PREMIERE PARTIE
danti , qu'on conçoit à peine la possibilité de leur synonymie. Cette synonymie n'a lieu en effet que quand le substantif se prend objectivement comme le participe pour exprimer le résultat de l'action , une cbose ikite , quand , par exemple , producHon ▼eut dire , conmie produtt , une chose qui a été produite. Alors subsistent entre les deux mots des différences qui tiennent à la diversité de leur signification primitÎTe.
Les substantifs proprement dits sont relatifs et concrets; les participes, absolus et abstraits. Les uns font connaître la chose extrinsèquemént, ils la présentent dans ses particularités , dans ses rapports au temps , aux personnes , aux circonstances, à la manière; les autres la font connaître intrinsèquement, en elle-même, sans considération relative, indépendamment de tout rapport à Tagent et à son mode d'agir, abstraction faite de toutes les circonstances qui ont accompagné l'action. En un mot , quoique le substantif ne signifie pas l'action particulière de fiûre la chose , mais la chose faite , il la rappelle avec toutes ses particularités; tandis que le participe désigne la chose absolument, telle qu'elle est au fond, intrinsèquement, en soi. De sorte que le participe se trouve, à l'égard des substantif en ton, identiquement dans le même rapport que les substantifis sans terminaison significative, dans le même n^port, par exemple, qu'ode et aciton, progtèê et progregsion , concept et conception,
HARBATION, NARRE. Le sens commun à ces deux mots est l'idée d'un fait raconté, ou de la relation d'un fait.
La narration se rapporte à celui qui fait le récit, et à la manière dont il le fait; elle indique de sa part des détails, de l'invention pour les circonstances accessoires , une manière à lui propre. Le narré ne se rapporte qu'aux choses narrées, au fond du récit; il le présente de la façon la plus simple , la plus brève , la plus abstraite , la plus absolue, indépendamment de tous les détails de forme et de tous les ornements qui ne tendent qu'à faire valoir le narrateur ou sa cause : c'est le récit pur et simple du fiBÛt, sans rapport à la manière. On donnera plutôt à narration les épithètes qui s'appliquent à l'auteur , à son style et à l'arrangement de son récit; à narré y celles qui conviennent au fait : une narration intéressante plaît par la manière fleurie, élégante, bien ménagée dont les faits sont racontés; un narré intérjessant plaît par ces faits eux-mêmes. La narration se qualifie comme une œuvre littéraire, poétique, ou oratoire; ce qu'on y considère le plus , ce n'est pas le fond , mais la forme ou la manière; les incidents y dépendent du narrateur, qui peut à son gré les modifier. « Avoir le talent de la narration. » Làh. « Le cardinal Dubois avait des pointes de vivacité et des norrotiofu amusantes. » S. S. « Les Grecs sont plus éloquents dans leur narration que curieux dans leurs recherches. » Boss. « Bocace est le premier modèle en prose pour le naturel de la narration. 9 Volt. Le narré se qualifie comme l'œuvre d'un historien ou d'un témoin; il doit être d'une fidélité rigoureuse; il ne comporte ni les retran-
chements, ni les modifications; il Ikut qafi n'ait rien de personnel, que le narrateur ify mette rien du sien , que rien n'y soit laissé à son. arbitraire, c II y a- dans ce discours d'Eschine un. narré aussi long qu'infidèle de l'administration de Démosthène. » Lah. « Autant de mots , autant d'erreurs grossières dans ce narré de La Beaumelle , sur lequel il lui était aisé de s'instruire. » Volt.
Un simple fait conté naïvement , Ne contenant que la vérité pure.
Narré succinet tans frivole ornement , Voilà de quoi désarmer la censure. Id.
En littérature, on donne les règles de la ftofi, parce que dans la fiorrattoft presque tout est relatif et à la discrétion de l'auteur; on na donne pas de règles pour le narré ^ car il dépend entièrement de la nature des faits. Lorsqu'on veut exercer le talent des écoliers par des narrations y on leur dicte pour sujet le narré des faits (ju'ils doivent raconter à leur manière.
EXPOSITION, EXPOSÉ. Chose exposée, mise sous les yeux par la parole ; récit d'un fkit avae ses circonstances.
Vexposition admet plus de détails , elle laisse à l'auteur quelque invention et une manière propre ; Vexpoeé est plus abstrait, ce n'est point une explication détaillée , mais un récit dans lequel les &its sont présentés d'une manière nue et simple. Un acte d'accusation oontient Vespoee' des faits qui ont provoqué les poursuites, et dont l'avocat donne ensuite Veseposition. Dans Vexpoeé de la cause , le juge d'instruction ne doit mettre que de l'impartialité; dans Vexposition de la même cause , l'avocat se montre plus ou moins habile. — L'expoftiiofi se considère sous le point de vue de la manière , de la forme , de l'art. « Quel sera le meilleur modèle d'«Bpo<t(toii'dans une tragédie? Celle àoBajaxet passe pour un chef-d'œuvre de l'esprit humain. » Volt. « L'éloquence propre aux historiens consiste dans l'art de préparer les événements, dans leur exposition toujours élégante , tantôt vive et pressée , tantôt étendue et fleurie. » Id. « Exposition lumineuse , animée , attachante. » Lab.— Dans Vexposé, on ne regarde que le contenu ou le fond des idées : un exposé fidèle ou infidèle (Lab.), faux (Boss., Lab.), absurde (Lab.) , très-court (Id.). « Il résulte de cet exposé trois vérités incontestables. > J. J. « Il fallût cet exposé pour entendre ee qui va être raconté. » S. S.
ÉNONGIATION , ÉNONCÉ. Ce qu'on énonce , expression d'une idée, d'une proposition.
Vénonciation est relative; elle se rapporte à la manière dont on énonce, ou dont on s'énonce; c'est la chose én<mcée de telle façon , par telles personnes , dans telles circonstances de temps , de lieu ou autres. Vénoncé est absolu; il consiste dans la formule courte et claire , dans les termes qui portent les idées à l'esprit; c'est la chose énoncée , abstraction faite de tout rapport et de tout détail de circonstances. « Les lettres de Voisin n'étaient que Vénoncé court de ce qu'il ordonnait en maître. » S. S. « Il n'y a pas là la moindre trace de figure ni de recherche : c'est le simple énfmeé d'un fait. » Lah. On emploie bien
SYNONYMES QUI ONT LB MfiMS RADICAL.
