DEUXIÈME PARTIE
0B6CCR1TÉ, TÉNÈBRES , — NUIT. Défaut de lumière.
Obscurité et ténèbres diffèrent d'abord comme l'abstrait du concret. VobscuHté est quelque chose d'idéal , une qualité , et on dit bien Vchseurite des ténèbres, « Des éclairs continuels formaient un jour (dans cet orage) malgré l'obscurité des ténèbres. » Regh. « ici commence ToeuTre des ténèbres dans lequel je suis enseveli, sans qu'il m'ait été possible d'en percer l'effrayante obscurité. » J. J. Les ténèbres sont, au contraire, quelque chose de matériel , un objet : Dieu se* para la lumière des ténèbres (Buff.). fitre dans Vobscuritéy est une expression communément usitée et qui signifie un rapport local , quelque chose de spirituel qui n'est représentable ni aui sens ni à l'imagination» Hais on dit, en considérant les ténèbres comme un nuage , une fumée , des vapeurs, dissiper ou percer des ténèbres (AcAD.). Nous marchons dans V obscurité (Pasc.) , nous sommes environnés de t^nébref (J. J.).c Portons avec joie le joug de la foi , aimons ses saintes ténèbres^ adorons Dieu humblement dans cette vénérable obscurité, » Boss. « Nous aimions mieux les ténèbres que la lumière.... Nous nous plaisions dans Vobscurité. » In. « Il faut que les enfants s'habituent de b<xine heure aux ténèbres; autrement ils pleurent et crient sitôt qu'ils se trouvent à Vobscurité. > 1. J. « Ne raisonnez pas avec celui que vous voulez guérir de l'horreur des t^èbres.... On ne voit plus avoir peur de Vobscurité quiconque est accoutumé d'y être. » ID. De ces exemples il résulte que Voheowrité est comme le lieu , une sorte de cantenant , une abstraction, au lieu que les ténèbres sont des choses , une sorte de contenu , de corps ou de matière.
Ensuite , les ténèbres sont une obscurité épaisse, qui a de la consistance pour ainsi dire , et de là vient que le mot* de ténèbres se met volontiers après celui d'obscurité pour en augmenter ta valeur. « Ces personnes recherchant Dieu ne trouvent q}x*obscurité et ténèbres. «Pasc. « Plutarque remarque que le bon Dieu venait d'une très-pure lumière , et le mauvais de Vobscurité et des ténèbres. » Boss. « Dans le profond abîme de la Trinité notre foi ne trouve que des obscurités et des ténèbres. > Bourd. « Vobscurité a lieu , lorscju'il n'y a pas assez de lumière pour distinguer les objets ; les ténèbres , lorsqu*on ne voit rien , parce qu'on manque tout à fait de lumière. » Cond. — Au figuré , de même : obscurité annonce simplement de la complication et de l'embarras, et ténèbres nne entière confusion, une espèce .de chaos. RoUin dit au sujet de l'histoire des successeurs d'Alexandre : « C'est peut-être la partie de l'histoire ancienne la plus compliquée et la plus mêlée ^^obscurités et d'embarras.... Je. n'ai plus d'auteurs anciens qui puissent me conduire dans ces ténèbres et dans ce chaos. > ,
La niitt se distingue surtout, sinon uniquement , par l'étendue et la durée. La nuit de la tombe :
Les cruels.
Ont de leur trahison caché la trame impie ; • Dans la nuit de la tombe elle est ensevelie. Yolt.
«Plût au ciel que le nom de tous ces prétendus
héros dont on a célâ)rè les crimes fdt easereli dans la nuit de l'oubli I » Buff. < Cet siècles de barbarie sont ensevelis pour jamais dans une mitt profonde. » In. « Nous avions entièrement oublié le soleil dans la longue nuit de notre ignorance. • Boss. « Bacon , né dans le sein de la auit laplas profonde. » D'Al. « La révolution nécessaire des empires a souvent des causes cachées que lauit des temps nous dérobe. » In. « A mesure que le péché dégénère en habitude, la lumière de Dks se retire , les ténèbrss croissent et augmente^:. et arrive enfin la nuit profbnde et Taveugleinfiii entier. 9 Mass.
Dieu d'Iaittëly dissipe enfin cette ontae :
Quand sera le voile arr^lié Qui sur tout ronivera jette une nuii si sombre*
Jusqu'à quand seras- ta caché? lUc
OBSERVER, GARDER, ACCOMPLIR. Suimen
agissant ce qui est prescrit par une loi, unerè^ ou un commandement.
