‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 47 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fimtifs en tttManlîfii , qui sont en quelque sorte des radicaux nus , nous vient du grec , langue essentiellement philosophique et pr<^re à Tabstraction.

Lorsque les synonymes des noms infinitifs sont objecti et passifs , comme pensée , ris , |>aroIe , Marche, les noms infinitilÎB ayant seuls rapport à l'action , indiquent la manière dont elle se lait , non point dans un cas particulier, comme leurs •ynonymes, mais habituellement, ear ils ne oessent Jamais d'être abstraits et généraux.

SORTIE, SORTIR. Ces deux mots ne sont synonymes que dans les locutionsyprépositives , à la «ortte de et au corltr de , qui signifient toutes deux , au moment où Ton sort de.

^tt corttf de est Tisiblement plus abstrait : on dira bien , au sortir de là , au «orttr de l'enfance , au sorHr du berceau , et dans aucun de ces exempies à la sortie de ne conviendrait , parce que cette locution retient quelque chose de concret et n'exprime pas l'époque simplement , d'une manière toute figurée, tout idéale. A la sortie de rappelle l'action de sortir , la représente à l'esprit, ce que ne lait nullement oit sortir de : ainsi , on dit bien , à la sortie et non au sortir des juges.

YOLOMTÉ, VOULOIR. Faculté ou actbn de celui qui Tout. "

Dans les deux sens, la «olonf^ est relative et le vouloir absolu. On trouve , chez les uns , une f)olorUé terme et inébranlable, ches les autres une voUmié &ible et vacillante. Le i^ouiotr ne reçoit point de qualifications semblables, parce qu'il n'est ni relatif, ni concret, ni individuel, c L'essence du plaisir indélîbéré est de produire le vouloir, » Fin, Considérés comme actes , la wUmté se rapporte à la chose qu'on veut , et ^e est durable , au lieu qu'au vouloir ne correspond pas un objet qui le rende tel ou tel , il exprime Tacte sans plus : telle est ma volonté; c'est Dieu qui nous donne le vouloir et le faire.

Les chrétiens n'ont qa*imDlea , matlre tbsolu de tout, De qoi le seul vouloir fUt tout ce qu'il résout.

Coaii.

n faut réprimer les oolonl^i de l'enfant, car il ne doit point avoir de vouloir. La volonté est efléctive , elle se manifeste au dehors par le moyen des organes , le vouloir consiste uniquement dans l'acte intérieur; c'est pourquoi l'on peut bien arrêter l'une , mais non pas l'autre.

SENSATION, SEFfTIR. Ces deux mots expriment l'état passif de l'flme en présence des objets.

Lesentir, comme le|»efwer, comme le «ouiotr, conune le connaître , n'est d'usage qu'en méUH)hystque , science où l'on considère les actes de l'esprit d'une manière tout abstraite et indépendamment de toutes circonstances. « Le sentir ne dépend pas de nous , mais le vouloir en dépend. » Fén . « Dieu n'entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et voubir-, son entendre et son vouloir sont sa nature, qui est toujours excellente. > Boss. Hais la sensation et le sentiment sont variables en force et en intensité , en même temps que relatifs à l'individu qui les éprouve; le sentir reste toujours identique et n'indique pas même , comme les deux autres mots , si le phénomène qu'il exprime a pour cause quelqiie oliôie d'extérieur ou d'intérieur.

USAGE , USER. Ces mots sont synonymes quand ils se prennent pour exprimer le parti qu'on tire des choses. On dit indifleremment de certaines choses dont on vante la bonté, qu'elles sont d'un bon usage et d'un bon user.

Usage emporte Tidée d'une détermination étrangère à user , celle d'une fin , d'une application à quelque chose. Un instrument est d'un bon usage , quand il est bon pour ce à quoi on le lait servir. Une étoffe est d'un bon user, quand on peut en user longtemps. Il y a des étoffes qui deviennent plus belles à Vuser , c'est-à-dire , pendant qu'on en use, qu'on s'en sert. On reconnaît par Vusage (BnvF.) , c'est-à-dire en s'en servant pour une fin particulière , la qualité bonne ou mauvaise d'une pierre à rasoir ou d'un remède ; on reconnattun domestique à Vuser (Dut.) , c'està-dire en s'en servant comme d'ordinaire on sq sert d'un domestique; ici la destination s'entend de soi-même.