\ soitoat en mathématiques , c'est-à-dire ans lé sciences où il ne doit rien apparaître de h muiière propre du savant : l'énonce d'une question , d'un théorème. Vénonciation se qualifie par rapport à l'agent qui énonce : elle est sgrésble, habile, intéressante, ou le contraire. Vémmeé se considère par rapport au sens de la prapoaitkm énoncée. Il estévideut par cet énonce que... (Volt.) « £ginhard met Rome et Ravenne panni les TiUes métropolitaines de Charlemagne; n'est-il pis certain par cet énoncé que Rome et RiTHme n'appartenaient point aux papes? » Volt. CofHfafnner quelqu'un sur son énoncé (Boss.) « Il importe , pour aToir bien Yénoncé de la volonté générale^ qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'Etat. » J. J.
raOHCMCIATlON, PEONONGÉ. On dit prononàatkm et prononce de la sentence , du jugement , de rarrêt , pour signifier ce que prononce celui qoi porte la sentence, le jugement, Tarrèt, les paroles qui expriment sa décision.
Prmumciaiion se rapporte à l'action et à la namëre de prononcer; il présente la chose comme un événement, c On nous fit entrer pour entendre la pronondaHon de l'arrôt. » S. S. Mais si OQ coDsidèTe les paroles du juge relativement à leur leos et à leur portée , c'est du mot prowMMi^ qu'il fout se servir. Pendant la prononcta- Hon de ia sentence , j'ai fiiit de vains efforts pour ta comprendre le prononcé.
DÉLIBÉRATION, DÉLIBÉRÉ. A vrai dire , il y a peu de synonymie entre ces deux mots; le second signifie une délibération qui a lieu à huis dos entre les juges d'un tribunal. Nous les plaçons ici uniquement pour montrer que leur diffêrence s'explique par notre règle générale, et par conséquent la confirme. DélibéroJtion est im terme concret, représentatif, faisant image; il pnnt une foule d'incidents, la tergiversation, l'opposition, l'attaque, la défense, la lutte du pour et du contre. Délibéré étant un terme absolu et abstrait, qui signifie la chose indépendamment de tontes ces circonstances , convient merveilleusement pour exprimer une dHiîbéraXion i huis du.
nODCCriON , produit. Chose produite ou ce qui est produit.
L'on reporte l'attention sur la manière dont la chose a été produite , l'autre la retient tout entière sur la chose , telle qu'elle est maintenant , en eUe-mème , bonne ou mauvaise. Quand on dit que tel ouvrage est une proàueiion remarquable de rintelligence humaine , on a égard au travail qu'il a fallu pour le produire et à la capacité de ^ cause qui l'a produit. « Considérer dans les fnduieiions des esprits les eflbrts qu'ils font pour larrenir à la vérité. » Pasg. Se bome-t-on à conâdérer la chose comme un simple résultat , on din mieux produit : le produit d'une multiplication , des produits chimiques , l'exposition des pndmtM de Tindustrie française. Les productions sont les effets d'une cause active ou productrice dont elles rappellent l'action; les produits sont les résultats en soi d'une opération , d'un travail , d'an mâange , d'une combinaison , d'une transfornation quelsvnque. Auasi ditH>n les productions
de l'esprit ou de U nature , et les produits de l'art ou des arts. « Les productions secondaires de la nature sont les seules auxquelles nous puissions comparer les produits de notre art. » Bufp. A la vérité, on appelle aussi quelquefois produits les biens de la terre , mais c'est loraqu'on les apprécie en eux-mêmes , sous le pomt de vue de l'économie politique , relativement à leur valeur vénale et à leur quantité. Le coton est une produetion abondante , et le produit d'un arpent suffit pour habiller trois ou quatre cents personnes. (CoND.). L'habitant de la campagne contemple et suit avec intérêt les progrès des productions de ses arbres , et il porte au marché les produits de ses terres.
COMPOSITION , COMPOSÉ. Ce qui résulte de l'action de composer.
Composition j comme produetton, se rapporte à l'agent et à sa manière d'agir; au lieu que composa, comme produtf, fixe l'esprit sur la chose en soi , telle qu'elle est. On trouVe à redire à la composition d'une chose , quand on s'en prend à celui qui l'a composée et qu'on critique sa manière; mais dans Lafontaine Jupiter dit aux animaux:
Si dans son compote quelqu'un trouve i redire. Il peut le déclarer sans peur; Je mettrai remède à la chose.
DÉNÉGATION, DÉNI. Ces deux mots signifient, en termes de jurisprudence principalement , désaveu , refus de reconnaître qu'on ait fait ou dit quelque chose.
Hais dénégation est subjectif et déni objectif: l'un représente la chose comme se passant et telle qu'elle se passe , et l'autre comme étant et telle qu'elle est; en sorte que la dénégplUon est la ma* nifestation dans un cas particulier de la chose appelée déni. Aussi la dénégation reçoit des épithètes qui rappellent un fait, sa manière, ses circonstances , sa durée ou son auteur ; au lieu que celles qui sont applicables au déni le carac* térisent en lui-même , intrinsèquement , essentiellement , quant à sa nature : on dit une dénégation formelle, nette ou équivoque; persister dans ses dénégations; entendre des dénégations; et un déni suspect ou digne de foi. On rapporte en historien des dénégations qui ont été faites; on examine ou on décide théoriquement , en légiste , quelle est la valeur d'un déni qui serait fait dans tels cas , dans telles conditions. Fénelon avait cherché , dans une Instraetion pastorale , à adoucir certaines propositions contenues dans son livre des ITaxtmef des saints, Bossuet le reprend ainsi : « C'est là une explication directement contraire au texte; c'est là une de ces sortes de dénéga^ tions qui sortent à la convictibn d'un coupable , où le déni d'un fait évident marque seulement le reproche de la conscience. »
CONTRADICTION, CONTREDIT. Ces deux mots signifient un dissentiment, une opposition que l'on fait à une proposition : tous deux emportent l'idée de contredire quelqu'un, ses pensées, ses opinions , ses paroles , c'est-à-dire de soutenir le contraire de ce qu'il avance.
