ADJECTIF QUI LBUR CORRESPOND
VieiUir , devenir vieux. Pâlir , devenir pdle. Noircir, devenir noir. Mûrir, devenir mûr, EU.
Il y a entre les synonymes de cette classe et ceux de la précédente une ressemblance visible ; aussi admettent-ils à peu près les mêmes principes de distinction , quoique le verbe de la phrase explicative ne soit pas le même.
, Le verbe neutre a pour caractère principal de désigner le fait du changement , et sa définition en désigne plutôt l'espèce ou la nature. D'une année à une autre on trouve qu'un ami a vieilli; d'ordinaire un accusé pâlit en entendant prononcer sa condamnation; il arrive à ceux qui s^ournent quelque temps en Afrique de noircir. De jehne on devient vieux; de coloré , pdle; de blanc , noir. Vous direz d'un vin qu'il acquiert de la qualité en vieillissant , et alors vous montrerez le changement qui s'opère graduellement en lui, vous représenterez- le vin comme se bonifiant à mesure qu'il subit l'influence du temps. Si vous dites qu'il acquiert de la qualité , quand il devient ou qu'on le laisse devenir vieta , en ce cas vous n'aurez égard qu'à la sorte de changement produit par l'âge dans cette liqueur. Mûrir peint le travail de la maturation et le temps où elle a Ueu: les cerises mûrissent au mois de juin; devenir mûr montre la maturité comme la qualité qui survient dans l'objet : il faut attendre que les cerises deviennent ou soient devenues mûres pour les cueillir. Le verbe neutre constitue une expression synthétique et composée , dans laquelle I l'adjectif est si bien fondu , si bien déguisé , que
snr. FftAHÇ.
so
sa signification s'efface en quelque sorte pour ne laisser apparaître que l'action du rerbe. Dans l'expression analytique commençant par détenir , c'est au contraire l'adjectif qui prédomine, et devenir n'est qu'un auxiliaire qui n'attire en aucune sorte l'attention.
Le verbe , destiné à désigner le feit de la réalisation de la qualité , le représente dans tous ses degrés , avec ses différentes variations et phases , mais d'une manière générale et vague. La définition , la phrase explicative , ayant surtout rapport, non pas au foit, mais à la qualité, exprime celle-ci dans toute sa plénitude ; c'est une forme absolue , abstraite , simplement énoneiative , qui ne comiK)rte ni le plus et le moins , ni les à peu près d'aucune espèce. De sorte que le verbe neutre ne signifie pas toujours simplement devenir tel ou tel , mais le plus souvent commencer ou continuer à le devenir , ou le devenir un peu , ou le devenir un moment : c'est une expression dé détail et de circonstance essentiellement relative. Un corps très-chaud peut refroidir , sans pourtant encore devenir froid. Une petite fiUe très-laide enibelUt en passant à l'adolescence, sans pour cela devenir lelle. De même , ime belle femme enlaidit par le seul effet du temps , bien «vant de devenir laide. On vieillit à tout ftge , même au sortir du berceau : tout vieillit et dépérit en ce monde ; la rose vteiUit en naissant. On ne devient vieux qu'à force de vieillir; des jeunes gens diront par forme de plaisanterie, nous devenons vietM. Quaiul Jacob lût devenu vieux , et non pas , eut vieilli , il appela à lui tous ses enfants et leur donna sa bénédiction. C'est en épaiisissant , en noireistant , en grandissant qu'on devient épais , noir , grand. Pour devenir vaûr , un fruit a besoin de mûrir , ou ce fruit a besoin de mûrir encore.