GOUGBÉB, COUCHER. Un voyageur paye tant à l'hôtellerie pour sa eouchh ou pour son coucher.

Couchée est descriptif. Il détaille plusieurs circonstances ou impliquée» dans coucher ou qui lui sont étrangères. La couchée comprend le souper, le nettoiement de la chaussure , des habits , l'arrangement de la chambre. Le coucher indique purement et simplement l'usage du lit , il ne marque aucune détermiziation accessoire, pas plus que le manger^ le dormir^ etc.

PENSÉE, PENSER. Action de celui qui pense et ce qu'il pense.

L'un est relatif et particulier, l'autre absolu et général : c Le mot petis^ , dit Roubaud , ne désigne que l'actioii de penser , tandis que penser en marque la manière d'être propre et distinctive. 9 Ces deux mots ont donc entre eux le même rai^rt que ris et rtre. Autrefois on disait penser en poésie, parce que les vers s'en trouvaient bien (Labr.), et c'est en le considérant comme terme poétique que Roubàud le caractérise. On l'emploierait plutêt aujourd'hui en métaphysique pour exprimer d'une manière tout abstraite et tout absolue U pensée : « Qui peut assurer, dit Voltaire, qu'il est impossible à Dieu de donner à la matière le sentiment et le penser ?»

Le raisonner tristement s'accrédite. Volt. U peut signifier encore la manière de penser de toute une classe ou espèce d'hommes , comme on le voit dans cette phrase de J. J. Rousseau : « Le panier mâle des Ames fortes leur donne un idiome particulier.» La pensée est relativeaux circonstances , à l'objet sur lequel elle porte, ou elle exprime une action ou une manière de penser accidentelle et propre à un seul homme. — On disait autrefois le mentir pour le mensonge^ mais ce n'était que dans les propositions d'une généralité absolue. « En vérité le mentir est un maudit vice. » Montaign.

RIS , RIRE. Ces mots signifient la même chose suivant Y Académie y l'action de rire.

Cependant ris est plus concret et sert à exprimer cette action dans les cas particuliers ; rire est plus abstrait et plus propre à caractériser la chose en elle-même. Que le premier soit concret, le second abstrait et représentatif de la chose en soi, c'est ce que CondiUicabien saisi: «Lem, ditril,

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

Kpraprament le bruit que fiiit celui qui rit, le m est la manière dont il rit : on entend des ri$; le fin est agréable ou désagréable. * Mais nous deraas à Roobaud une distinction plus complète et plus détaillée : « Jlû , dit-il , n'est qu'un acte , un effet indÎTidueL Nous disons le rire , comme nous disons le boire , le manger y le lever, le coucher; or, cette manière de parler ^igne le genre , la mamte, l'habitude de la chose. L'on a le rire agréahle at l'on lait des m. Vous qualifiez le rire d^pemone selon sa manière habituelle de rire; et tous qualifiez ses ris selon la manière doot eUe rit actuellement. Chacun a son rtre, comme son maintien habituel : la forme du ris varie comme la contenance, suivant les occasioQs. »

Le fû est donc le rvre se produisant et se montrant dans un cas particulier. Le rire est l'expression du contentement; et le rit d'un homme «prime la joie qu'il éprouve en un moment doooé. — On dit proprement le rire : c'est un gmre d'action. « L'enlknt a comme nous le rire, les cris, les plaintes. » J. JT. « Le rire est ami de llxarae, lui appartient privativement au reste des aaimanx... ; il est le partage des dieux...; il a quelque chose de rit et de sensible. » Làf. « Dboourir de la comédie et du rire en philosophe platonicien. > In. « Etablir un imp6t sur les chansons et sur le rire, » Volt.

U joie est passagère , et le rire est trompeuTé lo. Mais on dit proprement des ris : ce sont les manifestations , les réalisations du rire, « I<es ris et fes éclats qu'excitent les bons mots.» Bouan. « Troubler les sacrés mystères par des ris immodestes et par des éclats. » In. « A cette vue tous les voleurs éclatèrent en ris immodérés. > Las. ■Je renouvelai mes ris à ceite saillie. » Id.

Vos m coxnplaisantB Tirent de son esprit tous ces traits médisants.

Mol.

~ On dit bien également un rire et un ris; mais on rire est une espèce du rire , qu'on caractérise , et un fit est un fait qu'on décrit. Avoir un rire fin et malicieux (Las.) : rire d'un rtre de méchanceté (i. J.) , d'un rire de mépris (Volt.). Oa fcnt avoir un rire et des pleurs de commande.