Mais l'un se rapporte à l'idée du contradicteur, à son opposition manifestée , à la lutte qu'il in-
PHEMIËRË PARTIE
stitue aTfiO éolati Tautre n» sa rapporte qu'à la chose objectée en elle-même, à sa yaleur intrinsèque , à^ son sens , à sa portée. L'une est de fait et concrète, Tautre de droit et abstraite. C'est seulement dans les deux locutions adverbiales sans eowiradictian et sans contredit que ces mots sont Traimen\ synonymes. Sans amtrodtclûm , c'est-à-dire, sans qu'on contredise; sans contre* dit , o'est-à-4ire sans qu'oa puisse contredire. Une proposition passe sans eontradUtion (Pasc., YoLT.) , et eue est vraie sans contredit (Dssc. , BouRD. , Volt.).
INSTITUTION, INSTITUT. £tablis8emeat fondé pour plus ou moins de temps.
Vinstitution est relative , ^u durable , et n'a qu'une existence précaire; Vinttihtt est absolu et fondé à toujours. Il y a entr» ces deux mots la même différence qu'entre corporation et corps , signifiant une réunion de personnes qui vivent d'après des règles communes. La première société savante de France porte le nom i! Institut , parce que c'est une institution créée à perpétuité. On airelle aussi institut la règle de vie prescrite à un ordre religieux au temps de son établissement, et ce mot en marque la fixité, l'invariabilité. « Les religieuses de Port-Royal avaient loint à leur règle (c'est-à-dire à leur institut) iHnstitution du saint sacrement; elles avaient demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution.Ti Pasc.
FUSION, FONTE. Liquéfaction , destruction de la cohésion.
La fusion est une action , et la fonte un état. « Il faut que le zinc soit chauffé presque au rouge avant qu'il puisse entrer en fusion. Dans cet état de foule , sa surface se calcine et se convertit en chaux grise. » Buff. Gela est si vrai , que , dans uqe acception particulière, fonte signifie la matière même fondue : fer de fonte, « Il ne reste alors à la mine que la quantité de calcaire nécessaire à sa fusion , ce qui fait la bonne qualité de la fonte, » Buff. Que si fonte exprime aussi quelquefois l'action , il la représente comme un effet , comme une modification reçue : on facilite la fusion des inétaux (Buff.) en les aidjint à se fondre ; on leur donne une ou plusieurs fontes (Buff. , Rbgn.).— r D'ailleurs , fu^on étant formé immédiatement du latin fusio , au lieu que fonte dérive du verbe français fondre y fusion est un terme scientifique de métallurgie , et fonte un mot du langage commun. « C'est un prodige que la fonte et la fabrication du veau d'or en vingt-quatre heures. » Volt. « Le goût nous donne la sensation par la fonte de certaines parties de matière. » Buff. Là fonte des neiges , la fonte des humeurs.
PERDITION , PERTE. Ces mots n'ont de synonymie que dans le langage de la dévotion , car perdttton n'est point usité ailleurs. .
Us signifient Tétat d'une personne qui est dans une croyance contraire à celle de l'Église , ou qui se livre habituellement au vice. La j^dtlton est relative, elle a des degrés; elle dure : \& perte est absolue , c'est ime chose faite , accomplie , irrémédiable par conséquent; elle se considère après et non pendant. Si l'on ne quitte la voie de perdition , on est bien aûr d'arriver à sa jMrlt.
IMPOSITION , UIp6t. Contribution, ce qui est imposé aux citoyens , ce qu'ils payent au trésor public.
Le premier de ces mots est relatif, le second absolu. < V imposition y dit Roùbaud, est VimpôS considéré relativement à l'acte d'imposer. C'est un tel impôt particulier , ou une telle portioa du revenu public établi en tel temps , de telle manière, avec telles conditions.» Et il faut igouter, sur telles ou telles personnes. On répartit l'tmpôt , et, Vimpôt réparti , chacun paye ses ifnpontions, c'est-à-dire son contingent, sa part de Vimpôt général. Vimpôt, réunion des imposi^ tions y constitue le revenu public et pèse sur la masse ; Y imposition , variable suivant les membres de l'Ëtat , pèse sur les individus. « La crusade est une tmposiltoii sur le clergé , que les papes ont accordée souvent aux rois d'Espagne pour la guerre des Maures. » S. S. « Les censeurs mirent sur Bmilius une tmpofiltoA huit fois plus forte que celle qu'il avait payée jusqu'alors. » Como. « On fiût, dit encore Roubaud, l'histoire économique de l'imp^l et le détail historique des «inpositions. 9 II remarque aussi que quelquefois les impositions désignent particulièrement des charges variables, non pas constitutives de Vimpôt primitif et permanent, mais qui y sont ^'entées. < Outre les tailles, il y avait encore d'autres impôts , nonmiés aides , gabelle.... Le oomte de Soi^sons tenta d'obtenir du roi une imposition de quinxe sols sur chaque ballot de toUe. » Go»o. « On n'a jamais rien tiré des Pays-Bas par des impositions arbitraires. » Volt.
Ù est à remarquer que outre que les substantifs examinés jusqu'ici ont la désinence ion y laquelle se distingue par un caractère de noblesse comme dérivant du latin, iU sont tous latins dans la composition de leurs radicaux. Au contraire, la plupart des participes qui leur sont unis par des liens de synonymie , au lieu d'être directement traduits de participes latins, se présentent sous les formes que prennent d'ordinaire ces sortes de mots dans notre langue. Il s'ensuit pour les premiers une supériorité qui les rend plus propres à figurer dans le style relevé. De là vient en partie qu'on dit plutôt les productions de l'intelligence et les produits de l'industrie ; de là vient surtout que fusion s'emploie seul au figur^ pour signifier alliance et mélange, fusion de deux systèmes , fusion de deux partis > , et que perdition n'est d'usage qu'eu matière de religion et de moralité.
On peut s'étonner de voir traiter ici comme participes passés les mots fonte et perte , tandis que nous avons considéré ailleurs comme des radicaux nus, progris y acte y concept, (Voy, ces mots.) Cette irrégularité, vraie en elle-même, n'entraîne aucun inconvénient, et par conséquent importe fort peu. Tous ces mots , comme
I. Fonte s'est bien dit aussi an figuré, mais k une époqne plus ancienne de notre langue , où on avail d'autres préoccupations qu'à présent et où on u'arfectait pas le langage technique.
RemeUez, pour le mieux, ces deux vert à ]ti/ontt. Laf. « Il Tant qu'il se fasse comme une fonts \m'\\.:rèc\.^ du cav, pour ponOer i'anour divio.» Fia.