L'idée propre d'observer est celle d'une coo^mité à quelque chose qu'on observe ou quo& regarde , qu'on a devant ou sous les yeux, et es guide. L'idée propre de gcarder est l'idée négit^ de retenue, de respect, de crainte de blesset, d'enAreindre ou de laisser échapper. Obsentrh bienséances , c'est agir selon ce qu'elles destndent, s'y assujettir : les garder, c'est se àax de garde de les choquer. On observe le 8ilea:e. quand on obéit A une loi qui ordonne de se tant, on garde le silence , quand on s'abstient oaqaot ne se permet pas de parler. On dit bien otoif la discipline, c*est s'y plier; on ne dit pasoi«r- , ver un secret , mais le garder , c'est prendre pii qu'on ne le sache, avoir soin de ne paslediit- L'idée propre é'auomplir est celle de plénitedt ou d'achèvement. On n'accomplit pas les b» séances , le silence , la discipline ou un secret, ce ne sont pas là des choses qu'on effectue, quit réalise par la pratique , qui soient suiceptii^'d d'être réduites en actes ; mais on acoomplU f^ devoirs,, une loi ou un commandement, et ccsi les observer d'une manière accomplie oiicmf^^ de tout, point. « Souverain législateur, i^ser Christ voulait que toute la loi fût OMonpUt}^ ques à un point, s Bodrd.
Observer la loi ou les commandements , c'est s? accommoder ^y conformer sa conduite. Les^anûr, c'est être très^ttentif , veiller à ne les pûji|^ transgresser, à n'y point manquer, âne s^ point écarter. Les accomplir, c'est faire tout» qu'ils prescrivent sans rien omettre, wm^^ tâche qu'on remplit entièrement
Vous observe f une méthode,, des ordres, «le
traditions , vous y avez égard, « En obscf^ cette méthode on est sûr de convaincre. > P^ « On croit assez faire pourvu qu'on obsent à ordres du général. » Boss., « Jésus-Christ cwdamne-t-il a))solument cette régulddté qu^ ^ satent paraître les pharisiens à obsemcf ^^ les traditions et toutes les cérémonies? Nos-,' Bouan.— Vous garde% la justice, les règles*^ justice, la foi conjugale, vous vous appjiq»"; n'y porter aucune atteinte..* On dirait : J'«tteD® que Dieu me touche pour (jrarder ht foi conjufv^' Bouan. « Carden<-ils dans le jeu la mùiam
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
conveuble?» lo. cYous devez toujoun la garder, cette justice. » 1d. « La justice que Toue devez garder entre vous et vos voisins. » Fin. Garder la neatnlité (Id.) , les capitulations à Tégard des ennemis (Id.), les bornes de la véiitft et delà» justice (P. R.). — Vous aceomplis9€M les œuvres de la piété ou de la charité, une pénitenoe, vous 7 ntisfaites pleinement , vous faites jusqu'aa bout ce qu'elles exigent. « On n'observe pas les règles de la loi de Dieu, on n'en eesofliflfi pas- les devons. vBouRD. c Quiconque aime Dieu de bonne foi a déjà aeeompU tous les- préceptes dans la disposition de son coeur. » Id. « On reprochait aui mazimes de Jésus-Christ qu'elles étaient si pea i la portée de la faiblesse humaine , qu'on ne croyait pas que personne pût les accomplir. » Mass. « Tous vos devoirs sonVils remplis? Les soins de vos places et de vos dignités sont-nls aoquittés, les œuvves de la piété aeeompUes? » lo.
On oheerve aveo plus on molnt de fidélité : « Il obeerve les grandes choses avec quelque fidélité. » BooBD. On garde inviolablement des lois (FiN.) , la loi de Dieu (Boniin.) : « Il &nt que je garde inviolablement les lois de la chevalerie errante. > Lëb. L'adverbe parfaitement est celui qui va le mieuz avec accomplir ; « On u'aceompUra par&itement le précepte de l'amour de Dieu que dans le deL » Kal.
OBBOR, MBffBn. Ce qo» certtdnss Choses nous font éprouver o» pensevoir par l'organe du nez.
MBHr, latânoiior , est le tenme- générique et le plue usité. Il se prend au figuré oomme au propre et en mauvaise comme en bonne part. Mourir en odeur de sainteté ; être en bonne odewr , en mau- ^vaise odewr. « Jusqu'à l'âge de deux ou trois ans Il ne fMuntt pas que les enftnts soient sensibles ni aux bonnes ni aux mauvaises odeurs. » J. J. m l'ai oui din que les sauvages avaient l'odorat tout autrement afièeté. que le nôtre , et jugeaient tout difléremment des bonnes et des mauvaises odewrt. • In. Odewr dégoûtante (In.).
