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DEUXIÈME PARTIE

et en général à ceux qui résultent des impressions extérieures, une trr»p forte lumière, un spectacle hideux. Cette idée du dehors , d'un fardeau apporté et mis sur nous est toute particulière à tupportêr. C'est pourquoi on ne dit pas supporter, comme on dit souffrir ou endurer la faim, la soif, la fièvre, des peines, des ennuis. On supporte proprement des malheurs.

A regard des autres hommes , nous supporlons leurs défauts, nous les supportons eux-mêmes; ce sont comme des fardeaux dont ils nous chargent. Je porte cet homme sur mes épaules , c'està-dire il m'est à charge. Nous endurons les procédés injustes , les injures , les insolences , les tracasseries de nos semblables, lorsque nous ayons assez de douceur et de retenue pour ne pas nous en irriter.

Quant à la manière, on souljpre avec douleur; circonstance qui n'est pas une disposition d'esprit, une qualité morale, telle que celles qui sont supposées par endurer et supporter. On endure avec calme, sans se laisser emporter; on supporte avec courage , sans se laisser accabler. On ne dit point en conservant à souffrir le sens qui lui est commun avec ses synonymes ici considérés : je ne puis souffrir ce mal , car on peut toujours souffHr, ce qui ne suppose que de la passivité. Mais on dit bien : je ne puis endurer ce mal, c'est-à-dire il m'impatieate, il m'indigne, il me soulève , il me provoque à la vengeance ; et, je ne puis supporter ce mal, c'est-à-dire je n*en ai pas la force , j'y succombe.

Qu'une personne souffre la misère , oda nous touche et intéresse notre sensibilité en sa faveur. Qu'elle endure la misère , elle fait preuve de patience et de résignation. Qu'elle supporte la misère, elle montre de la force d'âme ou du courage contre tout ce qui lui arrive de fâcheux de la part de la fortune ou des hommes.

Porter y étant le radical même de supporter, n'en diffère pas essentiellement (voy. I** partie, p. 156).

Digérer rappelle une opération du corps qui n'a rien de noble en elle-même. Aussi est-ce un terme familier. De plus, les maux qu'on digère ont toujours du rapport avec ceux des alimentsqui sont désagréables et difficiles à digérer ainsi qu'à avaler : ils ont. de l'amertume ou inspirent du dégoût. « En te commandant le jeûne pendant le carême , TËglise veut te donner quelque goût de la pénitence ; estimant que l'utilité que tu recevras d'une médecine si salutaire t'en fera digérer l'amertume et continuer l'usage. » Boss. « Pratiquer les austérités de la vie religieuse, en digérer les amertumes et les dégoûts. » Bourd. c Essuyer mille rebuts , digérer mille dégoûts. » Id. « Dites tout ce que vous voudrez , je ne saurais digérer cela , non plus que le potage et la tarte à la crème dont madame a parlé tantôt. » ( Ëlise dans la Critique de VÉeole des Femmes). Mol. — On endure an affront dont on ne se venge pas ; on digère un affront auquel on est très-sensible , qui est amer.

!• SOUMETTRE, ASSUJETTIR;— 2« SURJU- GUER , ASSERVIR. Ranger sous sa puissance.

Mais soumettre et assujettir n'ont évidemment

pas la même dureté de sens que tiii^ugm û asservir : ils expriment, non pas eoBune ceiéK* niera une destruction, mais seulsBent ont mtriction de la liberté; non pas isne c<mtniBte, mais une simple influence. Soumis et aciajelii, on obéit, on ne résiste guère, on est gagaè; subjugué et asservi, il faut de nécessité qa'ofi obéisse, on ne saurait résister, on est forci Soumettre et tusujettir, c'est mettre dans U àépendance , sous soi , dans un état inférieur; sAjuguer et asservir, c'est mettre dans uoe graaù dépendance , puisque c'est mettre sous le jou^ n dans la servitude.

1* Soumettre, ossHfeCftr.