SYNONTMES {ffJï ONT LE MEME RADIGAU
Boos YïïfOD» dit à Ift fin de la règle générale ét»tiie ci-dessus , qu'on les prenne pour des participes passés ou pour des substantifr sans terninaison significatîTe , diffèrent de la même Dunière des substantifs en ton.
caonsANCB, GRUB. Augmentation de grandeur ou àe baateuF.
Jmu mirque la durée, la continuation de ee <{ai a èli eommencé , et par suite le mot «roir^ Miup se rapporte à la durée du phénomène , dont OD peut mesurer les périodes. La erowanee est doiK use augmentation successive et uniforme; on h suit dans ses progrès. Tout au contraire, la cme indique un effet, un simple résultat; elle montre Tactiou ftiite , et non pas se faisant et se fiiâant progressiTement. « Dana ces arbres pétrifiés on remarque distinctement les veines de chaque crue annuelle. > Bufp. Ou bien la crue est an accroissement subit , passager , instantané , iii&ttendu , et c*est pourquoi ce mot se dit surtout e& parlant des rivières et des fleuves que les orages ou les fontes des neiges font grossir tout fon coup. On l'emploie bien aussi quand il s'agit des animaux et des arbres , mais c'est dans un sens tout absolu et objectif: on ne dit pas, arrêter la crue , âge de ente , comme on dit , arrêter la croissance , prendre beaucoup de eroir^ fMee, âge de croissance. « Les baleines ont longtemps roidi la taille des femmes , et gêné la eroii^ Miieedes enfknts.» Lab. «La naissance et la crotiMMe du ténia sont également extraordinaires.» YoLT. Dans la phrase , cet animal a pris toote sa crue , le mot crue exprime absolument et en elle-même raugmentation' de grandeur; dans cette antre , cet animal a pris toute sa croiitance, le mot crot>iance rappelle le temps qu'il a bllu à l'anhual pouf croître , et les progrès successifs par lesquels il a passé pour devenir tel qa*U est. Pour parler avec une entière Justesse , â faudrait toujours dire avoir toute sa crue , et prendre toute sa croissance.
S n. S^èUanHfs à terminaison insignifUmU cornfmés anee des substantifs primUivement parftcifci passés et synonymes des premiers»
Les substantifs à terminaison insignifiante sem-> blent équivaloir aux participes passés pris substantivement; car, considérés les uns et lea antres , séparément , par rapport à des synonymes de même radical et à terminaisons significatives , ils en diffèrent de même. Cependant , si on les rapproche afin de déterminer précisément leur valeur respective , comme nous le faisons ici , on les trouve bien distincts les uns des autres. Le participe , absolu quand il se trouve synonyme d'an substantif dont la terminaison modifie le sens , devient , à son tour , relatif et particulier qoxDA on le compare â un substantif dont la terminaison est insignifiante; lui qui, dans le premier cas, représente la chose en elle-même et indépendamment de tout rapport , dans le second • rapporta l'action marquée par le verbe, et à tomes les circonstances de temps, de lieu, de personnes qui accompagnent cette action. Les SDbstantifs à terminaisons sans valeur , ou , ce qui Rrient au même ^ les participes passés qui , tels
que rôt et arrêt , ont rabi une allèration si pro* fonde , qu'ils n'ont plus rien de commun avec le verbe que le sens fondamental , sont plus absolus et plus généraux. Les participes devenus substantif sont , au eontraire , relatifo , distributife , représentatifs, eirconstanciels. Les substantifii-participespeuventsansdoute remplacer les substantib absolus à l'égard des substantif à terminaison significative; mais, quoiqu'ils aient le même caraotère , ils ne l'ont pas au même degré , et , sitôt qu'tm substantif-partieipe est mis en prince d'im substantif absolu , il reprend le sens relatif et rappelle l'action de son verbe.
RÔT, RÔTI. Mets que l'on sert après les potages et les entrées.
Ces deux participes d'un même verbe tirent leur différence de ce que le premier , s'étant beaucoup plus éloigné de sa source , a perdu toute marque de relation. Rôt signifie un service de table composé de viandes rôties , l'ensemble de tout ce qui couvre la table , une partie ou une époque dii repas , et non un plat parmi d'autres. « Gliton dit les entrées qui ont été servies et combien il y a eu de potages; il place ensuite le rôt et les entremets, v Labr.
J'allais sortir enCn quand le rSt a paru. Sur un lièvre flanqué de six poulets éliqiies , S'élevaient trois lapina, etc.... Bon.
Rôti particularise ce que rôt présente en général , paroe qu'il rappelle l'action du verbe , parce qu'il indique expressément que l'action de cuire a été faite, accomplie, soufferte; il exprima une pièce qui a été cuite suivant un mode particulier. « On sert le ràt , dit Roubaud , et vous mangez du rôti. Le rôt est servi après les entrées; le rôH est autrement préparé que le bouilli. » Lorsqu'on en est venu au rôt , vous dites : Passez-moi le rôH. On dira bien d'une manière absolve nous aurons à dîner du rdl , et d'une manière relative) un rôti de poulet. On dira, en indiquant simplement le genre, du gros rôt , du menu rôt , le chat a fait un larcin de rdl ou de fromage. (Laf.); et en spécifiant davantage, en ayant égard à un objet réel , qui est ou a été rôti, une pièce (Sév.) ou un plat (Les.) de rôti^ le rôti est à la broche. (Volt.)
ARRÊT » ARRÊTÉ. Résultat des délibérations de quelques compagnies.
Arrêté rappelle expressément Taetion du verbe arrêter: c'est ce qu'on arrête particulièrement, ime décision spéciale , portant sur tel ou tel objet , % émanant d'une autorité qu'on désigne : un arrête du préfet, du maire. Il se considère aussi coinmt un événement, comme ayant lieu dans certaines circonstances. Hais Tarr^ se considère uniquement en lui-même , par rapport à sa teneur. L'orra est souvent invariable et étemel ; les orr^ de la Providence, les arr^Ct du destin; Varrêté correspond à un besoin du moment : le maire fait un arrêté à propos d'une fête nationale. Dans tous les cas, l'arr^ renferme une force, une autonté supérieure à celle de l'orr^l^. L'une est à l'autre comme la règle au règlement, « Varrêt , dit ^^7 • est la décision d'un tribunal supérieur, décision que ce tribunal ne peut ni annuler ni corriger, lors même qu'il reconnaîtrait qu'il a mal décidé|
PREMiSRE PARTIE :
et Vofrité n'est qu'un acte d'administration publique ou privée qui peut être annulé , corrigé ou amendé, d'après quelques considérations nouvelles , par ceux même qui en sont les auteurs. On rend des arrêts , on prend des arrêtés; les premiers se cassent, les seconds se rapportent quand il y a lieu. »
FOSSB, FOSSÉ. Trou £Bât dans la terre, excavation.
