PREMIÈRE PARTIE
tîon d*Qne manière aussi directe et aussi pleine que les verbes actifs; ils signifient éprouver quelque chose, soi aussi, pour sa part, n'y être pas étranger , ou n'en être pas exempt. Ils expriment donc la même chose , mais à un moindre degré. Celui qui te seul ou qui te rettent , f«nl oureiseni en partie ou de loin, à une distance plus ou moins grande de Timpressioa.
ACQUITTER, S'ACQUITTER, On aequiUe un devoir , un vœu , une promesse , et on t*en aequiUe,
Mais acquitter est tout objectif, et t* acquitter subjectif: l'un lait penser à û chose sur laquelle tombe l'action, et l'autre k la personne d'où part l'action. Si vous aequittex votre promesse ou votre vœu, la chose promise ou vouée sera faite, réalisée ; û vous voue en aequittef , vous en serez quitte ou libre , vous n'aurez plus & y songer. L'obligation qu'on aequiUe est un olijet, un acte notarié; l'obligation dont on ^acquitte est quelque chose d'idéal et de propre aux personnes , à la personne qui agit : l'obligation que vous avez acquittée n'a plus de v^eur, l'obligation dont vous vous étet acquitté ne vous pèse plus. ~ A peine est-il besoin d'ajouter que c'est toigours de Quelque chose de personnel qu'on t'acquitte , et que c'est quelquefois les autres qu'on déUvre en acquittant. Le maréchal de Coigny avait toijjours traité sévèrement le poète Bernard , qui lui était attaché. « Mais en mourant il le recommanda vivement à son fils , en le priant de réparer ses torts; devoir que celui-ci se fit un plaisir A*aequitter , et qu'il acquitta pleinement. » Lab . ~ Enfin on acquitte quelquefois mais on ne f'acqutlle jamais , involontairement. Fontenelle donnait constamment sa voix (pour entrer k l'Académie) à l'abbé Trublet, « par un sentiment de reconnaissance dont le philosophe ne s'apercevait peut-être pas lui-même , et qu'il acquittait comme sans le vouloir. » D'Al.
DÉPOUUXER une chose, S'en DEPOUILLER. La quitter , s'en défaire. On dit également au figuré , dépùuiUer son orgueil , sa fierté , la haine , l'artifice , et s'en dépouiUer.
Roubaud a très-bien établi la différence de ces deux locutions. « L'action de te dépouiller d'une chose , dit-il porte directement sur le sujet qui te dépouille; l'action de dépouiller la chose porte directement contre l'objet dont on veut être dépouillé. La première de ces images attire principalement votre attention sur la personne : vous assistez en quelque sorte à son dépouillement. Par la seconde , votre attention est plutôt fixée sur la chose , vous verrez tomber sa dépouille. Si le prince te dépouille de sa grandeur , vous le voyez tel qu'un homme privé : s'il la dépouille , vous la voyez s'évanouir^ » Il est difficile de nota dépouiUer des choses auxquelles nous tenons beaucoup , de nos goûts , de nos habitudes , de nos préjugés , et de dépouiUer celles qui tiennent beaucoup à nous , les sentiments de la nature , l'humanité , la pudeur.
DÉCHARGER, SE DÉCHARGER*. Un portefaix décharge un fardeau et s*en décharge ^ c'est-àdire qu'il le dépose.
L'esprit se porte, d'un côté, vers le fardeau que l'on voit changer de position , passer de l'épaule de l'ouvrier sur U terres de l'autre, vers
l'ouvrier que cette (^ration soulage et délivre de sa peine.
REVÊTIR un habit, SB REVÊTIR d'un habit. Le mettre ou s'en couvrir.
