DEUXIÈME PARTIE
grandes peines : sur peine de la Yie (Boss. , Pasc., Siv., Mol., Volt.)- « Est-ce un article de foi qu'il faille croire sur peine de damnation? » Pasc.
SOUVENT , FRÉQUEMMENT. Bien des fois.
Souvenir sans terminaison significative, est absolu et objectif. Fréquemment^ d'une manière fréquente, avec la terminaison ordinaire des adverbes , laquelle est phénoménale et subjective , est relatif, a rapport à un sujet et lui attribue une habitude. Ce qui arrive souvent n'est pas rare , se voit de fois à autre : il arrive souvent qu'on se repent d'avoir trop parlé. Ce qui arrive fréquemment constitue une loi, un usage, une série d'actions auxquelles un sujet est accoutumé : il arrive fréquemment aux gens légers de trop parler. Vous voyez souvent une personne que ie hasard offre à vos yeux dans la rue ou ailleurs ; vous voyez fréquemment une personne auprès de laquelle vous êtes assidu, à laquelle vous avez coutume de rendre visite. Vous avez souvent occasion de rencontrer telle personne dans telle maison où vous allez fréquemment. —
Par un prompt désespoir souvent on se marie, Qu'on s'en repent après tout le temps de sa vie.
Mol.
« Comme les Romains ne connaissaient pas l'usage du linge , ils étaient dans la nécessité de se baigner fréquemment, > Cord.
Un homme parle plus ou moins souvent dans une certaine espèce d'assemblée, c'est là l'expression d'un fait, et non d'un acte habituel, revenant à certains intervalles réguliers; mais cette assemblée se tient plus ou moins fréquemment. « L'affaire du bonnet ne se suivait pas avec moins de chaleur. Les duce s'assemblaient fréquemment, députaient au régent; et j'étais celui qui d'ailleurs lui parlait le plus souvent et avec le plus de force. » S. S. « Depuis le retour de mon mari , nous reprenons fréquemment ces entretiens en sa présence...; il nous donne «mvent de bons conseils sur la manière dont nous devons raisonner avec lui. > J. J.
« Le cri du crevant est un son sourd et creux, que nous avons souvent entendu; c'est une sorte d'aboiement rauque que cet oiseau fait entendre fréquemment. » Buff. « Gomme ce canard siffle en volant et très-/r^quemmenl, il se fait entendre souvent et reconnaître de loin. » Id. « Ce n'est pas que je croie que les régents doivent parler des mœurs et de la religion ni longuement ni fréquemment.... Ce n'est quelquefois qu'un mot, dit, ce semble, au hasard; mais ce mot a souvent de grande suites. > Roll.
D'autre part , souvent étant absolu et objectif peut à cause de cela marquer le passif et indiquer un état; fréquemment, au contraire et par la raison contraire , ne s'emploie qu'en parlant d'action , de ce qui se fait. Une personne est soU' vent malade, et prend fréquemment des remèdes. Il y a souvent du mcnde dans cette maison ; parmi les personnes qui y viennent fréquemvMnt on cite tels ou tels. On est souvent incommodé quand on ne se livre pas fréquemment à certains exercices. — a La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mine de plomb. >
Bu FF. Les enfants retombent friquimment dus les fautes de légèreté (Roll.). ^ « Quelle difficulté n'imaginerait-on pais d'assembler fréquemment le peuple immense de cette capitale (Rlim) et de ses environs l Cependant il se passait peu de semaines que le peuple romain ne fût assemblé, et même plusieurs fois.... Tout ce peii;l( était sur la place publique presque aussi sottcnt magistrat que citoyen. » J. J.
Par cela seul , enfin , que souvent est absoh. il dit davantage, et se mettra plus volontien après qu'avant son synonyme. « L'euchaiùtie est une nourriture dont nous devons user. non point rarement ni extraordinairement. comme l'on use des remèdes, mais fréqumtKti et souvent, comme nous prenons tous les jcuii les aliments qui nous entretiennent. » Bouid.
STATURE, TAILLE.' Grandeur du corps à'z homme.
L'Académie définit stature , hauteur de la is'' d'une personne; ce qui s'entend biea etp::at assez plausible. Mais elle définit ensuite tailltM stature du corps, comme si le mot statvre se «lisait d'autre chose que du corps, et comme si i: taille ne comprenait rien que la stature.