Fosse offre nécessairement les mêmes nuances caractéristiques que ràt et arrêt , qui les doivent à ce que nous leur avons accordé, ce que nous ne pouvons refuser à fosse, d'avoir une terminaison insignifiante. Le mot fosse sera donc plus général , plus absolu , et le mot fossé plus particulier, plus relatif. L'un exprimera la chose en elle-même, et sans rapport à l'agent : il y a dans la rivière une fosse dangereuse. L'autre se rapportera à Taction, au travail de l'homme qui a creusé le fossé ^ à son mode d'action , et à An intention. En effet , le fossé n'est jamais , comme quelquefois la fosse , l'œuvre de la nature ou du hasard ; il a une régularité qui lui est propre , et une fin particulière , celle de protéger un édifice , un fort , ou un champ.
8TN0NTMIB DES SUBSTANTIFS ORBINAIRBS ABS- TRAITS AVEC DBS ADJECTIFS PRIS SUBSTAZffTI- VBMBNT.
Le beau, la beauté. Le vrai y la vérité. Le bon y le juste j Vhonnête; la bonféf, la justice, Vf^mnêteté. Vinfini, Vinfinité. Le sublime, la sublimité. Vutile, r agréable; VutHité, VagrémerU. Le solide , la solidité. Eté.
Indépendamment des noms propres, qui sont toujours en petit nombre , les langues ne renferment que deux sortes de Substantifs : les uns génériques , c'est-à-dire signifiant des genres ou des réunions de qualités, comme animai, rivière, arbre, maison; les autres abstraits, c'est-à-dire signifiant une seule qualité trouvée dans divers individus comparés, puis généralisée, tels que beauté, solidiù, chaleur, justice. Les derniers, les substantifs abstraits , ont le plus grand rapport avec les adjectifs qui leur correspondent. Outre quïls paraissent en dériver quant à la forme, par exemple, beaul^de beau, solidité de solide, ils expriment la même qualité; seulement elle est considérée dans l'adjectif comme attribu ou prédicat, c'est-à-dire en relation nécessaire avec un objet, et dans le substantif, elle est plus abstraite, plus générale, plus indépendante, elle est présentée comme se suffisant à elle-même. Mais le langage ne se borne pas à former ainsi des substantife en donnant aux adjectifs une terminaison substantive. Quelquefois il en forme d'autres, comme le beau, le solide, le juste, Vhonnête , qui sont l'adjectif lui-même devant lequel on met l'article. De là , la source de nombreux substantifs synonymes, ayant, les uns la terminaison même des adjectifs , les autres la terminaison ordinaire des substantifs. Nous prendrons pour exemple, dans la langue française, le beau, la beauté; le vrai, la vérité; le juste, la justice; Vhonnête, VhonëHeté; Vinfini, Vinfinité;
le sublime, la tMimité; l'ufiZe, Vutilité; lide , la solidité; les extrêmes , les extrémit chaud , la chaleur; le <ee , la sécheresse , etc. . de signaler les différences à établir entre a nonymes , nous remarquerons que toutes lej gués en renferment de semblables. Ainsi , en à l'adjectif àX7fiiç,éç, vrai, correspondent t 6cia, la vérité, et, tè àXif)6àc, le vrai. En 1 on trouve pareillement verum.et veritas , haru et honestas, pulchrum et pulchritudo. De i en allemand, das Wahre, die Wahrheii^ Cette question rentre donc dans la gcammair nérale; sa solution importe à toutes les lang elle doit même intéresser le philosophe cuj de connaître la marche de l'esprit humain la formation des idées générales.
Roubaud a déjà traité cette question incic ment , à l'article Chaud et chaieur. Voici ce i en dit : « Le vrai , le faux , le beau , le bon sont pas précisément la vérité, la fausseté beauté, la bonté : ils représentent ces qua comme subsistantes dans des êtres idéaux ou i traits, ou bien dans quelque sujet vague ou déterminé. Le vrai est un objet caractérisa distingué par la vérité, ou bien une chose c forme à la vérité, ce qu'il y a de conforme i vérité dans une chose.
< Cette différence distingue généralement adjectifs érigés en substantifs des noms qui ex| ment la qualité caractéristique ou distinct] Vagrément et Vutilité constituent Vagréable Vutile : Vutile et Vagréable ont en partage et propre Vutilité et Vagrément.
«L'ancienne philosophie a dit : le chaud, froid , le sec , Vhumide , pour distinguer les é ments ou les principes des choses. Le chaud * alors l'élément dont la chaleur est k qualité pi pre. »
La distinction est à peu près juste, mais e demande à être généralisée, développée et a pliquée.
1" Grammaticalement considérés, le beau, vrai, le juste, etc., ne sont pas des substanti abstraits , mais des substantifs génériques; car i sont tous du masculin , tandis que les noms ab traits sont tous du féminin. Ils représentent dont en effet , non des réalités bu des fragments de réj lités observables , mais des conceptions, desêtn idéaux, indépendants des réalitéis, et en qui î trouvent réalisées les qualités exprimées par h substantifs abstraits. Ils ne sont pas , comme ceui ci , quelque chose de simplement caractésistiqu ou qualificatif, mais quelque chose de substantif et d'essentiel; ce sont des types, pour parler 1 langage de Platon. Leur caractère distinctif uni que , c'est qu'ils sont -absolus , c'est-à-dire qu'iJ expriment la qualité , abstraction faite des être auxquels elle appartient. Au contraire, les nom abstraits la désignent, quand elle n'est point en core arrivée au nec plus ultra de l'abstraction , oi bien , quand elle est reparticularisée et qu'on li fait descendre de la hauteur de l'absolu pour l'ap pliquer de nouveau aux objets. En d'autres termes^ les noms abstraits s'emploient en parlant d'un< chose ou d'une personne en particulifl ; ils expriment une qualité appréciable , portée à in certaii
SYNONYMES QUI ONT LE MfilE RADICAL.
àpé, oa, dans tous les cas, cette qualité par npport à certaines circonstances particulières, la noms-adjectifs se disent dans le sens le plus liste , le plus général , sans égard ni aux choses , ni aux personnes , ni aux circonstances , quelles ^>Ues soient. C'est là la différence essentielle. Us soÎTintes n'en sont que les développements ou les conséquences.