Dest.

Mais un m a lieu ou a eu lieu, on le rapporte.

.... Mon fiaqoin, qui se voyait priser. Avec un rit moqueur les priait d'excuser. Bon..

«Pourquoi ce ris dédaigneux, quand on vous raconte ce que la main de Dieu a fait? > Fin.

Enfin , rime est tellement abstrait et si peu propre i indiquer les circonstances accessoires , qu'il ■e suppose pas même, comme ris, que l'action ée rire ait lieu avec intention ou sous l'influence de certains sentiments ou mouvements de l'&me particuliers. « Charles XII avait le bas du visage ^(figuré par un rire fréquent qui ne partait que te lèvres. » Volt. « Le rire , qui est par le cbatoutOement des aisselles , n'est point naturel ni dooL» CHaaa.

iOUUg^ SÛCTRUIE» action de rire légèrement.

Même diîSérence entre ces deux mots qu'entre les ^cttz qui précédent. « Le courts , dit Roubaud , est proprêoient un acte, l'effet particulier de sourire

SI

ou du sourire. Le lourtre est la manière d'exprimer une joie douce, modeste, délicate de l'âme; le souris en est l'expression actuelle et passagère. Ensuite , vous ne concevez pas le i ourû sans une intention, un motif, un sentiment, une pensée qui l'anime ; vous concevez le sourire comme un jeu naturel de la figure.» On dit cependant, un sourtre de pitié, d'indignation, d'approbation; mais alors on désigne , non pas un fait ou un cas particulier , mais toute une espèce d'actions. «Les arguments de l'amour sont de tendres pleurs et un gracieux lourtre. » Lap. « Jupiter regarda Vénus avec complaisance : il lui fit un doux souris. » Fiw. On a le sourire ou un sourire tel ou tel; on fait dans l'occasion un souris tel ou tel. Il y a le sourire de l'amitié (Volt.) , le sourire du dédain (Bbaum.); on reçoit quelqu'un dans un cas particulier avec un souris amical ou dédaigneux.

VIE, VIVRE. Existence d'une chose animée.

La vie est effective : cette expression convient en langage historique, quand il s'agit de réalité : le vivre est idéal; c'est un terme de spéculation qui a sa place dans le raisonnement où on traite des choses en soi , non comme étant ou ayant été , mais abstractivement ou comme ayant tels caractères. « Le même passage que vous fîtes de la mort A la vie , refaites-le de la vie à la mort. > Montàigr. «La nature apprit à Thaïes que le vivre et le mourir étaient indifférents. » Id. On lit dans le même écrivain : «Je sais avoir retiré de l'aumône des enfants , pour m'en servir , qui bientôt après m'ont quitté et ma cubine et leur livrée , seulement pour se rendre à leur première vie. » Il venait de dire : « Regardez la différence du vivre de mes valets à bras , à la mienne. » — On distinguera à peu près de même ces deux mots, quand ils signifient la nourriture. Le vivre se dit d'une manière tout abstraite , sans rien particulariser. « J. G. défend à ses disciples de se mettre en peine du vivre et du vêtement. » Nie. La vie , au contraire , est le vivre effectif, dans telles circonstances. «Selon voulut que chaque citoyen rendît compte de la manière dont il gagnait sa vie. » MoRTBSQ. Ou bien le vivre , comme le penser, comme le vouloir , est un terme de la poésie familière et naïve.

Mon vivre n'est qu'un peu de gland. ScÂaa Le vieillard, tout cassé, ne pouvait plus qu'à peine Aller quérir son vivre. Là.t.

Le même Lafontaine a dit dans ses Contes le jeu" ner pour le jeûne :

La sainteté n'est chose si commune Que le jeûner suffise pour l'avoir.

Et dans la fable le Saxfetier et le Fimmctery

Et le financier se plaignait Que les soins de la Providence N'eussent pas au marché tsxi vendre le dormir^ Comme le manger et le boire,

PAROLE, PARLER. Langage.

Le mot parole est objectif, et, comme tel, lia un sens très-étendu : Dieu a donné la parole k rhomme; un orateur a ou demande la parole. Gela n'empêche pas ce mot de se prendre dans un sens plus restreint pour signifier le langage par rapport à la manière dont quelqu'un l'emploie , auquel cas il est synonyme de parler. On

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