et son rapport à nous qui en sommes le but : on se fait illusion comme on se fait mal, honneur, justice. Chimère, d'origine nominale, signifie l'objet même sur lequel porte Terreur , et n'a pas de rapport à nous : on se met des chimères en tête et non des illusions ; on ne se fait pas ciitmèrst on se crée une ou des chimères. Villusion ,

Page 1