PREMIÈRE PARTIE
dit également qu'un homme & la pwrols rude, et un perler rude : un homme a la parole rude quand la parole , commune à tous , se trouve modifiée chez lui d'une façon qui lui est propre; et il a un parler rude quand il a un genre de parler qui est rude, genre applicable à plu- •ieurs autres. Parole signifie le langage, et parler, un langage. Or, quoique le mot parole soit plus général séparément, il l'est moins que le mot parler, quand tous deux servent à qualifier la manière dont quelqu'un parle. De sorte que, dans le sens particulier, la parole est plus particulière que le parler. Chacun a sa parole , douce, rude, brève; et on distingue différents parlers^ un parler rude, un parler doux, un parler picard , normand , provençal , etc.
Ensuite , le parler est plus constant , plus habituel et dépend moins des circonstances : un homme a la parole tremblante , Çaible , la parole d'un homme malade par suite de' certains accidents, et dans ces exemples parler ne conviendrait pas. « Lorsque nous nous trouvons empêtrés dans un dangereux pas, nous savons bien couvrir notre jeu d'un bon visage et d'une parole assurée, v HONTAiGN. «C'était une certaine afféterie qui rendait le parler d'Âlcibiade mol et gras. » Id. « Le parln que j'aime , c'est un parler simple et na!f. » Id.
D'un autre côté , le parler est plus abstrait que la parole , plus indépendant de tout ce qui n'est pas l'action de parler , c'est un terme purement^ formel ; au lieu que la parole conserve toujours une certaine relation au sens, à l'esprit, aux idées qu'elle représente. C'est pourquoi on dit avoir le parler ou un parler gras (Mortajgn. , S. S.) , et non la parole ou une parole grasse; c'est pourquoi Descartes accorde un parler aux perroquets, et leur refuse la parole. La rudesse ou la douceur du parler est une qualité de l'organe seul; la rudesse ou la douceur de la parole tient un peu à celle du caractère.
MARCHE, MARCHER. Mouvement des animaux et particulièrement de l'homme, en tant qu'ils vont ou s'avancent.
L'une se considère relativement , l'autre absolument; l'une d'une manière concrète et comme un fait particulier, l'autre d'une manière abstraite et comme un certain genre d'action. Dans telles circonstances votre marche a été ralentie ou accélérée par telles causes.
Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause
Da marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment.
Quand tout foilUt en toi 7 L^v.
Vous dites dans un réoit que la marche des ennemis a été lente ; mais vous caractérisez l'éléphant et la tortue en disant qu'ils ont un marcher lent (Laf.). Le marcher , dans ce dernier sens , est la démarche ou U manière habituelle de marcher de quelqu'un , mais sous le rapport physique seulement et indépendamment des sentiments qui animent cette personne. c7e ne connais pas J. G. à la voix , ni au visage , ni au marcher , ni par le rapport d'aucun de mes sens, s Boss.
PUISSANCE , POUVOIR. Dans leur sens le plus étendu , dans celui , par exemple , où ils s'appli-
quent aux souverains , oes deux mots expiimei ce que peuvent ceux qui possèdent la qualité doi ils sont les signes. Ils ont ensuite une acceptic plus restreinte , suivant laquelle ils indiquent un faculté ou disposition dans le sujet , par le moy e de laquelle il est capable d'agir ou de produit un effet.
Mais dans les deux sens, ces mole difTèrec de môme : l'un est plus eoncret, l'autre plu abstrait.