Cette différence est trop profonde pour avoir échappé oux synonyn:iistes. « On pâlit de colère , de crainte, à la vue d'un danger, dit Condillac; on devient pâle par maladie , parce que le tempérament s'aflCedbUt, parce qu'on a perdu une partie de son sang. » G'est-à-dlre que le verbe exprime un changement de couleur faible et passager , au prix de celui qui est marqué par la phrase explicative. Pareillement , quand on dira de quelqu'un, il est devenu vieux ^ on voudra faire entendre que sa vieillesse a pour cause l'accumulation des années plutôt que le chagrin , le malheur ou quelque grande catastrophe. Eberhard distingue de même rougir et devenir rouge , dont le premier convient bien quand il s'agit des commencements de la rougeur, et l'autre quand il est question de la rougeur la plus foncée. Dites que les cerises rot«yûfen<, si vous parlez despre* mières teintes que commence à leur donner de fait la maturation; si vous dites qu'elles devien» nent rougu^ outre que vous indiquerez par là le caractère , la propriété qu'ont ces fruits de prendre cette manière d'être, plutôt que le fait de la prendre, vous pourrez foire penser qu'ils la {irennent au plus haut degré. Il en est de même au moral, quand les deux expressions servent à rendre l'effet de la pudeur : la seconde est plus forte et suppose , non des sentiments de crainte
et de timidité , mais une gnmde colère «t 1x110 vive indignation. Une honnête femme roug€ra d'une offre de mariage qui lui est foite par un homme digne de son amour, et deviendra rouge , si cette même offre pait d'un homme Til et abject •.
STNONTICIB DBS VBRBM ACTIVS BT DB LBUR Xï^FI- NITION C01I?0sAb DU YBBBB fOirê BT D'UIT 60B- 8TANTIF GORRBSPORDÂHT.
Caresser , faire des caresseSé Complimenter , faire des compliments. Sauter , faire des ssMts. Dessiner , faire des dessins. Broder , faire de$ broyieries. Crier , faire des cris. Rêver , faire des rêves. Béflëehir , faire des réflexions. Querf ûmner^ faire des qtiestions. Etc, — Choisir y faire choix. Courtiser^ faire la cour. — Écarter y mettre à V écart. Bneier^ aooir envie. Mentir, dire des mensonges* Injurier ^ dire des if^ures. Chasser^ donner la ehisss. Etc.
Les dictionnaires définissent plusieurs verbes actifs par , faire telles ou telles choses , dont l'idée se trouve contenue dans le radical. Ainsi , ils expliquent caresser par, faire des caresses , complimenter par , faire des compliments , et de même de beaucoup d'autres. Hais , quoique ce soit , à tout prendre , la manière la plus juste et la plus convenable de déterminer le sens de ces sortes de verbes , il n'y a point d'identité entre la définition et le défini, l'une n'équivaut point à l'autre, et ce serait souvent une faute de substituer Tune à l'autre.
Quelquefois la définition ne rend pas exactement l'étendue de l'idée; ou elle l'augmente, ou elle la diminue. Faire des choses marquées par le radical signifie en fiûre quelques-unes. Or , le même verbe veut dire, tantôt en &ire une seule, tantôt en faire beaucoup. Ainsi , caresser répondrait plutôt à /aire une carafe dans certains cas, et dans d'autres à faire beaucoup de caresses. Parmi les verbes ainsi définis , il y en a même
4 . Gomme le verf>e désigne avec toutes ses circonstancea la réalisation on l^acqaisiiion de la qualité dans le temps, il doit être concret et faire assister en quelque sorte à l'opération d'où provient le changemeni, montrer la chose se faisant telle on telle, l'actiun en train de s'aecomplir : c'est li en effet un de ses caractères essentiels. Cependant , s'il marque comme instantané un changement que son synonyme représente comme progressif, comme produit en vertu d*ane cause lente, ce sera ce dernier qui paraîtra tsire image et montrer TacUon en progrès. Ainsi, U a /nII*, Il a rougi, désignent un fait si subit qu*on a eu à peine le temps de le remarquer, n est depenm pile ou rm^e annonce au contraire un événement asses long pour qu'on en ait suivi graduellement toutes les phases. La phrase ezplicaUve serait donc expressive en même temps qu'iodicaUve ; elle peindrait le changement ai lieu de l'énoncer seulement H'une manière abstraite. Ce serait pourtant une erreur de le eroire. H ne réanitt de ces exemples partlcnliert antre chote, sinon que les définitions expriment des cbangemenls plus eoaiplets, qtil demandent plus de temps pour s'accomplir ; mais ils n'en peignent point du tout la gradslion, tandis que les verbes neutres peignent et représentent le fUt qu'ils signifient, quelque Instantané qu'il soit.