Stature, latin statura, de stare, se tenir de bout , désigne la grandeur du corps en pied k^ lement. laille, de tailler y couper, donner n:<: forme, comme le fait le sculpteur entaitisfi^ marbre , a rapport à toutes les dimensians. i l'épaisseur comme à la hauteur. Taille ^ eiLX pas stature , épaisse ( Acad., Boff. ), g-^^ (BuFF.) , ronde (In.) , carrée (lo.) , ramasié« p- « On dit que Commode , ayant vu passer ui homme extrêmement gros , se donna le plais*' <^' lui ouvrir le ventre pour lui rendre la taHk P légère. » Volt.— A la rigueur, on devraii tiune grande taiUe et une haute stature.
D'ailleurs, le mot taille n'est pas seulec^ relatif à la grandeur , conune stature , dont il i fère déjà sous ce rapport même; il Test aa^si la forme, à la coupe, à la manière dont oa :^ taillé en quelque sorte. Une taïUs, et&onp:^ une staiure, aisée et bien prise (S. S.), bienpnis et tout à fait régulière (Les.), bien fonstf (Volt.), dégagée (Acad., Boff.); une jolie tou' (BuFF.); d'une bonne taille et d'une jolie tds:nure (In.) ; bien proportionné dans sa taillt Ila richesse, l'irrégularité de sa taUUÇioiT- Or, comme c'est surtout depuis la ceinture j-iqu'aux épaules que se montre la beauté on liformité du corps, le mot taille ne désigce ^^■ quefois que cette partie : TaiUe fine, (fi'^*svelte ou lourde.
Toutefois, lors même qu'il s'agit d'iadiqu::j hauteur seule du corps , on se sert ordinairei^^du mot eonmiuB taille , et non pas, comio^^^" devrait, du terme spécial de stature ; teH^^ cinq pieds quatre pouMs. < La taille de ces i.^ Lapons était de trois pieds et demi. * Voir. ^
Mais au moins stature, venant du latin. K-* généralement d'une nécessité iodispens^j quand on veut exprimer une taiUt eitn^; naire : stature colossaU (ACÂD.);Goliatli,ffJ^^ listin d'une énorme stature (BooaD.). < ^j; rassemblés et arrangés représentoient un w--
l'une stature prodigiease ou plutôt monstrueuse.» 3uFF. « Le roi Grandonio arait une stçiture gigantesque , avec un air à inspirer l'effroi. » Les. : Si les dieux, dirent les Scythes à Alexandre, iraient proportionné ta stature à ton ambition , e monde ne te contiendrait pas. » Lah. « Ulysse , »roToqué par Irus , dépouille la stature imposante t les membres nerveux d*un héros. » Marm. — )n dira plutôt une petite taille, « Il y en avait [ui se moquaient de Pépin et de sa petite taille. » ioss. « Physcon était de petite taille, » Holl.
Agésilas était d'une taille si petite., qu'à sa preaière vue les Egyptiens ne purent s'empêcher de ire. » Id. « Il reconnut Paul à sa taille courte. > ''OLT. a Ces histoires de géants vaincus par des Lommes d'une taille médiocre sont très-comlunes dans l'antiquité. » In. « H. le duc d'Orèans était de taille médiocre au plus. » S. S. —
Harris dit que la tête d'un homme de taille loyenue de l'équipage de Magellan n'atteignait u'à la ceinture d'un Patagon; que Magellan les lomma Patagons , parce que leur stature était de inq coudées ou sept pieds six pouces.» Bu ff. «II 8t dit dans une relation que sur la côte de la *erre de feu on vit un homme d'une stature giantesque ; mais que, quand on fut sur le rivage,, n vit seulement des tombeaux contenant descaavres de taille ordinaire. » Id.
Enfin stature ne s'emploie qu'en parlant de homme, le seul des animaux auquel convient attitude droite. Taille, au contraire, se dit par apport à tous les animaux pour signifier leur randeur en tous sens , et leur configuration. « La lille du lion n'est point excessive , comme celle e l'éléphant ou du rhinocéros; elle n'est ni )urde, comme celle de l'hippopotame ou du œuf, ni trop ramassée, comme celle de l'hyène u de l'ours , ni trop allongée , ni déformée par es inégalités , comme celle du chameau. » Buff. illeurs BufTon donne une taille au cheval , au istor, au chien, au lynx, et à tous les quadruèdes en général , même à la chauve-souris.
STÉRILE ,— INFERTILE , INFÉCOND , (INFRUC- UEUX, INGRAT). Une terre ou autre chose semlable , qui a le défaut de ne pas produire ou de e pas rapporter, est dite stérile , infertile ou iféconde.