Bevétir se rapporte à l'habit, et te revêtir , à. la personne. Tant que vous n'avez pas revêtu un habit» il est nouveau ou inaccoutumé pour vous, et on ignore s'il vous va ; tant que vous ne vout êtes pas revêtu d'un habit , vous n'y êtes pas accoutumé , et on ignore si vous aurez bon air avec. Un habit est véritablement neuf quand on ne l'a jamais revêtu; un peuple est véritablement sauvage quand chez ce peuple on ne s'est jamais revêtu d'habits. Vous donnez & un pauvre des habits inutiles ou. q[ue vous ne mettez plus pour qu'il les revêtitee et afin de ne les pas laisser périr de vétusté; vous donnez des habits à un pauvre pour qu'il s'en rer^titte et afin qu'il soit à l'abri des injures de l'air. — Les formes que revêt la pensée sont telles ou telles; les formes dont te revêt la pensée la rendent telle ou telle.
RIRE , SE RIRE de quelque chose. No pas s'en soueier , s'en moquer.
On rit de ce qui ^se montre risible , on te rit de ce qu'on trouve ridicule. Quand de mauvais plaisants font rire le monde en employant des termes qui ne sont pasdu bon usage, on ne ril pas de cç qu'ils disent, mais on sent d'eux (Vaug.). La première expression énonce le lait simplement et le présente comme provoqué par l'objet; la seconde ajoute à l'idée du fait celle de la hardiesse du sujet et de son opinion particulière sur la valeur de l'objet. — On distinguerait de niême jouer quelqu'un et te jouer de quelqu'un , c'est-à-dire le tromper.
STNORTIIIB DB8 VBRBB8 ACTIFS ET UB LBDK dIfI- HITION GOMPOSÂB DO VERBB rendre ET O'UH AD- IBCTIF QUI LBUR CORBESPOND POOR LB 5BKS ST POUR t'ÉTTHOLOOIB.
Sngraitter , rendre gras. Chauffer , rendte chaud. Aiguiterj rendre atyn. Populariter, rendre populaire. Sndurdry rendre dur. Édaireir^ rendre clair. Embellir y rendre beau. Etc.
Deux différences principales empêchent de confondre ces expressions synonymiques. D'abord, le verbe montre k l'œuvre; sa définition montre l'oeuvre. En engraittant on rend grat , de même qu'en chauffant on rend chaud , de même qu'en aiguitant on rend aigu. C'est la même chose envisagée, là, du côté du sujet et de son action, ici , du côté de l'objet et du résultat qu'il subit , c'est-à-dire qu'on insiste , d'une part , sur l'action en )a présentant dans son accomplissement , et, de l'autre, sur la qualité en la dégageant du verbe auquel elle est mêlée, en la mettant en saillie , en la faisant voir séparée , en la signalant en dernier lieu à l'attention , de telle sorte que nous croyons voir l'actio se passer sous nos yeux. Une fermière dira : Tengraitte de la volaille ; c'est là ce dont elle s'occupe , et : Cette volaille que j'avais achetée maigre , je l'ai rendue gratte; c'est U l'espèce de modification qu'elle a fait subir à l'objet. Lorsqu'on entend dire qu'une chose a été popularitée, on demande naturelle- •
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
fêrqaiy quand et pourquoi; et, s'il s'agit (fsBe chose remdue populaire , on songe unique- ■nt à la qualité qu'elle a acquise. Il y a , dans Il pranière expression , un caractère de subjec- Irrilé , et , dans la seconde , une nuance incontestable d'objectivité. La guerre endurctlle corps et rSme , est une manière de s'exprimer qui présente la guerre comme produisant son effet; tandis qee la guerre rend durs le corps et l'&me , fixe l'e^irit tout entier sur la qualité contractée su BîlBBa des armes. Ce qui domine dans le Tcrbe, c'est ropération de l'agent, et dans la jtnse explicatÎTe , c'est l'acquisition de la qualité psrrobjet. Les commentateurs ^ckwrettfefil les textes; on les Toit en action : leurs commentùres les rendent âat'rs ; ici, ce qui frappe, c'est seatement la modification subie par les textes. Le lerbe a tant de rapport à l'agent , qu'il dénote qwlqaefois , de sa part , un autre motif que celui de éomer à l'objet la qualité qu'il lui donne effectirement. On embeUit souvent une chose, non pour la Ttindn heUe en eUe-méme , mais pour se faire hcameur; on engraiue des esclaves , afin de les reteair plus facilement sous le joug.