SYNONYMES fgBl ONT L£ KElfE RADICAL.
^ JDdiqiMiit esscDlielkmeat , les m» ^vtiX s'agit phitdt d'une seule chose , ks autres qu'il s'agit pitttôt de beaucoup : sauter ^ eomplimenUr , dei^ riÊtTy broder, donnent souYent l'idée d'un seul mit. d'un seul compliinent , d'un seul dessin, «finie seule broderie ; tandis que coretser , crier et Hier, c'est pkutftt £ûre une suite de caresses, de cris et de léyes. D'ailleurs , quand on emploie le TertK. on a rsremest Fintention d'exprimer qoê le sujet fiût mie ou plusieurs des choses mar* foies par son radical, on ne se décide point, o^fiffiie le ferait croire la définition , entre runilé ft U pluralité.
Ibis supposons que la définition ne changeât ncQ à ridée du verbe quant à son étendue, elle h modifierait encore sous deux autres points de rw assez importants.
En analysant et en étendant cette idée , qui est comme compacte et comme concentrée dans le Terbe , la phrase explicative lui dte beaucoup de sa rigueur : elle la rend susceptible d'applications qei Téloignent plus ou moins de sa valeur propre. Ainsi , suivant une remarque de Bouhours , ap^jfoavée par Roubaud et Gondillac, caresser^ oonfcamément au sens primitif du radical , se dit plutôt ai badinant et à l'égard des enfants à qui l'on fait de petites amitiés. « Les femmes meoâienf par la main leurs petits enfants qu'elles eafMsoifnt. » Fék.
Sans eesse, nuit et Joor, Je te caresserai. Je te boaefaonnend, baiserai, maa^era!.
(Amolpbe à Âgnèe. École des Femmes,) Mol.
Mats fatre dès caresses ne se dit guère que sérieusement, et c'est traiter les gens d'un air qui marque de l'amitié. « Il persuada l'empereur d'écrire de sa main au cardinal de Fleury de lui fstre des caresses , de l'accabler de louanges et de confiance. » S. S. a Ces expressions de Corneille (dans PolyeiLCte) ne portent-elles pas dans l'esprit l'idée que Pauline doit faire des caresses à Sérére pour l'apaiser? » Volt. Phocas dit à Pulcbérie dans Béraclius en parknt de l'empire :
Dis que Je le le rends, et \»/ais des caresses Poor spiiser des lient les oiaibres vengeresses.
CoaH.
Iquoi Roubaud ajoute : «Le terbe caresser eitprime proprement une action unique , toute en caresses; taudis que faire des caresses comporte diverses actions du même genre ou de genres difi'érsfits , distinctes , entrecoupées , variées , entremâléei. Il est bien évident que faire des caresses n'a pas le sens absolu , plein et entier qu'emporte le Tprbe caresser , qui exclut de l'action tout ce qui 3'est pas caresses et la remplit tout entière par (ks démonstrations affectueuses , même jusqu'à en combler. » — C'est pourquoi si caresser s'emploie an» quelquefoia dan» le sens étendu et figuré de faire des caressée , il en diffère toujours en ce qa*!! exprime , non une action particulière , mais quelque chose de constant et d'habituel , un syslème de conduite. « Richelieu a aimé les gens de lettres f il les a caressés , favorisés. » Labr. «N'aijt pis à peindre ceux qui caressenl également toat le mond«) , qui promènent leurs civilités à droite et i ganohe? > Mot. Kt si , d'autre part, faire des caresses peut se dire an zrropre , comme
caresser^ ce n'est que dans un cas particulier, quand on raconte un certain lait, «c Ayant bu beaucoup de vin , ce Lapon et ce^e Laponne commencèrent à se faire dis caresses à la laponne. » Rean.