Stérile se distingue éUnfertiU et à'infécond iT deux caractères particuliers. D'abord il ex rime un défout absolu : ce qui est stérile ne prouit ou ne rapporte rien, au lieu que ce qui est ifertile ou infécond produit ou rapporte peu. e mot vient du grec (rrepeo;. solide, ferme, dur: 1 chose stérile est comme un rocher, elle n'oure pas son sein pour en laisser ou pour en faire )rtir des productions. Une femme stérile ne fait sint d'enfant ; un arbre stérile , comme un peulier ou un saule (Fbn.), ne donne jamais de uit; un désert est stérile (Mass.), il n'y vient en du tout. De mênw , au figuré , un esprit ou Qe matière stérile manque totalement de la jaliié dont l'esprit ou la matière infertile pos- (de une quantité insuffisante seulement. — Enlite stérile est, au figuré, d'un usage beaucoup lus étendu que les deux autres mots , il se déiche plus aisément du sens propre. Ainsi , on
dit bien une année stérile, une saison stérile en nouvelles, mais on ne dirait point en pareil cas infertile ou inféconde , apparemment parce que les idées sensibles de fertilité et de fécondité sont peu compatibles avec l'idée abstraite de temps : on ne se représente guère le temps qui enfante, qui met hors de soi ou au jour, qui donne l'être par voie de génération.
Infertile et infécond difièrent conmie fertile et fécond (voy. p. 607 et 608).
Vinfertilité est en îtiX, Y infécondité en puissance. Vinfertilité des terres amène la disette; leur infécondité les rend de leur .nature Improductives. Infertile est une qualification ordinaire: un champ infertile ne se couvre pas de moissons et de fruits. Infécond est plutôt une qualification donnés par un chimiste ou un naturaliste , par un homme qui considère dans les choses • leurs principes , leurs facultés , ce qui en peut sortir. Infécond^ quoi qu'en dise l'Académie (1835), n'est pas, il s'en faut bien un terme poétique, en parlant des animaux, et, quand cela serait, l'exemple qu'elle cite n'en serait pas moins étrange : vache inféconde. Le mot vache poétique ! On appelle pays infertile (Acad.) celui où on fait de maigres récoltes; œufs (Buff.) ou germes (Acad.), inféconds, ceux qui sont privés de la vertu productive. Un esprit infertile ne brille pas par l'abondance de ses œuvres ; un' esprit infécond a peu de capacité ou de génie ^
I. STUPIDE (HÉBÉTÉ), IMBÉCILE, IDIOT, INEPTE. — II. SOT, INSENSÉ, FOU, DÉRAISON- NABLE, EXTRAVAGANT, ABSURDE. — III. NIAIS, NIGAUD , BENÊT , BADAUD , DADAIS , DANDIN. — IV. BÊTE (ABRUTI), ANE (IGNORANT), BUSE, BUTOR (BALOURD, LOURDAUD), CRUCHE, MA- CHOIRE, GANACHE.
Tous ces mots qualifient en mal sous le rapport de l'esprït : ils signifient que le sujet auquel on les applique manque plus ou moins de quelqu'une des qualités mentales ou relatives à la pensée , dont les hommes sont doués à un plus haut degré que les autres animaux , ou même à l'exclusion des autres animaux.
Mais les qualités dont ces termes marquent le défaut ou la privation ne sont pas les mêmes. Les unes sont l'entendement , l'intelligence , la conception ou l'imagination ; elles font l'esprit brillant, vif pénétrant, habile : les autres sont le
I. La définition de stérile, ^'infertile et ^'infécond •^applique également i infructueux et à ingrat : terre in/rueiueuse , terre ingrate. — Mais infructueux marque proprement l'effet de la stérilité, de Vinfertilité et de Vinfécondité : aussi dil-on soovenl etérile et infructueux (Pasc., P. R. , Mal.). Quand une femme est stérile, son union avec un homme esl infruotueuse : si une terre est stérile, infertile ou inféconde, elle est par cela «même infructueuse, inutile; on n'en tire rien. — De son côté, ingrat, qui n'esl pas reconnaissant, qui ne sait pas gré de ce qu'on a fait pour lui , a une nuance bien caractéristique , il implique l'idée des soins de la culture et de leur incfflcacilé : une terre ingrate ne récompense pas le laboureur de ses peines. « La terre n'est jamais ingrate, elle nourrit toujours de ses froiu ceux qui la coUivent soigneusement; elle ne refuse ses biens qu'à ceux qui craignent de lui donner leurs peines. » Fin.