Comme l'observe justement Koubaud , ces ter mes correspondent aux deux mots latins patenta et potesiasy lesquels signifient, suivant Oardi: etDœderlem, l'un une force de fait, l'autre un force ou faculté de droit , l'un ce que nous pou vons effectivement , l'autre ce qui nous est j>er mis. Ainsi puieeance a plus de rapport ave force et se dit bien des agents naturels, U puis tance d'une machine; potufmr exprime une idé plus abstraite , plus idéale , il serait plutôt syno nyme d'autorité ou de droiî* C'est parce qu'il es abstrait et idéal que ponfwr, à la différence dt puissance, signifie le crédit, l'empire, l'ascendant, l'influence toute morale qu'on exerce sw les hommes. « Le pouvoir , dit Condillac , est U droit d'user de la puissance; • et puissance mar< que les moyens qui sont à la disposition du pouvoir. Le despotisme est une puissance , puisqu'il t des forces ; mais ce n'est point un pouvoir , puisqu'il n'a point de droit. Un pouvoir sans put>sance est un powtjotr sans force. «La puistance, dit encore Condillac , est plus relative à la force et le pouvoir se rapporte plus à la liberté , c'està-dire à un usage raisonnable de la force; et c'esl pourquoi l'homme juste use de son pouvoir, l'homme injuste abuse de sa puissance. » Vous pouvez soulever ce ftkrdeau, renverser cet obstacle, vous en avez effectivement la force; voilà la puissance : vous pouvez vous permettre telle action , vous en avez le droit , vous y êtes autorisé ; voilà le pouvoir. « Attribuer à Dieu quelque puissance et quelque liberté de faire le mal , c'est lui attribuer le pouvoir de pécher. » Fén.
Girard et Roubaud donnent à peu près la même distinction, mais le premier la propose d'une manière beaucoup plus nette , quand il considère puissance et pouvoir dans leur sens restreint, dans le sens physique et littéral où ils sont synonymes de faculté. « Le pouvoir , dit-il , vient des secours ou de la liberté d'agir; la puissance vient des forces. L'homme, sans la gr&ce, n'a pas le pouvoir de faire le bien; la jeunesse manque de savoir pour délibérer et la vieillesse manque de puissance pour exécuter. L'habitude diminue beaucoiîfj) le potttjotr de la liberté; l'âge n'affaiblit que la puissance et non le désir de satisfoire ses passions. » Condillac établit la même différence en termes encore plus catégoriques : « Notre puttsance consiste, dit-il, dans les forces que nous sommes maîtres d'employer, notre pouDOtr dans réloignement des •obstacles qui pourraient gêner notre liberté. » Et ailleurs : < La puissance de rame est plus relative aux facultés nécessaires pour exécuter, le pouvoir est plus relatif aux déterminations de la volonté. » «Se figurer des contradictions entre le pouvoir souverain delà grâce
SYNONYMES (011 ONT LE llSifE RADICAL.
m b iibm aiiûtra «t la jniinoiMe qu'a Lt lil)re jriôlre de réabter à la gràoe. » Pasc.
Telie est bien la diflerence de puissanu et de pmcoir, et cette différence résulte bien de ce qoe le premier de ces mots est un substantif ordinaire à terminaison signifloative et le second un ioûnitif pria aubstantirement. Mais la terminaiMadefuisaaiMW étant significative doit imprimer à ce mot une nuance propre dont nous n'a- TOQs eoGore rien dit. ÀMkM^ outre l'action, indique quelque chose de durable , de permanent , tandis que rinflnitif pouiTOtr marque l'action siflspiement. D'où il suivrait que pout^otV signiâenit q)éaialemeiit l'acte, et pui$iance l'état permanent de pouvoir; pouvoir serait distributif , aécutotre relativement à pumance , il aurait un rsi^iort particulier i l'acte , une idée particulière d'efficacité et le soin de l'exécution. « Affirmer qaeDieu n'ait- pas le potMwtr d'accorder la pensée i tel être qu'il voudra , c'est borner la ffuissanu du Créateur qui est sans bornes. » Volt. En eoBséquence , ou at la puûianee et on exerce le poiiceir de iaire une chose. « Quand , étant enfermé, TOUS Youlez rester chez yous, vous exercez la peiMoir que vous avez de demeurer : vous avex cette pvûjonce , mais vous n'avez pas celle de sortir. » Volt. Ce caractère a été longuement déveif^ par Roubaud. Mais, quoique également léel, il a moins d'importance que le premier. Rien n'empêche, néajunoinS) de les garder Fun et l'autre.
SCIDiCE, SAVOIR. GhoBes apprises et sues.
La science est relative, le «avoir absolu; on dit lastienM du navigateur, les icieneet naturelles, tes fcteiicct philosophiques. « Quelque éclairé que fous soyez, vous apprendrez du moins, dans les insiractions de l'Bglise , que votre iwooir n'est rian, si vous ign6rez la setence du salut. » Mass.
NoDy le jmwV chez moi n'est pas tout retiré; Mab, en im mot, je sais , pour tonte ma teience. De Cua avee le vrai ûûre la différence. Mol.