SoumeUre est un terme générique, d'âne sigsr fîcation vague et capable de marquer tous ks degrés; même les plus faibles. «Je saisqQejf dépends d'un père , et que le nom de fils me i» met à ses volontés.* Mol. ÀssujeUxr indique plas de rigueur, quelque chose de plus strict, à q^â on est plus tenu , dont il est moins possible k s'écarter. « Nous avons une raison qui nouspres^ crit des devoirs, qui nous impose des lois. ce nous assujeUit à l'ordre. » Bourd. — « Vous ^ blirea des règles , et vos domestiques refusens de s'y sournettre^ ou, pour les y a<nj>iitr.i faudra reprendre, menacer.» lo. «On VLvmp l'uniformité de la vertu, une vie toujours» mise aux mêmes règles , toujours ofsvjetltf su mêmes lois. » Mass. « Il y a une philosophie^ nous soumet et nous assujeUii à demander, piie, solliciter, importuner en faveur de nos proches^ de nos amis.* Labb.

Ensuite soum^fre peut se rapporter i m i^ unique ou tout au moins rare; auUeaqu'tf» jettir suppose une sorte d'assiduité, q«î<î* chose d'habituel. On se soumet dans un seul es particulier à une punition , au jugement de qQstqu'un; on ï^assujeiiii à un usage, à uoeDoè, aux heures de quelqu'un , quand on s'y uf^ mode sans cesse. «Dieu ne devait pas atu&ii qu'Eve eût péché pour la soumettre aax doults-*^ de l'enfantement, ni qu'Adam eût désobd^ l'aitm'etCtr à tant de misères. » Boss. La Kwstf swn peut humiUer; l'aM^CûseeMsl est pl*^ gênant, importun, par la fr^uenle répetiu des actes qu'il commande.

S* Subjuguer, osserctV.

Subjuguer annonce «n vainqueur et wniaa asservir, un tyran et un esclave. Celui qui fl^ jugue l'emporte i est le plus fort, mais ilsip<" qu'il n'opprime point ; ce mot ne marque pas ^ cessairement l'injustice et la vexation. «Aloj^ dre subjugua aveo une promptitude incro^ toutes les terres de la domination persicBS^' Bos6. cSésostris attaqua la tibye, ^^^ grande partie de cette vaste région fat ^^ï guée. » Id. « Avec ce roseau Jésus-Chni***'' jug%ité plus de nations que les plus fameux <»|| quérants. > Bonan. « On voit dans les biitt^ des hommes qui remportent de» victoire** s^ prennent des villes , qui subjugue^ les eoi** qui détrônent les souverains. » Mass. « Nom » rions tort en insistant à cette évidence qai*|* su^uguefait enfin malgré nos vaines r«sû<*°^ Ifàn. Àoervir. au contraire, exprime ^^^

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

an abus. «Le moi est meommode wtx. «utres, en ce qu*il yeut les anseirir : car chaque moi est Tennemi et Tondrait être le tyran de tons les autres. » Pasc. « Une femme perdue d'honneur s'épuise , s*endette , se mine pour mi mondain à qui elle est attervie, dont elle essuie tous les caprices, qui n'a pour elle que des hauteurs, et qui ordonne de tout chez elle en maître. * Bouhd. k Que des hommes épars soient succeseryement anerws à un seul, je ne yois là qu'un maître et des esclayes.xJ. J.

iLoin d'être aux lois d'un homme en esclaye atser-

llariez-vons , ma sœur, à la philoaephie. Mol.

Un peuple tuhjugué a eu le dessous; un peuple attervi gémit dans les fers. Si on est fi4&jugué^ c'est qu'on est faible; si on est Oitervi, c'est quelquefois -parce qu'on est lâche. Avec beaucoup d'attraits , une femme suhjugut fincilement les hommes; avec beaucoup d'empire, de hauteur et d'exigence, une femme asservit un amant ou un mari à tous ses caprices. L'éyidence nous subjugue^ les passions nous otserviisetit. « Les riches ne songèrent qu'à sv^bjuqutr et asservir leurs voisins, s J. J. -

SOUPÇON, SUSPICION. (SOUPÇONNER, SUSPEC- TER). Croyance légère, fhible, incertaine, à quelque chose de désavantageux pour une personne.

5otip^on, autrefois souspeçan, et suspicion, latin fusptcto, viennent tous deux du verbe latin RMptcort, soupçonner, se douter, conjecturer. Mais soupçon , qui a une forme tonte française , 5st un terme vulgaire; au lieu que suspicion, ^tant calqué sur le latin suspicio, est un terme le palais. Le soupçon a pour ohjet toute sorte le faute ou de mauvaise action; la suspicion ombe proprement sur les délits. Yoiis entrez en oupçon contre votre ami que vous croyez infitèle , et en suspicion contre un juge qui vous )aratt prévariquer.