SenUÙr, oe qu'on seiU , ne s'emploie qu'au propre et désigne toujours quelque clkose d'agréable. Aussi se dit-il particulièrement bien des parfums, des essences, de tout ce que l'industrie de l*homme compose pour le plaisir de l'odorat. K L'humilité est de la nature de ces senteurs preneuses qui ne se conservent jamais mieuz que lans un vase bien fermé. » Bourd. « Il y avait les parfums en eaux , en essences, en poudres, *n pastilles. Quand tout l'empire de Flore , avec es deuB Arables, et le» lieux où naît le baume, «raient distillés, on n'en ferait pas un assortiaent de senleurr comme ceiui4à. > Laf.
Autre différence tout aussi importante.
L'odeur est objective : c'est quelque chose qui et dans les objets ou qui en émane. « Les zéphyrs nous faisaient respirer un air plus doux , et mportaîent une partie des odeurs des arbres et es fleurs. j> Les. La^enleiir est subjective : c'est e qui est senti par le sujet, l'impression qu'il reoit. « L'effbt des senteurs nous parait par l'imression qu'elles font sur la tête. > Boss. La ;nteur est l'odeur lenfte ou* en tant qu'elle fait
senfoMof». Les odewpt servent à distinguer les corps; une personne aime ou craint les cefifsur^. Bn disant de- ceftaines plantes qu'elles ont de l'odeur, telle ou telle odeur, vous en faites connaître une propriété; en appelant certains pois des pois de sentewr^ vous indiques TefTet qu'ils produisent,' non pas sur le sens du goût comme les autres pois , mais sur celui dont le nez est l'organe. Le lièvre laisse après Ini une odewr, et c'est par la «enfeiir de sa piste (Fér.) ou de cette odeur que les chiens le découvrent. Montaigne rapporte, d'après Plutarque, qu'il y a, dit^on, aux Indes c des hommes sans bouche , se nourrissant de la senteur de eertaines odeurs. » On lit dans GU BU» : c Notre odorat fut saisi tout à coup d'une fenfeur agréable; nous nous tournâmes aussitôt du cOté de l'Orient d'où nous venait cette odeur. » '
OBIL, nBGillIB, QEILEA0B, GOUF D^OBU.. Action de la vue. Jeter les yens, un regav^, une œtUade, un coup d'cKi sur quelqu'un.
Entre l'csil et le regard se trouve une double différence qui demande à être indiquée d'abord.
L'onI est proprement Torgane, et le regard son exercice, ou bien' ce qui ei^ part, ce qui en émane.
Il marcite sans dessein ; ses^rnwmai assurés
ITosent lever an ciel leurs regards égarés. Bac.
Les geuXt quoiqu'on les dise Hgurément jetés par une personne, ne la quittent point, ne sont pas considérés hors et indépendamment d'elle ; les regards, au contraire , sont comme dtes traits qui se détachent et peuvent très-bien se rapporter à la personne qui les reçoit, c Tétais tenté de sortir de la ville à l'heure même pour me soustraire aux yeue du peuple, dont je ne soutenais les re* gards qu'avec peine, v Les. < Nelson avait plus de douceur dans les traits et dans le langage. Ses yeue surtout, ses y eus avaient l'éloquence de l'âme. Son regard, le plus touchant du monde , semblait pénétrer jusqu'au fond des cœurs ft lui ménager avec eux de secrètes intelligences. > M ARM. c Ses ye«s, pleins de lannes, suivaient avec effroi les regards égarés du comte. » In. « J'accablai à cent reprises le premier président de mes regards assenés et forlongés avec persévérance. L'insulte , le mépris , le dédain , le triomphe lui furent lancés de mes yeus jusqu'en ses moelles. » S. S. — D'un autre côté, le mot œil ou yeus , pris pour le fait de porter les yeux quelque part , exprime une action fortuite , vague , involontaire , et non pas active , énergique , attentive, comme est celle que désigne regard , c'est-à-dire action de prendre garde. Qui jette les yeux sur une personne ou une chose la voit; qui jette ses ou des regards sur elle la voit parce qu'il fait effort, ou la voit avec ardeur, en fait l'objet de ses recherches , de son étude , de sa contemplation , de sa considération , de ses égards, c Alors notre globe , comme un point de matière abandonnée , échappe à nos yeiis et n'est plus un objet digne de nos regards. » Buff. «C'est sur Alcibiade que ^ la république a les yeux , et que tous les regards \ s'attachent avidement. » Lah. « Je crois les da- | mes de Sicile de trop bon goût pour être capables de jeter les yeux sur un sujet si peu digne de