Sofotr se dit absolument par rapport aux travaux de reprit, et c'est pourquoi il ne s'emploie qu'au singulier. ^ Ensuite , le savoir n'étant pas spécial comme la science , est moins approfondi par ceia même. < Le savoir n'est que la science d'un homme qui n'est pas ignorant. « Gond. « Quel* qoes-uns, par une intempérance de sa/voir^ aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien , et être fhibles et superficiels dans diverses muées ^ que d'être sûrs et profonds dans une ïeole. » Labb. — Enfin , comme le «avoir suppose des connaissances étendues, mais superficielles Mr chaque chose , il a naturellement plus de rapport à la pratique : la science en a davantage à la q>èealation. « Ce médecin a acquis un grand •acotr par son expérience, s Acad. Molière fait foir dans la comédie des Femmes savantes que la «MMee messied aux femmes , qu'elles la doivent iûsser aux docteurs.
tEKKTIR , RBPBFTTAIfCE ; SOUVENIR., 80UVEilABiCB. Les deux premiers mots signifient regret de ses fautes; les deux derniers, idée que la mémoire conserve de quelque chose.
L'infinttifétantabstrait, les substantifs à forme inftnilive n'offrent point de déterminations à l'aide
desquelles on puisse les distinguer de leiirs syse-
nymes; ils équivalent donc à des substantifs sans terminaisons significatives , et c'est comme tels que nous avons traité repentir eitOHvenir ^ dont la différence d'avec repenlaiice et souviiumce provient de ce que la terminaison de ces deux derniers marque une durée, un eieroice continu^ habituel , modification étrangère , oo0UBe toute autie , aux noms infinitifs repentif et
SYNONYMIE DBS SUBSTAllTlFS OBDIffAïaaS AVSC DES PARTICIPES PASSAS PASSIPS PaiS SUBSTAH- TIYBMBNT. •
S L Narration , narré. Exposition, exposé. Énondation , /notice. Prononciation , prononce. Dé^ libération y délibéré. Froduetion, produit. Composition , composé. Dénégation , d^nt. Contradiction , eoniredtt. liMittution , institut. Fusion , fonte. Perdition , perte. Imposition , impôt. Croissance, crue.
S II. Rôt, rôti. Arrêt, arrêté. Fosse, fwé.
Suivant que les substantiUs , avee lesquels ks participes passés passifs ont des rapports de synonymie , sont ou ne sont pas à terminaisons si* gnificatives, les synonymes de cette classe se partagent en deux espèces , qui exigent ohacone une régie de distinction particulière. Cet artiela doit donc se diviser en deux parties. Basuits , il est & remarquer que dans la première espèce on ne trouve , comme synonymes des participes passés, que des substantifs en ton, à l^ception d'un seul qui est en enee. Ce dernier devra faire l'objet 'd'un examen & part. La seconde espèce donne lieu à une remarque analogue : parmi les substantifs à terminaison indifférente, qui ont pour synonymes des participes passés , deux , tôt et arr^l, sont eux-mêmes des participes passés; seulement ils s'éloignent un peu plus, par la forme , du verbe primitif et ne s'y rattachent pas aussi directement; mais un troisième, fosse ^ semble ne devoir pas être soumis à la même règle que les deux précédents , parce qu'il ne tire pas comme eux son origine d'un verbe antér rieur.
§ I. Substantifs à terminaisons significatives comparés avec des substantifs primitivement participes passés passifs et synonymes des premiers.
La différence des uns aux autres varie néoeiisairement suivant la valeur de la terminaison des substantifs proprement dits. Or , ceux-ci se tex^ minant presque tous en ton, tout se réduit à savoir d'abord ce qui distingue les substantib français ainsi terminés d'avec les substantifs participés dont il s'agit ici. Ion marque l'actioa, la réalisation présente, de l'idée exprimée par le verbe; c'est une désinence subjective, c'est-àdire qui montre le sujet faisant l'action. Le participe passif signifie un résultat, la chose constituée et faite; c'est une désinence objective, c'est-à-dire qui désigne la chose comme un objet ayant des qualités , mais sans rapport à l'agent qui l'a produite. De là résulte une telle distance entre les noms en ton et ks participes correspon-
Si