D*où il suit que la «uiptcion est moins vague tu mieux fondée, comme l'est la présomption lar rapport à la conjecture : devant les ^ibu- [aux on ne se contente pas d'idées imaginains , ni ne s'appuient pas au moins sur des indices , nr des raisons apparentes. Le fowp^oii fait qu'on st soupçonné; la suspicion suppose qu'on est uspect, c'est-à-dire foupfoini^ et méritant de être.

Entre soupçonner et snspeeter même dtflesnce , suspecter désignant dans l'objet un sujet e le souf çonner. La défiance on plutdt la méance soupçonne les gens mêmes qui n'ont donné iieun lieu au soupçon : la prudence su^ecte iux qui ont donné matière à la fuipiesofi. Un omme vrai peut être soupçonné de ne pas dire L vérité dans certains cas : le menteur est justetent suspecté de dir«|^aux dans le cours ordilire des chooes. La femme la plus vertueuse ira soupçonnés par un jaloux; la coquette est ispedée de tout le monde ou suspecte au public. SOUS , SUR. Ces deux prépositions de significaon contraire entrent néanmoins dans des locuons qui semblent équivaloir et sont asses diffiles à distinguer. On dit également , et sans

différence apparente, fliire une chose sousXél prétexte et sur tel prétexte , défendre une chose sous telle peine et sur telle peine.

Dans ces exemples, et autres semblables, s'il y en a, sovks s'emploie beaucoup plus souvent que sur. D'où résulte une première indication qui a déjà son importance. Scm annonce un prétexte ou une peine ordinaire, qui n'a rien de saillant, quelque chose de générai on de vague sur quoi l'attention n'est pas particulièrement appelée ; au lieu que sur est un mot rare réservé pour les cas remarquables , dont on ne se sert que quand il est question d'un prétexte ou d'une peine extraordinaire , qui est ou qu'on met en relief de quelque laçon que ce soit. À l'appui de cette distinction vient «un autre fait, savoir que, avec prétexte, seu^peut très-bien se passer de l'article , mais jamais suit : sous prétexte , sur le prétexte. Il y a plus : non-seulement sur prend nécessairement l'artide, ce qui prouve que «ur, dans cette acception, est précis ^ mais encore, ce qui confirme cette preuve , c'est que l'article lui-même se trouve quelquefois accompagné d'autres mots déterminatiis : sur le seul prétexte (Volt.), sur le simple prétexte (In.), que....

Sous le prétexte fait concevoir un prétexte vague, tacite, sous lequel on se cache, suivant le sens primitif et ordinaire de prétexte (de prx texere, tisser devant ou dessus), ce qui couvre» a L'amour- propre crain^ moins de résister secrètement à Dieu foia de beaux prétextes que de choquer les hommes. » Fén. < Tout consiste à bien vivre, disent nos Indifférents. Hais c'est encore, MOUS le prétexte de la piété, la plus fine et la plus dangereuse hypocrisie. » Boss. Mais sur le prételte est l'expression dont on se sert de préférence quand il s'agit d'un prétexte qu'on met en avant, qu'on allègue , qu'on pose ouvertement comme une raisoii ou comme im droit, c Vous savez bien que c'est ce que Dieu demande, et vous le lui refusez toujours sur de beaux prétextes. » Fàn. « La faction de Mustapha persuada aux janissaires que le jeune Osman avait dessein de didalnuer leur nombre pour affaiblir leur pouvoir* On déposa Osman sur ce prétexte. » Volt. « Ferdinand prétendait avoir droit sur le royaume de Naples , conquis sur la maison d'Anjou par Alphonse, son oncle, avec les forces du royaume d'Aragon. Sur ce prétexte, il proposait à Charles VIII de faire conjointement et de partager arec lui cette conquête. > Boss. — Tartufe se fait doucement donner les biens d'Orgon sous le prétexte qu'ils pourraient tomber en de méchantes mains , qui en mésaseraient. Vais on déclare la guerre, on intente un procès, on prétend un droit, sur tel ou tel prétexte. Le prétexte sous* lequel on fait une chose n'est pas la véritable raison; le prétexte sur lequel on fait une chose n'est pas une raison solide.

Sous peine peut indiquer nue petite peine : MUS peine d'amende (Acao.). « Le roi s'obligeait au bout de ce temps de rendre Calais, sous peine de payer cinq cent mille écus à l'ADgleterre. » Boss. Sur peine m'est usité quen parlant de

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