2* Les sabstantifs abstraits s'emploient rare* neot sus nn complément indirect commençant par de; c'est tout le contraire pour les substantifr-adj^tife. La beauté d'une femme, la vérité d^m récit , la justice et l'^ofin^lef^ d'un procédé , la toMiU d\ui édifice, les extrémUés d'un bfttOQ.etc
3" C'est à cause de leur caractère d'absolu et d^mdétermination que les substantifs-adjectifs , à la diflirence des autres , s'emploient bien sans l'article dans les expressions telles que celles-ci : n&it, ou j'ai chaud ou fMd.
4* Les substantifs-adjectifs ne s'emploient pas arec les adjectifs qui manquent plus ou moins. On recoxmaSt à un objet une grande beauté^ à un magistcatune grande justice^ mais non un grand beau y an grand juste,
&* Les snbstantiCs-adjectifs ne se prennent pas non {dos comme les autres dans le sens partitif. On dit quHm homme a quelque bonté y quelque honnêteté dans le caractère , et non pas quelque hm, quelque honnête.
e* Dans les langues, le grec, le latin et Tallenaiid, qui, outre des substantifs masculins et Jëminins , en possèdent qui ne sont ni l'un ni Tau- Ire , et que, pour cela, on appelle neutres (tieufnim , ni Vun ni l'autre) , les substantifs-adjectifs rentrent toujours dans cette dernière classe; ce qui contribue encore à leur faire perdre tout caractère de relation.
** Comme les substantifs-adjectifs n'ont rapport à aucune réalité , ils expriment quelque chose d'invariable, de permanent, d'étemel, de non contingent. La beauté ^ la justice , la vérité , peuvent varier, et varient en effet d'un pays à l'autre; mais le beat», le juste , le vrai de-> neurent.
9* Les substantifii^jectifs appartiennent essentieUement aux sciences spéculatives , et les autres aix sciences empiriques , ou même aux beauxarts. Aristote et la philosophie scolastique prétendaient expliquer toutes les choses naturelles avec le chaud , le froid , le see et Yhumide; la physique moderne étudie la chaleur et l'humidité. L'esthétique traite du beau; la critique étudie la ïmuté dûis les ouvres de l'imagination. La morale s'occupe du bon , la logique du vrai; les moralistes observateurs , tels que Labruyère et Larochefoucauld , recherchent la bonté des actions , et ks sciences r^herchent chacune un certain genre de térité. Longin a fait un traité du sublime , qui M raole en particulier et exclusivement ni sur la sMmité du style, ni sur la sublimité des penlées , ni sur aucune autre sublimité que ce soit. On a personnifié la beauté , la vérité y la justice , et yarlout on en a iîait des êtres du sexe féminin. Le Wss, le «rot, la jnsêe sout trop loin des réaUtés
pour que l'imagination ait pu songer à s'en emparer, afin de les revêtir de formes.
Entrons dans les détails. Deux systèmes ont régné en philosophie depuis Platon et Aristote sur les idées que représentent les substantifsadjectifk, savoir : celui qui les considère comme des types dont les substantifs abstraits marqueraient les manifestations , et celui qui ne voit , dans les substantifs-adjectifs , que la qualité abstraite au suprême degré. Tout en constatant dans les synonymes que nous allons examiner les distinctions établies plus haut , nous remarquerons que certains substantiib-adjectifb paraissent plus fitvorables au système platonicien «t d'autres au système d'Aristote.
Le BEAU , la BEAUTÉ.
Le beau est absolu, la beauté relative. Le beau c'est le beau en soi, le beau véritable, le beau type , c'est un idéal que les artistes s'effoixent de réaliser, et, loin que le beau soit beau par sa conformité à la beauté y comme dit Roubaud, il semble plutôt que la beauté est dans les objets une modification qu'on doit considérer comme une manifestation ou une application du beau. Du reste, le beau, c'est quelque chose de vague ou plutôt d'étendu qui s'aj^lique à tout ce qui est beau sans exception; ce n'est point une idée acquise , mais plutôt une conception par laquelle nous nous représentons une qualité , telle qu'elle doit être, et non telle qu'elle est. La beauté est relative : elle se dit de ce qui a la grâce , la forme , les proportions requises par la mode , les mœurs , les usages , pour qu'un objet soit beau. Il y en a de bien de$ sortes : « Comme on dit beauté poétique y on devrait dire aussi beauté géométrique , beauté médicinale. » Paso.
Le YBAI , la VÉRITÉ. Ces deux mots sont plus synonymes que tous les autres, et ce qui fait qu'on hésite davantage dans l'emploi de l'un ou de l'autre , c'est que tous deux sont très-abstf aits , ' très-éloignés des réalités. Cependant il n'y a point à s'y tromper.
La vérité est le vrai relatif, le vrai qui se démontre et s'acquiert par tel ou tel moyen. Le vrai est un type de vérité y un idéal, une conception à laquelle sont conformes toutes les vérités. Quand Boileau dit, rien n'est beau que le «rat , il exprime d'une manière absolue, nette, précise, tranchante, tout ce qui a été, est, ou sera vrai, tout ce qui est susceptible de posséder la qualité marquée par cet adjectif; il ne reste plus rien à désirer, on n'attend plus que l'auteur détermine de quelle vtfrit^ il entend parler. Pascal appelle l'homme « juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrat. » — « Dieu et le «rat, dit-il encore, sont inséparables; et, si l'un est ou n'est pas, s'il est certain ou incertain, l'autre est nécessairement de même. » Hais quand il parle du «rat relatif, c'est-à-dire de celui qui s'acquiert, et par tels ou tels moyens, il se sert du mot vérité. « Nous connaissons la vérité^ disent les dogmatistes, non-seulement par raisonnement, mais aussi par sentiment et par une intelligence vive et lumineuse. »
Le BON . la BONTÉ; le JUSTE, la JUSTICE;
'PONNÉTE. l'HONNÊTETÉ.
FMHIfiRE FARTIB
Le jvaie^ Vhùimêti^ Itton M&t dans la conscience de chacnn fixes, inyariabies, immuables. L'homme de bien cherche à réaliser ces idées dans sa conduite, comme l'artiste cherche à réaliser celle du beau. La juitice se lit dans les codes , et Tarie comme eux ; Vhonnêtelé et la bonté ne sont pas moins relatires. C'est par la méditation qu'on arriye À connaître tout ce qu'implique le bon , Vhonnétê et le ;tifte; c'est par l'observation ou l'étude des mosurs et des lois seulement qu'on peut oonnsâtra la bontés VkonnéuU et la fuilieê.