Ls seconde différence se déduit de la première. Le veite montre à l'œuvre, indique raction se fusant et tendant à produire le résultat , à faire naître k qualité; il comporte tous les degrés, depuis le plus faible commencement, jusqu'à l'entier achèvement de l'opération. La phrase expiicatÎTe , au contraire , ayant pour' office d'exprimer la qualité survenue dans l'objet, le fait (fane manière absolue, rigoureuse, complète, précise. La signification du verbe est plus vague, pfais large, plus flottante. On grossit y on éclairéd. etc. , peu à peu, insensiblement, en partie, jusqu'à un certain point , pour un instant , même qnaîid on essaye simplement ou qu'on commence i rendre gros ou clair, Rendre gros ou dair ne comporte pas ces déterminations ou plutôt ces indéterminations; il marque positivement l'effet comme produit. Pour rendre de la toile blanche , il £iut la blanchir longtemps et à plusieurs reprises ; pour rendre gras , il faut bien engraisser; pour rendre léger , aUéger beaucoup , et ainsi des autres. Fopuia^iser, c'est se mettre à rendre popMietre, essayer, commencer ou être en train. An verbe s'attache plutôt l'idée de la sorte début qu'on se propose et qu'on poursuit, et à la phrase oplicatrre Vidée de ce but comme effectivement et entièrement atteint. Celui qui emplit un tonleui, tùffuise ou polit un instrument, ne rend pas nécessairement et toujours, l'un plein, l'autit aigu ou pdi. Il y travaille. Rendre grand , c'est donner une qualité, la grandeur; grandir isdiqne le même effet , mais d'une manière vague M peu précise, c Le mariage , dit Nicole , règle la eoDca]nscence , mais il ne la rend pas réglée : elle retient toujours qu^que chose du dérèglement qû lui est propre. »
Kon-senlement le verbe peut vouloir dire donaer une qualité peuà peu, à peu près , en partie , ^oqu'à un certain point , mais quelquefois il signée la faire augmenter dans ce qui l'a déjà; laot il est vrai qu'il désigne l'effet relativement. Mir peut signifier ajouter à la p&leur; rendre
pdie suppose qu'on n'était point p&le et qu'on le devient tout à Ikit. Une forme d'habit vieUlU, si on est déjà vieux , et rend vieux si on ne l'est pas. Dire à une personne que ses vêtements l'embelUssenty c'est lui ûdre un compliment, car cela signifie qu'ils ajoutent à sa beauté : la modestie embeUit la beauté même. Dites à une personne que sa parure la rend belle , elle s'en offensera justement; car vous lui fiâtes entendre qu'elle n'est point belle sans cela.
l«e verbe ne signifie donc pas toujours simple* ment rendre im objet tel ou tel , comme le disent les dictionnaires , mais parfois aussi commencer , ou travailler , ou tendre à produire cet effet , sans indiquer précisément où l'on est arrivé, et si l'on ne fidt ()u'ajouter à ce qu'était l'objet , à la qualité qu'il avait déjà. La phrase explicative est une forme nette , analytique , abstraite , qui exclut les à peu près , dont l'usage ne commence qu'à une époque assez avalicée de la civilisation pour qu'on y sente vivement le besoin de la précision et de la clarté. D'ailleurs , elle ne se prête pas et ne doit pas se prêter, comme le verbe, aux significations étendues et figurées. On ne dit pas au figuré rendre gros , comme on dit grossir , pour ' exagérer ; non plus que , se rendre gras , comme on dit s^ engraisser des misères publiques; non plus que , la prospérité rend ivre , comme on dit qu'elle enivre , et ainsi des autres.
STNONTlliB DES VBRBBS NEUTRES BT DB LBUB DE- FINITION COMPOSÉE DU VERBE devenir vt d'un