Le verbe renferme plutôt une plénitude de sens , en raison de laquelle il est propre à être employé d'une manière absolue , et non distributivement, à. certains égards. L'homme est un animal qui réfiéchit; vous ne direz point, qui fait des réfieaniMS. « L'éléphant semble réfléchir y délibérer, penser. » Bufv. De même, dans une a&: ception moins générale, un homme qui réfléchit n'est pas seulement un honune qui fait des réflexions , car qui n'en lait pas, au moins quel^ quefois? C'est un homme qui en fait beaucoup , souvent, qui a l'habitude d'en faire; en un mot, e'est un homme réfUehi, qui est réfléchi. Par cette désignation on le caractérise absolument '. Dans un examen, c'est ordinairement le président qui quoflionna, et non pas, qui fait dee questions le premier. Il vaut mieux laisser crier les enfants, et non pas, leur laisser faire dee cris , que de courir au-devant de leura moindrea caprices. Vous dires à une personne d'une xoêt* nière toute générale et absolue : r ^jMJOttf la nuit? et d'une manière particulière et relative; avec-vous /M des rives cette nuit, après avoir entendu le récit de cette sombre histoire? « Je lui dis : ave^vous fait aussi des ^éves cette nuit? BUe rougit et répondit qu'elle rêvait bien rare* ment. » Ma&m. Pour s'élever aux idéee généra* les, l'esprit est obligé d'obstratre, et pour rair sonner juste en parlant des opini(HiB d'une per^ sonna , nous devons faire abs^action de nos sentiments pour elle. Quand vous avez taché un linge , il est tout taché ; quand vous y avez fait des loofiet^ il est taché en certains endroits, papoi par-là. -^ Pareillement^ le verbe roKirer ex^ prune une action unique, continue, complète, qui s'étend à toute la chose : si on rature une
4 . C'est le même rapport qol existe entre étrefaihtè et avoir des faiblesses. Dans celte dernière locution, le mot des étant partitif, distribetif , été an sens de sa plénitude et raffûblit. On est faible ^ar caractère; on a des faiblesses par accident , par un entraînement de circonstance. On ne peut dire de chacun qu'il est faible; mais personne n'est exei^pt d* avoir des faiblesses, a Tous les hommes célèbres oru eu des faiblesses , nul d'cnlre eux n'« été un homme faible i » J. J. — Une différence semblable a été remarquée par Voltaire entre être fantasque et avoir des fantaisies, cil y a des nuances, dtt>il, entre être fantasque et avoir deêfaniaisies : le fantasque approdie beaucoup plus du bizarre. Ce mot désigne un caractère inégal et brusque. L'Idée d'agrément est exclue du motyo»tasque , au lieu qu'il y a àti fantaisies agréables. > — Au reste , que le substantif employé avee avoir soft au pluriel ou bu singulier, l'eipression totale garde toujours le caractère que lui donne le de, qui est etsentiellement partitif et distrîbufif, et par conséquent propre i diminuer. C'est pourquoi être ami et être reconnaissant, par exemple, disent plus qu'avoir de l'amitié et avoir de la rsconnaissanee, « Cher Deleyre , sans être votre ami, j*ai de l'amitié pour Tous, et Je suis alarmé de l'état od vous êtes, » J. J. « Toas renx qui s'acquittent des dt'voirs de la reconnaissance ne peuvent pas peur cela se flaiier d'êts^ reeaunaiesants. s Laaocv.