L'fNFIIfl) VlNVUflTÉ.
Vinfini est absolu , ssbb aueune nlatloU à quoi que ce soit; c^est, par exemple, dans la sphère des nombres , ce qui n'est ni pair ni impair , ce qui n'augmente psfe par l'addition et ne diminue pas par la soustraction d'une unité. Si l'inanité ne s'emploie pas toujours avec désignation expresse des objets auxquels on la rapporte , elle est au moins très-propre à recevoir ce déterminatif , et partant à sortir du vague où s'enveloppe VinfUiù m Toutes les grandeurs tiennent le milieu entre Vinfini et le néant.... Nous sommes placés entre tme ffi/lmetf et un néant d'étendue, de nombre, de mouvement) de temps. » Pasc. Vinfinitéy d'ailleurs ,se prend seule , dans un sens hyperbolique et relatif) pour signifier une grande multitude : Vinfini ne descend point ainsi de sa hau* teur et ne se prête point ainsi aux à peu près du relatif; il échappe à toute comparaison.
Le SUBLIME, la SUBLIMITÉ.
Le sublime est tout ce qu'il y a de plus élevé , ce au delà de quoi on ne conçoit plus rien. La sublimité est la qualité communiquée par le ittblime , et presque toujours elle est présentée en relation avec lés choses auxquelles elle appartient. Le subUme est plutôt pour la conception , pour la théorie, on Tadmire; la subUmité, plus accessible , tombe dans le domaine de la pratique , on y atteint difficilement. C'est de cette façon que Condillac distingue ces deux mots. Yoici ses propres termes : < On dit le roblfmedans le style, dans le discours , et la svAlimiié d'une science , d'un art, d'une pensée, du génie. Le premier élève l'âme par le nombre des grandes idées qu'il lui offre en peu de mots et d'une manière simple; le second lui représente ce qu'il y a de plus éieyé dans une science , un art , etc. , comme une chose A laquelle il n'est pas aisé d'atteindre. » « Àri»tote : Bn cherchant le subUmê , Je ne suis point tombé dans le galimatias. ^ Platon : Vous avex parlé d'une manière sèche et incapable de faire sentir la sublimité des Térités- divines. > Fén. Bien sentie le suMime des auteurs sacrés; être agité, à la représentation d'une tragédie, des mouvements que la sublimité ou la in'olence des wntiments peut exciter dans le eoBur (d'Ao.).
L'UTILB, ITTILITÉ; l'AGRÉABLB, l'AORÉ-
HBirr.
le voudrait qu'à VuHIe on Joigntt VagréaèU. Yolt, Toutes les distinctions établies en commençant Rappliquent très-bien ici. La seule chose à' remarquer, c'est que Vutile et Vagréijitle ne sont point , comme le beau , le juste , etc. , des types , des idéaux dont VuHKté et Vagrément ne seraient
que des maniftstatiOBf *, ib n^rimnot qae l'i {il^ et Vagrément portés au plus haut degr^ d'abstraction; Vutile et l'o^r^oMe, comme dit Roubaud avec raisop , ont en partage et en propra Vutilité et Vagrément,
Le 80UDB, la SOLIDITÉ.
Girard prétend que le foltds a plus de rappoi^ à l'utilité , et la solidité à la durée : mais il iCMm prend le mot solidité que dans un sens physiqfue , ou , tout au moins , peu abstrait. Il est bien vrai qu'effectivement la solidité est un mot moins aJt>strait que le solide , et cela doit être d'après 1a règle générale. Mais il eût fallu considérer les deux mots dans le cas où ils sont le plus syno^ nymes , c'est-à-dire tous deux abstraits , quaxid. , par exemple , on parle de la solidité d'une preuve (P. IL) ou d'une réponse (Boss.), auquel cas on n'a évidemment aucun égard à la durée de oes choses. — La solidité est quelque chose de moins abstrait, c'est la qualité de ce qui n'est pas facile à ébranler ou à détruire , au physique et au moral. Le solide , o'est , d'une manière très-étendue et très-abstraite , ce qui fait qu'il y a dans les objets de la réalité , du fond , quelque chose qui n'est ni vain ni frivole , comme par exemple dans les objets qui ont de' la solidité. Le solide est donc ce qui constitue la solidité, ce qui en est l'essence , ce sans quoi il n'y aurait point de solidité; c'est l'être abstrait dont la solidité est la qualité propre. Aussi dit-on d'une manière tout absolue le solide , et d'une manière relative la solidité d'une chose , quelque solidité. « Le Diableboitetiss est un roman agréable et utile , c'est-à-dire utile par l'agréable et le solide : c'est ce qu'on veut aujourd'hui dans les écrits, c'est-à-dire, outre l'utilité de plaisir, quelque solidité, de l'instruction , des mœurs , du vrai. » Les. « Servezvous de cette pensée pour chercher le solide et la consistance. » Boss. « Notre piété n'a point encore cette solidité et cette consistance qui est le fhiit de la prière. > FAn.
Les EXTRÊMES , les EXTRÉMITÉS.
Les extrêmes sont, comme le solide , Vutile ^ Vagréable; ils se prennent dans un sens trèsabstrait. Ainsi, en arithmétique, on dit, les extrêmes d'une proportion , en parlant du premier et du dernier terme , au lieu que dans la géométrie, science moins abstraite, on considère les esBtrémités de la ligne. En général , les extrêmet signifient des oppositions vagues , indéfinies , qui ne sont de mise que dans des phrases absolues peu précises, et dans les mêmes circonstances les esBtrémités offrent un sens plus déterminé. On dit , par exemple , porter les choses à Vextréme ou à Vextrémité : les porter à Vextrême, c'est les porter jusqu'au delà de toute limite; les porter à Vextrémité, c'est les porter jusqu'à la dernière limite. La première locution emporte un excès auquel il n'y a pas de bornes ; la seconde , un excès concevable , aussi grand qull peut être par la nature de la chose; c'est seulement porter les choses jusqu'à la rigueur, et c'est pourquoi on dit bien la dernière et les dernières extrémités. Toutes les fMs , du reste , que l'excès est déterminé par ce qui précède ou ce qui suit, la mo> extrémité est le seul propra. Dans les IVooài
STNOimfES QUI OIfT LE MBME RADICAL.
dUer, fe pèn Jésuite ftyant dit qnll ett pennis éi toer pour un lel, l'interiocuteur demande : Csmbwn £nit>il que la chose Taille pour nous porter à cette a^émité? Enfin, comme le ra^ iltnu! .les eifr^ii«f se disent plutôt quand il s'agit de théorie, de spéculations, d'opinions, et les eUrimîtêi qtasd il s'agit de pratique, de eondulte.
U KXa, la HOUGEDR.
Le ratfr est aJMtrait et absolu; k rongewr est oeccréîe et relatire. Le rtmge se prend , comme le Kfii^et le iiotr, dans le sens le plus général et Ifj^nste pour marquer le type d'une sorte de Qskur, type înTariable, subsistant seulement àss l'esprit et qui n'est considéré par rapport i ancon objet particulier ; la rtiugeur , comme la himékevr et la noirœnr, exprime dans dirers eèf'ts ime qualité qui tombe sous les sens , qui se aanileste i tel degré et de telle manière; e'est use réalisation du ronge : aussi dit-on la nmgnr, et non le rouge ^ de quelque chose, des j«M. des lèrres, par exemple. — On dit bien, «s parlant d'une personne, que le foti^e lui iKStettTisage, et que la rougeur lui monte au Tis&|t*, ns^ l'une de ces deux expressions s'entend toiqovrs comme marquant une coloration du Tis^e pndmte par un sentiment de l'âme, tel que h podeer ou la colère , au lieu que l'autre peut oliMlîqQer que le ftit physique du sang qui nmte m. tissge. — Que si parfois on emploie aussi rtngew pour signifier qu'on rougit par Veffet d'un sentiment qu'on éprouve , ce mot se distio^ toujours par sa relativité : on dira donc hroygaff , et non le nni^^, de la honte ou de la ffledestie^^Be aimable rougeur, une rougeur subite, et Doa un thnable roti^e, un rottj^e subit; et, ao sojet d'une perscmne, sa rougeur et non son nm§e. Enfin on se sert de rougeur pour les cas panicttliefï ; à ces mots , dans telle occasion , onTîf UnugetÊf lui monter au visage; remariez U fxmgewr qui lui monte au visage. Bouge ^ m coatraire, est réservé pour les phrases générales : on ne peut entendre de pareilles choses sans que le rouge monte au visage. « Le rouge an visage et le feu aux yeux sont un signe de la colère. • Boss.
le FAIHL, la FAUSSETÉ.
Le favx est absolu, et la fausseté relative. Le fo», comme le rrut ,.est un idéal , quelque chose •ie Tague et d'étendu qui s'applique sans exception i toDt » qui est faux , et à l'aide de quoi on distingue la fausseté partout où elle se trouve. La ftiisuté, an contraire, est le faux qui se fait TDir, qui se manifeste effectivemen dans les Ôres particuliers. On dit le faux d'une manière tnite générale , sans penser à rien de réel : fecemcr le vrai d'avec le faux (ACad.); « le faux « toujours fade. » Boil. On dit bien la faus- ^ avec détermination des personnes ou des â»fies : la fausseté d'un homme ou d'une nou- ▼«Ib. — Toutefois le faux se prend aussi relati- ^««nt, mais c'est seulement dans la sphère de l'iiiéal, dans les matières abstraites , à l'égard des choses pensées et non à l'égard des choses existâtes: on dit bien le faux d'un système (Conn.), W faux d'une conséquence (Btr^.), le fiux des
d'un phyvcktt (Votr»); mais on b9 dit point le faux,^ comme on dit la fausseté d'un homme, de son caractère, de son visage. Bt encore môme alors le faux n'est qu'incomplètement relatif; car on ne dira point le grand faux^ mais la grande fausseté d'un système ou d'unw> raisonnement. A quoi on peut «jouter que la faux se sent et que la fausseté se démontre» Le faux est plus vague et l'oljet d'une apereeption presque instinctive c « A la lecture, le faux de cette conception saute aux yeux. » Lab^ La faus'- * setéesi mieux délimitée , mieux droonscrite , plue définissable et quelquefois moins essentielle que dépendante de la forme.
Le FRIYOLS, U FRIVOLITË.
Le frivole est abstrait et absolu; la /WvoKt^est concrète et relative. On peut en théorie recommander de fuir le frivole , sans penser aux choses frivoles qui existent; mais en voyant les choses de ce monde on dira : laissez là ces frivolités. Le frivole est la qualité en soi , considérée intellectuellement, et la privoUté cette même qualité montrée par l'expérience, se manifestant, faisant impression sur nous : le friffàle est insignifiant f la frivolité est insupportable; le /nvole des chose» de ce monde les rend indignes de notre ambition, et nous sommes continuellement fraj^éa de la frivolité des choses de ce monde»
Le GRAND, la GRANDEUR.
Le grand est abstrait et absolu : e'est une ab» straction , un idéal , un type , qui n'admet ni degrés ni variations , et dont les diverses grandeurs sont des images ou des imitations plus ou moins approchantes. Ce mot exprime d'une manière précise , abstraction fkite des objets et des personnes , ce qui s'élevant au-dessus de l'ordinaire est digne de notre admiration. La grandeur est quelque chose de réel et de relatif qui tombe sous les sens et qui est plus ou moins conforme au grand. Le grand est une chose conçue; la grandeur, une chose perçue. On vise au grand; on admire la grandeur d'im héros. — D'ailleurs le grand se dit surtout dans l'ordre des idées , dans les matières de spéculation ou de littéra» ture. « Le grande le soûde de la religion pr^ la place dans un bon esprit de tout le frivole qui l'avait amusé. « Mass.
Le FORT, la FORCB.
Le fort est une qualité abstraite, intrinsèque^, la force, une qualité effective et se faisant prér sentement sentir : le fort d'un argument le rend solide, la force d'un argument le rend victorieux ; vous êtes incapable d'apercevoir le fort de cet argument , et de résister à la force de cet aiv gument. L'homme qui est au fort de Tftge , c'està-dire au milieu de T&ge ou de la vie , dans l'âge viril, peut être très-iaible par lui-même; car la mot fort est pris ici dans un sens vague, absolu, et il n'exprime ni une force proi>re au sujet, ni une force qui se développe actuellement. L'homme qui est dans la fbree de l'Age est vigoureux.